vendredi 28 août 2015

Paysage avec la fuite en Egypte



1602-1604

Titre original: Paesaggio con la fuga in Egitto
Titre francophone: Paysage avec la fuite en Egypte
Titre francophone: La fuite en Egypte

Auteur: Annibale Carracci

Site de la Galerie Doria Pamphilj, Rome
Notice Annibale Carracci


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Dans un autre genre que sa "Suzanne et les vieillards", bien qu'on reste dans l'histoire religieuse, on découvre un charmant petit tableau sur toile du même auteur : Annibale Carracci. Il y a pas mal de ses œuvres dans la collection au Palais Doria Pamphilj de Rome.

Celui-ci est adorable. Par ses dimensions et surtout par l'infinité de petits détails qu'il recèle. Plus encore peut-être, je me demande si cet Annibale n'est pas un gros farceur, ou dans une moindre mesure, quelqu'un doué d'un certain sens de l'humour, un espiègle esprit qui aime aussi jouer avec son art et le regard de l'observateur.

En effet, a priori, on est face à un paysage banal, comme il s'en est peint des pelletées de tout temps. Au milieu de ce spectacle champêtre, plutôt vert, à la végétation parfois dense, où trône, assise sur une colline, une ville fortifiée, sous un grand ciel nuageux, on aperçoit au premier plan un drôle d'équipage : une femme portant un bambin et un vieux barbu guidant un âne à la sortie d'un guet. Quel est donc le sujet ? On ne sait trop devant le choix : la ville, la forêt, la femme, le vieillard? On regarde de plus près et on distingue un paysan avec son troupeau de vaches, un autre avec des moutons, un pêcheur sur sa barque. Au loin il y a même un cavalier isolé.

Qu'est-ce que c'est que ce foutoir? Mais sî l'on regarde d'encore plus près, on se rend compte que la dame arbore une auréole au dessus du crâne (pffff : pour ceux qui pensaient "sous les bras"). La vierge donc. Mais de quoi s'agit-il au juste? Que fait-elle avec le petit Jésus ? C'est donc Joseph qui mène l'âne ? Et c'est d'encore plus près avec le bout du nez chatouillé par la toile que l'on voit dans le paysage lointain une caravane de dromadaires. Bon sang, mais c'est bien sûr : la fuite en Égypte !

J'ai dit et répété ici mon appétit vorace pour les thèmes classiques en peinture qui permettent de distinguer les personnalités et l'art des peintres qui s'y collent, de voir comment ils s'approprient le sujet par rapport aux autres. Il y a là une sorte de rendez-vous avec l'histoire, un enjeu personnel pour le peintre, un risque, qui peut exciter comme décevoir.

Et j'aime vraiment le parti-pris d'Annibale Carracci, son ingéniosité, sa hardiesse. Au-delà même de son aisance picturale à engraisser sa toile à force d'y poser mille détails. Alors que sur ce thème beaucoup ont préféré mettre en exergue la sainte famille, leur fuite, leur détresse, Carracci se concentre sur le paysage. Je ne sais comment a été accueillie cette proposition. Je suppose que d'aucuns l'ont peut-être trouvée humiliante, mais que d'autres ont pu apprécié le fait que l'événement lui même soit associé à la vie quotidienne campagnarde, et qu'ainsi ces personnages sacrés puissent bénéficier une image toute simple, naturelle et réaliste. On parlerait aujourd'hui de proximité.

En ce qui me concerne, ça fonctionne plutôt bien. La sainte famille apparaît effectivement plus humaine, certes, mais cela n'est pas du tout dérangeant, bien au contraire ! En somme, l'entourloupette du peintre me ravit car elle fait montre d'une gentille délicatesse dans sa provocation, et puis la mise en place des différents éléments est maîtrisée, suggérant un équilibre très agréable.

mercredi 26 août 2015

Suzanne et les vieillards Stanzione



1630-1635

Titre original: Susanna e i vecchi
Titre français : Suzanne et les vieillards

Auteur: Massimo Stanzione

Lieu d'exposition permanente: Stadelmuseum, Francfort 
Exposition L'âge d'or de la peinture à Naples, Musée Fabre été 2015

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Belle exposition durant cet été 2015 au musée Fabre : "L'âge d'or de la peinture à Naples" permet d'avoir un superbe et excitant aperçu de ce que cette ville a pu offrir aux XVIe et XVIIe siècles.

