Affichage des articles dont le libellé est Patrick Dewaere. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Patrick Dewaere. Afficher tous les articles

mercredi 5 septembre 2012

Paradis pour tous



1982

Cinéaste:Alain Jessua
Comédiens:
Patrick Dewaere -Jacques Dutronc -Fanny Cottençon -Stéphane Audran
Notice Imdb

Vu en streaming



"Bienvenue dans un monde de droite", semble dire ce film éminemment politique. La caricature que nous dépeint Alain Jessua est effrayante et comique à la fois comme il se doit.

Bien plus féroce que "Traitement de choc" ce "Paradis pour tous" effraie par la froideur et surtout le cynisme royal des monstres créés par le docteur "Freudenstein" qu'incarne Jacques Dutronc. Ses patients dépressifs subissent un "flashage" qui les désinhibe entièrement, effaçant du même coup angoisse et compassion. Les êtres humains deviennent des robots incapables de souffrance et d'entendre celle des autres.
L'art s'éteint en même temps que la peur de mourir, le jugement critique s'altère, le goût du monde s'affadit, l'on s'éprend des pages de publicité, de toutes les niaiseries dénuées de pathos, la laideur disparaît en même temps que l'humanité. Tout le monde il est beau. Philippe Léotard, dans un dernier moment de lucidité déclare à Patrick Dewaere, totalement insensible à sa détresse qu'il ne peut pas lui vouloir car on n'en veut pas à une machine.

Ce qui compte désormais pour le flashé, c'est de faire du chiffre, d'être le plus efficace et compétitif possible, quel qu’en soit le prix pour les autres. Les perdants sont responsables de leurs échecs. La ligne droite, plus que les détours, dirige tous ces comportements et ce, jusqu'au meurtre. Le sur-homme nietzschéen? Un peu en effet. Surtout ce dérèglement social condamne l'humanisme, décidément espèce en voie de disparition dans l'univers post-moderne.
Marrant comme cette angoisse du futur engendre autant de films d'anticipation tellement hargneux. On sent bien là la peur de la mécanisation de la société, la perte des repères dans le travail comme dans les rapports sociaux. Les plaisirs sont identiques, ordonnés, bien rangés, lisses, sans débordements, en un mot : inoffensifs pour le groupe. Le standard fait loi pour tous, l'individu flashé est mouton largement panurgien, consentant, promulguant la tonte avec allégresse, il l'anticipe même, désincarné, comme eugénisé du cervelet, inerte jusque dans les gênes de sa progéniture promise à l'innocence flashée dès la naissance.

Le simplisme des flashés abrutis par l'absence de réflexion montre bien que l'intelligence est une conception très complexe dans laquelle la peur de mourir et la socialisation ont leurs parts essentielles. C'est là peut-être la démonstration la plus éclatante de ce film.
Mais paradoxalement, il affiche aussi sa nature à la fois farceuse et un brin hédoniste avec une implacable insistance. Certes, la sexualité existe malgré tout, très libre, mais dénuée de passion, encore une fois. Machinale. Quand j'évoque la farce, je devrais plutôt parler d'ironie, ce serait plus juste. On voit bien la teinte d'humour très noir, flirtant elle même entre complaisance et cynisme. Ambiguë. Mais au final, cela fonctionne parfaitement, horrible, drôle et futé, le film reste bien balancé.
Le mérite de cet exploit en revient sans doute autant à la mise en scène très nette, propre, un peu froide même, de Jessua (peut-être pas aussi glacée que les tee-shirts Lacoste et la coupe de cheveux Neuilly de Patrick Dewaere) qu'à la direction de jeu des acteurs. Le film semble leur laisser une belle liberté.
Il est couillument serti d'une épatante brochette de comédiens charpentés. Le dernier plan est une dédicace à Patrick Dewaere, suicidé peu de temps après le tournage. Cette mort répondant bien évidemment à une histoire personnelle tortueuse, mais 'tain, comment s'empêcher de faire le lien avec le thème de "Paradis pour tous"? Diction, regard, prestance sont chez cet acteur d'une inévitable justesse, sans maquillage, ni forfaiture, un jeu à fleur de peau, frémissant de beauté.
Je suis un peu moins fan de Fanny Cottençon, si ce n'est de sa voix éraillée et sexy. J'ai un peu de mal à suivre la comédienne sur chaque scène, notamment les hystériques.
Philippe Léotard
m'étonne, me séduit et finit par m'impressionner avec force. Pour Stéphane Audran
c'est bien simple, j'ai les yeux pleins d'étoiles, une admiration sans borne. Par bien des aspects cette femme est extraordinaire. Elle dépasse mon entendement.
Jacques Dutronc est beaucoup plus insaisissable. Pas sûr que je sois capable sur ce film de bien apprécier son jeu.

"Paradis pour tous" est un film d'anticipation porté par une certaine terreur d'après 30 Glorieuses ou la part de désenchantement qui est propre aux années 70. Daté de 1982, le film est marqué par son époque et explicite beaucoup plus de non-dits sur cette fin de siècle que bien d'autres productions de ces années là. Il le fait au scalpel, sans détour, net et précis, tout en sachant garder un mordant jubilatoire et délectable.

Trombi:Patrice Kerbrat:

Jeanne Goupil:

Caroline Berg (à droite):

Francis Lemaire:

Pierre Hatet:

Stéphane Bouy:

Anna Gaylor:

Philippe Brigaud:

Nicole Gueden:

Catherine Privat:

André Thorent:

François Dyrek:

Maria Laborit:

Joëlle Guigui:

Jean-Paul Muel:

??? des inconnus que je connais mais me faudra un peu de temps avant de retrouver leur identité sauf si vous pouvez m'aider...


lundi 22 juin 2009

Un mauvais fils

 

1980

Cinéaste: Claude Sautet
Comédiens: Patrick Dewaere - Brigitte Fossey - Jacques Dufilho - Yves Robert - Claire Maurier - André Julien - David Pontremoli -Raouf Ben Yaghlane - Pierre Maguelon - Jean-Claude Bouillaud - Franck-Olivier Bonnet - Dominique Zardi



Je n'ai pas de souvenir de mauvais film concernant Claude Sautet. Avec ce dernier, le cinéaste m'a encore une fois cueilli. J'ai beau retourner le film dans tous les sens, je ne parviens pas à lui trouver de défaut majeur ; il me parait d'un équilibre et d'une justesse dans l'écriture, le rythme et la mise en scène qui ne font qu'accroître la déjà profonde admiration pour ce maître de tendresse et d'humanité. C'est beau. Ce mauvais fils est un bon film, une merveille de cinéma.

Sautet et Biasini en adaptant un roman de Torok s'attachent à filmer un traité sur l'incommunicabilité d'un père et son fils. "Traité", je conçois que le mot est si grossier pour un film aussi délicatement construit, mais il n'empêche... si l'on voulait mettre en image une démonstration sur les peines et douleurs que peut provoquer le manque de communication au sein d'une famille, ce film serait d'une efficacité imparable.

Grâce à son écriture d'abord, le film suit un cours d'une fluidité naturelle qui crée chez le spetateur une attention soutenue et sans douleur. Les scènes et évènements, la progression de chaque personnage, tout s'enchaîne avec cette sorte de grâce que l'on retrouve souvent dans les films de Sautet. Bien sûr, il compte souvent sur les mêmes procédés pour souligner tel ou tel effet (la pluie, le brouhaha des bistrots, la voiture, la musique classique, etc.) mais à chaque fois sa mise en scène parait si simple et efficace que l'on ne peut pas y être insensible. Plaisir renouvellé, définition même de la grâce.

En faisant s'affronter ces deux êtres incapables de mettre des mots sur les maux qu'ils se sont faits ou ceux qu'ils se font encore, c'est une main que leur tend Sautet. Une caresse, un secours.
Ce qui me touche souvent chez Sautet, c'est sa capacité à ne pas enrober son récit d'un pathos aussi théâtral qu'inutile mais également à ne pas laisser suinter l'impression nauséeuse que l'on doit prendre le parti de l'un ou de l'autre. A aucun moment, il ne porte un regard moralisateur sur ses personnages, il se contente de les suivire, de les accompagner. Il les aime. Difficile pour moi de résister à cette démarche d'artiste humaniste sur un objet qu'il a créé et comme par magie qui devient un être vrai, touchant, un être humain. Ca ne manque alors jamais de m'émouvoir. J'aime les cinéastes qui aiment leurs personnages au point de leur donner un poids, une vie, une densité. Phénoménal.

Le cinéma, art du collectif, est tributaire du talent de beaucoup. Notamment des comédiens. Et ici Sautet fait bonne pioche. Patrick Dewaere bénéficie d'une richesse de jeu dont je ne pourrai, je crois, jamais en appréhender toute l'étendue tant le bonhomme cache mal une immense sensibilité. Parfois pourtant dans un éclair, son regard laisse percer une part de vérité, ce n'est pas un regard d'homme mais celui d'un enfant blessé. On reste alors saisi en songeant à tous ces rôiles qu'il a choisi. On peut même se demander si ce n'est pas le contraire... Branlette, me direz-vous? Moui. Probablement. Patrick Dewaere est un comédien si imposant, si impressionnant, dans la cadence de verbe et de geste, dans la force de conviction qu'il met à chaque instant dans une justesse qu'on pense infaillible, que l'on finit par oublier qu'il était acteur et par croire qu'il était réellement ses personnages. Alors forcément, je gamberge un peu. Ce petit enfant qui cherche de l'amour dans le regard de son père, des caresses et des sourires, est incapable de dire "je t'aime, je veux t'accompagner pour être sûr que tu es heureux et que tu m'aimes", cet enfant rencontre un autre amputé de la langue, plus bourru encore, tassé par les ans et surtout l'amertume.

Yves Robert a la bouille de l'emploi, un grand gars massif et rond. Au moment de retrouver son fils, il a l'accolade facile et franche.


Il aime son fils. Mais très vite, le passé, avec ses sentiments et pensées étouffés, non réglés, refait surface progressivement jusqu'à ce qu'un malentendu puis un autre parachèvent la destruction des quelques maigres liens subsistants. Quand les mots sortent, ils sont durs, des armes, ils agressent, ils fusent comme des flècnes et font des dégâts que rien ne semble pouvoir réparer.

Il faut du temps et d'autres aléas de vie, surtout une histoire personnelle enrichissante faite d'affection et d'écoute pour que les fils cassés puissent être à nouveau renoués. C'est pourquoi l'histoire de Duflilho

et Fossey,

en apparence parallèle et secondaire, est finalement d'une importance primordiale permettant de maintenir, de soutenir Dewaere, le mauvais fils, de lui donner la possibilité de comprendre son père. Caresse et soutien encore et toujours.

Un film plein d'humanité, de richesse intime, de chaleur. Un film de Sautet quoi!

Trombi:
Claire Maurier:

Dominique Zardi:

Pierre Maguelon (oui, oui, le Terrasson himself des Brigades du Tigre):

David Pontremoli (mémorable italien dans les bronzés font du ski):

Frank-Olivier Bonnet (que l'on a plus l'habitude de voir dans des petites productions nanaro-franchouillardes):

Raouf Ben Yaghlane:

Jean-Claude Bouillaud: