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samedi 8 décembre 2018

Le guépard



1963

Titre original : Il gattopardo
Titre francophone : Le guépard
Titre anglophone : The leopard

Cinéaste : Luchino Visconti
Comédiens : Burt Lancaster - Alain Delon - Claudia Cardinale

Notice SC
Notice Imdb

Vu en salle

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La première fois que j’ai vu ce film, je devais avoir 12 ou  13 ans. J’étais complètement passé à côté, évidemment. Ce film parle avec force mais avec également beaucoup de finesse et d’élégance d’une souffrance qui échappe complètement à l’esprit et au cœur d’un gamin de 13 ans, celle du temps qui a d’ores et déjà passé, celle de voir son monde s’éteindre doucement mais sûrement.

Le guépard, Don Salina (Burt Lancaster), est témoin d’une époque en transition . Son univers ne se lézarde plus : il s’écroule. Il parvient à en maintenir quelques aspects en acceptant les inéluctables changements (“Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change”). La sublime langue de Giuseppe Tomasi di Lampedusa accompagne de bien belles scènes déclarant l’amour pour la Sicile, mais également la désillusion du personnage de Don Salina devant le cynisme ou la bêtise, à tout le moins la naïveté des plus idéalistes ainsi que des plus hypocrites face à une situation politique nouvelle et complexe à appréhender.

Le scénario (de Suso Cecchi D'Amico, Pasquale Festa Campanile, Enrico Medioli, Enrico Medioli et de Luchino Visconti) garde parfois intactes de nombreuses répliques que l’on trouve dans le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. “Ah! L'amour! Du feu, des flammes pour un an, de la cendre pour trente!” “Ils viennent nous apprendre les bonnes manières mais ils ne pourront pas le faire, parce que nous sommes des dieux. Les Siciliens ne voudront jamais être meilleurs pour la simple raison qu'ils se croient parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère.” “Nous fûmes les Guépards, les Lions ; ceux qui nous remplaceront seront les petits chacals, les hyènes et tous ensemble, Guépards, chacals et moutons, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre.”

À la beauté du style littéraire, très poétique et lyrique du scénario répond celle des images. Luchino Visconti met un soin très amoureux à élaborer de véritables tableaux de maître. Certains plans sont irrésistibles. Couleurs, mouvements, cadrages forment un tout par moments virevoltant, très souvent contemplatif. La mise en images rend admirablement hommage à la Sicile, ses lumières, ses ocres paysages, l’antiquité de ses villages, la sensualité qui s’en dégage comme son aridité.

Film poème, film peinture, film histoire, film nostalgie, film existentiel, Le guépard est porté également par de très bons comédiens.

Burt Lancaster

est immense. Sa stature, l’intelligence de son jeu tout en subtilité servent la noblesse d’âme de son personnage. Il impressionne. Sans doute que ce rôle a rencontré cet homme, cet acteur au bon moment. L’incarnation est parfaite.

J’ai envie d’évoquer un rôle secondaire, celui du Père Pirrone (Romolo Valli)

en confident confesseur, ami. Le comédien joue très bien. Il a quelques scènes remarquables pour bien comprendre le fossé entre les classes sociales mais en illustrant aussi liens indéfectibles inhérents.

Autre acteur étonnant, Paolo Stoppa

joue avec beaucoup de maîtrise l’arriviste Don Calogero Sedara, d’une vulgarité sans nom, qui a toute sa vie travaillé à atteindre des sommets dont il est bien en peine d’entendre les nuances. À la fois abjecte par sa bassesse, sa rusticité, surtout sa propension mielleuse à feindre, avec une grande obséquiosité face aux puissants pour essayer d’atteindre leur niveau d’élégance, le pauvre déborde de son pantalon. Le grotesque, le déplacé, l’inapproprié laissent apparaître sans même qu’il s’en rende compte la réalité de sa basse extraction dans des moments qui lui échappent naturellement, lorsqu’il est tout à son bonheur d’être parmi les grands aristocrates qu’il idolâtre. L’acteur joue tellement bien de ces ambiguïtés, cette hypocrisie et le ridicule pathétique qui en découle.

Parmi les jeunes de la distribution, Alain Delon et Claudia Cardinale jouent bien la classe du futur, la génération qui construit l’avenir, les nouveaux guépards, une partie encore pure. Angelica (Claudia Cardinale)

est très complexe à apprivoiser, plus cynique peut-être que Tancrède (Alain Delon), plus naïf, maîtrisant davantage sa carrière politique que ses sentiments encore fragiles. Leur caractéristique essentielle est la jeunesse qu’ils incarnent évidemment à merveille, en aiguillon et miroir pour Don Salina. Ils évoquent sa propre jeunesse, tout son propre parcours, ses élans de vie passée.

Le vieux bonhomme va encore au bordel, s’émeut devant la beauté rayonnante d’Angelica, peut s’emporter à l’occasion, tempêter, mais le temps le rattrape de plus en plus souvent : un malaise comme un mauvais présage, une santé défaillante, déjà, lui rappellent que son tour est passé.

Le guépard est un film superbe en majuscules. On ne peut mieux trouver que ce vocable « superbe » pour résumer la flamboyance, l’éclat et la magnificence de ce film, ses thèmes, ses héros déchirants, cette immuabilité du temps.
Mini trombi:
Rina Morelli:
Terence Hill et Lucilla Morlacchi:
Serge Reggiani:

jeudi 30 avril 2015

Le samouraï



1967

Cinéaste: Jean-Pierre Melville
Comédiens: Alain Delon - François Périer

Notice SC
Notice Imdb

Vu en dvd

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Une éternité que je ne l'avais vu. La dernière fois, ce devait être à la télévision, sur un écran cathodique 36cm. Je devais avoir 12-13 ans et j'en ai bientôt 43, je le regarde sur un DVD Criterion sur un grand écran fullHD. Sirop de pêche sur sorbet fondant donc.

Toute latitude m'est offerte d'admirer la superbe photographie d'Henri Decaë. L'esthétique de Jean-Pierre Melville est à peu de chose près identique à celle qu'il formalisera plus tard pour "Le cercle rouge" : une image souvent fixe, des intérieurs austères, voire délabrés ou au contraire à la modernité un peu surfaite, celle que nourrissaient les imaginaires des années 60/70. A cet égard, le commissariat est une belle illustration de cet univers glacé, très sombre, presque mortuaire. Les peintures luisantes, noires, les décors plastiques ou métalliques, finalement peu réalistes, mais si bien dans l'air du temps donnent à la police un écrin moderne implacable, un caractère d'industrielle puissance, sur-équipée, très inquiétante. La gadgétisation accompagne une police décrite comme une entité monstrueuse, fascisante, cynique, capable de toutes les vilenies pour parvenir à ses fins : harcèlement des témoins, des suspects, espionnage, infractions et pourquoi pas falsifications.

Mais cette modernité déshumanisée n'est pas l'apanage de la seule police. Même la pègre oublie ses codes en embrassant les changements du temps. Jeff Costello (Alain Delon) est confronté non seulement aux flics mais également à ses  propres commanditaires. Eux-mêmes sont décrits comme des hommes vivants dans un environnement très moderne et différent du sien. Le night-club est rutilant de plastiques, de glaces, toujours dans un gris-noir omniprésent.

Par conséquent, Jeff est bien le dernier à vivre dans une pièce délabrée, dont la tapisserie grise aussi paraît bouffée par les moisissures. La fumée de sa cigarette se confond avec les murs. Le mobilier est succinct.

Seule musique : les piaillements d'un piaf en cage. Comme son propriétaire avec les mots, il est à l'économie. Enfermé dans un monde qui change et qui le heurte sans cesse, Jeff est oiseau chassé. A l'image des samouraïs au cours du XIXe siècle, il est un spécimen en voie de disparition. Le film de Jean-Pierre Melville est un polar, mais peut être lu sans problème comme un western. Le cow-boy samouraï veut se venger de la trahison de son patron, mais accablé par un monde qui n'est plus le sien, il semble de plus en plus désemparé. Son dernier geste est sans doute même désespéré. Peut-être s'est-il entiché de cette pianiste (Cathy Rosier)
tout en comprenant qu'il n'appartient ni à cette femme ni à ce monde? Le final est donc difficilement compréhensible. Je lance des suppositions sans trop savoir.

Quand je dis "seule musique", j'y vais fort. Car la musique de François de Roubaix n'est pas le dernier des éléments à construire cette ambiance de fin de monde. Ce grand compositeur parvient par quelques notes, avec une grande discrétion, mais également une sûreté évidente à créer un accompagnement parfait, entêtant, en totale adéquation avec l'image glacée et la thématique fatale du film.

Il se dégage comme souvent avec Melville une atmosphère profondément mélancolique et enivrante. La rareté des dialogues doit y être pour beaucoup. Les personnages parlent avec les yeux.Alain Delon assure. Son regard bleu épouse très bien cette histoire, sa tristesse, son opiniâtreté également. Sa composition épurée reste sobre. Et son samouraï devient glaçant, puis fascinant.

La mise en scène de Melville est toute de rigueur, dans les gestes, les mouvements que ce soit pour les personnages ou la caméra. Il détaille, prend son temps à raconter par les corps ce qu'ils ont à montrer/dire. Il n'y a pas de hâte ni d'excès. Au contraire, il fait la démonstration de sa belle maîtrise surtout dans le rythme. Malgré cette minutieuse description des gestes, on ne s'ennuie jamais. Le montage est à ce titre très précieux.

J'ai passé une très belle soirée avec cette œuvre impeccable, sans fioritures, allant droit à l'essentiel mais ne refusant pas non plus un certain symbolisme pour évoquer la difficulté à accepter l'irrémédiable décrépitude du monde qui n'en finit pas de faire disparaître les traces du passé, l'enfonçant davantage vers le néant. Film noir, profondément pessimiste, désespéré et donc fondamentalement et romantiquement nécessaire.

