lundi 19 novembre 2012

River of no return


1954 
Alias: Rivière sans retour


Cinéaste: Otto Preminger
Comédiens: Robert Mitchum - Marilyn Monroe - Rory Calhoun

Chronique Abordages
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Vu en dvd




Sauvagerie chaude et humide, cette aventure allie quelques extravagances à certaines certitudes. Elle donne au public un mélange curieux, entre l'hommage humble à la nature toute puissante et le regard fasciné, un brin salace par moments, dès qu'il s'agit de tourmenter l'icône Marilyn, autre "nature" à dompter.

Car c'est bel et bien sur cette thématique que porte le film : la lutte, le combat dans toutes ses acceptions : celle de l'homme contre la nature sauvage, celle de la civilisation qui cherche à s'imposer face à l'environnement désordonné, ou celle de l'homme face à sa propre animalité, celle du bien et du mal, celle du chasseur face à son gibier ou bien encore celle de l'homme face à la femme-objet.

La rivière se révèle aussi difficile à mater que la bête qui sommeille en nous, prête à bondir et nous faire perdre tout ce que la civilisation s'est acharnée à construire, siècle après siècle, morale après morale, pensée après pensée, loi après loi, tout ce que la vie en communauté a voulu éroder de violent en chacun de nous. Finalement, les périls auxquels sont exposés les héros viennent autant des indiens vengeurs, traces éloignées de ces peuplades hostiles qui hantent les pires cauchemars des conquérants européens, que des rapides, miroirs des pulsions humaines, bouleversants, tourmentés, foutus remue-méninges, machines à laver les egos qui dépassent, à la rudesse aussi neutre qu'implacable. Le danger se révèle autant dans les rencontres malvenues du hasard, celles qui voient se ramener les mauvais garçons, les routards à la gâchette aussi faciles que la braguette, comme dans le cynisme égoïste d'un bellâtre, vénal, capable de risquer la vie d'autrui pour le pognon.


Tout est là : Marilyn Monroe essaie par amour et compréhension aveugle de sauver son magouillard d'amant face à la froide et déterminée vengeance qui nourrit la figure inflexible du pionnier Robert Mitchum, droit dans ses santiags et décidé d'appliquer la loi tout américaine de l'Ouest, celle des bras aux manches retroussées par le dur labeur contre la chemise en flanelle pleine de cartes de poker et de dés pipés. S'affrontent ici l'Ouest chrétien encore jeune, neuf, à la simplicité virginale, où la loi du Talion règne, admise faute de mieux et l'Est, toujours de plus en plus européanisé, embourgeoisé. La rudesse du paysan face à l'âpreté au gain du marchand ou du capitaliste.


Le héros joué par Mitchum est à l'image de l'Américain des premiers temps, le mythologique, celui qui pousse la charrue et plante son maïs, son fusil en bandoulière pour chasser les intrus à plumes. Ses valeurs s'appuient sur les deux Testaments, on prie les morts et le Seigneur, le père adore son fils d'un amour viril et peu démonstratif, où une main passée énergiquement dans les cheveux du gamin suffit à combler de reconnaissance ce dernier.

Si tant est que le père demeure l'incarnation du héros, homme courageux, droit, fort et toujours juste. Quand le môme apprend que son paternel a fait de la tôle pour avoir tiré sur un homme dans le dos, c'est cet aspect lâche qui brise toute admiration. Et il faudra un enchaînement tragique mais heureux de situations sur la fin du film pour qu'une cohérence salutaire vienne soulager le bambin et qu'il comprenne enfin son père. Au bout de la rivière, la famille meurtrie, socle de la société américaine puritaine, se retrouve à nouveau, recomposée par les évènements, par l'initiation que recèle la confrontation à la nature, rude mais juste, comme un arbre, une tempête... ou comme un Robert Mitchum en colère.

Ce dernier n'en est pas moins homme. Ses failles sont aussi édifiantes, sincères faiblesses qui en font un véritable homme, non comme l'image ou le symbole que l'esprit puritain aimait à vanter, mais comme un être commun, capable du pire (tuer, se laisser aller à la vengeance, violer, etc.). Ces démissions périodiques nous font comprendre que le bien-être, le salut ne vient que de la famille, de l'amour et de la justice. Amen hollywoodien qui a quelque chose d'hypocrite compte tenu de la complaisance que le film affiche souvent vis à vis de cette morale.


C'est tout le sel de beaucoup de ces productions pour le moins ambiguës que les studios ont su proposer pour notre plus grand plaisir. En gros, le film est une fable moralisatrice, qui prend quelques libertés de ton de temps en temps. Sous ses airs de sermon dominical et cul-cul la praline, s'échappent ici et là des sortes de râles immoraux, de convulsions qui viennent souvent de cette femme (toutes des salopes? Non, pas maman!) que joue Marilyn Monroe et que la caméra de Preminger capture disons dans des positions humiliantes, à la sexualité exacerbée, avec une attention qui chagrinera les moins féministes des spectateurs : ballottée, la chemise déchirée par l'indien bestial, mouillée par les flots impétueux, à demi violée par Mitchum, scrutée la bave aux lèvres par tous les hommes, Marilyn est le joujou des mâles davantage que de la rivière.


Marilyn mettait la gaule au monde entier, symbole de la féminité la plus bouillonnante, et il apparaît évident que les scénaristes et les studios ont voulu satisfaire les fantasmes du public masculin en lui faisant endosser un personnage qui a quelque chose de sadien, de Justine, certes de loin, mais bel et bien de femme objet des convoitises bistouquettatoires.

Plus simplement, on pourra surtout se satisfaire de la voir interpréter une vraie femme, une femme de caractère, pas trop conne malgré cette cécité vis à vis du bad-guy dont elle s'est amourachée au départ. Justement, pétrie d'amour, elle n'en demeure pas moins forte, rebelle, d'une souplesse et d'une intelligence qu'on ne lui a pas vues être dotée par ailleurs. Enfin Marilyn ne joue pas une petite fille perdue dans ses rêveries infantiles!  Si vous voulez découvrir une autre Marilyn, c'est l'occasion parfaite de vous défaire de cette image d'ingénunuche. Certes, elle reste entourée de vicelards, aux turgescences plus ou moins prononcées, mais elle campe également le rôle de mère, pendant correct à la figure idéal de Papa Mitchum, pour que le "tout est bien qui se finit bien" émerge comme il se doit avant le "The end". Le scénario n'oublie pas de lui faire quelques ritournelles bien senties, plaisantes à souhait, le plus souvent mélancoliques, parfois un peu plus enjouées mais toujours chauffées par la caresse de sa voix, accentuant la sensualité qui domine le film.


Un film complexe en fin de compte, à la narration très efficace, ce qui ne surprend guère avec Otto Preminger aux manettes, une histoire d'un rare équilibre, d'une logique imparable, surtout un film qui sent la chair, le feu de bois accessoirement, un peu la terre aussi et l'huile de cervelle, un film plutôt brillant, pas juste un western comme un autre. Je ne comprends toujours pas l'espèce de mésestime dont il semble souffrir auprès des cinéphiles. Ou alors, je me fais des idées?


Trombi:
Rory Calhoun:

Tommy Rettig:

Murvyn Vye:

Douglas Spencer:

 John Doucette: (cravatte du centre)

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