mardi 21 août 2012

Shah-re ziba



2004
Alias: Les enfants de Belle Ville

Alias: The beautiful city

Cinéaste:Asghar Farhadi
Comédiens:
Babak Ansari -Faramarz Gharibian -Ahu Kheradmand -Hossein Farzi-Zadeh -Taraneh Alidoosti

Notice Cinéprofil
Notice Imdb

Notice Jack Sullivan

Vu en salle

De Farhadi, je n'ai vu que le formidable "Une séparation", marquant coup de poing kafkaïen dans un Iran étouffant où les rapports humains sont déchiquetés par la machine politico-religieuse qui enserre toute la société.

Et en découvrant cette œuvre précédente, les similarités dans l'écriture comme dans la thématique, me sautent au cervelet. Surtout cette capacité que Farhadi a de mettre en place très progressivement mais avec une redoutable implacabilité les rouages insensibles d'une machinerie politique et sociale qui parait à mes yeux gigantesques comme insensés. Si j'avais un seul argument à faire valoir pour promouvoir l’œuvre de ce cinéaste, c'est bel et bien cette qualité d'écriture qui me stupéfait une nouvelle fois.

De même que sur "Une séparation" je suis également cueilli par l'interprétation. Je serai un poil moins enthousiaste pour Babak Ansari qui laisse paraitre les défauts de sa jeunesse en quelques traits simplistes ou trop appuyés.

Mais Taraneh Alidoosti, éblouissante de détermination, de beauté face à l'horreur de sa situation, sait aussi accepter un amour naissant avec beaucoup de naturel et de charme. Elle est remarquablement précise, toujours très équilibrée.

Faramarz Gharibian, un acteur dont le rôle est ô combien périlleux à maintenir dans des tonalités crédibles, s'en sort plus que haut la main. Cet acteur, aux faux airs de "vieux" Cary Grant, laisse passer énormément de douleur et de réflexions pénibles dans son regard, tout en faisant montre d'une judicieuse économie expressive. Épatante découverte, la plus explosive pour ma part sur ce film.

L'histoire est une tragédie de l'absurdité dans laquelle le quotidien dans l'Iran actuel peut se fourvoyer, à cause du poids jamais chancelant d'un régime très encadré et cloisonné. Le droit islamique (ici plutôt la loi du Talion, suivie à la lettre) maintient des logiques sociales et religieuses ineptes qui produisent des situations inextricables. L'absurde poussé jusqu'à son extrême logique peut amener les hommes à se comporter de manière aussi affreusement imbécile. Pourtant, la situation s'envenime d'elle même, sans que l'on puisse suggérer que Farhadi critique la religion, le régime politique ou la tradition en général. Au contraire, l'imam du quartier parait le seul à faire preuve d'ouverture d'esprit et de tolérance, fermant les yeux sur le blasphème proféré par un père en deuil, ivre et torturé de douleur d'avoir perdu sa fille. C'est bien l'enchainement des situations qui produit une violence incroyable, cette évolution étant parfaitement logique. Inattaquable, encore une fois, Farhadi évite tous les écueils de critique morale possible. Il ne fait que raconter une histoire, sans juger ni des uns, ni des autres, ni même du système politique à l'origine de tous ces troubles. Au public de faire la part des choses et des liens entre causes et effets.

Afin d'éviter la mort d'un être cher, on en vient à détruire les sentiments personnels et intimes les plus profonds, la moindre des libertés, celle d'aimer. Dès lors, rien d'étonnant à ce qu'un personnage qui avait semblé plein d'attention et de sensibilité, un éducateur dans une prison pour jeunes, conciliant et compréhensif, en vienne à tirer les conclusions les plus rétrogrades de cette histoire écœurante : le sacrifice est la solution inéluctable.

Comme dans "Une séparation", la société semble rivetée, emmurée dans un ensemble de brutalités permanentes auxquelles il est difficile d'échapper. Pour les femmes, nulle possibilité d'éviter quoique ce soit : une vie de femme vaut la moitié de celle d'un homme, cela met la barre très bas par conséquent.

Étouffant, le scénario ne nous épargne pas grand chose. A chaque moment où les personnages croient sortir la tête de l'eau, un évènement vient la leur remettre dans le seau. Cette impuissance est soulignée par la force de conviction de Al'a (Babak Ansari) qu'il parvient à insuffler à Firoozeh (Taraneh Alidoosti). Cette ténacité, cette abnégation constamment éreintées par les circonstances contraires incitent à classer ce film parmi les films noirs modernes. En effet, rien n'est épargné à ces deux héros en quête de survie. A chaque étapes que l'on croit décisive vers la réussite, la laborieuse construction s'écroule, jusqu'à cette voie sans issue qu'il semble impossible d'éviter.

Encore un coup de massue sur la tête, pour les personnages, comme pour le public. Je suis très heureux d'avoir découvert ce cinéaste. Il est foutrement efficace, son cinéma est redoutable, d'une puissance rare.

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