Trombi:
François Périer:

Nathalie Delon:

Jacques Leroy:

Michel Boisrond:

Robert Favart:

Jean-Pierre Posier:

Catherine Jourdan (droite right):

Carlo Nell:

André Salgues:

Jacques Deschamps (immense acteur de doublage!):

Maria Maneva:

Jacques Léonard:

Jean Gold??? Georges Billy???

lundi 2 décembre 2013

Mort d'un pourri



1977

Cinéaste: Georges Lautner
Comédiens: Alain Delon - Ornella Muti - Julien Guiomar - Daniel Ceccaldi - Klaus Kinski

Notice SC
Notice Imdb

Vu en dvd



"Morts de plusieurs pourris" aurait été un titre plus judicieux. Car ils sont tous plus ou moins pourris dans ce film noir. Curieux animal que ce film!

Rarement je n'aurais eu autant d'efforts à fournir pour suivre une intrigue! Très vite on se heurte au nombre de personnages à retenir, dont il faut deviner les fonctions, les liens avec les autres, et puis tous ces noms qui s'amoncellent! On peut très vite se sentir submergé (au bout d'une demi-heure, c'était déjà compliqué). Mais attention, ce n'est pas non plus insurmontable, et puis au fond, d'une certaine manière, on s'en fout. Et on pourrait même dire que cela sert le film, que cela montre bien que le monde dans lequel industriels, financiers, politiques et mafieux baignent, est complexe, touffu, que les liens entre tous ces protagonistes sont difficilement traçables, bref que le monde décrit est une gigantesque toile dont les araignées partagent la responsabilité. Effectivement, c'est un peu la morale de l'histoire, le "tous pourris" sous-entend que personne n'est coupable, puisque toute la société fonctionne grâce à ces chaines, ces réseaux et qu'on n'y peut rien faire.

Tentaculaire monde auquel le personnage joué par Alain Delon s'attaque avec le courage de l'inconscient. Finalement, il exonère tout ce petit monde poursuivant sa petite vendetta personnelle, mais en ne voulant pas se poser en juge, laissant au spectateur cette rude tâche (feignasse!). Dans le domaine de la faux-culotterie, le sieur Delon se pose là, disant en gros qu'il abomine autant la voyoucratie que la vertu, espèce de ni-ni qui lui permet de ne prendre aucun risque. Voilà une des limites du film, on nous sert un "tous pourris", sans avoir l'air d'y toucher, démagogique, sans non plus donner de clés réelles au public. Parce que le film tourne sur ces clichés et veut faire du noir, à tout prix. En conte moral pendant la majeure partie du film, ce récit nous laisse en plan avec la réalité de la fin, démerdez-vous!

Si bien que je ne sais plus trop quoi penser de cette histoire au fond. Surtout, c'est un film qui ne ressemble pas à Georges Lautner. C'est un film presque aigri. On voit bien Delon là-dedans, mais Lautner? Bon, il y est, bel et bien au générique, faut s'y faire.
On ne peut pas dire que Michel Audiard ait livré là un très grand scénario (co-écrit avec Jean Laborde), ni de très grands dialogues. Sur ce point, les discussions entre personnages sont parfois bien écrites, intelligentes mais rarement elles ne font preuve de la percussion habituelle chez cet auteur. Il n'y a guère qu'un monologue de Klaus Kinski sur le libéralisme économique qui vaut son pesant de cacahuètes cyniques. La mondialisation dans ce qu'elle a de plus crû. Pour le reste, Audiard garde un ton grave. Point trop d'humour, mais une sobriété qui sauvegarde l'aspect noir de l'histoire.

De ce point de vue, la photographie de Henri Decaë ménage quelques bons moments. Elle mérite un blu-ray. Je n'ai pu voir qu'un dvd pas net. Les ombres manquaient de profondeur. Les lumières crachaient parfois beaucoup de grain. Dommage, on sent une bonne photo.

C'est un peu le même topo avec la musique de Philippe Sarde, très jazzy, très cave parisienne des années 50-60, embrumée. Elle est très agréable, avec un goût de cigarette, mais ne semble pas parvenir à rendre le film plus tangible.

Ce qui impressionne le plus, c'est certainement cette incroyable distribution. Pléthorique, elle ne se justifie pas toujours (que vient faire ici Mireille Darc?). Mais on y retrouve ce qu'on fait de mieux chez les seconds roles français de l'époque. Entre le génial Julien Guiomar et le non moins hypnotisant Jean Bouise, on pourra retrouver le grand Michel Aumont ou Henri Virlojeux.

Ce "Mort d'un pourri" reste en grande partie un mystère pour moi, une incongruité dans la filmographie de Georges Lautner, préfigurant par contre tous les polars giallesques de Delon dans les années 80.

Trombi:
Ornella Muti:

Julien Guiomar:

Daniel Ceccaldi:

Stéphane Audran:

Mireille Darc:

Maurice Ronet:

Michel Aumont:

Jean Bouise:

François Chaumette:

Henri Virlojeux:

Charles Moulin:

El Kebir:

Carole Lange:

Colette Duval:

Philippe Castelli:

Klaus Kinski et Gérard Hérold:

Xavier Depraz:

Claude Barichasse: