mercredi 26 janvier 2011

Four lions


2010
alias : We Are Four Lions

Cinéaste: Christopher Morris
Comédiens: Riz Ahmed - Craig Parkinson - Kayvan Novak - Benedict Cumberbatch

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Vu en salle

Très, très drôle, dès lors qu'on accepte un a priori fondamental : "on peut rire de tout". Si rire de la mort vous chafouine, si rire des réalités atroces que notre époque nous fait subir vous chagrine, il vaut mieux passer votre chemin. Au contraire, si vous considérez que la comédie peut avoir un rôle d'exorciste et cristalliser dans le rire les angoisses produites par le terrorisme, ce film devrait vous ravir. J'ai toujours pensé que la comédie ne servait pas seulement à se nettoyer la tête mais également à dénoncer l'incommensurable connerie humaine.

Et qu'y a-t-il de plus crétin qu'un type qui tue au nom de Dieu? On a là effectivement un lot d'imbéciles complètement fanatisés en plein délire djihadiste et dont l'incompétence assassine rivalise avec la faiblesse intellectuelle.

Christopher Morris, Jesse Armstrong, Sam Bain et Simon Blackwell (au scénario) produisent là une comédie pas aussi déjantée qu'elle s'en donne l'air, mais d'une vivifiante et courageuse intelligence. Allant jusqu'au bout de la logique de ses pieds-nickelés islamistes, le film se pare sur la fin d'une couche de noirceur qui prouve que le dessein des auteurs n'est pas uniquement de faire rire. On n'est ni dans du ZAZ, ni dans du Borat, drôles mais à peu près vides. L'histoire a du sens. Le terrorisme n'est pas une donnée prise à la légère. Je trouve ça couillu et pour tout dire très respectueux du public. On ne sent pas pris pour un con : rire de l'horreur du monde sans pour autant la nier.

Morris habille des scènes monstrueuses d'une dramaturgie traditionnelle, j'ai envie de dire hollywoodienne, familiale. Cela fait froid dans le dos parce que le contraste est saisissant mais surtout parce que ce qui parait absurde ou exagéré est bêtement tout à fait réel. Par exemple, on y voit un père raconter "Le roi lion" en l'adaptant à son djihad, pour justifier son futur attentat suicide. Or, on a vu des émissions de télé bien réelles faisant l'apologie du terrorisme avec des marionnettes pour les gamins.
De même, ces scènes de famille heureuse où les parents préparent dans la joie et de la manière la plus naturelle qui soit les attentats du mari, sont traitées avec un ton de normalité des plus choquants, qui fait donc rire et peur à la fois.

Tout cela ne serait pas tenable si les acteurs étaient mauvais, je suppose. Mais ici, le travail des comédiens est même extraordinaire pour certains. Je les ai trouvé excellents. Jouer les cons finis c'est quand même ce qu'il y a de plus casse-gueule au cinéma. Et ces types parviennent à maintenir un rythme et une justesse de ton assez incroyable, tout le long du film, sans défaut : je suis épaté.

Cela fait du bien de tomber sur un film comme ça, aussi fin, divertissant, incisif et valorisant pour un genre souvent dénigré.

Mini Trombi:
Kayvan Novak:

Nigel Lindsay:

Riz Ahmed:

Preeya Kalidas:

Adeel Akhtar:

Arsher Ali:

Le ragazze di San Frediano


1955
alias : Les jeunes filles de San Frediano
alias : The girls of San Frediano

Cinéaste: Valerio Zurlini
Comédiens: Marcella Mariani - Rossana Podestà - Giovanna Ralli - Antonio Cifariello

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Vu en dvd

Pour son premier long métrage, Valerio Zurlini s'attache à décrire les pièges dans lesquels les êtres s'échinent à se faire prendre. Antonio Cifariello

est un jeune homme écervelé, disons le trivialement : il pense avec sa bite. Aussi passe-t-il son temps à jongler avec les femmes. Les yeux plus gros que le ventre, incapable de rompre une relation ni d'en laisser échapper une nouvelle, il finit par compter cinq jeunes femmes dans son petit "harem".

Zurlini montre très bien le fonctionnement de ce séducteur, la manière dont il manipule ses victimes. Mais même si les femmes sont les jouets de persuasions faite de mille mensonges et chantages, elles ne peuvent s'empêcher de tomber amoureuse. Même quand elles découvrent le poteau rose, elles restent encore malgré elles sous le charme. Comme les poings liés:

On ne peut pas parler pour autant de "petit manuel de la drague", la boulimie de Bob (Cifariello)

constituant une entreprise de démolition. S'autodétruisant à petit feu, par son insatiabilité, le pauvre fait figure du parfait imbécile, mais d'une immaturité presque attendrissante, en tout cas assez comique. Finalement, le film est assez proche de ces comédies acides, comme "Les monstres" de Risi, sauf qu'ici le sketch dure tout le long du film sur un seul personnage.

Les actrices, toute d'une grande beauté, ce qui n'est pas un scoop avec Zurlini, et composent des personnages bien différents, de la jeune femme passionnée et naïve à l'aventurière vamp, dominatrice et indépendante. A ce propos, le scénario de Leonardo Benvenuti et Piero De Bernardi, d'après le roman de Vasco Pratolini, ménage des espaces bien distincts entre elles et propose de la sorte un kaléidoscope de la femme italienne des années 50.

De plus, la photographie de Gianni Di Venanzo, le futur directeur de la photographie sur "8 1/2", "Main basse sur la ville", L'éclipse" ou "Juliette des esprits", accentue les angles et les reliefs avec une rare élégance. Cela donne aux accents des personnages une passion plus émouvante encore. Et d'autre part, le plaisir visuel que l'on prend à regarder ce film n'en est que plus intense.

On peut donc dire que le film est drôle et beau à la fois. C'est toujours rassurant de découvrir que le metteur en scène prenne autant de soin à filmer son récit : ce n'est pas juste une histoire, c'est du cinéma.

Trombi:
Giulia Rubini:

Rossana Podestà:

Giovanna Ralli:

Marcella Mariani:

Corinne Calvet:

Luciana Liberati:

Adriano Micantoni:

Sergio Raimondi:

Giovanni Nannini:

Cesarina Cecconi:

lundi 24 janvier 2011

The van


1996

Cinéaste: Stephen Frears
Comédiens: Colm Meaney - Donal O'Kelly - Ger Ryan - Caroline Rothwell

Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en dvd

Je ne sais pas pourquoi mais j'ai la douloureuse sensation de n'avoir rien à dire du film. J'entre en hibernation sans doute. Ça risque donc d'être laborieux, vous m'excuserez?

D'abord, j'en avais un souvenir lointain. La première fois que je l'ai vu, c'était sur Arte, dans les années 90. Je ne sais plus s'il avait été distribué en salle à l'époque ou bien s'il était diffusé à la télévision en tant que "téléfilm"... tiens je me demande s'il est tout connement sorti en salle en France... Bon, peu importe, passons.

Je me souviens l'avoir vu une première fois, l'avoir apprécié. L'Irlande est un pays qui bénéficiait d'une image très rock'n roll pour ma génération, voire extrêmement romantique : la poudre des révolutionnaires et les accords à la fois chaleureux et déchirés des Pogues ont sans doute joué un rôle important dans le développement de cette image. Je l'ai revu rapidement avec une copine qui l'adorait et l'avait enregistré sur Arte.

Et en le revoyant ces jours-ci, je me rends compte qu'il est, indépendamment de ces données personnelles et subjectives, véritablement le fruit de son époque. Il reste à l'évidence le film irlandais des années 90 -post ou en plein effet Thatcher- un film sur cette crise économique qui n'en finit pas de mettre sur la paille bon nombre de travailleurs. Ce n'est pas un film sur le chômage, mais sur les liens d'amitié qui unissent deux types ayant perdu leur emploi.

Cependant, ce décors de prolétaires irlandais est formidablement ajusté à cette comédie de mœurs. Les accents taillés à la serpe coulent comme de la Guiness, âpres, sucrés et corsés : ils chantent plus qu'ils ne parlent une tendresse dans les rapports qui font l'essence même du film et donc de la manière dont on le reçoit.

On l'aime pour ses personnages, notamment ses deux loustics (Colm Meaney

et Donal O'Kelly)

en bons frères patauds. Ils sont beaux, dans leurs déboires plus que dans leurs succès. De la faillite nait, non pas un comique, mais une émotion plus touchante, quelque chose qui dépasse la simple camaraderie, oui, une amitié forte, vraie.

Simple, gaie et intense, cette comédie finit par aller droit au cœur, avec une sorte de grâce naturelle, familiale, somme toute profondément humaine. C'est un très joli film. Voilà.

Trombi:
Ger Ryan:

Caroline Rothwell:

Rúaidhrí Conroy:

Neilí Conroy:

Marie Mullen et Brendan O'Carroll:

Laurie Morton:

Jon Kenny:

Charlotte Bradley et Barbara Bergin:

Ronan Wilmot:

Stanley Townsend:

Pat Bonner:

And unfortunately, Toto Schillaci: