lundi 23 juin 2014

Le canard à l'orange 1993



1993
Alias: Le canard à l'orange

Auteur: William Douglas-Home
Metteurs en scène: Pierre Mondy - Alain Lionel
Comédiens: Michel RouxAlain LionelRachel Genevin

Vu en dvd

Critique version Poiret 1979



J'ai découvert cette pièce dans cette version avec Michel Roux il y a déjà quelques années et je suis tombé amoureux de cette percussion, ainsi que de la richesse des dialogues. Le rythme avec lequel ils sont servis est très impressionnant. Ça mitraille, ça enchaîne, rapidement.

Michel Roux, à ce petit jeu là, est au sommet de son art, d'une précision redoutable. Aucune fausse note ni dans le tempo, ni dans le ton. Il est excellent, totalement à son aise, de bout en bout, cabotine un peu, mais toujours dans un espace où la situation et le texte l'autorisent sans problème. Les comédiens qui l'entourent se mettent totalement à son service.

La distribution n'est pas exceptionnelle. Je dois avouer que je ne la connaissais pas.

Alain Lionel, l'amant, me dit bien quelque chose, mais cela reste assez nébuleux. Un peu caricatural, il a au moins le bon gout de garder un cap assez cohérent, dans la prestance et le guindé de son personnage.

Nadine Alari n'est pas mauvaise, d'autant que son rôle s'avère finalement compliqué, devant jouer une épouse adultère, prêtre à suivre son amant pour une escapade à Rome, tout en restant attachée à son mari, qu'elle jalouse, pour qui elle nourrit une juste colère. Ça fait beaucoup de sentiments à coordonner parfois dans un laps de temps court.

Rachel Genevin joue une Patty Pat un peu évaporée. Je suis partagé. J'ai la sensation qu'elle ne joue pas très bien. Sa diction sonne un peu faux. Mais elle a un physique renversant, idéal pour le rôle et dans le temps elle dégage un dynamisme et un entrain séducteurs.

Arlette Gilbert n'est pas mal. Son personnage est bien tenu, sympathique, jouet-témoin de l'enjeu principal de cette histoire.

Parlons-en de cette pièce : la pièce est non seulement bien dialoguée, mais n'hésitons pas à dire la grande efficacité et le parfait équilibre de son histoire. Ce qu'on nous raconte ne révolutionne rien, mais est présenté avec une conviction et une redoutable force. J'ai parlé de "percussion" plus haut, c'est le maître mot. Le récit est superbe, incisif, net, précis. Les situations s’enchaînent naturellement, à belle cadence. Il s'en dégage la sensation que les personnages roulent sur une route rectiligne, que le cours des événements est imparable. Alors que Hugh Preston, le mari cocu, imagine un scénario tordu, à la perversité amoureuse désespérée pour reconquérir son épouse, l'inéluctable s'impose de façon franche tout en maintenant une certaine élégance. Et extraordinaire, le texte trouve le moyen de placer ici ou là de petits instants d'émotions. La maîtrise des émotions, de leur charivari sur les personnages est parfaite.

Il faut dire que le personnage de Hugh Preston est charmant. Il a une vision de son monde véritablement émouvant, volontiers frondeur, courageux. Son amour pour sa femme et l'effondrement de son couple le heurte au plus profond. Et pourtant il cherche le moyen de retourner la situation, et d'essayer avec l'espoir et l'humour du désespoir de maintenir son existence sur une route fleurie. Le regard coloré, le rire, le plaisir, l'ivresse l'accompagnent toujours. Quand je parle de désespoir, je n'exagère pas. Son comportement, sa philosophie de vie, pleine de dérision sent la fêlure. Le héros champion de tennis, d'échec, et tomber de jolies donzelles n'est qu'un petit enfant qui a peur du noir. Ce personnage m’émeut. Il a quelque chose de tragique en suspens. Mais ce qui prédomine, c'est la force de vie, la conviction que le bonheur est à portée de main, à deux, avec un peu plus de mesure, avec de l'effort, de l'écoute. Sur un fil de rasoir. Comme tout la vie. C'est une très belle pièce, qui ouvre des portes. Je suis sûr que cet ensemble d'éléments fait de cette pièce un chef d'oeuvre du théâtre de boulevard.

L'humour anglais de William Douglas-Home associé ici à la rigueur, la méticulosité de la mise en scène de Pierre Mondy, sur lesquels on saupoudre une pincée de folie de Michel Roux et nous obtenons une des pièces de théâtre comique que je préfère, un classique que je me réécoute de temps en temps.

dimanche 22 juin 2014

Romanzo popolare



1974
Alias: Romances et confidences
Alias: Come Home and Meet My Wife

Cinéastes: Mario Monicelli
Comédiens: Ugo Tognazzi - Ornella Muti - Michele Placido

Notice SC
Notice imdb

Vu en dvd



MonicelliAge, ScarpelliMuti et Tognazzi : en voilà une affiche qui vous met l'eau à la bouche! A tous les niveaux, le film a donc bien des attraits.

Dans une certaine mesure pourtant il ne va pas au bout de ses promesses. On perçoit bien ce à quoi l'on s'attendait, cependant une indéfinissable déception tire la langue à la fin du film. J'aime bien ce film, mais en aucun cas il ne me frappe, ne m'interpelle, ni me touche profondément en fin de compte. Quelques moments de belle émotion en font un film intéressant, mais pas un grand film.

Le sujet d'abord est on ne peut plus ordinaire : les auteurs nous invitent à assister au spectacle de l'amour conjugal malmené entre Giulio (Ugo Tognazzi) et Vincenzina (Ornella Muti), une romance populaire.

"Populaire" d'abord parce que vécue par un couple d'ouvriers italiens à Milan. Le cadre industriel, laborieux imprègne tout le film. Ils sont issus du sud de l'Italie et ont voulu s'extirper de la pauvreté,  et quelque part aussi, de la culture sudiste. Giulio dans un souci constant d'assimilation s'imagine changer la donne en se faisant le héraut de la civilisation moderne des années 70 où l'homme n'est plus une bête, un animal qui aliène sa femme, sa fille, etc. Comme si le nord était plus évolué. Déjà le personnage vit dans un monde fantasmé. Pour lui, syndicaliste militant, l'oeuvre modératrice de la civilisation apaisée du nord entre les individus au sein du collectif qu'il soit travailleur ou conjugal doit être au centre de son existence. Pas question de violence, de vendetta, d'opprimer l'ouvrier ni la femme. Pour son couple, pas question donc d'être jaloux.

Voilà le canevas sur lequel AgeScarpelli et Monicelli vont s'amuser. D'abord, ils jettent sur ce jeu de quilles un beau policier ténébreux (Michele Placido). Progressivement, le doute se fait une petite place chez Giulio. Puis la paranoïa grandit, l'italien du sud en sommeil ne peut s'empêcher de laisser se réveiller ses instincts primaires. La jalousie monte et commence de bouffer la raison de Giulio. Quand la réalité rattrape le pauvre Giulio, toute la palette des réactions, des émotions le submerge tour à tour.

Ce sont devant ces séquences qu'on peut admirer le travail d'Ugo Tognazzi, superbement mis en valeur. C'est véritablement dans ces moments-là qu'on mesure la qualité de jeu du comédien, tout en nuance, tout en force, en explosions, en retenue, en grotesque comme en subtilité. Vraiment, il m'a impressionné.

Étonnamment, la petite Ornella Muti lui donne une belle réplique. Sans pour autant atteindre de hauts cimes, elle assure une performance fort honorable. "Étonnamment", parce que jusqu'à maintenant, je n'avais vu en elle qu'une belle femme, mais je n'avais pas été séduit ni franchement navré par ses prestations. Elle ne m'avait pas tapé dans l’œil plus que ça... là, je la trouve plutôt bonne.

Je suis toujours aussi sceptique pour Michele Placido (quoique j'ai plutôt bien aimé sa prestation dans "Mio Dio, come sono caduta in basso!" qu'il a tourné l'année précédente). Ici, il a un rôle un brin coincé. Mais bon, ce n'est pas un personnage central. Mais il aurait pu faire exister ce personnage avec un peu plus de mystère ou de charisme.

Donc, il y a une certaine émotion à suivre les lentes circonvolutions auxquelles se livre le personnage de Giulio, fragilisé par ses sentiments déstabilisés, alors qu'il s'était patiemment construit une existence sage, basée sur la raison plus que la passion. De ce point de vue, la présence d'Age et Scarpelli au scénario se reconnait aisément. Et puis, il y a également cet humour pince sans rire, acide, sans concession, que des dialogues mettent en bouche chez les comédiens avec une savoureuse malignité. Entre saillies politiques perfides et grossièretés bien grasses, pas de doute sur la paternité du texte.

Cependant, il manque quelque chose, un souffle qui place le film sur une autre échelle que celle d'une aimable comédie de mœurs. Le film est agréable, le récit se suit sans déplaisir, mais l'ensemble ne décolle pas vraiment, souffre d'un manque difficile à définir.

De même je pourrais dire que la fin est plutôt moche, sans grand intérêt, laissant un goût de fadeur qui est bien inhabituel pour le trio aux manettes. J'ai pas du tout compris les dix dernières minutes, qui m'ont presque ennuyé.

Mini trombi:
Pippo Starnazza:

Alvaro Vitali (droite right):

Gaetano Cuomo ou Gennaro Cuomo?

X-Men: Days of Future Past



2014

Cinéaste: Bryan Singer
Comédiens: Hugh Jackman - James McAvoy - Michael Fassbender - Jennifer Lawrence - Peter Dinklage

Notice SC
Notice Imdb

Vu en salle




Argh!!! J'avais bien aimé le précédent film qui avait su renouveler la franchise en y remettant ce liant, de l'épaisseur, une belle profondeur, du sens en somme sur une série en perte de vitesse. Et j'avais espéré logiquement que cette suite, chapeautée par le même cinéaste, serait du même tonneau.

Or, il n'en est malheureusement pas question. Au contraire, ce chapitre est très compliqué. Surtout dans la relation complexe et juteuse jusqu'à maintenant entre Charles Xavier (James McAvoy - Patrick Stewart) et Erik Lehnsherr (Michael Fassbender - Ian McKellen), ce film-ci n'apporte pas grand chose de neuf. En plus de cela, le récit est trop emberlificoté par cette histoire de voyage dans le temps.

Du point de vue de l'action, une séquence est formidablement mise en scène, bien découpée et finalement très drôle, réjouissante petite pépite sucrée au sein d'un buisson touffu d'herbes grasses et presque indigestes : les séquences du Pentagone avec Quicksilver (Evan Peters). Sinon, c'est à peu près tout... Oh il y a bien une autre petite séquence féconde en émotions et réflexions, celle où le jeune Xavier (James McAvoy) taille le bout de gras avec lui même plus âgé (Patrick Stewart). D'ailleurs, ne pas oublier que James McAvoy me fait encore une très belle impression. C'est déjà ça de pris.

Mais avec un peu de recul, on se rend vite compte que ce scénario alambiqué à l'extrême dépasse les bornes de l'acceptable, en matière de logique et de triturage de cervelle. Bref c'est un peu trop filandreux pour moi.

On sort de la salle peu satisfait, un peu frustré oui, en se disant qu'une revoyure est nécessaire. La toute fin laisse le spectateur avec plein de points d'interrogation, se demandant s'il a bien compris ou s'il a des problèmes de mémoire sur les événements évoqués dans les films précédents. Remettre de l'ordre dans tout ça demande un effort dont on se passerait bien quand on va voir un film de divertissement. Ou disons qu'on aimerait avoir un peu plus de certitudes après cet effort, ce qui est loin d'être le cas. Peut-être faut-il très bien connaitre les films de la franchise ou les comics version papier pour être plus à son aise? Possible.
Donc à la toute fin, j'avais le sentiment d'avoir vu un film trop foutraque pour être conquis.
Mini trombi:

vendredi 20 juin 2014

L'amour n'est pas un péché



1952
Alias: L'amour n'est pas un péché

Cinéaste: Claude Cariven
Comédiens: Robert Dhéry - Colette Brosset - Louis de Funès

Notice SC
Notice Imdb

Vu sur le net




J'ai regardé ce film pour Louis de Funès. Egalement pour satisfaire ma curiosité à l'encontre des jeunes Colette Brosset et Robert Dhéry. Le film n'est pas éblouissant, mais se regarde gentiment.

Dans une large mesure, son ton, son atmosphère, son rythme m'ont énormément fait penser à "La belle américaine". Il se dégage quelque chose de très naïf, très simple, jamais méchant, une sorte d'humour tiède, un peu décalé mais pas beaucoup. Pas de vague, mais pas benêt non plus. On sent que l’œil frise, qu'il y a de la moquerie, mais les personnages sont aimés pour leur bizarrerie, malgré le ridicule, leur petite bêtise. Il y a de la bonté dans les films de Robert Dhéry et celui-là baigne dans cette tendresse moqueuse. Voilà je ne pourrais pas trouver meilleure description : "tendresse moqueuse". Attention, je sais bien qu'il s'agit d'un scénario et d'une mise en scène de Claude Cariven, mais l'atmosphère est tellement proche des "Branquignols", la troupe de Dhéry, que je suis tenté de l'affilier totalement à la filmographie de Robert Dhéry.

Donc le spectateur se laisse bercer par cet humour un peu mordant, mais au fond très amical, presque débonnaire. Un humour familial qui, je crois aujourd'hui, est complètement passé de mode.

Ce film-là n'a pas de punch, on suit son cours relativement tranquille, sans guère de surprise. Le public sait dès le départ, par convention, que les conflits vont se régler et de quelle manière. Pas de surprise non plus à ce que ce film soit oublié. Il manque d'un peu plus de rythme tout de même. Sans doute la faute à un montage trop généreux. Certaines scènes ne fonctionnent pas bien. Peut-être qu'avec un découpage plus resserré, elles auraient pu donner une autre allure à l'ensemble. Là, en l'occurrence, on a un film parfois longuet, et puis surtout, qui apparaît comme biscornu, déséquilibré. Un exemple : la séquence de l'emménagement ressemble à un long sketch qui n'est pas vraiment en rapport avec le sujet (la guerre des sexes).

Non, ce qui importe est de montrer l'imbécillité des idées reçues qu'une société pas encore féministe (mais l'est-elle vraiment aujourd'hui?) colportait sans vergogne. D'aucuns diront que la virulence anti-mâle est montrée également sans ménagement et que par conséquent le film n'est ni féministe ni machiste. Mais je n'en suis pas sûr. C'est encore à Robert Dhéry qu'échoie le rôle de séduire Colette Brosset.

Pour qui adore Louis de Funès, ne vous attendez pas à un grand numéro du comédien. Il n'a pas percé sous l’œil des auteurs qui n'en devinent pas encore le potentiel. On se contente donc de le voir faire un tout petit peu plus qu'une simple figuration, mais rien de bien percutant.

Finalement le film peut être considérer pour sa distribution débutante comme une petite curiosité, mais en aucun cas comme une bonne comédie. Cela reste modeste dans l'humour. Ce n'est pas non plus emmerdant, juste un peu inerte. Trop paisible. Trop sage itou.

Trombi:
Paul Demange:

Mario David:

Yvette Dinville:

Lucienne Marchand?

Maryse Martin (droite right):

André Chanu:

Jacques Legras:

Christine Langier??

Pierre Duncan:

Pierre DuncanGérard Darrieu et Roger Saget ?:

Roger Saget?

Gaby Verlor et Jean Davril: