Quand le reptile se fait des pellicules, des toiles, des pages et des dessins... Blog sur l'image et la représentation en général.
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jeudi 8 novembre 2012
Il était une fois dans l'Ouest
1968
Titre original: C'era una volta il West Alias: Once Upon a Time in the West Alias: Il était une fois dans l'Ouest
Revoir ce chef d’œuvre en blu ray a été une
expérience orgasmique dépassant l'entendement et donc toutes mes
espérances. De bout en bout, la beauté visuelle des images, des
couleurs, des décors, des lumières, l'exceptionnel don de Sergio Leone à
imaginer des cadrages sublimes, la maitrise millimétrée du montage et
l'invention géniale de ces acteurs dirigés de main de maitre donnent un
spectacle hébétant, sans faille. Sans arrêt le film éclabousse le
spectateur de sa classe. C'est un paroxysme qui n'en finit pas. Quand je
parlais d'orgasme, je ne jouais pas sur les mots, c'est visuellement
une excitation qui ne cesse de vous prendre et de vous bouleverser.
Sourire béat aux lèvres devant cette œuvre monumentale. Certes, j'ai
maints fois vu ce film (même au cinéma, dans les années 80, au
"Festival", salle des boulevards bordeluches, lors d'une rétrospective
Léone me semble-t-il), mais le travail fait sur ce blu ray pour en
rendre toutes les subtilités visuelles, scéniques et sonores me sidère, à
tel point que plusieurs fois j'ai eu l'impression délicieuse de voir un
nouveau film. C'est là des sensations que je retrouve souvent en ce
moment grâce au blu ray. Quoiqu'il en soit, rien que d'y penser, j'en
frissonne encore de plaisir! On pourrait faire l'erreur, tentante, de croire à une suite de scènes
terriblement bien écrites, tellement elles paraissent d'un équilibre
parfait, si on les prend individuellement et qui font preuve d'une vie
propre, d'une telle cohérence que leur dépendance à l'histoire générale
du film pourrait être réfuter. C'est un fait que de penser ou ressentir
cela, mais cette idée doit selon moi rester à l'état hypothétique, car
évidemment elles sont partie intégrante du récit et lui donnent une
densité rare, à siroter pendant comme après le visionnage. Surtout, à la
fin, la lisibilité du film nous a permis de ne pas voir les 2h55
passer. De plus, cette histoire, cette épopée dépasse largement son cadre
spectaculaire et divertissant pour développer un récit profond,
ouvertement grandiose, quasi mythologique sur la thématique favorite de Sergio Leone, l'Ouest finissant, le bouleversement pour le far-west qu'a
constitué l'arrivée massive des immigrants, la civilisation via le
chemin de fer, avec tout ce que cela sous-entend de morale, de loi,
d'ordre policier, de commerce, de culture, etc. Qu'ils soient du côté du bien ou de celui du mal, les cow-boys ont les
tempes grises. Les rides sont creuses, les plis de la peau signalent que
le temps de la liberté totale est passé. Une certaine tristesse prend
le pas, à moins que ce soit le souci de voir leur monde s'écrouler,
dévoré par un autre, tout neuf, dont ils ignorent les outils... dédain
de "race" comme dit Frank (Henry Fonda)? Ces cow-boys, cet Ouest libre
meurent ensemble.
Celui qui incarne le mieux cette capacité à entendre cette fin du monde
est peut-être Cheyenne (Jason Robards) dont le regard lucide est aussi
plein de la malice des gens d'expérience, sûrs d'eux et de leur destin.
Celui d'Henry Fonda est froid comme un serpent : le cynisme, le sadisme
de son personnage touchent au phénoménal. Sans doute l'un des méchants
les plus cruels de l'histoire du cinéma. Leone a fondamentalement bien
su mettre en scène ce summum de l'ignominie en filmant cette scène
ahurissante où Fonda scrute le regard plein d'innocence d'un gamin roux
(Enzo Santaniello). A ce stade on ne sait pas encore la crapulerie du
personnage. Henry Fonda pour la plupart du public de l'époque représente
ce qui se fait de meilleur sur le plan moral, c'est le héros de
l'Amérique, l'homme bon par excellence, la figure du héros généreux,
loyal, l'intégrité incarnée. Ce gros plan sur l'adorable marmot suivi
par le sourire sadique de Frank (Henry Fonda), son jeu du chat et la souris
avec la question de savoir s'il le tue ou pas donnent au film une autre
dimension, sans doute inégalée, de cette époque décrite, celle de la
démesure, de l'inhumain, un véritable choc, un coup d'épée ou la brûlure
d'un fer incandescent, choisissez l'image qui vous plaira, mon petit
doigt me susurre que les deux sont valables.
Comme dans les précédents westerns de Leone, Ennio Morricone parvient à
composer une partition très puissante, entrainante, dans
l'accompagnement de l'action ou bien dans la sublimation des paysages et
des cadrages. Je ne sais pas si cela a été dit par ailleurs (je doute
que cela ne fut pas), j'ai souvent le sentiment que la musique de Morricone ne fait pas qu'accompagner, mais joue un rôle à part entière.
C'est diablement et concrêtement audible sur ce film. Elle semble
provenir des personnages eux-même (pas uniquement d'Harmonica joué par Charles Bronson), elle est comme une musique intérieure qui, à force
d'ascension, déchire les corps et hurle son émotion jusque là intime, de
façon de plus en plus tonitruante, magnifique.
Ce dernier qualificatif est aussi celui qui me vient à l'esprit quand je
pense à la Cardinale. Déjà plus toute jeune, elle irradie constamment.
Son front, plissé par le souci et la détresse, surmonte un regard noir,
profond et d'une sensualité qui n'en finit pas de déborder. Le rôle
n'est pas étincelant sur le papier, pourtant son personnage est
primordial, au centre de toutes les attentions, l'enjeu principal. Elle
s'en tire plutôt bien, même si je la préfère dans d'autres films. Elle
est fracassante de beauté (je l'ai déjà dit, mais je ne peux m'empêcher
de le répéter) à la fois fragile et forte. Son personnage de putain qui
voit son rêve de paix, d'assise, de respectabilité sociale s'envoler est
très émouvant. On sent qu'elle est à un stade de sa vie où il n'est
plus question d'être le jouet des autres. Tour à tour, elle tente
d'accrocher les hommes, mais elle est entourée de spécimen dont la
catégorie ne s’accommode guère du concept matrimonial. Encore une fois,
ils sont d'une autre espèce. Nouvel échec pour elle, nouvelle exclusion.
Pourtant, il se dégage d'elle une puissance particulière, comme couvée,
en gestation, qui ne demande pas grand chose pour prendre toute son
envergure, celle de la femme indépendante. La pute est déjà au passé.
L’Ouest crépusculaire change ses hommes et ses femmes itou. Très beau film, visuellement et émotionnellement, un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Tout court. Mini Trombi: Gabriele Ferzetti:
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