dimanche 27 septembre 2009

Columbo: Swan Song


alias: Columbo: Le chant du cygne
1974
Réalisateur: Nicholas Colasanto
Comédiens: Peter Falk - Johnny Cash - Ida Lupino - Vito Scotti - John Dehner
Voilà le genre d'épisode pour lequel je n'ai pas toutes les clefs faute d'une culture adéquate. Pour bien en balayer les moindres recoins, il importe de connaitre son Johnny Cash par coeur. Ayant vu dernièrement Walk the line, biopic sur ce chanteur country, je comprends et apprécie d'autant mieux ce que signifie ce personnage de Tommy Brown, chanteur de country chrétienne. Les chansons prières au seigneur viennent faire écho au début de la carrière de Johnny Cash, qui avait tenté de faire son trou dans le gospel. Les rapports entre son personnage et sa femme jouée par une immense Ida Lupino (qui n'en est pas à sa première : elle joue dans Accident) sont en revanche assez éloignés de ceux qu'il avait vécu avec June Carter.

Quand je voyais cet épisode et que je ne connaissais pas encore Johnny Cash, je me demandais quelle était la part d'accointance entre le récit et la réalité. Des images stock-shots de concert achevaient de m'en convaincre.

Impression renforcée par l'intonation de Cash en version originale, associée à sa gestuelle : il ne joue pas très bien, ce n'est pas son métier, c'est un chanteur-musicien avant tout. En version française, cela passe mieux. Et puis pas de besoin de se pointer le torse en disant "I", "me" et myself" à tout bout de champ, à la longue cela se voit, m'sieur Cash. Son rythme est très bon mais sa voix laisse percevoir qu'il tente de jouer. Il y a quelques exagérations, quelques tons en trop parfois. C'est fort dommage parce que cet épisode est fort bien bâti et surtout bien mis en scène. C'est peut-être sur ce point que j'ai été ravi. Le tempo de jeu des comédiens, les idées de mise en scène et l'accompagnement musical sont sans doute les trois éléments majeurs pour expliquer mon grand plaisir à suivre cette enquête.

Plusieurs scènes sont formidables et agrémentent le récit, lui donnent un sel particulier avec pour conséquence de maintenir l'attention du spectateur. A titre d'exemple, je citerais les toutes premières investigations de Columbo sur le lieu du crime. Une discussion d'experts se développe entre Peter Falk et John Dehner, envoyé spécial d'une compagnie d'assurance.

Le balancement du personnage entre une enquête rendue soudain fort intrigante par Columbo et l'équipe de journalistes venus l'interviewer est encore une judicieuse idée de mise en scène.
J'évoquerais volontiers le dialogue entre Columbo et Lucille Meredith (qu'on avait déjà vue dans Candidat au crime 3.03) dans l'atelier de confection : savoureux moment

ou bien encore l'exceptionnel numéro de charme auquel se livre Vito Scotti (six Columbo à lui tout seul : Candidat au crime 3.03, Quand le vin est tiré 3.02, Le chant du cygne 3.07, Réaction négative 4.02, Jeu d'identité 5.03, Portrait d'un assassin 9.01) dans son meilleur rôle sans doute, un croque-mort qui essaie de convaincre vainement Columbo de souscrire une convention obsèques.

Je ne sais si c'est la faiblesse de jeu de Cash qui a incité les scénaristes à incorporer au script des scénettes-parures assurées par des comédiens confirmés? Possible. Quoiqu'il en soit, cela fonctionne merveilleusement pour ma part, je suis conquis.

On a droit encore une fois à une séquence jouant sur les piètres aptitudes physiques du lieutenant de Columbo à son retour d'un périple en avion. Il met un certain temps à s'en remettre pour notre plus grand et cruel bonheur.


L'épisode oblige également le spectateur à accepter un préalable a priori difficile à avaler : le crime perpétré par crash d'avion. Tommy Brown (Cash) tue sa femme (Lupino) en sautant en parachute et en laissant l'avion s'écraser. Malgré cela, le foisonnement d'idées décoratives ou structurelles au scénario rend la lecture très homogène et crédible. Du début à la fin, on est accroché. Les scènes finales de l'aéroport ménagent une sorte de suspense improbable : comment? Columbo va-t-il laisser filer sa proie? Est-ce possible? Le dénouement, à cet égard, est bien fichu.

Un très bon épisode en dépit de caractéristiques qui auraient pu constituer de graves déséquilibres et qui est épicé de musique rock country au rythme qui se laisse diablement retenir, du moins à qui l'oreille et les goûts en donnent la permission.

J'aime beaucoup cet épisode malgré le jeu de Cash lequel ne manque pas de charme pourtant, une espèce de sympathie naturelle qui donne à sa relation à Columbo un attrait bien spécial. Columbo a rarement été aussi faux-derche, manipulateur et néanmoins l'on sent qu'il apprécie son "assassin". On est très loin des batailles à fleuret non moucheté, des duels acharnés et féroces mais c'est tout de même une rencontre charmante.

A noter la courte apparition de Sorrell Booke (le Boss Hogg de Shérif fais-moi peur) en manager de Tommy.

Reste du trombi:
Bill McKinney:

Une tête que vous ne pouvez pas ne pas connaitre John Randolph:

Tandem


1987
Cinéaste: Patrice Leconte
Comédiens: Jean Rochefort - Gérard Jugnot - Julie Jézéquel - Jean-Claude Dreyfus
Notice IMDB
Très joli road-movie, noir et drôle à la fois. Il y a de la comédie italienne là-dedans... du fanfaron.


Le film accompagne deux êtres dépendants l'un de l'autre et de leur travail. Ils font la route pour oublier le vide de leurs petites existences. Ne jamais s'arrêter, surtout pas. Et si Jugnot livre une bonne interprétation, sans moustache ni trompette d'ailleurs mais avec une moumoute pour faire oublier l'image de franchouillard moyen qui lui collait au derme depuis un certain nombre d'années, splendides,

c'est bien entendu dans l'étendue du talent de Jean Rochefort que se situe l'attrait principal du film. La très large gamme d'émotions que le bougre d'animal parvient à étaler devant nos yeux ébaubis et pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment les acteurs démontre à qui ne lui reconnaitrait pas ces capacités hors du commun qu'il est d'une justesse sans faille, avec la sensibilité mêlée de malice qui touche au but, avec la fantaisie et un physique à nuls autres pareils qui lui permettent des éclats magnifiques alors que chez d'autres ils paraitraient du plus grotesque ridicule.

Acteur sur le fil du rasoir, Rochefort trouve là un rôle à sa démesure, tout en nuances déroutantes, extraverti enfouissant au plus profond ses troubles et lourdes angoisses, tari d'amour, désespéré, glauque, comme figé dans le temps qui passe pourtant, inexorable, et dans une solitude à peine apaisée par la présence de son Sancho Panza. Je parierais que Terry Gilliam a vu ce film de Leconte. Rochefort vitupère, bouleverse, explose et subit. C'est une performance admirable.

Patrice Leconte a sû ici avec courage s'effacer pour donner volontairement une image assez terne à sa mise en scène, sans tapage, très sobre mais néanmoins assez fine et qui surtout colle à la perfection à l'histoire dépressive. La photographie de Denis Lenoir est volontiers sombre, dans les verts-de-gris. Les paysages déserts, humides et froids évoquent le nez qui goutte et les paupières qui tombent de fatigue, pour des personnages tristes qui ne veulent pas se l'avouer sous peine d'en mourir.


Très joli film qui réussit à mêler mélancolie et sourires. En dépit d'un sujet proche du grand gouffre "Pathos", le film ne tombe jamais grâce entre autres à la furieuse créativité et l'exubérance jouissive de Jean Rochefort et un scénario noir, aigre, mais toujours avec un clin d'oeil rieur, une maligne propension à se moquer avec affection des situations dans lesquelles la ringardise des personnages atteint quelques sommets hors-catégorie. A ce sujet, quelques points communs avec "Les grands ducs" se font jour.

Trombi:
Jean-Claude Dreyfus:

Sylvie Granotier:

Julie Jézéquel:

Marie Pillet:

Ged Marlon:

Ride lonesome


alias : La chevauchée de la vengeance
alias : Le vengeur solitaire
1959
Cinéaste : Budd Boetticher
Comédiens : Randolph Scott - James Coburn - James Best - Karen Steele - Lee Van Cleef - Pernell Roberts


Après la méchante déconvenue survenue en découvrant The tall T pour mon premier Boetticher, je posai la galette avec une légère appréhension mais tout de suite, elle s'envola. Comme si un parfum subtil se faisait sentir, dès les premières images. Le cinémascope est toujours le bienvenu personnellement. Ici l'image est bonne, le grain impeccable. La scène d'ouverture est un petit bijou de mise en scène. Après un plan fixe sur de grands rochers pendant le générique, on aperçoit un cavalier (Randolph Scott) qui émerge progressivement de cet amas minéral et phallique.

Doucement, il approche, au pas, calme. La caméra le suit. Un léger travelling sur la droite nous amène à découvrir un autre cowboy (James Best) assis près d'un feu et de son cheval qui émet un léger hennissement. Son propriétaire ne bouge pas mais répond que lui aussi l'a entendu. L'action est d'une fluidité remarquable. Randolph Scott est descendu de son canasson et entreprend arme au poing d'escalader le monticule pour surprendre vraisemblablement sa proie. Il n'a pas le temps de jeter un regard furtif vers le foyer qu'il entend l'autre l'inviter à le rejoindre. Dans la continuité Scott passe les derniers obstacles rocailleux et arrive sur la scène face à James Best (le Rosco de Shérif fais moi peur, oui oui!) présentant un superbe plan de son postérieur. Les menottes au cul finissent de nous indique tout de l'histoire entre les deux hommes.

Magnifique! Best se lève montrant bien le révolver dans l'étui de sa jambe droite. Tension et suspense, non dits très clairs, on entre de plein pied dans le western. Chapeau... heu... Stetson, plutôt!

On parle souvent d'épure concernant Boetticher. Je maintiens que The tall T est loin de ce que ce terme recouvre dans mon esprit, bien au contraire. Alors que pour ce Ride Lonesome, il convient de manière idéale. Les relations entre les personnages, la concision des dialogues, la clarté des situations, la limpidité de la mise en scène en attestent. Le sublime travail d'écriture fait de ce grand western un spectacle très fin et très agréable à lire.


C'est d'autant plus vrai qu'il distribue une galerie de personnages complexes, avec leurs parts de mystères, leurs desseins floutés. Sans que l'on soit perdu pour autant, car l'histoire n'offre que peu de surprises ; le scénario propose une histoire pleine de doutes et de tensions admirablement bien rendus par des comédiens au jeu simple et efficace. J'admire à ce sujet le peu que Lee Van Cleef nous livre en si peu d'apparitions.

Il y met suffisamment d'ambiguité pour troubler l'image que l'on se fait d'un tel personnage. La prestation de James Best est très bonne empruntant au mythe de Billy the kid.

Et puis il y a la généreuse plastique de Karen Steele qui en outre dépeint avec sobriété et force le regard dur des femmes de l'ouest.


On voit trop peu de James Coburn pour être vraiment ébloui.

De Scott, on appréciera avec ses rides mal cachées, les exploits sportifs et équestres, son mutisme qui lui donnent une belle sécheresse, une pudeur et une droiture qui évoquent les grands mythes du western hollywoodien de Wayne à Eastwood.

Je ne connaissais pas Pernell Roberts. Son jeu m'a semblé relativement ordinaire et bien souvent je me suis laissé aller à imaginer d'autres comédiens qui auraient donné ce petit plus qui font les grands acteurs. C'est le petit bémol du film.

Poursuite, rachat, vengeance, rapports homme-femme, tous ces thèmes clefs sont plus ou moins interrogés dans ce très joli film, à la beauté en clair-obscur alimentée également par un travail photographique remarquable du chef-opérateur Charles Lawton Jr. notamment lors d'impressionnants crépuscules sur le désert.


Je me suis réconcilié avec Boetticher, pas avec The tall T vraiment très différent dans l'écrit comme dans la forme.

Jusan-nin renzoku bokoma


alias : Le démon de la violence
1978
Cinéaste : Kôji Wakamatsu
Comédiens : Mayuko Hino - Emi Yamashita - Tensan Umatsu - Kumiko Araki
De prime abord, je me suis inquiété de la relative médiocrité de compression et d'édition du dvd. Cela ressemble à une vhs. Et puis le souci constant de créer un bel objet chez Wakamatsu, sa recherche d'angles et d'une certaines picturalité console en partie le spectateur.

Néanmoins, il apparait clairement que le bon vieux scope noir & blac fait tout de même défaut. Le passage au 4/3 n'est pas dû à un recadrage comme le prouvent plusieurs jolis plans exploitant le format. Je ne connais pas l'histoire de ce film mais je suppose que les temps sont durs pour Wakamatsu et qu'il s'agit avant tout d'une donnée budgétaire. Malgré un aspect un peu cheap, vidé, délavé, le cinéaste s'en sort parfois fort bien.


Sauf peut-être sur les scènes de nuit.

L'histoire est l'antienne wakamatsienne du jeune garçon mal dans sa peau qui, dans un environnement pollué et oppressant de HLM et de terrains vagues, promène son oisiveté et son malaise jusqu'à ce que des rencontres lui permettent de laisser exploser son amertume, son aigreur dans des bouffées de violence criminelle. A noter que tous ses crimes sont accompagnés dans leur paroxysme des sons et cris de la modernité (sirène de police, de bateaux, hurlements des moteurs à réaction des avions, circulation, etc.). Là dessus s'ajoute une inaptitude à affronter ses peurs sexuelles, à accepter la sexualité, les femmes, le passage à l'âge adulte, les engagements et ses propres pulsions morbides.





On suit donc pendant un peu plus d'une heure l'errance criminelle de ce personnage joué par un jeune acteur rondouillard,

au jeu plutôt correct mais pas extraordinaire. Femmes et couples sont violés, trucidés jusqu'au moment où il rencontre une jeune aveugle qu'il épargne enfin

et qu'il se fasse ensuite descendre à coups de mitraillette (rien que ça!) par on ne sait qui.
C'est le gros reproche que je ferais au film : une fin abrupte et insensée qui tombe comme un couperet injustifié. On a le sentiment que le scénario ne sait pas comment clore ce récit et a choisi cette fin prématurément, de manière un peu absurde, précipitée, dans une urgence non réfléchie et puis pour absolument livrer le serial killer à une fin aussi violente que son parcours. Sorte de morale à deux yens.

Au détour d'une scène on est juste cueilli par la poésie dans ce monde de brutes que Wakamatsu tient à insufler à son personnage monstrueux. Tout comme il semble ne pas concevoir un de ses films sans au moins une allusion politique à l'histoire de son pays.

Une rengaine wakamastienne qui ne m'étonne plus beaucoup.

samedi 26 septembre 2009

Mystery street


alias : Le mystère de la plage perdue
alias : Murder at Harvard
1950
Cinéaste: John Sturges
Comédiens : Ricardo Montalban - Bruce Bennett - Elsa Lanchester - Sally Forrest
Notice IMDB
Ce n'est pas le premier film des coffrets "Films noirs de Warner" qui ne correspond pas vraiment aux archétypes du genre. Loin du noir, le film est un bon petit polar, retraçant l'enquête d'un jeune inspecteur (Ricardo Montalban),

plein de ferveur maus un peu borné. Il se fourvoie tellement dans ses approximations et les apparences qu'il entérine de fait ce qui est en train de devenir une erreur judiciaire. Heureusement -dans un film noir, cet adverbe devrait être banni- grâce à la science d'un collègue, il découvrira la réelle identité du meurtrier.

Le rythme est tenu par un scénario vif, guère plombé que par une petite scène mollassonne (la scène mélodramatico-hystérique de la ménagère). John Sturges maintient une direction d'acteurs correcte et surtout propose une belle mise en image.

Je ne sais pas quand se situe ce film dans sa filmographie, mais ça ressemble à une oeuvre de jeunesse, de celles qu'on donnait à des cinéastes en herbe pour se faire les dents. Je ne sais pas pourquoi, mais on a cette impression de suivre le récit d'une petite production de série B. Vérification faite sur imdb, c'est le 11e film de Sturges, le 3e véritablement important. La modestie de la distribution appuie un peu ce sentiment. Mais il ne faut pas toujours s'y fier. D'ailleurs n'y a-t-il pas une cabotine Elsa Lanchester dans un savoureux second rôle de vieille fille pas très honnête? Un rôle taillé sur mesure.

Petit policier amusant, sans plus.
Trombi:
Bruce Bennett:

Sally Forrest:

Jan Sterling:

Marshall Thompson:

Edmon Ryan:

Betsy Blair:

Walter Burke:

jeudi 24 septembre 2009

Etsuraku


alias : Les plaisirs de la chair
alias : The pleasures of the flesh
1965
Cinéaste: Nagisa Oshima
Comédiens: Masako Yagi - Yumiko Nogawa - Mariko Kaga - Katsuo Nakamura
Petite déception en ce qui concerne une histoire qui ne m'a jamais intéressé. Le personnage joué par Katsuo Nakamura est le jouet d'un destin farceur, ce qui a priori constitue un canevas séduisant.

Mais pour une raison qui m'échappe encore, je me suis fortement ennuyé. Je ne pense pas que le film soit fondamentalement emmerdant. Non, c'est plutôt une affaire personnelle, ou le comédien qui ne me plait pas, je ne sais pas bien.

Par bonheur, la mise en image d'Oshima s'est révélée subjugante à bien des égards. D'abord, l'utilisation qu'il fait du scope couleur est des plus originales et risquées. Il s'approprie à la manière d'un peintre toutes les distances entre sujet et caméra, joue sur les flous, travaille également ses lumières et les couleurs mais surtout ce qui frappe tout le long du film c'est l'investissement total du cadre : le sujet parfois visible dans un coin transforme l'image cinéma en oeuvre picturale, fausse inerte et vraie fascinante.

Par conséquent, si le sort que le scénario réserve à ce puceau amoureux ne m'a guère tenu en éveil, j'ai pu résister aux tentations de Morphée grâce à une forme par moments très proches de l'art pictural. Je me suis tellement peu intéressé à cette histoire que je me retrouve un peu démuni, à ne savoir qu'en dire.

The city under the sea


1965
alias : City in the Sea
alias : War-Gods of the Deep
Cinéaste: Jacques Tourneur
Comédiens: Vincent Price - David Tomlinson - Tab Hunter - Susan Hart
Une adaptation d'Edgar Allan Poe, une réalisation de Jacques Tourneur, un Vincent Price en potentat malade mental, un cinémascope et un monde souterrain, voilà une série d'éléments bien bandants et qui donnent au final une soupe assez maigre, une grasse désillusion.

La faute en revient essentiellement à un scénario très mal écrit. D'emblée, les dialogues parfois incongrus émaillent un récit qui devient très rapidement fouilli et presque incompréhensible. Impossible alors d'entrer en empathie avec les personnages. David Tomlinson a beau se démener pour faire le clown,

il ne parvient pas à donner une véritable chaleur, ni une cadence à un scénario décousu et pas loin d'être non existent. Je m'interroge sérieusement là-dessus. Les acteurs paraissent débiter du texte sans s'intéresser, sans y croire une seule seconde. Vincent Price peine à habiter son personnage à la folie bien ordinaire.


Même pas peur! Tab Hunter est d'une platitude confondante. Je l'ai déjà oublié celui-là.

Je n'en dirais pas autant de Susan Hart, superbe playmate, un peu vieillissante, joliment vieillissante.


Son personnage est inintéressant, ne nous y trompons pas, elle est juste un faire-valoir, le fameux McGuffin de Sir Alfred, le prétexte qui déclenche le périple des deux personnages principaux vers ces mondes souterrains qui rappellent vaguement ceux de "Voyage au centre de la terre" de Levin, mais sans le chatoiement des couleurs, sans le rêve ni le merveilleux du monde imaginé par Verne.




Je suppose que les productions AIP ont voulu refaire les succès du "Voyage..." ou bien encore du "20 000 lieues sous les mers" de Fleischer. Là encore, le film patauge en eaux troubles. Les scènes sous-marines sont très longues, épuisantes de nullité et finissent par annihiler les derniers regards conciliants. Les paupières se font lourdes, je n'en puis plus, vite, qu'on en finisse!

Tenshi no harawata: Nami


1979
alias : Angel Guts: Nami
Cinéaste: Noboru Tanaka
Comédiens: Eri Kanuma - Mimi Sawaki - Miyako Yamaguchi - Takeo Chii

Un peu déçu par ce Tanaka qui ne m'a pas du tout interpellé. J'ai trouvé sa réalisation très sage et beaucoup moins riche qu'à l'habitude. Sans doute faut-il voir dans mon froid regard le fait que l'histoire parait un peu bancale. Pendant une bonne partie du film, j'ai cru y voir une critique affutée et acerbe sur la violence de la société et du moralisme japonais sur les femmes. Le judicieux parallèle entre la violence sexuelle et la violence morale qu'exerce la presse à sensation sur les femmes semblait finement décrit


grâce à l'ambiguité scélérate de Nami jouée par l'excellente Eri Kanuma.

Mais cette éngime sur la fin parait presque excuser la violence et non vaguement l'expliquer. A la toute fin, on retrouve le regard du cinéaste focalisé sur le mal-être ineffaçable, à tel point que la folie devient la seule issue. Brisée par le viol, Nami est inapte à aimer.

Le secours que veut lui porter Tetsuro (Takeo Chii, lui aussi remarquable), reste vain.

Je retrouve Tanaka qui aime à filmer la détresse des femmes, la violence de leurs sentiments et sensations en scrutant le moindre vacillement du regard.



Là encore, le film au départ érotique se mûe en quête introspective, en drame psychologique. Le film érotique devient film noir. Mais tour à tour, Tanaka porte le film sur des plans bien différents. Certaines scènes (l'infirmière) appartiennent aux films d'horreur, au suspense horrifique et gore.


Par moments, la quête devient enquête et le film prend des allures de polar noir.


Il finit comme une tragédie romantique, noire, toujours noire. ces va-et-vients m'ont semblé d'une cohésion mesurée et ne font pas véritablement sens, si ce n'est à vouloir perdre le spectateur dans le labyrinthe des passions dans lesquels les personnages se fourvoient eux même.

Tanaka continue d'utiliser ses éclairages parlants par leurs variations. Ici, il insère un filtre rouge puis un halo blanc pour concrétiser le basculement de Nami dans la folie.

En somme, à la fin du film, je ne sais torp que penser. Mes sentiments sont confus. Mon parcours du film a souffert d'un manque de compréhension, je suppose. Le film ne m'a pas trop parlé. Manque d'évidence.

Largo Winch


2008
Cinéaste: Jérôme Salle
Comédiens: Tomer Sisley - Kristin Scott Thomas - Miki Manojlovic -Elizabeth Bennett - Mélanie Thierry - Gilbert Melki
Je n'avais pas un souvenir très clair, ni très enthousiaste de la dizaine d'albums bédé que j'avais eu l'occasion de lire il y a quelques années déjà. Mais ce film a été bien plus éreintant à subir. Je n'ai pas compté les baillements que ce film insipide ont provoqué au risque de me décrocher la mâchoire.

Alors il faut avouer que l'adaptation de cette histoire nageant entre action pûre et magouiilles financières alambiquées constitue un ouvrage de haute précision pour lequel milles écueils menacent la lisibilité. La bataille et les malversations entre investisseurs et groupes possédants sont à peu près bien rendues. Disons qu'elles ont au moins l'avantage d'avoir été traitées de manière plutôt nette. Après... le suspense boursier multinational ne me soulève que modérément la glotte. Personnellement, je ne m'en relève pas la nuit. Et quand le scénario entreprend de mettre en place des scènes d'action et du spectacle testostéroné, c'est beaucoup moins fluide. Je ne reviendrais pas sur cette damnée tendance à la tremblotte de la caméra chez les cadreurs et l'épilepsie chez les monteurs, maladies qui finiront bien par se calmer un jour ou l'autre. Soyons patients. Mais le pire est dans la faiblesse des situations et des personnages, tout le long insignifiants au possible. Transparents, sans âme, sans une once de profondeur. C'en est risible à la fin. Les scénaristes ont semble-t-il abusé de la truelle à l'heure d'écrire cette histoire à grosses ficelles.

J'étais curieux de découvrir Sisley en acteur de ciné. Je le suis toujours à vrai dire. De même étais-je ravi de voir apparaître au générique le nom de Gilbert Melki, un des rares hommes qui pourraient remettre en cause mon indécrottable hétérosexualité, hé bien quelle déception là encore!

Aucune suprise, aucun intérêt, aucune portée, aucune histoire, aucuns personnages, aucun film. Je l'ai vu il y a deux ou trois jours, j'ai commencà à l'oublier au mot fin. Fade.
Le pop corn, c'est mangeable avec du sel.

Non, définitivement, j'ai perdu mon temps.

mardi 22 septembre 2009

Life of Brian


alias : Monty Python's Life of Brian
alias : La vie de Brian
1979
Cinéaste: Terry Jones
Comédiens: Eric Idle - Graham Chapman - John Cleese - Terry Gilliam - Terry Jones - Michael Palin
Notice IMDB
Pendant longtemps cette vie de brian était mon Python préféré. Cette revoyure m'a semblé beaucoup moins vivifiante que lors des précédentes lectures. Elle m'a péniblement arraché quelques sourires sur les grandes scènes clés (lapidation, tags, crucifixion, etc.).

Pour le reste, ce qui m'avait auparavant fait bien rire est passé au-dessus de ma tête sans m'ébouriffer. Le délire extra-terrestre,

la prononciation de Pilate, les différentes fronts de libération judéens m'ont paru bien moins drôles que les pitreries médiévales du Graal ou les scketchs du sens de la vie et peut-être également moins imaginatifs et délirants. Mais bon, j'étais... qui sais... dans une mauvaise lune, comme disent les anglois.

Heureusement les comédiens sont toujours excellents. Surtout John Cleese impeccable dans le rythme comme dans la diction.

Michael Palin est remarquable également.

J'ai moins été conquis par les aigus d'Eric Idle.

Quant à Graham Chapman, il continue de ne pas être un bon comédien, engoncé dans un grand corps qu'il semble avoir du mal à parfaitement maitriser.


Reste une oeuvre des Monty Python, un petit ovni du rire, intelligent et dévergondé, qui a fait date dans l'histoire de la comédie.

PS. Il y a un petit truc qui me tarabuste. En écoutant le générique du début, je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux chansons génériques de James Bond et je n'en vois pas la raison. Y a-t-il une parodie musicale ou je rêve? Mais quel James Bond? Goldfinger?

Watchmen


alias : Les Gardiens
2009
Cinéaste: Zack Snyder
Comédiens: Carla Gugino - Billy Crudup - Matthew Goode - Jackie Earle Haley - Jeffrey Dean Morgan



Je ne connaissais pas cet univers, ses créateurs. J'avais bien compris cependant qu'on avait là un film pour adultes, loin de Batman, Spiderman, Superman, Hulk et autres Marvels asexués et moralistes habituels destinés à un large public. C'est vrai que cette vision sexuelle, immorale, fait du bien quelque part, donne un sens plus intense au genre du film de super-héros. A la longue, (plutôt longue à partir de deux heures) une certaine lassitude tend à se faire sentir cependant. Sans doute, à cause d'un verbiage qui costume les intentions de moins en moins mystérieuses et de plus en plus décevantes.

Là où l'on s'attendait à une profonde réflexion d'où pouvait se révéler une philosophie de vie éclairante, semble se développer une vision assez limitée de l'humanité et hors du sens de l'histoire. De prime abord, on pourrait ressentir une espèce de ratatinement du film. Or, le film joue effectivement des dogmes du genre et propose par conséquent une image symétriquement opposée à l'imaginaire traditionnelle. Il secoue la paillasse peut-être un peu poussierreuse, avec un divertissement ultra-violent, gore parfois

et un spectacle où les personnages doivent composer avec leurs pulsions sexuelles ou morbides.

La portée du film est limitée à des horizons de divertissement dans ce petit cadre de l'inversion systématique des valeurs. Mais c'est déjà en soi une petite révolution que les good guys soient tout autant des bad guys. Le renversement de valeurs permet en outre de démontrer l'absurdité du cynisme, de l'ultra-individualisme (Le comédien) ou de l'ultra-altruisme (Veidt). Vous noterez que le drapeau américain est très présent dans le film mais on est aux antipodes de la bannière claquant au ciel d'un building où Spiderman fait le paon.

Vous noterez également le rôle prépondérant de Nixon.

Bref, le scénario ancre son discours rétrograde, naïf et simpliste sur des arguments politiques plus ou moins explicites. J'ai l'impression, ce n'est qu'un ressenti personnel, que Snyder veut démontrer par l'absurde la faiblesse des discours politiques réactionnaires, extrémistes ou politiquement corrects.

Sur cette ossature, étroite certes, le film est remarquable. Visuellement, toute la panoplie des effets spéciaux actuels est mise en oeuvre pour créer une harmonieuse et très vivante bande dessinée filmée. On s'aperçoit à cette occasion que l'on est pas encore foutu de faire un félin digne de ce nom.

Le travail de Larry Fong sur la photographie donne quelques très belles réussites. La bande musicale, même si elle n'a rien d'original, colle bien aux différentes époques que le film prend pour cadre. Un rock des plus classiques et qui roucoule avec délice à mon oreille.

En ce qui concerne les acteurs, le jeu est juste correct. Rien d''extraordinaire à l'exception de Carla Gugino et Jackie Earle Haley. Le rôle de Jeffrey Dean Morgan (Le comédien ou Blake), cynique de droite, fachoïde, comme beaucoup des personnages est très faiblard, il est vrai.

Mais Billy Crudup (Dr Manhattan ou Jon Osterman) hérite d'un personnage d'une profonde médiocrité intellectuelle.

Mais je crois que celui de Matthew Goode (Veidt ou Ozymandias) le vaut largement.

Leur imbécile politique rase les paquerettes au niveau des plus médiocres terrorismes. Le plus pûr et logique dans sa démarche me semble Rorschach alias Walter Kovacs joué par Jackie Earle Haley,


de loin le plus ambigu et le plus fouillé. Dans les portraits des divers personnages, le sien est moins lisse paradoxalement. Peut-être en raison de son discours plus intelligible et linéaire? Les autres cachent plus qu'ils n'exposent. Moralement, Rorschach est également celui qui a le moins à se reprocher aussi apparait-il plus sympathique. Oui, j'aime sa cohérence. D'un autre côté, il est difficile de vilipender la faiblesse des personnages, leur hypocrisie tout en vantant le parti pris révolutionnaire de traiter de manière réaliste et antimoraliste le film de super-héros. Aussi forcément, les super-héros peuvent être des super-connards, tuer des innocents et violer (Blake), organiser un génocide (Veidt) pour des raisons plus ou moins crétines. Ces super-héros sont cons, comme les hommes.

Trombi:
Malin Akerman:

Patrick Wilson:

Matt Frewer:

Laura Mennell:

Rob LaBelle:

Robert Wisden:

Ron Fassler:

William S. Taylor:

Danny Woodburn:

lundi 21 septembre 2009

Columbo : Mind over Mayhem

alias: "Columbo: Au-delà de la folie"
1974
Réalisateur: Alf Kjellin
Comédiens: Peter Falk - José Ferrer - Robert Walker Jr.
Un Columbo décevant à plus d'un titre avec un des dénouements les plus mauvais que j'ai eu à voir jusque là dans la série. D'ailleurs s'agit-il vraiment d'un dénouement à proprement parler? On est en droit de se poser la question. En éludant la résolution de l'affaire par démonstration de preuve, la scénario ne dénoue rien. C'est par la pression affective que Columbo oblige le meurtrier à avouer son crime et non par l'irréfutable logique. A vouloir innover à tout prix, les auteurs parfois perdent le fil de l'enquête et du bon sens. Faute de preuve, Columbo se contente d'accuser le fils pour que le père avoue. C'est indigne bon sang! De la basse manoeuvre, en totale inadéquation avec la jugeotte et les performances columbiennes. Quoiqu'il en soit, là où le fidèle spectateur attend le coup de massue du raisonnement advient une besogne infâme de pression psychologique primaire. Columbo aurait attaché son suspect et l'aurait tabassé à coup de bottin, c'eut été du pareil au même! S'il n'y avait que cette fin d'épisode désastreuse... malheureusement, il y a également José Ferrer dont les expressions restent terriblement limitées. Son jeu à l'économie frise... que dis-je, fait une permanente à la radinerie. A sa décharge, son personnage fait preuve d'un cynisme redoutable mais on aurait pu voir dans son geste assassin une marque d'amour paternel que l'on ne retrouve pas exprimée par ailleurs. Bref, José Ferrer n'a pas l'air très concerné. L'affrontement avec Columbo n'a même pas lieu.

C'est ailleurs que l'on prend du plaisir. Malheureusement, loin de l'essentiel. Quelque clins d'oeil amusants. Notamment le petit génie (Lee Montgomery) qui s'appelle Steve Spielberg dont la bouille rappelle également vaguement celle du cinéaste.

Et évidemment l'utilisation de Robby le Robot de Forbidden planet (Planète interdite) de Wilcox

est sans doute l'intérêt majeur pour le fanatique de ce grand film de science-fiction des années 50. Avec Leslie Nielsen (Attente s.01.e05 - Jeu d'identité s.05.e03), avec Anne Francis (Accident s.01.e.06 - Le spécialiste s.02.e.06) et maintenant avec Robby, les liens entre ce film et la série Columbo sont nombreux.

Au générique, le nom de Robert Walker m'a fait sourciller. Le grand comédien Robert Walker, époux malheureux de Jennifer Jones et personnage suprêmement inquiétant dans "L'inconnu du Nord-Express" d'Hitchcock, dans ce fameux criss-cross du suspense, toujours vivant à l'époque? Il me semblait qu'il était décédé dans les années 50. Et puis le nom Walker étant sans doute plutôt fréquent, j'ai pensé qu'il s'agissait d'un homonyme et paf! apparait à l'écran un jeune type qui a tout de Robert Walker, sauf l'âge bien entendu. Son fils sans doute, ce qu'Imdb m'a confirmé plus tard. Portrait craché presque effrayant.

Dans cet épisode insipide -n'ayons pas peur des mots- quelques autres petits éléments sont à noter comme par exemple la mise en avant des balbutiements de l'informatique, rigolos aujourd'hui par leur archaïsme.

La petite scénette d'introduction de Columbo est assez marrante. Il vient chercher son chien dans une sorte d'école de dressage car son animal fait déprimer les autres chiens.

Ce chien est un autre de ces éléments descriptifs qui à l'instar de la Peugeot brinquebalante ou de l'imperméable rapiécé symbolisent la nullité apparente de Columbo qui lui sert de cheval de Troie pour être sous-estimer par ses adversaires. "Le chien" est tellement mou et inutile que Columbo ne parvient pas à lui trouver un nom ni une autre place que la banquette passager de sa voiture. Une sorte de miroir dans lequel Columbo aime à se regarder flageollant et grotesque pour mieux convaincre sa proie qu'elle n'a rien à craindre de lui. C'est un personnage important de la série qui prend progressivement une part de plus en plus imposante, surtout pour parer le personnage de Columbo d'un aspect comique renversant les valeurs et qui a l'avantage de conforter les spectateurs dans leur position privilégiée, celle de ceux qui savent et à qui on ne l'a fait pas, au contraire des meurtriers.

Si quelqu'un peut m'expliquer ce qui est passé par la tête des traducteurs au moment de choisir ce titre français hors de propos...

Trombi:
Jessica Walter:

Lew Ayres:

dimanche 20 septembre 2009

Fanfan la tulipe


alias : Fan-Fan the Tulip
alias : Soldier of Love
1952
Cinéaste : Christian-Jaque
Comédiens: Gina Lollobrigida - Gérard Philipe - Noël Roquevert

Gros plaisir ce soir grâce à un travail encore une fois somptueux de Criterion en dernier échelon du dvd. La photographie est tèrs bien rendue. La netteté impeccable rend alors un hommage grandiloquent à la beauté de Gina Lollobrigida, beauté pas seulement pulmonaire

car l'italienne éclaire par son naturel et sa simplicité des plans qui auraient pu être anodins. Elle campe une Adeline à la fois forte, altière, intelligente mais aussi douce, amoureuse, craintive et apeurée. Quel dommage que cette post-synchronisation vienne un peu gâcher le joli gateau qu'elle nous offre là.


D'où vient donc cette frénésie lollogrigidesque qui a pris le monde entier?
Réponse:


Bien entendu, le comédien qui impressionne le plus est cet incroyable Gérard Philipe. Je parlais plus haut de "naturel" pour Gina, mais quel vocable utiliser alors pour décrire le jeu de ce comédien de génie, plein d'intentions et de rythme que l'on ne peut croire joué tant ils sont ajustés au plus près et exprimés comme on respire. Ce type est extraordinaire! Je reprendrais volontiers les paroles de Monsieur Saroyan : "il m'épate, il m'épate, il m'épate!"

Mais ce duo amoureux ne serait certainement pas aussi scintillant s'il n'avait pas été contrarié pour un troisième larron, d'un burlesque consommé et d'une puissance comique physique hors du commun : Noël Roquevert use à bon escient de son faciès grotesque, avec des billes rondes à la place des yeux, une forme de visage pleine d'angles et de saillies, des bacchantes qui accentuent l'épaisseur de ses traits. Un de ses meilleurs rôles à ma connaissance. Il est en tout point excellent : bête, méchant et laid à souhait.

Fort heureusement, le film ne se contente pas donner scène à une belle distribution. Christian-Jaque, un très grand réalisateur français, à qui l'on devrait dresser des couronnes plus souvent, livre ici un très joli film. Sa réalisation sans esbrouffe, mais dopée par un montage assez nerveux sur les scènes d'action, tient bien mieux que la route. Quelques délicieux travellings (celui de l'apparition de Lollobrigida est divin),



de très jolis cadres d'exposition, une alternance de différents plans pour donner à ses scènes une richesse presque subliminale et surtout une attention toujours soutenue à filmer ses comédiens, ce qu'ils donnent dans l'émotion au plus près sans systématiquement abuser du gros plan. Christian-Jaque est un cinéaste du "sans en avoir l'air". Efficacité et simplicité..

La photographie de Christian Matras, même si elle n'a rien d'exceptionnel, est parfois très belle. Surtout elle est une nouvelle fois superbement reconstituée par le dvd Criterion (scusez la redite mais c'est toujours un délice pour les yeux).

En fin de compte, à l'heure de faire les comptes des grands plaisirs que le film m'a procurés, je me demande si ce sont pas le scénario de Fallet, Jeanson, Christian-Jaque et Wheeler ainsi que les dialogues de Jeanson (tout seul comme un grand) qui dominent le podium. L'histoire avec ses atours aventureux et presque mythiques -la bravoure de Fanfan est plus qu'héroïque, elle manifeste un état d'esprit rafraichissant et d'un optimisme sans borne- l'histoire disais-je, recèle une part d'humour absurde et subversif. Les dialogues et les personnages font preuve d'une malice des plus réjouissantes. Faisant feu de tout bois, les propos d'un antimilitarisme acerbe ou les comportements hédonistes de Fanfan professent une liberté de ton et une foi en l'homme qui font aujourd'hui encore un bien fou et ressourçant. J'ai utilisé le terme "rafraichissant" tout à l'heure. J'ai envie de récidiver encore et encore quand je pense à ce film. Fanfan est le film rafraichissant par excellence.

Trombi:
Olivier Hussenot:

Georgette Anys:

Marcel Herrand:

Sublimissime Geneviève Page:

Nerio Bernardi:

Jean-Marc Tennberg :

L'adorable Jean Parédès :

Irène Young et Hennery :

mercredi 16 septembre 2009

La ardilla roja


alias : Red Squirrel, The
alias : L'écureuil rouge
1993
Cinéaste: Julio Medem
Comédiens: Emma Suárez - Nancho Novo - María Barranco - Karra Elejalde

Deuxième film de Julio Medem que je vois. Ce film est très bizarre, pas désagréable, loin de là mais très curieux par son traitement, original, alerte, tour à tour poétique, audacieux ou très classique, mais c'est surtout le scénario qui réserve de violents virages. Le film est d'abord une aventure romantique mais ellle réserve quelques moments de comédie ou bien de suspense.

Le mystère entoure toute cette étrange histoire d'amnésie. L'ambiguité du personnage joué par Nancho Novo ne laisse pas d'inquiéter. Plane au dessus de ses sentiments, de son attitude une part de mystère qui ne se dément pas.

Celle qui joue l'amnésique, Emma Suárez, m'a moins convaincu.

Mais ce qui est très intrigant, c'est que presque tous les personnages naviguent en eaux troubles et laissent poindre ça et là des éléments discordants avec l'image dont ils se parent la plupart du temps. Aussi les personnages secondaires sont-ils tout aussi intéressants à suivre et la curiosité du spectateur est-elle continuellement aiguisée.

Au final, la lecture du film laisse une drôle d'impression. Difficile à appréhender. Avec quelques jours de recul, j'ai encore bien des difficultés à avoir un avis tranché sur le film. Je ne sais pas bien si j'ai aimé ou pas. C'est souvent bien fait mais par moments, les ruptures de ton, sans aller jusqu'à indisposer, bousculent un peu trop la lecture du film. Je me suis quelques fois surpris à rire lors de scènes qui n'avaient rien de comique. C'est dommage.

Trombi:
Délicieuse María Barranco:

Karra Elejalde:

Carmelo Gómez:

Et dans un tout petit rôle Cristina Marcos:

mardi 15 septembre 2009

Local hero


alias: Local hero : le miracle écossais
1983
Cinéaste: Bill Forsyth
Comédiens: Burt Lancaster - Peter Riegert - Fulton Mackay - Denis Lawson

J'ai une drôle d'histoire avec ce film. La première fois que je l'ai vu, c'est à sa sortie. Je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais marmot. Avec un copain, on pensait voir une bonne comédie. C'en est une mais menée sur un humour particulier et traitée de manière pas vraiment traditionnelle. Il ne s'agit pas d'une comédie directe, ni burlesque. Elle n'est pas bâtie sur des dialogues percutants, ni sur un rythme échevelé. Bref, j'avais 10 à 12 ans et on s'est emmerdé comme des rats morts devant cet OVNI. Désappointés. Nos attentes insatisfaites. Erreur d'aiguillage. Ces acteurs inconnus, ce temps suspendu, ces situations qui n'avancent qu'à petits pas... on est sorti de la salle. C'était la première fois (et la dernière en ce qui me concerne) que je sortais en plein séance d'une salle de cinéma. Dehors, le Cours Victor Hugo bordelais bruissait des hallebardes qui rinçaient trottoirs, passants et voitures. Dilluvien. Ces pluies torrentielles nous ont refoulé à l'intérieur de la salle. Mieux valait s'emmerder au sec. Une chance qu'il ait plu, je suis ressorti de la salle (qui n'existe plus, la pauvrette) complètement ravi, sous le charme de ce film bizarre, cachant coquinement son jeu pour livrer un beau message, plein d'humanisme et de poésie sur le monde moderne et ses contradictions. Je l'ai revu plusieurs fois depuis et à chaque fois c'est un doux plaisir. Comme un rendez-vous galant qu'on ne rate jamais.

J'aime beaucoup ce film qui baigne dans une atmosphère écossaise, rurale et simple, balnéaire et ordinaire, dans laquelle les habitants de cette petite localité de bord de mer se trouvent bouleversés par la perspective de devenir riches quand une grande société pétrolière se propose de racheter le village et la plage afin d'en faire une des plus grandes plateformes portuaires et pétrochimiques de l'Atlantique Nord.

Mais le bouleversement aussi inattendu que progressif de l'américain "Mac", envoyé spécial chargé de négocier la transaction, est sans doute tout aussi intense. Au contact de cette population simple, de cette majestueuse nature (qu'une très belle photographie met superbement en lumière)

Mac réévalue ses priorités. Le personnage joué par Burt Lancaster le grand patron très excentrique, féru d'astronomie n'est pas tout à fait crédible, il faut avouer. On se demande bien où sont passées sa dose de cynisme et son avidité prédatrice de grand investisseur.

Les autres personnages recèlent quelques onces d'un charme bien particulier, sont dotés d'un humour britannique bon enfant. Ce cinéma par ces aspects humanistes fait songer à certains films de Powell & Pressburger, notamment "I know where I go", "A Canterbury tale" ou "The edge of the world".


Un humour pince-sans-rire, un rythme lent et délicat, des dialogues savoureux, des acteurs sympathiques, une poésie de la quiétude, une photo ravissante, une histoire simple, un très bon film.

Trombi:
Peter Riegert:

Denis Lawson:

Jennifer Black:

Jenny Seagrove et Peter Capaldi:

Christopher Rozycki et Fulton Mackay:

lundi 14 septembre 2009

The Tall T


alias : L'homme de l'Arizona
1957
Cinéaste: Budd Boetticher
Comédiens: Randolph Scott - Richard Boone - Maureen O'Sullivan - Henry Silva
Mon premier Boetticher. J'ai pris cet "Homme de l'Arizona" au pifomètre dans le coffret Boetticher de Sony. J'attendais beaucoup. Trop sans doute. Je croyais, j'espérais me procurer un nouveau plaisir de découverte, à l'instar de celui qu'Anthony Mann avait suscité. Hé bien, c'est une petite déception.

Point de Mann. Point de cette profondeur qui prend la cervelle et les tripes. Ici, les personnages sont bien trop fades, comme dessinés à la va-vite. Il n'y a guère que celui de Richard Boone qui propose son regard ambigu, des attitudes difficiles à cerner, de quoi également façonner un personnage très effrayant. Très belle prestation de Richard Boone, plein de naturel et de classe à la fois.

A contrario, Randolph Scott livre un personnage très simple. J'ai même envie de dire simplet, pendant une bonne partie du film. La première partie du film, présentation des personnage, est très étrange par sa proximité scénique avec l'ordinaire télévisuelle de l'époque. Les personnages dans leur attitude sont proches de Flipper le dauphin ou Daktari. C'est très lisse et Scott tout sourire, toujours sourire, semble plus proche d'un clown que d'un cow-boy.



Le film bascule ensuite dans la tragédie et le western fracassants. Le contraste soudain n'est pas pour me déplaire. La fracture secoue la poussière, donne une sombre densité à un film clairement banal auparavant.

Mais le personnage ne décolle pas. La relation amoureuse qui se développe dans la douleur avec Maureen O'Sullivan est conduite très bizarrement. L'idylle nait de manière instantanée et inattendue, sans autre raison qu'une nécessité scénaristique de recette hollywoodienne. S'il passe d'une pauvreté burlesque à une grave froideur, Randolph Scott n'épaissit pas pour autant son personnage qui reste encore vaguement dessiné. O'Sullivan, Silva et Homeier n'échappent pas non plus aux clichés, leurs personnages sont classiques et sans grande envergure.

Malgré un suspense non négligeable qui permet de tenir l'attention, on s'ennuie un peu à attendre vainement une poussée dramatique et des enjeux psychologiques ou moraux plus subtils.

Dans les westerns, il est bien difficile d'échapper aux paysages et il est important de bien les insérer dans la narration. Boetticher filme modestement les paysages, à ceci près qu'il semble particulièrement être friand des tiramisus. Les personnages sont comme incrustés dans un assemblage de différentes couches naturelles que les lignes horizontales du grand ouest dessinent derrière les hommes. Et c'est assez réussi, très joli, spectaculaire mais cela ne suffit pas à mon bonheur.

Espérons que j'aurais plus matière à battre des mains sur le reste du coffret.

Trombi:
John Hubbard et Maureen O'Sullivan:

Henry Silva et Skip Homeier:

Arthur Hunnicutt:

Jokosei: tenshi no harawata


alias : Angel Guts: High School Coed
1978
Cinéaste: Chusei Sone
Comédiens: Tatsuma Higuchi - Tsutomu Hori - Kenji Kasai - Megu Kawashima

Un des "romans porno" les plus populaires parait-il. Sans doute en grande partie grâce à la réalisation soignée de Chusei Sone. Indéniablement, l'esthétique du film est parfois très belle. Quelques séquences pourtant d'une grande violence sont traitées de façon très complaisante et néanmoins une certaine poésie formelle s'en dégage.




C'est un paradoxe très troublant, difficile à analyser. L'histoire ne m'a pas véritablement emballé. Une bande de jeunes hommes à la sexualité pour le moins malade traine sa frustration, son absence d'espoir et de perspectives dans des chevauchées motocyclées et sauvages.

Ils m'ont rappellé les jeunes oisifs de Wakamatsu dans Gendai sei hanzai zekkyo hen: riyu naki boko (Viol sans raison). C'est exactement la même thématique mais Sone ne donne pas une vision politique et sociale à son film. Nullement. Et ses personnages parviennent à peine à laisser poindre une esquisse de personnalité et de troubles subtils, comme le refoulement homosexuel par exemple qui n'apparait que subrepticement au détour d'une seule scène. Le bouleversement émotionnel d'un des personnages dû à l'incohérence profonde de son comportement que la relation entre sa soeur et ses deux comparses finit par mettre cruellement en lumière est somme toute le seul grand enjeu du film. Le final remet peut-être les personnages à leur place entre police et yakuzas : une manière comme une autre d'entrer dans l'âge adulte.

C'est donc assez décevant. Les acteurs sont de temps en temps proches de l'hystérie et laissent le spectateur au bord de l'agacement. D'autre part, les scènes érotiques, quoique très bien filmées, trainent un peu en longueur. Compte tenu de la violence du propos, elles ne sont pas du tout excitantes. M'enfin, me direz-vous, c'est affaire de goût. Disons que je doute un peu des intentions réellement érotiques du film. L'érotisme me parait plus de l'habillage que la raison d'être du film. C'est d'abord un film noir, un polar où les personnages malsains expriment leur mal-être dans une sexualité inaboutie.


Ce n'est pas le premier film de ce genre que je vois et je commence à craindre une certaine lassitude de ma part (j'en ai encore quelques-uns de la série Angel Guts à voir). J'espère un renouvellement de la problématique.

Chikatetsu renzoku reipu


alias: Subway Serial Rape
1985
Cinéaste: Shûji Kataoka
Comédiens: Mami Fujimura - Eri Ishizaka - Akira Okamura - Ren Ôsugi

Un pinku eiga très... trop complaisant dont les scènes érotiques sont légions et s'étirent en disgracieuse longueur malheureusement, perdant tout légitimité et toute crédibilité.

L'histoire n'est que prétexte pour aligner les scènes dénudées. Le fond de l'histoire est très creux avec les poncifs du genre : les bandes de jeunes punks qui tirent la langue et se rasent les sourcils ;

les yakuzas qui flinguent sur tout ce qui bouge sans sourciller non plus (ils se rasent itou) ;

les filles sont forcément lesbiennes (ça rapporte 10 minutes de scènes saphiques pour pas cher) ;


le métro c'est dangereux ouhlala et tout le monde ferme les yeux sur les horreurs qui se passent devant eux ouhlala que le monde est cruel et lache!


Les acteurs font correctement leur travail. C'est bien le seul point à peu près positif d'un film boulet très lourd, violent pour être violent, assez bas en somme, n'apportant rien du tout.
A oublier.

dimanche 13 septembre 2009

Walkabout


alias : La randonnée
1971
Cinéaste: Nicolas Roeg
Comédiens: Jenny Agutter - David Gulpilil - Luc Roeg - John Meillon

Très étrange film. Sa forme apparait d'emblée comme très originale avec des cadrages, des prises de vue dont le montage rapide relève encore plus les caractères innovateurs de l'ensemble. Cela donne une drôle d'impression. D'autant plus que ce montage serré, vif, ne se contente pas d'arracher l'oeil et l'attention du spectateur, il se veut plein de sens, de palliatifs aux carences de communication des personnages, en effaçant les non-dits.



Le film essentiellement centré sur la chair, la vie et la mort dans la nature, permet de profondes réflexions. Et le spectateur de s'interroger, comme les protagonistes confrontés de plein fouet et à leur corps défendant à ces questions de vie et de mort, à ce malaise provenant du choc des civilisations. Le film débute et se clôt sur la mort. Pas n'importe laquelle, celle que se donnent les hommes. Oeuvre profondément pessimiste, la culture et la civilisation paraissent ne pas permettre aux hommes de se confronter à la nature sans heurt, sans fracas.



La confrontation à sa propre animalité est néanmoins beaucoup moins perturbante que la découverte de la violence du monde moderne, finalement insensé alors qu'à l'état de nature la violence est une nécessité, une donnée vitale. Il semblerait que la paix des hommes ne soit accessible que dans les zones franches où culture ou nature sont absolument distinctes l'une de l'autre. Au contraire, les zones mal délimitées où les frontières sont difficiles à estimer, sont alors des aires de grand péril et de morbidité.

Comme si l'artificiel au contact du naturel devenait malsain. Ce sont dans ces espaces que les suicides ont lieu.

Film rouge, ocre, terre, il est avant tout d'une beauté minérale et qui tarde à se laisser siroter.

J'ai mis quelques temps à le digérer pour bien en apprécier la drôle d'amertume. J'ai d'ailleurs bien eu du mal à écrire ces quelques mots. Un film qui m'a laissé sans voix.
Une petite curiosité pas si petite que ça en somme. A voir.

Trombi:
Jenny Agutter:

David Gulpilil:

Luc Roeg:

John Meillon:

La gueule de l'autre


alias : The other one's mug
1979
Cinéaste: Pierre Tchernia
Comédiens: Michel Serrault - Jean Poiret
Notice imdb
Pendant très longtemps, je n'ai pas aimé ce film. Je trouvais cette histoire de sosies et de redistribution des rôles entre le comédien ringard

et l'homme politique hautain

un arrière-goût de théâtre boulevardier poussif. Surtout la route libre que semble prendre avec jubilation l'ami Serrault me fatiguait. Finalement, j'étais triste. J'aimais Tchernia, j'aimais Poiret, Serrault, mais pas le film.
Et je l'ai revu il y a quelques jours. Alors attention, je ne saute pas sur la table, ni n'agite le drapeau de l'enthousiasme délirant mais j'ai pris un peu de plaisir. Déjà, Serrault m'a beaucoup moins éreinté. Peut-être que depuis la dernière fois, je l'ai vu bien plus cabotin ailleurs? A part quelques scories ici et là, son jeu m'a paru plus acceptable, voire bon.

L'histoire cependant est toujours aussi tarte. Ces continuels échanges d'identités apparaissent grossièrement décrits. Mais surtout, je ne vois toujours pas ce qu'apporte le film, très fade. Un passe-temps sans poésie, à l'humour peu relevé, fait de grimaces plus que de situations ou de bons mots, ce qui ne me touche que rarement.

Là où j'ai pu prendre beaucoup de plaisir, c'est dans la revoyure dans de nombreux petits roles (secondaires, tertiaires, quaternaires, jurassiques jusqu'aux simples apparitions) de comédiens plus ou moins oubliés. Un festival de gueules du cinéma français des années 70/80. A croire que j'avais besoin de ça. Un drôle de plaisir nostalgique.

Trombi supratotal!
Andréa Parisy:

Curd Jürgens:

Bernadette Lafont:

Georges Géret:

Roger Carel:

Michel Blanc:

Marco Perrin:

Lily Fayol:

Catherine Lachens:

Dominique Lavanant:

Germaine Delbat et Paulette Dubost:

Pierre Douglas:

François Lalande et Maurice Travail:

Bernard Lavalette:

Francis Lax:

Jacques Legras:

Odile Mallet:

Claude Legros: (au bras droit de Serrault)

Gérard Loussine (à gauche):

Hans Meyer:

Clément Michu:

Robert Rollis:

Dorothée:

Patrick Poivre d'Arvor:

samedi 12 septembre 2009

Le President


1961
Cinéaste: Henri Verneuil
Comédiens: Jean Gabin - Bernard Blier
Notice Imdb

Film singulier dans les filmographies de Verneuil, de Gabin et même celle d'Audiard . Si l'on se réfère à sa seule trame générale, on pourrait se tromper à n'y voir qu'un film politique. Naturellement, ces trois hommes de cinéma populaire ne pouvaient toucher à ce genre sans y incorporer leurs ambitions spectaculaires à but divertissant. Les plus méchants diraient plutôt "lucratif". Plus qu'une présentation des institutions de la IIIe république (le règime est à l'évidence parlementaire plus que présidentiel malgré le titre trompeur), le film est un combat d'égos, une lutte de pouvoir, dans un fracas de divergences. Les auteurs restent évasifs sur les identités politiques des protagonistes. Gabin incarne une sorte de Clémenceau, une main à gauche, l'autre à droite.

Bernard Blier est bien plus conservateur mais surtout il aspire à des prétentions plus personnelles que nationales.

Film moral donc, de philosophies politiques opposées, il n'échappe pas à certains simplifications presque démagogiques mettant face à face la vertu et le cynisme démarqués de manière un peu manichéenne.

Mais fort heureusement, ces aspérités un brin grossières donnent ce à quoi elles étaient destinées, à savoir un spectaculaire divertissement bâti sur des dialogues ciselés, d'une jouissive percussion, sans compter leur musicalité exceptionnelle, du très très grand Michel Audiard qui sert une belle langue, loin des argots dont on lui connait la matrise par ailleurs. Dans la joute verbale des élites politiques, il livre une composition de sublimes phrases encore une fois.

Dans un rôle sur mesure, Jean Gabin habite son personnage et en impose : la très grande classe.

Les acteurs satellites Blier, Faure, Crémieux, Adam et Seigner par exemple donnent la réplique avec saveur. Impeccables mais efficaces face à l'astre solaire que représente le grand Gabin, si sûr de son jeu et au coffre surdimensionné. La caméra tourne autour de lui, le sert continuellement. C'est un réel plaisir cinéphile que de voir et revoir tous ses seconds rôles servir si admirablement la soupe au Président.

La touche Verneuil est beaucoup plus difficile à cerner. Du moins pour ma part. J'ai bien eu du mal à noter une réalisation particulièrement saillante. On a connu le cinéaste bien plus inspiré par son sujet. Les ors de la République limitent étrangement ses mouvements, semblent l'avoir un peu éteint.

Cela dit, sa réalisation, même sage et ordinaire, n'en demeure pas moins assez efficace. L'action et les personnages sont plutôt bien mis en valeur. Un très bon Gabin et un très grand Audiard font de ce film un petit bijou à entendre et voir jouer.

Trombi de folie!
Renée Faure:

Henri Crémieux :

Albert Michel et Alfred Adam :

Louis Seigner:

Pierre Larquey:

Jacques Marin:

Jean Ozenne:

Robert Vattier :

Bernard Musson (à gauche):

Léon Zitrone :

Robert Berri (gauche) et Philippe March(centre):

Louis Arbessier:

Françoise Deldick:

Gabriel Gobin et Charles Bouillaud :

Maurice Nasil :

Jacques Monod (au centre) (j'adore cet acteur, sa voix, sa bouille) (je suis preneur du nom du personnage sur la droite):

Jean Michaud:

Antoine Balpêtré:

André Dalibert (pas sûr du tout) :

vendredi 11 septembre 2009

Nora-neko rokku: Sekkusu hanta


alias : Stray Cat Rock: Sex Hunter
1970
Cinéaste: Yasuharu Hasebe
Comédiens: Meiko Kaji - Tatsuya Fuji - Jiro Okazaki - Rikiya Yasuoka
Film de yakuza disco groovy baby

tentant d'user de la même esthétique que celle de la blaxploitation. Entre western moderne et mélodrame sanguinolent, le film perd souvent pied. Formellement plutôt réussi, avec un montage nerveux sur les scènes d'action et une bonne utilisation du format scope,



le film manque toutefois d'un bon équilibre dans le rythme. On s'emmerde parfois. Pour être plus précis, les personnages adoptent face aux évènements des attitudes pas loin d'être soporifiques. Entre incohérence et imbécillité, ils semblent parader parfois plus qu'exister. Le sens de l'histoire se veut avant tout divertissant mais en abordant le sujet du racisme, des conséquences sociales et ldentitaires de l'occupation américaine.

Ce n'est pas toujours très subtilement abordé, certes, mais ça a le mérite d'exister. Dommage que le scénario soit aussi maladroit et insensé parfois.

Les acteurs ne sont pas mauvais. Meiko Kaj est belle, arborant son célèbre chapeau. Bizarrement, elle n'a pas l'aura, l'élégance et la grâce qui la caractérisent habituellement. Je n'en décèle pas les raisons. Son personnage sans doute, trop faiblard, trop inexistant?

Un très bon point également pour la musique très seventies et swinging comme il faut, pétillante.

Pas mal de placements produit. Faut vivre. Nikkatsu avait bien du mal à trouver les fonds. A défaut, on se tourne vers Coca et Lucky Strike.

Mâle trombi:
Tatsuya Fuji:

Rikiya Yasuoka:

Ossessione


alias : Les amants diaboliques
1943
Cinéaste: Luchino Visconti
Comédiens: Elio Marcuzzo - Dhia Cristiani - Massimo Girotti - Clara Calamai

Un des premiers films de Visconti, si ce n'est le premier, mais le cinéaste italien montre là déjà toute l'étendue de son talent de narrateur par l'image. Le début du film est d'une force et d'une efficacité incroyable. La virtuosité de la mise en scène m'a époustouflé. Sans un mot, les plans séquences qui introduisent les personnages et les enjeux sont d'une concision et d'une netteté ahurissantes d'intelligence. La sexualité de ces premiers plans est d'une intensité rare avec pourtant une mise en scène sobre, directe. Ce sont les cadrages, quelques idées simples, les placements et les mouvements des personnages qui sont d'une pureté scénique éblouissante.



Mais malheureusement cela ne perdure pas. Dans la dernière partie du film, le sentiment de culpabilité de Gino est retranscrit sans toujours autant d'habileté qu'on ne n'espérait. Les souffrances morales qu'il endure sont un peu outrées. Ses atermoiements fatiguent.

Et le récit met un peu trop de temps à trouver sa voie. Un peu trop long, le film noir perd en dynamisme et pertinence, il me semble, sur la fin. Le destin des deux amants est évident dès le début et Visconti ne parvient pas à toujours maintenir un intérêt face aux derniers soubresauts de ses personnages.

Il n'empêche qu'à la fin du film, on retient davantage l'agileté et la finesse de la majeure partie des scènes, grâce à une réalisation pleine de charme. C'est bien écrit, bien filmé, quelques fois magique et c'est bien là l'essentiel. Luchino est fuoriclasse.

Trombi:
Dhia Cristiani:

Elio Marcuzzo:

Juan de Landa:

jeudi 10 septembre 2009

The Prince of Egypt


alias : Le Prince d'Égypte
1998
Cinéaste: Brenda Chapman
Dans le concert cinéphagique de mes petits et grands plaisirs viennent parfois s'immiscer de tout aussi petits et grands dégoûts. Parmi les grands, les films religieux ne sont pas loin de tenir le haut du panier. S'ils se mêlent de vouloir moraliser le spectateur par des biais plus ou moins révélés, le dégoût s'en trouve surmultiplié et peut provoquer de l'irritation qui se manifeste par un resserrement douloureux des mâchoires, une irrépressible envie d'appuyer sur la touche rapide du lecteur ou bien encore une poussée d'urticaire cutanée ou des vomissements violents nécessitant une hospitalisation.

En ce qui concerne de Prince d'Egypte, ce n'est pas tout ce prosélytisme à deux balles qui fatigue mais l'enrobage mélodramatique sirupeux, l'espèce de boursouflure pathétique qu'une mise en scène ampoulée s'ingénie à tartiner.

Pour survivre à ce genre de bouse mystique, je m'efforce la plupart du temps de me convaincre que je vois là un film appartenant au genre fantastique, mythologique en faisant abstraction du fait que des êtres humains sensés, rationnels, intelligents prennent véritablement ces contes pour enfants comme des évènements plus ou moins historiques, réels, avérés. Oublier le religieux, focaliser sur le genre fantastique ou merveilleux. Même en prenant ce prince d'Egypte pour un récit de légende, l'esthétisation, le spectacle de la souffrance, l'excès d'effets théâtraux et visuels ont largement contribué à la pesanteur du film. J'en suis arrivé à trouver Les 10 commandements de Cecil B. DeMille légers et aériens.

Heureusement la technique parfois impeccable -l'ouverture de la Mer rouge est tout simplement magnifique- donne au film quelques lettres de noblesse. C'est bien fait mais pour un film très chargé, d'un rococo assourdissant (comprenne qui voudra).

mardi 8 septembre 2009

Columbo : Publish or Perish


alias : Columbo : Edition tragique
1974
Réalisateur: Robert Butler
Comédiens: Peter Falk - Jack Cassidy - Mariette Hartley - John Davis Chandler
Retour de Jack Cassidy depuis "Le livre témoin" de Spielberg, dans un rôle un peu plus convaincant à mon sens, avec une emphase plus maitrisée, moins d'effets de manche et de risettes intempestives. Je l'ai trouvé propre, précis, en somme beaucoup plus naturel... peut-être aussi plus contrarié par Columbo, ce qui pour le spectateur confine au plaisir enfantin qu'on n'a pas intérêt à bouder.

Cet épisode n'est pas loin d'être excellent, ne serait ce dénouement un brin complexe, manquant de clarté, d'évidence. Il rappelle d'ailleurs celui de "Candidat au crime". C'est un peu le même schéma. Il semble que l'auteur ait apprécié la force massue de l'intervention de Columbo, mais ici la récidive semble par trop capilloctractée, moins percutante. Un goût d'inachevé qui ne doit pas cependant effacer le bon duel plein de fiel chez les protagonistes.

Il ne faut par ailleurs ne surtout pas oublier le rôle primordial du personnage secondaire joué par John Davis Chandler. Avec une tête parfaite de psychopathe, il incarne un illuminé, naïf ou crétin au choix, ardent défenseur de l'Amérique extrémiste et de l'auto-défense à coups d'explosifs. Il participe de cette atmosphère morbide de l'épisode.

La plupart du temps, les personnages de cette série appartiennent à un monde bourgeois, feutré, richissime, de notables en quelque sorte. Or, ici ce personnage parait jurer avec ce canevas social habituel. Comme si l'école naturaliste ou ultra-réaliste du cinéma hollywoodien des années 70 venait marquer de son empreinte, de sa présence la série. Même si ce que je vais écrire peut paraitre aussi hatif qu'exagéré, j'ai l'impression que Travis Bickle s'est invité à la fête. Je sais qu'il y a trois ans de différence entre les personnages, mais je cherche là moins une vérité chronologique ni même ontologique qu'une image ou un symbole propre à illustrer un sentiment diffus, celui d'une époque, les années 70 qui voient poindre de drôles de zèbres, des personnages nouveaux, mal rasés, limités intellectuels mais des êtres humains, avec des pulsions, et ce, au cinéma comme à la télévision. Columbo n'échappe pas -et c'est heureux- à cette évolution artisitique. D'ailleurs les seventies sont de plus en plus distinguables sur le plan formel dans la série avec des tendances vestimentaires de plus en plus affirmées.

Je note encore, comme dans l'épisode précédent "Subconscient", qu'il est fait nommément allusion à l'épisode pénultième "Candidat au crime". Je me demande bien quel est le sens de cette itération.

Un épisode par bien des aspects très plaisant mais dont le dénouement alambiqué atténue quelque peu le souvenir du plaisir procuré tout le long de la lecture.

Trombi:
Alan Fudge

Mariette Hartley

Jack Bender (réalisateur d'une trentaine d'épisodes de Lost!)

jeudi 3 septembre 2009

Fantomas se déchaine


alias: Fantomas Strikes Back
alias: The Vengeance of Fantomas
1965
Cinéaste: André Hunebelle
Comédiens: Mylène Demongeot - Jean Marais - Louis De Funès - Jacques Dynam - Raymond Pellegrin
Notice Imdb

Il porte bien son titre. Fort du succès retentissant du premier film, les producteurs ont décidé avec cet épisode de donner une nouvelle ampleur aux aventures de Fandor et du commissaire Juve. Au Fantômas lugubre succède un Fantômas plus moderne. A l'heure où le Gendarme se confronte à l'effrayante modernité du nouveau monde à New-York, Fantômas prend des allures de Dr No. Il commence par réapparaitre par le biais de la télévision, aux yeux du monde, en personnage médiatique comme on dit de nos jours.

Dans le récit, c'est un extraterrestre, presque, qui apparait engoncé dans sa combinaison d'astronaute,

entrant dans une zone appartenant à ce qu'on appelle alors le "Centre de la Recherche Scientifique" tourné vraisemblablement dans une raffinerie (ou à Lacq peut-être?).

Les couloirs sécurisés des labos ressemblent à s'y méprendre à ceux d'une forteresse ultra moderne, avec tuyaux, sas de sécurité, portes blindées ou alors à ceux d'un sous-marin.

Avec les décors de cette introduction du personnage, on entre aussi dans la démesure des décors bondiens à la Ken Adam.

Dans le premier film, les décors y faisaient un peu songer. Ici, l'inspiration flirte bien plus avec la parodie, vire à l'imitation pure et simple. Avec peut-être même une touche plus psychédélique qu'une débauche de couleurs vives vient accentuer. Vers la fin du film, la base souterraine entre fonds marins et sommets volcaniques constitue le sommet de cette démesure.


Elle demeure encore très impressionnante dans l'émerveillement. Beaucoup de brillance, très tape à l'oeil il est vrai dans les couleurs avons-nous dit, dans la maîtrise technologique également que les décors gadgets sont censés exprimer mais également dans l'agencement spatial bizarroïde. Cette base avec ses écrans,

boutons, ordis,

lucarnes sur les profondeurs abyssales sous-marines, suggère nombre de pouvoirs techniques mystérieux détenus par Fantômas, le plaçant même dans une posture que le premier épisode avait déjà proposé, celle du capitaine Nemo, mais un Nemo encore plus inquiétant avec un potentiel hallucinant. Et c'est là que la lignée extra-terrestre se fait plus pregnante. Ne prophétise-t-il pas qu'il va devenir le maître du monde? Tout cela, le premier opus nous l'avait déjà sussuré, ce "Fantômas se déchaîne" le chante, le clame bien plus ardemment! La gadgétisation est beaucoup plus prononcée. C'est avec un mini véhicule téléguidé que Fantômas fait exploser le portail du "Centre (N) de la Recherche Scientifique" (explosion assez volumineuse pour un film français de l'époque).

Malgré tout, Fantômas opère depuis une fourgonnette Citroën qui fleure bon les années 40-50. Il fait faire par les scientifiques qu'il a enlevés une sorte de fusil télépathique
Albert Dagnant :

et finit par s'enfuir à bord d'une DS volante (encore mieux que le discovolante de Largo dans Thunderball!). Attention il est permis de se gausser gentiment devant les effets spéciaux d'une rare indigence pour le décollage et les prises de vues aériennes.


Si! Si! Il s'agit bien de Louis de Funès! Mais non on ne voit rien!

On met les moyens par contre sur les effets pyrotechniques qui sont maitrisés lors de l'allumage des réacteurs ou bien du déploiement des ailes.

Ce film marche ainsi sur un fil, entre l'expression de la modernité des sixties et le plus ridicule des ringardismes. Comme si les efforts de ces messieurs pour donner dans le cinéma du futur étaient chose impossible pour des artisans du cinéma de papa. Ambitions et désillusions ô combien charmantes aujourd'hui. C'est mimi tout plein. D'aucuns trouveront cela pathétique mais j'y verrais plutôt des tentatives, vaines certes, de petits vieux de vivre plus jeunes qu'ils n'étaient, sans désespoir, bien au contraire, avec une naïveté désarmante. Car le film est un très agréable spectacle. Il a même eu du succès en son temps. Finalement il appartient bien, lui aussi, à son temps. C'est presque beau ces efforts répétés : une obstination de gamins.

Revenons aux faits et en l'occurrence à la gadgétisation de la série car elle n'est pas l'apanage du criminel, la police s'en mêle. Les longues scènes didactiques sur le troisième bras articulé

ou le cigare flingueur sont hilarantes, grâce au contraste amené par le sérieux du commissaire et l'ahurissement béât et général de ses ouailles durant l'exposé. Plus encore, il est important de souligner comment le scénario introduit cette gadgétisation de la flicaille, avec le rôle du ministre (de l'intérieur sans doute) et l'engueulade qu'il passe au commissaire en parfaite et symétrique opposition avec son discours dythirambique prononcé après qu'il eut accroché une légion d'honneur à la veste de Juve. Du héros boutant l'ennemi hors du pays, le commissaire est vite devenu un "Jean Foutre".

Le ministre Robert Le Béal:

C'est une des clés qui ont fait le succès de Funès, ses personnages toujours petit rabougri devant ses supérieurs et tyrannique avec ses propres inférieurs. Un comique de hiérarchie très franchouille utilisé ici aussi. Quand le ministre ordonne à son commissaire de "réviser ses méthodes", on pourrait penser qu'il fait figure de critique -pas forcément la Nouvelle Vague vitupérant contre la vieille garde personnifiée par Hunebelle et sa clique- mais bien vraisemblablement celle du public qui apprécie de plus en plus l'aspect moderne des gadgets qui accompagnent James Bond par ex, toujours cette grande masse écossaise qui projette son ombre tutellaire sur les Fantômas... ou Pif (héhé j'm'amuse). D'ailleurs, le commissaire en découvrant l'inaptitude de ses sous-fifres à comprendre le mot "gadget", ne dit-il pas "vous n'êtes jamais allés au cinéma?" Les scénaristes ont vu et revu la grande salle d'opération du Dr No, si, si, on ne me l'a fait pas à moi! Les scientifiques de Fantômas sont dans des espèces de labos-bulles, bossent avec des robots et des bras mécaniques


et on a vu comment Fantômas et ses hommes entrent au "CNRS" en combinaisons de protection qui rappellent autant celles que portaient Dr No et ses sbires que celles des premiers astronautes. Comme je l'avais déjà émis dans l'article sur le Gendarme à New-York, je trouve toujours bien davantage attendrissante que comique la manière dont les français de l'époque associaient la modernité aux Etats-Unis et à la culture anglo-saxonne en général. Ici aussi, on a droit à ce type d'amalgame quand le commissaire, dans des bureaux à l'architecture intérieure des plus modernes notons-le au passage, enjoint ses affidés à rester "rilax, toujours rilax".

Mais comme je le disais précédemment, on revient toujours aux fondamentaux culturels français de l'époque, pas de doute. Louis de Funès voulant créer une sorte de dynastie de saltimbanques obligea son fils Olivier à faire du cinéma. Louis parvient à intégrer son fils au scénario. On voit là déjà combien sa personnalité et son rôle ont vampirisé les attentions du public et de la production, l'un n'allant pas sans l'autre évidemment. Olivier devient alors le jeune frère d'Hélène ou son neveu (peu importe).

Dans sa scène de présentation, les scénaristes font retrouver au film une teinte traditionnelle, la figure spectrale du Fantômas d'Allain et Souvestre en un plan bref et captivant.


Mais très vite, en combinant l'esprit farceur d'un Zéro de conduite avec l'humour frondeur d'écolier, quelque chose de rieur, de guilleret apparait, que l'on trouve affiché dès les premières images du générique. En effet, dans le premier opus, avec la gravité que le thème de Magne installait, le générique restait très simple. Ici, lui succède un générique en dessin animé, narrant à ceux qui n'auraient pas vu le premier film les hauts faits de la poursuite finale.

Ce petit rappel des évènements peut paraitre fastidieux, m'enfin, on subit bien plus pénible quand le commissaire rappelle à ses hommes comment Fantômas manipulait son monde à l'aide de ses divers masques. Il projette alors des photos "portraits" de Fantômas avec ses différents postiches, photos dont on se demande bien comment il aurait pu se les procurer.

Le procédé est très lourd, grossier. On déraille complètement. Alors ce petit dessin-animé au générique avec sa joyeuse musique, ses couleurs chatoyantes parait alors d'une légèreté bien vivifiante en comparaison.

Le film par moments vient emprunter à d'autres cinémas que celui de James Bond. De Funès en fan absolu de Charles Chaplin s'autorise un petit numéro hommage de mime, manière muet, et imite son idole quand il enrage de ne pouvoir se faire comprendre de ses confrères italiens en faisant une mimique labiale qui lui remue la moustache.

Plus loin, c'est Mylène Demongeot et Jean Marais qui partent du côté de la Méditerranée sur une autre production où Michel Magne a fait des siennes. Lors de la soirée organisée par Fantômas sur les hauteurs de Rome,

lui en sultan, elle en Angélique marquise des Anges,

ils prennent des poses théâtrales que la musique angéliquienne de Magne vient souligner avec lourdeur. Je vous assure que j'aime beaucoup Magne, mais pas dans ces contrées lyriques. D'ailleurs il faudrait dire que cet épisode est plutôt raté musicalement par Magne qui use et abuse d'une musique trempée de violons soit larmoyants soit bondissants comme des cabris. A la fin, pendant la poursuite dans les escaliers en colimaçon,

cette musique vient gâcher un peu la scène avec une mélodie très répétitive. Agaçant. Alors que j'ai pour la recherche mélodique et instrumentale du bonhomme la plus grande admiration par ailleurs. Son thème de Fantômas est à cet égard, certes lui aussi très répétitif, mais d'une originalité folle et très percutante.

Dans les inspirations de l'époque, au risque de me répéter par rapport au premier film, j'ai vraiment le sentiment de retrouver Ric Hochet, dans l'accoutrement et la dégaine de Jean Marais. C'est encore plus voyant quand il vient chercher "Michou" (Olivier De Funès) à l'internat. Son Alfa Romeo décapotable rouge, le coupe de sa veste, sa coiffure mi-classique mi-banane, tout cet ensemble sent bon les années 60 et les aventuriers de bédé mi-journaliste mi-détective. D'ailleurs la trogne de Juve n'est pas sans rappeler l'aspect bonhomme du policier qui assiste Ric Hochet dans ses enquêtes.

Au rayon des motifs de déception, outre le déguisement de Jean Marais en professeur Lefebvre qui, s'il est bien déformant n'en demeure pas moins extrêmement laid et artificiel,

c'est surtout le fait que Mylène Demongeot ne darde plus. C'en est scandaleux. Où sont passés nos chers tétons dardés? Hum? On retrouve bien sa jupe plissée, ses hanches...

mais que diable lui est-il arrivé? Au dessus de Rome, dans les frimats de ces vents italiens, il y avait de quoi frisonner.

Et pourtant... nib! Enfin... nada plutôt.

Je me sens floué.


Oh pour les adeptes de bondage, une scène rigolote qui fait même rire Mylène!

En somme, longtemps ce deuxième épisode m'a semblé long, trop comique, trop burlesque -le mot semble plus adéquat- et le récit me paraissait trop décousu, sans queue ni tête... et donc ni téton. Aujourd'hui, la vieillesse fait son sale boulot, je lui trouve des airs charmants, de la couleur, un De Funès endiablé, son duo avec Dynam est aussi sûr que dans le premier épisode,


bref, ce n'est pas un aussi mauvais film qu'il n'y parait.

Trombi:
Jean Michaud (tout "confusionné")

Eric Vasberg :

Max Montavon:

Christian Toma et Michel Duplaix

Jacques Marin (très brève apparition muette)

Dominique Zardi et Henri Attal

Florence Blot (dans un petit rôle très cocasse)

Antoine Marin le benêt endormi et Roger Lumont (avec les bacchantes)

Philippe Castelli (en retard)

Robert Dalban (beaucoup moins présent que dans le premier opus)

mardi 1 septembre 2009

Columbo : Double exposure


alias : Columbo : Subconscient
1973
Réalisateur:
Richard Quine
Comédiens: Peter Falk- Robert Culp - Chuck McCann
Un très bon Columbo, décidément cette saison 3 s'annonce prometteuse. Cependant il faut pour cela admettre un postulat de départ qui persiste personnellement à agacer mon scepticisme récurrent : le subliminal. Des photos subliminales sont au coeur de cette affaire, dans le crime comme dans sa résolution. Passé ce léger inconvénient, l'épisode est en tout point remarquable.

La prestation de Robert Culp est encore une fois de très haute volée.

Son physique, ses prédispositions et caractéristiques naturelles sont une nouvelle fois très bien mises en valeur. Il joue à merveille l'arrogance et la vanité de ces gens dont la culture et l'aisance logique portent à leur faire croire qu'ils sont extraordinairement intelligents.

Sans aller jusqu'aux théories d'Howard Gardner sur les intelligences multiples, c'est sans doute un des bienfaits de cette série que de démontrer combien le concept d'intelligence est plus complexe que le "bon" sens commun nous le laisse à penser. La confrontation entre le docte professeur et l'humble lieutenant soulève une belle poussière d'hypocrisie qui embrume les desseins de l'un comme de l'autre... ou du moins s'y essaie. Progressivement, comme de coûtume, les réelles convictions du lieutenant se font jour alors que le criminel s'énerve de plus en plus d'être le jouet des feintes et tergiversations de Columbo.

Dans ce petit jeu vient s'ajouter une deuxième victime, dont la benoite naïveté ainsi que l'ambition sans scrupule d'entamer une carrière de maître-chanteur vont lui coûter très cher. L'acteur, Chuck McCann, à la physionomie marquante tout autant que sympathique est une de ses têtes qu'on a vues un peu partout à la télévision : dans Chips, Bonanza, Kojak et plus récemment dans Mad about you.

Petit élément amusant : c'est la première fois à ma connaissance que Columbo fait ouvertement allusion à un épisode précédent (Candidat au crime) en parlant de l'affaire Hayward qu'il vient de clore et en indiquant qu'il n'a pas eu le temps de manger.

Fait remarquable qui devrait attirer d'entrée l'attention du spectateur : on suit les manigances de Robert Culp sans comprendre goutte à ce qu'il est en train de faire. Ce n'est que progressivement que les morceaux de ce puzzle se mettent en place pour faire sens. Un début très astucieux qui met l'eau à la bouche et lance admirablement un épisode très bien écrit où le spectateur prend un plaisir quasi constant.

Trombi :
Robert Middleton

Louise Latham (qu'on a vue aussi par exemple chez Hitchcock, la maman de Marnie si mes souvenirs ne m'abusent point trop)

George Wyner

Richard Stahl

Alice ou la dernière fugue


alias : Alice or the Last Escapade
1977
Cinéaste : Claude Chabrol
Comédiens : Sylvia Kristel - Charles Vanel - André Dussollier - François Perrot - Jean Carmet


Un bon petit Chabrol. D'abord je tiens à souligner que dans la filmographie du cinéaste, ce film-là apparait très iconoclaste. Le cinéaste du polar provincial jouant de vilains tours à la notabilité locale, prend là des chemins forestiers bien éloignés de ses thématiques habituelles, en investissant le genre fantastique. On retrouve par contre sa patte dans sa propension à filmer le mystère et également dans la grande attention portée sur la mesure du temps, la patience qu'il a à peindre son portrait, à dessiner son récit. Chabrol se plait à rallonger le temps. La caméra embrasse son personnage, prend le temps d'admirer Sylvia Kristel (ce qui est en soi une épreuve de troublante aisance), de la suivre déambulant dans ce labyrinthe de plus en plus cauchemardesque.


Sylvia Kristel en petit rat de laboratoire, erre, arpente, se cogne contre les parois de ce temps, de cet espace insolites, soudain aliénations des plus inextricables.

t Chabrol en vicieux savant de jouer au chat et à la souris étire au maximum ses séquences d'observation. Tout le film est une expérience d'observation qui amène le sujet à se poser mille questions sans réponse à l'image de l'existence même de tout être humain gesticulant devant la perspective bouleversante de sa mort.

Sylvia Kristel dans un français presqu'impeccable promène sa gracile plastique, sa jolie frimousse, sa poitrine en poires et ses longues gambettes dans un univers merveilleux d'une manière plutôt intéressante.

Sans aller jusqu'à lui donner une densité extraordinaire, elle parvient néamoins à convaincre avec un rôle peu exigeant il est vrai. Pas sûr que la nudité de Kristel ait d'autres ambitions que d'attirer le spectateur.

La sexualité n'est en aucun cas le sujet du film. C'est bien dommage d'ailleurs.

La prestation de Charles Vanel est offerte par un acteur très expérimenté. Son rôle non plus n'est pas vorace en efforts démesurés. Il fait son boulot en père peinard. Honnêtement.

C'est aussi à peu de choses près ce que l'on pourrait dire de François Perrot.

On s'amusera de découvrir André Dussollier dans un double rôle, antinomique, à la fois prince charmant tout de blanc vêtu et pompiste grossier à la moustache et aux binocles ringardes.

Jean Carmet comédien sûr et délicieux fait un peu plus qu'apparaitre mais sa participation laisse un petit goût amer. Trop peu à dire.

Petit film sympathique qui tient bien debout alors que le sujet promettait le pire.

Reste du trombi:
Fernand Ledoux

Bernard Rousselet