jeudi 9 août 2012

The red shoes



1948
Alias: Les chaussons rouges


Cinéastes:
Michael Powell - Emeric Pressburger
Comédiens:Robert Helpmann - Moira Shearer - Marius Goring - Anton Walbrook

Notice Cinéprofil
Notice Imdb

Vu en dvd


J'avais grande crainte car les souvenirs aigres de mon visionnage des "Contes d'Hoffmann" hantaient encore mon esprit. Allai-je me farcir du ballet plein d'oripeaux, de plumes, de frou-frou et d'interminables numéros dont je ne comprends pas la moindre phrase? Parce que c'est bien là ma faiblesse : la danse ne me parle pas du tout. Indécrottable aveugle, pitoyable con que je suis! Allai-je m'ennuyer devant un Powell & Pressburger? Quelle horrible perspective!

Hé bien, non, j'ai de nouveau apprécié comme il se doit la majesté, l'ingéniosité et la vivifiante dynamique de leur film!

D'abord, parlons de la forme : le technicolor a-t-il jamais été aussi bien compris et utilisé que par Michael Powell? Son travail avec Hein Heckroth sur les décors produit un ensemble chromatique d'une ébouriffante richesse.

Plaisir des yeux qui ne va pas sans laisser émaner comme un parfum de malice. C'est un des plus beaux atouts des films de Powell, surtout quand ils sont scénarisés par Pressburger, cette capacité à s'émerveiller de belles histoires, toutes romanesques, à s’amouracher de personnages hauts en couleurs, denses, tragiques et beaux, à s'amuser non sans humanité de leurs erreurs de parcours et surtout de leur appétit de vie. Il en résulte ce goût prononcé pour tout ce qui peut faire palpiter le cœur un peu plus fort, un peu plus vite, sans doute ce qu'on appelle le "merveilleux".

Un cinéma de l'amour de la vie me laisse rarement indifférent. S'il existe une sorte de ligne directrice de tous ces films, c'est bien celle qui relie le colonel Blimp, sœur Clodagh, le couple Page/Craster (que l'on découvre ici)

et l'amour dans toutes ces acceptions. Je sais bien ce que ce terme peut évoquer de flasque, d'inerte et d'illisible à notre époque, quelque chose d'informe mais risible, quelque part entre le ringard et le moisi. L'humanisme a peut-être du plomb dans l'aile. Et c'est pour cette raison que voir un Powell/Pressburger, en dépit du caractère tragique parfois des histoires qu'ils nous concoctent, fait toujours un bien fou, à l'instar d'un baume d'humanité sur le cœur. Ces chaussons rouges sentent le frais pour moi. J'en avais besoin.

Il se trouve un autre élément fondamental qui fait des films de Powell & Pressburger des moments de grand cinéma : le choix très souvent judicieux des acteurs, avec la justesse et la maitrise de leur utilisation qui vont avec.

Dans ces chaussons rouges, celui qui fait bien plus que m'épater, celui qui fascine par la complexe mais méticuleuse précision est Anton Walbrook.

Déjà excellent dans "Le colonel Blimp", il est ici tout simplement génial, allant jusqu'à une justesse qui m'éblouit la mémoire. Son rôle est complexe, difficile à sauvegarder de l'outrance, le personnage étant le jouet d'émotions paroxystiques. Or, il parvient à maintenir sa prononciation dans la mesure, dans l'équilibre, dans un cadre réaliste fort appréciable.

Les autres acteurs ne font pas preuve d'autant de talent (la tâche est-elle surmontable?) mais s’intègrent parfaitement à l'histoire que nous conte le film.

Seule Ludmilla Tchérina fait exception à cette règle. Je crois bien que c'est là l'actrice la plus mauvaise qu'il m'ait été donné de voir. C'est à se demander si elle ne le fait pas exprès. Hallucinante de nullité!

Ce film tiré d'un conte d'Andersen est une tragédie pétillante louant le mouvement et l'énergie de l'existence. Tout en couleurs, il insuffle un désir de vivre communicatif, comme la plupart des Powell & Pressburger, sans non plus dégager une naïveté simpliste, admettant la souffrance dans le conte comme un élément à part entière du récit.

L'histoire de cette danseuse prisonnière de la possessivité de deux hommes d'a priori commune devient dans l'esprit de ses auteurs un enjeu romantique et magique grandiose, narrant ce que peut produire la perversion de nombreux sentiments amoureux. L'amour de Lermontov pour son art s'incarne dans le parcours et la personnalité de sa danseuse, Victoria Page. La jalousie l'aveugle à tel point qu'il n'est pas même capable de concevoir qu'il est amoureux. Seules la relation fusionnelle et la satisfaction égocentrique de son désir de posséder sont au centre de ses obsessions.

De même, dans une mesure sans doute un peu moins compliquée mais tout aussi destructrice, Julian Craster (Marius Goring) participe de la chute de l'être aimé.

Partagée par ces deux orientations contraires, Victoria Page (Moira Shearer)

ne peut que subir un tiraillement fatal, les chaussons rouges prenant également possession de manière définitive de la faible femme, clôturant ainsi le film sur la morale du conte d'Andersen, nous enseignant que le merveilleux et la tragédie de la fiction peuvent rejoindre la cruelle réalité et dicter aux frêles êtres humains un destin funeste.


Trombi:
Léonide Massine:

Esmond Knight:

Austin Trevor:

Robert Helpmann:

Albert Bassermann:

Irene Browne:

Hay Petrie:

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire