dimanche 24 février 2013

Plein soleil


1960 
Alias: Purple Noon

Cinéaste: René Clément
Comédiens: Alain Delon - Maurice Ronet - Marie Laforêt

Notice SC
Notice Cinéprofil
Notice Imdb

Vu en dvd




Décidément! J'ai pour René Clément de plus en plus les yeux de Chimène. J'avais vu et apprécié ce film il y a une dizaine d'années et la revoyure m'a procuré autant si ce n'est davantage de plaisir.

C'est en premier lieu la très bonne tenue du dvd qui me permet de siroter la superbe photo d'Henri Decaë. A ce propos, le travail créatif, tout en couleur, en modernité "pop" de Maurice Binder

sur le générique est en parfaite symbiose. L'esthétique que mettent en place Clément et Decaë s'appuie sur une grande richesse chromatique. Elle est assurée par les lumières de la Méditerranée, les couleurs de l'Italie, ainsi que par une science du cadre subtile, souvent très proche des comédiens, scrutant la vérité derrière le masque de leurs regards, ou bien en créant des compositions très linéaires, picturales qui intensifient l'action ou lui donnent une sorte de hauteur, visuellement élégante. Dans la forme, ce film réserve bien des surprises, de très beaux plans qui montrent l'intelligence du metteur en scène et du chef opérateur.


Mais la coquille n'est pas vide, loin de là. Cette histoire illustre à merveille le cercle vicieux de la perversion. Qui est victime? Difficile d'y répondre, tant les personnages recèlent une humanité bien noire, bien pourrie. Entre Philippe Greenleaf (Maurice Ronet)
et Tom Ripley (Alain Delon)
quel est celui que l'on doit désigner comme le plus ignoble? La course est rude pour qui n'investit pas un discours marxiste à tout bout de champ. Entre le milliardaire né une cuillère d'argent dans la bouche et l'arriviste prêt à tout pour avoir la belle vie, mon cœur balance.

Les deux jeunes acteurs sont excellents, l'un dans la cruauté, dans l'acide cynique, l'autre dans la fausseté et cette espèce d'amertume qui le consume de manière sourde mais terriblement inéluctable. Entre ces deux hommes, une étrange relation est nouée dès le départ par un passé mystérieux. Il est tentant de glisser vers de la psychologie de comptoir et d'y déceler une homosexualité latente, mais je penche plus volontiers pour quelque rapport sado-masochiste, simple relation torturée. Ici il est bien question de perversion. Comment Philippe prend son pied à humilier Tom, lequel subit en attendant secrètement son heure pour trouver sa récompense?

Le monde que décrit le film avec sévérité, mais sans non plus y imposer une vision démesurément moralisatrice, est un univers bien réel, peut-être même un peu moins dégénéré que dans la réalité. Cet univers décadent ressemble à s'y méprendre à l'image que l'on peut se faire de ce qu'on appelle aujourd'hui la "jet set".

Alors forcément, le film dénonce la futilité de ces personnages avec une certaine violence. A plus d'un titre "Plein soleil" peut être considéré comme un conte moral. Cependant, il y a quelque parfum de soufre qui curieusement n'a rien de répulsif, mais bien au contraire de fascinant. Est-ce que la beauté visuelle du film cachant la laideur des personnages finit par étouffer le dégoût, par susciter cette attractivité étrange? Probablement.

La musique de Nino Rota, avec tout ce qu'elle trimballe chez le cinéphile lambda, effectue elle aussi son petit travail de sape et parvient à noyer le poisson. Italienne, savoureuse, elle enrobe le film de sonorités exquises, enjôleuses pour tout dire.

C'est là tout le film : il use de tous ses charmes pour décrire une expérience humaines des plus morbides finalement. Très belle pièce que ce "plein soleil" et qui ne peut pas déplaire. Je ne vois pas bien sous quel angle l'on pourrait l'attaquer de façon rédhibitoire.

Trombi:
Marie Laforêt:

Billy Kearns:

Elvire Popesco:

Romy Schneider:

 Erno Crisa:
Frank Latimore:

Viviane Chantel:

8 commentaires:

  1. C'est un des plus beaux films de ma jeunesse.
    Deux images, malgré les décennies passées, restent gravées dans ma mémoire. La plus évidente d'abord, celle du corps de Maurice Ronet, ramené à la surface, comme un aveu, mais aussi une méchante rétribution de la providence . L’autre, plus vivante, plus puissante aussi, parce que je m’y retrouve, c’est Delon dévorant un
    poulet roti à pleines mains. L'image est forte : car la nourriture n'est rien, c'est l'appétit qui compte, et chez Delon toutes les formes d'appétit (l’argent, le pouvoir, les femmes, les beaux objets, voitures et bateaux) sont résumées ici. Je crois me souvenir que cette faim est assouvie avec une délectation furieuse dans un coin de cuisine sordide, mais qui n’enlève rien à cette image de "l’appétit de vivre".

    Ce film a inspiré un remake dont le titre m’échappe. Un magnat américain expédie moyennant finance un jeune et beau garçon en Italie à la recherche de son fils pour le ramener « aux affaires de papa » et l’ôter à ce farniente qui nuira à son avenir.
    Mais il s’agit d’une pâle copie de Plein Soleil.

    Entre Delon et Ronet, je n’hésite pas une seconde. Je parle du physique : car j’ai tout oublié ou presque du personnage de Ronet : il est très beau, mais son image se superpose à celles qu’il aura dans d’autres films où il est (encore) la victime (le feu-follet, ascenseur pour l'échafau).

    Roxane

    Je quitte un moment les cimes pour un réalisateur de séries B, Roger Corman, qui a réussi un très bon film sur le racisme : The Intruder, que je vous recommande Son Massacre de la Saint Valentin (al Capone) m'a enthousiasmée (le mot est un peu fort, mais je ne vois pas de synonyme à l'horizon) et j'ai réussi, en supprimant les poulets rôtis, à commander un coffret de 5 de ses meilleurs films




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  2. "L'esthétique que mettent en place Clément et Decaë s'appuie sur une grande richesse chromatique. Elle est assurée par les lumières de la Méditerranée, les couleurs de l'Italie, ainsi que par une science du cadre subtile, souvent très proche des comédiens, scrutant la vérité derrière le masque de leurs regards, ou bien en créant des compositions très linéaires, picturales qui intensifient l'action ou lui donnent une sorte de hauteur, visuellement élégante."

    J'ai remarqué que vous ne supportez pas la critique, mais adorez qu'on vous caresse dans le sens du poêle …(cf Mulholland dr), même bêtement!

    Cet essai, votre essai est plein d'ampoules et de redondances. Soyez moins lyrique et serrez le vocabulaire de plus près pour l'harmonie des couleurs (le chromatisme)

    SAV

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  3. J'ai remarqué pour ma part que vous avez une très haute estime de vous même. Ou du moins que vous essayez très fort de vous en convaincre. J'espère qu'un jour vous y arriverez, encore un petit effort. Et un sens de la mesure pour le moins faillible qui mérite une recherche personnelle afin de dénouer tous ces nœuds nauséabonds qui vous font perdre un temps sans doute précieux.

    Mon essai est sûrement plein d'ampoules, aussi bien que de redondances, foutre dieu! mais j'espère que les prochains le seront encore. Son lyrisme (le mot est un peu fort, mais je crois comprendre que je ne pourrais espérer mieux de votre part) me plait plutôt. Et si cela vous chagrine, sachez que je m'en cogne avec force.

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  4. Sachez, bel animal en croco, que j'ai à mes heures une bonne opinion de moi. Et que vous n'avez, ) cet égard, rien à m'nvier
    Il m"a fallu du temps pour en arriver là, mais ce qui reste à faire est le plus dur; "m'écraser".

    Sachez aussi, que venant de vous, rien ne me chagrine.

    Je vous suis sur le net, parce que vous avez un appétit insatiable de cinéma.
    et que je peux voir dans vos colonnes les belles images de films oubliés ou jamais vus.

    Quand je suis partie il y a quelques années à la recherche du temps perdu,
    je m'imaginais naïvement que j'aurai fait, pour mon propre compte, bien plus vite l'histoire du cinéma qui n'a qu'un siècle, soit bien plus qu'un que tour complet de l'histoire de l'art qui compte six millénaires.

    Je n'ai pas déchanté lorsque j'ai lu que pour la seule année 1938 plus de 1600 films avaient été réalisés dans le monde. Les années 30, aux USA, sont d'une richesse inouie (en talents multiples : acteurs, scénaristes, dialoguistes percutants : le printemps du parlant en somme). Et je me réjouis de savoir que cette source est inépuisable. Je ne dirai plus jamais (à côté d'un homme qui me phagocite) comme Anna Karina "qu'est-ce que j"peux faire, ch'sais pas quoi faire.." (Mad Pierrot)

    Je vais désormais me contenter de dire que je suis ravie que vous ayiez
    sorti telles ou telles images en mouvement (motion pictures) de cette fabuleuse
    corne à surprises.