Et parmi ces peintres qui ont suivi Le Caravage ou plus généralement ont épousé les grands traits du baroque, il y en a un qui m'a tapé dans l'œil. Massimo Stanzione est un caravagiste affirmé. Cette toile le prouve très précisément d'ailleurs. Comme je l'ai déjà signalé à propos de la "Suzanne et les vieillards" de Carracci, le thème abordé par Stanzione est récurrent dans l'histoire de l'art. Je crois même qu'il existe une autre Suzanne exécutée par Stanzione. On estime que celle-ci a été peinte entre 1630 et 1637.

C'est peut-être ma Suzanne préférée. Je ne la trouve pas spécialement érotique, bien que sa poitrine soit dénudée, mais par rapport à celle de Carracci, elle l'est davantage. Indéniable. Ce qui me plait chez elle est délicat à définir. Mais l'on peut d'ores et déjà dire sans crainte de se tromper que la maîtrise technique est beaucoup plus sûre. Son réalisme, héritier du vérisme caravagesque, se lit aussi bien dans la coiffure pour le moins anarchique du vieillard de gauche que dans le visage incroyablement beau et fin de Suzanne.

Le spectacle est violent. La main droite de Suzanne repousse celle du vieillard central qui tente de la dévêtir complètement. La position de cette blanche main sur celle du vieux à la couleur ocre, terreuse, sale, au hale qui se confond avec sa manche, cette position écartée est toute crispation, toute horreur. Ainsi s'accorde-t-elle de façon tellement géniale avec la posture de tout le corps que l'ensemble est parfait de cohérence.

Surtout, ce visage oblique par rapport au corps, ce regard apeuré, presque figé par l'effroi, cette bouche fermée, rétrécie par l'immonde perspective, cette figure au front si blanc de pureté me transmet automatiquement l'espèce de révulsion qu'éprouve le personnage. Admirable représentation du dégoût! Quelle maîtrise !

Par rapport au tableau de Carracci qui formait un ensemble homogène où chaque personnage ne vaut que par la présence des autres, cette Suzanne se suffit à elle-même. Sa blancheur éclate, et de fait, scinde le tableau en deux, mais on garde l'œil scotché à la partie droite, tant la panique et la pureté de la demoiselle sont impressionnants. On partage son frisson.

Alors que la fontaine de Carracci avait une place non négligeable, Stanzione ne semble pas y accorder autant d'attention. Le fond du décor est tout aussi anecdotique. Le peintre se concentre uniquement sur sa Suzanne et les deux vieillards, sur cet instant, cette seconde photographiée (il n'est pas caravagiste pour rien) où la proposition indécente est faite de manière assez violente pour accentuer le trouble de la jeune femme. Comment ne pas vouloir courir à son secours, être Daniel et sauver la fragile dame?

Je trouve cette Suzanne adorable et l'équilibre général de la peinture est une merveille ! J'adore ! 

mardi 25 août 2015

Suzanne et les vieillards Carracci



1603

Titre original: Susanna e i vecchioni
Traduction: Suzanne et les vieillards

Auteur: Annibale Carracci 
ou 
Auteur: Domenico Zampieri

Notice du tableau au Palazzo Doria Pamphilj, Roma
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D'un récent séjour à Rome, je ramène mille petits souvenirs de grandes images et sensations que je vais essayer de décrire le rapidement possible avant que ma pauvre mémoire perde pied complètement.

Je commence d'abord par une œuvre présente au Palais Doria Pamphilj. Ce magnifique espace privé possède une somptueuse collection de peintures, de sculptures et d'autres objets d'art que je ne saurais trop vous conseiller d'aller voir. L'endroit n'est point envahi de touristes, on peut y flâner en toute aise.

Je reviendrai plus tard sur d'autres œuvres du palais, mais je commence par "Susanna e i vecchioni" (Suzanne et les vieillards). Pourquoi cette peinture plutôt qu'une autre?

