mercredi 28 novembre 2012

Le gorille vous salue bien



1958 
Alias: The Gorilla Greets You

Cinéaste: Bernard Borderie
Comédiens: Lino Ventura - Charles Vanel - Pierre Dux - Bella Darvi - Jean-Pierre Mocky

Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Notice SC

Vu en dvd




Comment peut-on aimer un film de Bernard Borderie? Voilà un exploit, une incongruité qui exige explications détaillées. Tentons le coup.

Certes, on voit ici et là quelques éléments qui font furieusement sentir la platitude ou la médiocrité qui pourrait présider aux destinées de cette production (une réplique foireuse d'un personnage ou quelque virage que prend l'histoire) et pourtant, elle tourne, ça fonctionne tout de même!

Le grand atout (si ce n'est l'unique), ce sont les comédiens. Certains même sont sociétaires de la Comédie Française, ce qui à l'époque avait encore quelque valeur significative sur le plan du jeu. Et même si on pourrait se laisser prendre à le penser, Lino Ventura
n'est pas la seule arme massive. Certes, il est impeccable et fait montre de justesse tout au long du film. D'ailleurs, sa confrontation perpétuelle avec Charles Vanel
est si savoureuse qu'elle finit peut-être par devenir le petit rendez-vous jubilatoire du film.

Dans un personnage médiocre et sans doute agaçant pour beaucoup, je dois dire que j'ai un petit faible pour Robert Manuel. Il geint sans arrêt mais il y a du coffre, ça se sent et Borderie fait preuve d'une étonnante capacité à capter le jeu de Manuel sur deux ou trois séquences, que je trouve très bien filmées, ce qui ne cesse de m'intriguer. En effet, elles parviennent grâce à la mise en scène, de légers mouvements de caméra et le jeu du comédien, à faire monter la tension de manière très efficace.

Beaucoup de "petits" acteurs semblent également baigner dans le jus de ce scénario pourtant plus pittoresque qu'habile, comme des poissons dans l'eau. Le film dépeint avec une certaine adresse un petit monde interlope d'après-guerre. L'argument "espionnage" qui fera florès 4 ans plus tard avec Dr No sur une échelle ô combien plus imposante et qui semble avoir été apporté par le travail de Antoine-Louis Dominique (ancienne barbouze lui même pendant la guerre) est finalement très anecdotique. Par contre la part de Jacques Robert me parait bien plus éloquente. Quoiqu'il en soit, on flirte avec la "série noire", la jactance populacière des voyous communs. Et c'est un plaisir qui ne se refuse pas.

Ce mélange d'action, de polar noir et de joutes d'egos donne un film qui à l'époque pouvait passer pour spectaculaire. Les démonstrations de force de Ventura ont quelque chose du numéro de foire.
Aujourd'hui, le film a pas mal vieilli mais c'est justement cet aspect défraichi qui en fait un bon petit film populaire à déguster en amuse-oeil. Il raconte le cinéma de grand-papa avec cette curieuse insistance à se salir les mains : on y torture, on y flingue, on y bande les muscles, on se dépoitraille les pectoraux et on sort les pépées salopes bien roulées. Ça sent la sueur et le petit salé aux lentilles, quand en Angleterre on se prépare à envoyer James Bond siroter sa Vodka-Martini sur les plages des Bahamas. Masse des faubourgs parigots contre biceps saillants et raffinés, le contrat n'est pas le même, certes, mais il y a là matière à apprécier l'un et l'autre, deux cinémas qui ne disent finalement pas du tout la même chose. En dépit des affinités de façade, celle qui colle des étiquettes, le gorille n'a que très peu à voir avec James Bond. Dont acte.

Passons sur ces comparaisons hâtives et profitons à plein des avantages rustiques mais certains que ce petit film a à offrir. On a la possibilité d'écouter un petit jazz et des airs lancinants d'un Georges Van Parys qui a su ailleurs créer des partitions plus calinantes, plus suaves et complexes. Celle-ci est beaucoup plus simple, cependant elle conserve une certaine puissance qui se laisse aborder à la longue.

Le dvd René Chateau ne rend pas hommage à la très agréable photographie cinémascopique de Louis Page : une compression trop forte ainsi qu'un format trop petit ont quelque peu gâté mon plaisir. L'image est abimée, espérons qu'un jour cette modeste production jouira d'une plus grande considération et donc d'une restauration digne de ce nom.

Ce n'est certes pas un grand film mais dans la carrière de Lino Ventura, néanmoins il est certainement important, marquant d'un jalon populaire une filmographie alors très prometteuse. Par ailleurs, dans la série des "gorilles" et autres "fauves" de l'acteur et de son remplaçant Roger Hanin censés frapper de toute leur masse sur les faces plus ou moins patibulaires des truands d'après-guerre, celui-ci est sans aucun doute possible le meilleur. Par exemple, je préfère ce seul gorille à tous les OSS qui viendront par la suite.


Trombi:
Pierre Dux:

Bella Darvi:

René Lefèvre:

André Valmy:

Jean Mercure:

Henri Crémieux:

Jean-Roger Caussimon:

Yves Barsacq:

Robert Berri:

Jean-Pierre Mocky:

François Darbon :
Jean-Marie Rivière: (droite)

René Bergeron et Maurice Chevit:

Guy Mairesse:

Jacques Seiler:

Marie Sabouret: (droite)
Pierre Mirat:

 Jean-Max:
 
 ?, Sylvain Levignac et ?:

2 commentaires:

  1. de Passionauto:

    C'est effectivement un film qui se laisse voir tranquillement, pas forcément en boucle non plus, n'exagérons rien !

    C'est l'archétype du film noir tel qu'on le concevait dans les années 50 mais force est de reconnaître que ce style n'a pas très bien vieilli puisque le genre gros bras, tout dans les muscles d'un héros de foire n'attire plus grand-monde dans les salles...
    C'est paradoxalement l'aspect désuet de cette production qui fait en partie son charme d'ailleurs.
    Mais même en 1958, certaines erreurs de tournage auraient pu être évitées.
    Voir le grand Lino projeter un mannequin de paille, censé représenter un voyou qu'il venait d'assommer, sur 2 de ses adversaires est une scène digne de faire rire aux éclats les gosses d'une classe préparatoire !

    Ceci dit, on y voit pléthore de bons acteurs et quant à Lino, il n'est jamais ridicule quel que soit le rôle considéré.
    C'est la marque des plus grandes personnalités du monde du cinéma.
    Notons qu'il n'a jamais voulu reprendre le rôle du Gorille en dépit des cachets importants qu'on lui proposait car il ne souhaitait pas se laisser enfermer dans ce type de personnage.
    Il disait qu'on ne l'appelerait plus que par " le Gorille " dans le milieu du cinéma, que les mères de garnements récalcitrants menaceraient leur progéniture de faire venir " le Gorille " s'ils n'avalaient pas leur soupe prestement...
    Bref, que cette image de dur à cuir desservirait sa carrière.
    On peut considérer qu'il aura eu du flair à en juger par sa carrière cinématographique exceptionnelle !

    Quant à la dernière photo apposée plus haut, je ne peux reconnaître que le personnage central en l'occurence Sylvain Levignac.
    C'est d'autant plus drôle qu'il s'agit d'un acteur-cascadeur qui apparait de manière récurrente en qualité d'adversaire de Lino puisqu'il passe le plus clair de son temps à se faire casser la gueule par ce dernier.

    Ainsi, on peut le voir se prendre une solide correction par Bourvil et Lino, lui et une équipe de durs montés spécialement de Paris pour venir chercher l'un des leurs dans " les grandes gueules ", dans le rôle du faux blessé dans " Adieu poulet " dans celui de l'homme de main de Michel Constantin dans " dernier domicile connu ", en flic aux prises contre Lino dans " la gifle " et en voyou - tiens donc - " dans le saint prend l'affût ".

    La suite de sa carrière a été moins glorieuse puisqu'on le retrouvait dans une publicité TV vantant les mérites d'un produit anti-calcaire pour lave vaisselle dans les années 70.

    Il faut bien vivre, me direz-vous...

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  2. Ah oui, je m'en souviens de cette pub. Effectivement, c'était une tête qui me disait quelque chose. Merci pour l'info, je corrige tout de suite.

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