    Mais oui "lyriique" quand la beauté vous parle et que vous le lui rendez.

    Roger Corman est un homme magnifique : il a formé toute une génération et je suis heureuse de passer mon temps avec un réalisateur qui bouclait ses films en
    trois jours. J'adore la langue anglaise comme on la parle au théâtre et ce fut
    un bonheur de voir (dans de mauvaises conditions) La Terreur avec Boris Karloff et Jack Nicholson très jeune. Ce que je sais de Corman je l'ai trouvé dans deux grands journaux de cinéma : Senses of Cinema et Sight and Sound, le 1er en Australie, le second à Londres, Mais en cherchant un peu vous le trouverez en latin...Et bien entendu, vous ne chercherez pas si vous savez qui est Corman.

    Je viens de passer un moment délicieux avec un de ses premiers westerns, Gunslinger,(google traduit par "bandit armé") où le shériff — femme frêle— a une détermination d'acier. Le film développe une idée intéressante : elle tue l'homme qu'elle aime. On est loin du mélo pù Margot a pleuré.
    Les spectateurs ont tous noté qu'il y avait des traces de pneus sur les pisttes : je ne les ai pas vues, mais elles ne m'auraient pas dérangée.
    Comme Corman travaille en trois jours (petits budgets) il ne s'embarrasse de rien
    et réutilise dans La Terreur les décors qu'il a en partie utilisés dans Le Corbeau,
    adapté comme certains autres de ses films, d'un récit d'Edgar Poe.

    Mais minuit a sonné et le corbeau de Corman me fait signe de l'aile

    Roxane

    PS Je ne me relis pas : il est trop tôt



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  5. Pour ma part, chère Roxane, je ne saisis pas très bien l'intérêt de votre démarche qui consiste à critiquer systématiquement les commentaires d'Alligator alors qu'en même temps vous avez la satisfaction de parcourir son blog afin d'y trouver quelques rares images issues de films qu'a priori vous ne pouvez vous procurer ailleurs.

    Et si écrire c'est prendre le risque d'être lu, Alligator n'impose en rien sa vérité à travers ses commentaires qui sont, force est de le reconnaître, emprunts d'un certain lyrisme qui fait tant défaut aujourd'hui à l'ère du langage SMS.

    Cependant, rien ne vous empêche de continuer à admirer les belles photos que vous avez encore la liberté de visionner et de passer votre chemin sur les écrits de l'auteur de ce blog.
    Personnellement, j'aimerais bien connaître le vôtre si tant qu'il existe, bien sûr...

    Pasionnauto

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  6. "L'esthétique que mettent en place Clément et Decaë s'appuie sur une grande richesse chromatique. Elle est assurée par les lumières de la Méditerranée, les couleurs de l'Italie, ainsi que par une science du cadre subtile, souvent très proche des comédiens, scrutant la vérité derrière le masque de leurs regards, ou bien en créant des compositions très linéaires, picturales qui intensifient l'action ou lui donnent une sorte de hauteur, visuellement élégante."

    Comment dire en résumé que le chef op et le réalisateur ont créé sur ce film un langage graphique très expressif? Et que cette forme toute particulière au film provient de plusieurs procédés? D'abord qu'ils ont profité au maximum des couleurs très vives que le soleil méditerranéen et la mer leur ont offert. D'où ces bleus, ces jaunes, ces rouges-ocres que les captures mettent en évidence. Ensuite, il y a les gros plans sur les comédiens, sur leurs visages, des gros plans pas utilisés par hasard mais parce que la plupart des personnages se mentent et en font de même vis à vis des autres, ces gros plans viennent chercher la vérité qu'ils cachent. Enfin, ils utilisent leur caméra de façon à donner de la hauteur, à placer le spectateur en témoin, en mettant la caméra en plongée (comme cette capture sur Ronet allongé sur le pont du bateau). Ou bien ils mettent des lignes en travers du cadre, fracturant l'image, comme la capture de Delon en voyeur regardant le couple Ronet/Laforêt depuis le pont du bateau). Tout ce langage cinématographique est comme son nom l'indique un procédé signifiant, mais pas seulement, il donne au film une allure, très maitrisée, très sûre, ce que j'ai appelé une hauteur visuellement élégante. Il fallait que le terme d'élégance apparaisse pour conclure tout l'exposé sur la singularité formelle du film. Donc lyrisme, ampoules? Peut-être. Redondances, c'est moins sûr. J'ai voulu pondre un texte signifiant et bien décomposé, structuré sans pour autant écrire des tartines, un résumé en somme. J'ajoute pour finir qu'il n'y ait pas question d'harmonie chromatique, mais de richesse (dans le sens variété, pluralité des options, des outils, des procédés graphiques).

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  7. j'ai pas lu, mais ce mot pour vous dire que la 5 passe en ce moment "la btaille du rail" (1946) de René Clément.
    La Résistance tient du bon film noir, quand on sait que le méchant est un fritz.
    On est loin de Plein Soleil.
    Je vous lirai demain : il y a longtemps que j'ai vu Plein Spleil, qui m'a emballée d'un bout à l'autre. Je pense qu'ici la couleur était irremplaçable.
    (j'en finis avec Corman, Série C, mais je m'entête. J'ai commandé les 7 Samourais, j'ai déjà quelques Kurosawas mais je le verrai en même temps. Je ne perds pas de vue mon besoin d'écrire en profane sur le cinéma. Mes correspondants sont
    Américains pour la plupart ; ça me fait plaisir de correspondre avec vous. Je suis née prof, et il m'en est resté quelque chose de désagréable, mais je vais essaye de me corriger)
    Pendant que je vous parle les schleus mittraillent les saboteurs.
    A bientôt
    Roxane

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  8. ici une très bonne critique de PURPLE NOON (Plein soleil) qui se passe de photos. La pâle copie mentionnée plus haut est THE TALENTED MR RIPLEY

    = = = = =
    French director Rene Clement and his co-screenwriter Paul Gegauff (Chabrol's collaborator in the 60s and 70s) base their stylish thriller on the 1955 novel THE TALENTED MR. RIPLEY by Patricia Highsmith (she wrote the novel Stangers on a Train that was filmed by Hitchcock). This one follows the successful Hitchcock mystery formula and makes for a film that is intelligently written and always looks appealing and remains seductive, but with little insights. It exposes a man without a conscience, whose thrill is in doing the crime and cleverly trying to get away with it. Henri Decae's color cinematography of the Italian and Mediterranean locations are breathtakingly stunning. The 24-year-old Alain Delon, in his third film, gives a staggering chilly performance as the psychopathic killer of the dissolute rich young man he was supposed to rescue from Europe but instead decides to steal his identity and his girl. Purple Noon was restored in 1996 by Martin Scorsese who sponsored it for re-release.

    …/…
    Tom and Philip are out on a yachting excursion to Taomina from their home base of Mongibello (a small seaside city just outside of Rome). Also on Philip's luxury boat is his sweet fiancee Marge (Marie Laforet), who is writing a book about Fra Angelico. The men have just come from a visit to Rome without her, where they drunkenly joked around with a blind man and a loose woman they picked up in the street, and ran into Philip's equally rich American best friend Freddy Miles (Kearns), who expressed disgust at Tom for being a parasite.
    On the boat Philip acts obnoxious towards Marge and treats Tom with contempt, seemingly to see how far he can go in mistreating Tom. Why Tom is on the boat might be hidden by a secret homoerotic yearnings on the part of Philip. While Tom is envious of his devilish hedonistic companion and is secretly plotting for the opportunity to get rid of him for his own selfish reasons. When Marge urges Philip to drop Tom off at shore because she wants to be alone with him and Tom overhears this, the plot thickens. Philip boorishly tricks Tom to get in a dinghy and keeps him drifting alongside the yacht while he spends some quality make-up romantic time alone with Marge. But the tow-line was cut and Tom's rowboat drifts off to sea, where he's rescued but suffers from a severe sunburn. Seeking revenge, Tom plants a woman's earrings in Philip's jacket pocket and when the jealous Marge discovers this the two have a spat, culminating in Philip angrily throwing her manuscript overboard. Marge then requests to be put ashore and Tom and Philip continue with the voyage. But with Philip expressing no interest in returning home and showing a growing distrust for Tom, he tries to buy him off to leave. But Tom suddenly knifes Philip to death and disposes of his body in the sea, and then puts together his maniacal plan to be the rich playboy and take over his fortune and girlfriend.
    Clement does a nice job of not rushing to the conclusion but allowing the viewer to identify with such an outcast and see where he's coming from and the steel nerves it takes to pull off such an impulsive murder scheme that keeps running into problems from the forgery of signatures to acquaintances of Philip's showing up and asking questions and dealing with the police. To add to the suspense there's the creepy cheerful pop-style piano score by Nino Rota.
    The question at the end remains, was this a perfect crime?

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