D'abord, cet épisode de la mythologie chrétienne fait partie de ces thèmes que les peintres ont aimé à reproduire. Un thème très courant, comme St Sébastien, Marie Madeleine ou Judith et Holopherne est pour le regardeur comme une promesse, un petit jeu de connivence entre l'art pictural et le spectateur qui se pose inévitablement la question de savoir quelle est la vision particulière de l'auteur, ce qui le distingue des autres artistes s'étant déjà confrontés à ce même thème ? Comment s'y prend-il celui-ci pour s'approprier le sujet, en faire une œuvre singulière ? Les thèmes classiques offrent souvent cette opportunité plaisante. Ce fut le cas ici pour ma part.

De plus, "Suzanne et les vieillards" est un thème propice à l'érotisme, sinon à la sensualité. Il est piquant, c'est à dire dérangeant aussi. Rien ne peut plus m'intriguer. Récemment, je suis également allé à l'exposition "L'âge d'or de la peinture à Naples" au Musée Fabre de Montpellier où j'ai pu admirer la "Suzanne et les vieillards" de Massimo Stanzione que je vais commenter aussi. Deux Suzannes en si peu de jours, j'étais obligé de comparer. Et elles sont si différentes ! Cela m'a paru très intéressant.

Et pour finir, dernier point qui pare cette œuvre d'une teinte encore plus mystérieuse : son auteur. Elle a été longtemps attribuée au Dominiquin (Domenico Zampieri). Or, à la galerie, elle est signalée comme l'œuvre de Annibale Carracci. Une base de données nous informe que l'attribution au Carrache est toute récente, sans autre précision. Quoiqu'il en soit, ce genre d'ombre fait partie de l'histoire de l'art. Ce sont des aléas fréquents, surtout quand les deux peintres putatifs sont liés, comme ici avec le Dominiquin, lié aux deux frères de Carrache.

Revenons maintenant à cette Suzanne. S'il s'agit bien du Carrache, elle est donc une œuvre de fin de carrière. Le maître est décédé en 1609. Elle date de 1603.

Ce que j'aime d'abord, ce sont les couleurs et surtout le contraste entre le rouge empressé ainsi que le bleu plus étouffé des deux vieillards, en pleine opposition avec la pureté blanche de la jeune femme. Le paysage alentour est très sombre, joliment fait, simplement classique. Mais les vieillards s'en extraient comme s'ils avaient été cachés par les ombres pour s'approcher sans être vus.

La ligne que suit notre regard depuis le vieux de gauche vers Suzanne à droite, en passant par le vieillard du centre, est fluide bien que formant une intersection avec soit une direction à droite vers la fontaine, soit vers le bas et le corps plié de la femme qui se reflète un peu dans l'eau. Cette ligne est parfaitement lisible.

Le tableau est agréable à l'œil, facile à comprendre, même sans connaître l'histoire de Suzanne. Je la résume vite : deux vieux vicelards matent une donzelle qui prend un bain, puis le zizi tout dur, proposent la botte à la belle qui refuse bien entendu. Vexés, les vioques l'accusent d'adultère. Heureusement, le prophète Daniel va les confondre et ce sont les vieillards qui seront condamnés.

Suzanne incarne la pureté. Et c'est bien cet attribut symbolique qui titille l'imagination. Et peut-être également la vanité des peintres ? Peindre la pureté : merde, quel exploit! La belle, la présomptueuse affaire! Certains ont accentué l'aspect érotique de cette histoire, en mettant en valeur la sensualité du corps de Suzanne et en enlaidissant les vieillards, comme pour signifier que la pureté n'existe que dans le regard impur des vicieux. Le fameux contraste.

Ici j'ai l'impression que ce n'est pas du tout ce que cherche le peintre. La posture de Suzanne n'a rien d'érotique : elle est fermée sur elle même, dans un inconfort manifeste. Aucune sensualité ne s'en dégage. Le tableau laisse une drôle de sensation. Curieusement, il a quelque chose de grotesque, presque comique. Je ne pense pas que ce soit intentionnel pourtant. Les corps se trouvent dans des positions incommodes, presque désarticulés. Le vieil homme de gauche enjambe le parapet, sa tête semble figée comme celle d'un chien à l'arrêt devant sa proie. Néanmoins, le reste du corps est en mouvement. Suzanne, en position de refus, lutte pour maintenir cachée sa nudité. Tout son corps est comme oppressé par l'élan pervers des deux hommes. Son corps est tendu vers un ailleurs désormais inaccessible. Son bras se tend vers la droite, tirant son voile comme ultime bouclier, mais sa génuflexion la cloue au sol. Impossible pour elle de fuir. La torsion du cou est forcée. Dès lors toute sa posture est bizarre, incongrue. Et l'ensemble des trois corps, leurs oppositions, forme un spectacle hors du commun.

En plus, comme les couleurs (bleu, rouge et blanc) détonnent par rapport aux fonds sombres, l'œil est en quelque sorte attiré, bousculé par ces différences. J'aime bien ça, les contours, les traits des personnages, comment leurs habits ou leurs corps se dessinent franchement. Ils y gagnent en relief, très nets. Les couleurs luisent. De fait, le tableau a été pour moi tellement agréable à regarder! Et à ce propos, il ne faut pas trop se fier aux reproductions trop claires. Le tableau est au naturel plus sombre. La galerie est peut-être pas si bien éclairée, il est vrai.

Pour finir, je dirais aussi que j'ai aimé cette fontaine. Je m'interroge encore sur sa signification. Elle est belle, tranquille. Immuable, dispensatrice de cette eau où se reflète une toute petite partie du corps de Suzanne. J'aime bien la façon dont la fontaine s'intègre sans le laisser apparaître nettement au reste du décor. Un flou étrange inquiète encore davantage. Les frontières sont estompées avec subtilité. Délicatement, dans le silence du noir. Phénomène jubilatoire finalement.

J'aime bien le Carrache, même si je lui préfère le Caravage. Il y a de la rondeur dans son trait et il n'a pas peur de la couleur, du fait qu'elle semble se détacher d'un fond plutôt monochrome. Je ne connais pas du tout l'histoire de ce peintre, mais je suis souvent touché par son travail.

S'il s'agit du Dominiquin, que je ne connaissais pas à vrai dire, hé bien, c'est une découverte plaisante. Ce tableau me plait beaucoup, mais j'avoue que je préfère la Suzanne de Stanzione que j'ai vue au Musée Fabre. Elle est plus sensuelle, mais surtout son beau visage impressionne. Beaucoup moins séduisante, celle du Carrache ne "fonctionne" pas par elle même. Elle fait partie de l'ensemble avec les deux vieux qui lui donnent tout son sens en fin de compte.

dimanche 23 août 2015

Le convoi de la peur



1977

Titre original: Sorcerer
Titre francophone: Le convoi de la peur

Cinéaste: William Friedkin
Comédiens: Roy Scheider - Bruno Cremer - Francisco RabalAmidou

Notice SC
Notice Imdb

Vu en salle


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J'ai lu récemment l'autobiographie de Friedkin et la ressortie sur grand écran de ce film tombe à point. Je pars avec une idée négative a priori cependant : le regret que la distribution initiale n'ait pas pu être maintenue. Steve McQueen à la place de Roy Scheider et Lino Ventura à celle de Bruno Cremer, l'imagination galope.

Ceci étant dit, la séance commence et on entre dans l'histoire, ou plutôt devrais-je dire dans les histoires. En effet, en préambule, le film raconte les raisons (attentat, malversations financières et braquage raté) qui poussent trois personnages à se cacher dans un coin paumé au milieu de la jungle d'Amérique latine. Même si l'idée semble aussi généreuse que logique de prime abord, elle s'avère plutôt désastreuse pour le rythme et la lecture du film selon moi.
Ces mini introductions plombent un peu le reste du film. La raison essentielle en revient, je crois, à leurs longueurs. William Friedkin prend son temps. Trop. Il entre dans les détails, là encore trop.
Bizarrement, sur les quatre personnages principaux, un seul n'a pas droit à ce traitement de faveur. Peut-être parce qu'il s'incruste dans l'aventure au dernier moment et doit garder une part de mystère ? Mais alors pourquoi ne pas utiliser ce mystère jusqu'au bout? Toujours est-il que l'axe du film n'est pas là. Il est dans la jungle, dans les torrents, les ponts branlants, les lianes, les précipices où ces foutus camions se faufilent comme des mastodontes à la mécanique infernale.

Remake du "salaire de la peur" de Clouzot, "Sorcerer" est moins tourné vers les liens entre les personnages, moins psychologique. C'est la nature qui impose ses règles aux hommes qui croient pouvoir la défier sans en payer le prix. Il y a de l'Aguirre chez ces quatre larrons, ces perdidos qui essaient d'échapper à l'infortune qui leur colle aux godillots comme une boue d'infamie, une indécrottabilité oppressante. Difficile de ne pas penser à toute la littérature d'aventure, d'exploration en milieu hostile. On pense évidemment à "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad.

Sorcerer n'est pas à proprement parler un film d'initiation. Il ne s'agit pas de jeunes naïfs en quête du sens de la vie dans la tourmente verte et brune de la jungle, loin de là. Ils sont bien plutôt des rebuts de la société obligés d'aller vers une mort qu'ils s'obstinent à refuser, peut-être également par naïveté, mais ceux-là sont vieux, épuisés par leur fuite. Fatigués au delà du purgatoire, ils sont déjà en enfer et ne s'en rendent pas compte. Le film présente des fins de vie pour des personnages qui refusent de baisser les bras face à la mort. L'instinct de survie inutile et vain est sans doute le seul véritable lien qui les rattache encore à l'humanité car ils ne rêvent plus. Ils sont de l'autre côté de la frontière. Dans ce cas, impossible de revenir en arrière. Aussi le film prend-il à la fin des airs à la fois de tragédie et de mythologie. En tout cas, il sort définitivement de l'ordinaire avec sa morale déterministe.

On est donc bien loin du premier film de Clouzot, ce qui est une bonne chose : il n'y a pas redite. Il n'empêche que cette exaltation qui prend le récit n'opère pas sur moi le charme espéré. J'aime bien le film mais ne suis pas transporté.

Les séquences sont très bien filmées. Celle du pont est extraordinaire, très spectaculaire, éprouvante même, mais elle ne suscite pas grand chose de plus au final. Elle reste un objet simple, physique, sans transcendance. Pas de grand frisson, juste un petit, ce qui est déjà pas mal.

Je n'ai pas grand chose à dire sur les comédiens. Ce film-la non plus ne me fera pas adorer Roy Scheider.
Il est bien, sans plus. Comme dans "Jaws" ou "French connection", je l'aime bien mais je n'arrive pas à le trouver formidable. Les autres n'éveillent pas davantage mon attention. Ah, si, j'ai un petit penchant en faveur de Bruno Cremer. Sans doute parce qu'il est une figure familière du cinéma français, plus encore parce que son personnage abandonne bien plus que les autres au début du film. Il y a cette montre qui le garde attaché à son passé, un regard nostalgique et amoureux qui peut éveiller quelque émotion secrète.

A la fin, je m'interroge toujours sur la gueule du film s'il avait été bâti sur les personnalités aussi ossues que celles de Ventura et McQueen. Est-ce que le film aurait été si différent ? Aurait-il raconté davantage que celui-ci ? Pas sûr en fait, tant les personnages sont abordés avec moins de profondeur psychologique que d'épaisseur physique en fin de compte.

Mini trombi:
Francisco Rabal:

Amidou:

Itinéraire d'un ciné-fils



1992

RéalisateursPierre-André BoutangDominique Rabourdin

Notice SC
Notice Imdb

Vu sur le net


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Cela faisait très longtemps que je n'avais pas vu ce documentaire. La première fois, je n'avais pas vu autant de films qu'aujourd'hui bien entendu et il y a sûrement au moins un quart de ce à quoi Serge Daney fait allusion qui avait dû m'échapper.

Maintenant, tout l'entretien m'apparaît limpide. Je me sens relativement capable de me situer dans cet espace-temps cinéphile que Daney esquisse ici. Disons que je comprends à peu près ce qu'il a vécu, les raisons qui l'ont poussé à écrire ce qu'il a écrit, jusqu'à même cette radicalité dont je m'estime totalement étranger. Mais je la vois, il l'exprime formidablement bien.

D'ailleurs, je ne sais si l'intérêt de ce documentaire ne réside pas plus dans la façon dont Serge Daney conduit son récit, son auto-analyse ou dans l'extrême effacement de la réalisation. Un peu des deux, mon neveu! L'objet visuel n'a pas grand d'intérêt, si ce n'est qu'il permet d'abord à Daney de s'exprimer avec une grande liberté (peu de coupes, un temps apparemment limité à la volonté de Daney pour qu'il aille au bout de ses arguments) et au spectateur de lire sur son visage la manifestation de sa pensée par quelques mouvements d'humeur disons.

Je disais donc que je comprenais cette cinéphilie, extrêmement politique, parfois radicale, où l'esthétique et la morale font un drôle de ménage, presque constitutionnel si vous me permettez ce qualificatif. En tout cas, c'est ce qu'il semble dire. Je comprends mais je ne partage pas le même type de cinéphilie. Il y a fort à parier que Serge Daney aurait ignoré totalement un olibrius comme moi, tant l'axiome art/morale constitue son identité même alors qu'il peut me faire fuir.

Alors, il est aussi possible qu'on ne mette pas tout à fait le même sens au terme "morale". A peine ai-je écrit cette phrase que j'en décèle l'absurdité, voire la bêtise soyons honnête. C'est sûrement parce que je n'ai pas assez ressassé le sujet en moi pour en tracer des contours nets. Quand il évoque la réaction de Rivette devant un plan de "Kapo" pour illustrer cet aspect immoral que peut avoir le cinéma, je suis d'abord porté à avoir le même jugement sur l'esthétisme doloriste d'un événement en soi tellement insupportable, mais peu à peu se diffuse en moi l'envie de comprendre la mise en scène de Pontecorvo, d'essayer de voir s'il n'y a pas une raison qui m'échappe, qui justifie, une pensée esthétique, un symbole qui n'a strictement rien d'immoral mais, parce qu'il ne m'est pas accessible m'apparaît comme immoral.

Bref la radicalité de Daney et de Rivette semble alors trop agressive. Histoire de contexte sans aucun doute. Ils sont les enfants de cette guerre. Je fais partie de ceux qui bénéficient du recul d'une génération. Eux n'ont pas cette opportunité. Ils ont pris le génocide juif et tzigane dans la trogne. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts (Arendt notamment a participé à ce flux de réflexions avec le temps) et on commence à comprendre que le génocide n'est pas un accident de l'humanité, mais que c'est un fait réel, qui s'explique, qui peut donc recommencer, comme la Yougoslavie ou le Rwanda l'ont démontré. L'horreur n'est pas irrationnelle, ni intouchable malheureusement.

A la fin, quand il s'agit pour lui de se projeter dans l'avenir du cinéma et de la télé, la tâche est d'autant plus ardue qu'il n'a pas idée de la révolution internet. Sur le plan politique, on le sent légèrement désabusé, notamment sur sa propre évolution politique. Cela ne l'empêche pas de continuer à avoir un discours radical très schématique et donc grossièrement bancal de type "tous Pétainistes!" qui finit par altérer l'admiration que la finesse apparente de ses réflexions avait pu susciter jusque-là.

Reste que Serge Daney comme d'autres, malgré l'espèce de dogme par moments ressemblant presque à un intégrisme qui lui tient lieu de véhicule intellectuel, pose un regard aujourd'hui encore très intéressant sur l'histoire du cinéma d'après-guerre et ce documentaire très sobre le rend parfaitement lisible.

lundi 17 août 2015

L'arabe du futur tome 1



2014

Titre original : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) - L'arabe du futur Tome 1

Auteur: Riad Sattouf
Dessinateur: Riad Sattouf
Editeur: Allary

  • ISBN-10: 2370730145
  • ISBN-13: 978-2370730145

Notice SC

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Autobiographie qui rappelle tout de suite, dès la première page pour tout dire, Persépolis de Marjane Satrapi, mais en moins onirique, voire moins baroque, moins audacieux surtout. Forcément, quand on passe en second, la tâche parait plus ardue pour résister à la comparaison. Mon ressenti peut être injuste, toujours est-il qu'il est là et que je me le coltine tout le long de la lecture, qu'il s'amplifie même désagréablement au fur et à mesure que l'histoire ne décolle pas.

En effet, le parti pris terre à terre décontenance un peu. Pas spécialement conquis, j'ai attendu en vain que soit les personnages, soit le récit veuillent bien prendre enfin leur envol, vers quelque chose de nouveau, de percutant, de singulier.

Or, j'ai eu l'impression d'assister à une présentation des personnages, en première, tranquillou, et que la narration reste sur cette vitesse, n'enclenchant jamais la seconde. On suit sagement la trame, les petites histoires pas très remuantes qui ne débouchent pas sur un niveau supérieur.

Je m'attendais de la part de Sattouf à un humour un poil plus présent, plus puissant. L'intention n'est certainement pas de faire rire, mais joue sur des émotions plus rentrées, plus intimistes sans doute, douces amères. A la fin de ce premier tome, je me demande s'il n'a pas été écrit et dessiné pour mettre en place les enjeux du tome suivant. J'espère.

Freddy - Les griffes de la nuit



1984

Titre original: A nightmare on Elm Street
Titre francophone: Les griffes de la nuit

Cinéaste: Wes Craven
Comédiens: Johnny Depp - Heather Langenkamp - Amanda Wyss - Robert Englund

Notice SC
Notice Imdb

Vu en dvd

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Je n'avais jamais vu un film de "Freddy". Hé oui, ça arrive. Et j'étais très loin de penser que ce film fondateur d'une si fameuse série soit aussi mauvais. Il est très mal fait.

Mal écrit d'abord, le scénario peine à cacher la hâte ou la paresse qui a disposé à l'élaboration de son récit très approximatif. Les différentes scènes paroxystiques sont artificiellement intégrées à l'ensemble de toute manière hétéroclite. Le manque de cohérence en effet est criant. Difficile dans ces conditions d'espérer faire peur une seconde à un spectateur contemporain.

Je suppose qu'à l'époque cela a pu faire frémir l’œil neuf et tout juste post-pubère. Maintenant, je pense que cela ne peut faire que sourire, au mieux. Le rayon Horreur s'est étoffé de grandes œuvres autrement plus chiadées qui ravalent cet objet au rayon nanar. Je peine à imaginer que ce film-là soit fondamental dans l'histoire du cinéma horrifique, mais il faut le remettre dans son contexte. Le genre n'était pas aussi installé que de nos jours.

Wes Craven qui s'est heureusement aguerri et amélioré depuis propose là une mise en scène plutôt laborieuse. Ses effets sont très souvent loupés, que ce soit dans le comique ou bien dans l'effroi.

La faute sans doute à un parti pris premier degré chez les acteurs, dont certains sont foutrement mauvais. Le pompon du jeu médiocre revient sans contexte selon moi à Ronee Blakley avec un faciès stallonien des plus bovidés et une diction monotone horripilante.

Finalement, outre le bonheur d'avoir ouvert une belle série (j'ose espérer), ce film donne l'occasion au jeune débutant Johnny Depp de faire sa première apparition sur grand écran dans un rôle totalement mièvre. D'ailleurs son jeu ne manque pas de révéler l'absence d'intérêt du comédien. On se demande toujours quand il va bailler.

Un assez mauvais film qui gâche toutes ses scènes. Dommage car il y en a deux ou trois qui auraient pu donner quelque chose de spectaculaire, notamment la scène du bain. Raté.

Trombi:
Heather Langenkamp:

Amanda Wyss:

Robert Englund:

John Saxon:

Jsu Garcia:

Charles Fleischer et Mimi Craven:

Joseph Whipp:

Lin Shaye:

Joe Unger:

Jack Shea:

Sandy Lipton et Ed Call:

Donna Woodrum et Paul Grenier:

John Richard Petersen:

Leslie Hoffman: