lundi 18 avril 2011

Cache



2005
alias : Caché
alias : [Caché]
alias : Hidden

Cinéaste: Michael Haneke
Comédiens: Juliette Binoche - Daniel Auteuil - Maurice Bénichou - Annie Girardot

Notice cinéprofil
Notice Imdb
Vu en dvd

J'aime bien le cinéma de Michael Haneke. Et pourtant certaines de ses caractéristiques devraient me faire fuir, notamment son esthétique très froide, austère, dépouillée. Son goût pour la violence l'est tout autant. Dans ce film, elle est sourde, bien cachée (tiens, le titre).

C'est un cinéaste au style tangible, que l'on peut distinguer assez facilement, très rapidement. Les plans fixes? Peut-être bien. Les personnages bougent peu dans le cadre. Et ces temps qui ressemblent à des pauses où la caméra semble en attente d'un évènement, du redressement d'une épaule peut-être, ou bien qu'une tête se tourne, que quelqu'un entre dans le cadre?

Il s'en dégage un étrange suspense, fortement enclenché par une très intime histoire où le personnage joué par Daniel Auteuil peine tant à livrer son mystère. C'est bien là le nœud du problème, ce que filme le cinéaste avec tant de patience et d'attention : ce personnage obligé de renouer avec un sale passé qu'il croyait avoir définitivement dissimulé.

Après, savoir qui envoie les cassettes, à la limite on s'en fout. Je suppose que l'absence de réponse explicite signifie qu'Haneke s'en tape également. Ce qui intrigue se déroule bien plus sous nos yeux : cet être que son passé rend violent, renfermé sur lui même et enterré complètement dans son déni. Il est proche de faire exploser sa famille et sa carrière.

C'est vrai que les derniers plans de la sortie de collège sont très étranges. Pour ma part, je n'en vois pas bien l'intérêt. Je me serais volontiers contenter en dernier plan du souvenir, cette longue séquence en fixe sur la cour, c'eut été beaucoup plus clair. Là, je ne vois pas ce que cela signifie.

Le réalisateur montre très bien comment ce type est ébranlé par ce passé mal enfoui, comment le refoulement peut vous revenir en pleine gueule à un moment ou un autre, sans que l'on s'y attende. Les problèmes non réglés, époussetés sous le tapis reviennent souvent à la surface vous faire salement éternuer.

La cruauté de l'histoire figure ici dans le fait que personnage d'Auteuil n'est finalement pas le plus gravement touché par cette situation, celui qui en a bavé le plus et ne supporte pas du tout cette réactualisation du passé, c'est bel et bien Maurice Benichou.

Injuste. La réalité n'est ni bonne ni mauvaise avec Haneke. La question du bien et du mal est une nouvelle fois posée. Et le spectateur est renvoyée à cette étude. Il y a une sorte de philosophie de la confrontation chez cet auteur qu'on repère à cette ritournelle : dans ses films les personnages sont souvent victimes d'une réalité qui les dépasse, parce qu'ils sont trop lâches, ou juste des jouets innocents que le hasard a choisi de mettre à l'épreuve, au mauvais endroit, au mauvais moment. Il est toujours question de violence faite à un autre par pur égoïsme, par simple bêtise, avec le moins d'honnêteté possible.

Auteuil est persuadé que Benichou et son fils sont les auteurs de cette espèce de chantage dont il est victime. Cela ne peut être qu'eux. Il ne peut en démordre. Surtout, il refuse face à ces évènements d'endosser la moindre part de responsabilité. Infoutu de présenter avec sincérité des excuses à sa femme ou à Benichou, cet homme exclut toute possibilité d'accepter son passé, se condamne à le revivre sans cesse dans ses souvenirs ou ses cauchemars. Le personnage d'Auteuil est effrayant. C'est un effroi simple, d'apparence banal, il produit un dégoût ordinaire.

Le cinéma d'Haneke est d'une redoutable efficacité. Son appétence pour la provocation est ici un peu moins éclatante mais quelque part, l'ironie et la cruauté que son histoire projette peuvent être lues comme de saillies destinés à interroger les spectateurs sur leurs propres mensonges -on comprend bien que la femme (Juliette Binoche) a, elle aussi, un passé tu avec Daniel Duval- mais également à les choquer afin de mieux les éveiller aux problèmes relationnels qu'il entend scruter.

Les comédiens ressemblent à ceux qui jouaient dans "Funny game", des gens aisés, assis dans une routine familiale confortable, une tranquille vie faite d'habitudes, de certitudes et de courses ordinaires. Physiquement aussi Daniel Auteuil et Juliette Binoche ressemblent respectivement à Ulrich Mühe et Susanne Lothar. Des habits bon chic bon genre, des attitudes molles, des énervements polis puis le vernis de politesse se craquèle et la violence de survie se fait jour. Ça a l'air de le troubler cette violence que la société nous apprend à taire, à l'ami autrichien. Combien de fois Auteuil s'excuse-t-il sans réellement le penser après avoir dépassé les bornes?

En tout cas, Haneke filme très bien ses obsessions, il les écrit d'abord très bien. Le scénario est aux petits oignons, fournit ses moindres détails, au compte-goutte, constituant son suspense avec parcimonie, au rythme bien maitrisé. Bien écrit, bien filmé, cet Haneke ne révèle pas totalement la face cachée de son énigme mais cette persistance mystérieuse ne laisse pas le spectateur sur sa faim ; au contraire elle le maintient sous l'emprise du film, son ton, sa couleur, ses points d'interrogation. Un film qui a du charme. Du beau travail.

Trombi:
Annie Girardot:

Bernard Le Coq:

Walid Afkir:

Aïssa Maïga:

Denis Podalydès:

Lester Makedonsky:

Nathalie Richard:

Dioucounda Koma:

Daniel Duval:

3 commentaires:

  1. Roxane vous a écrit hier dans la vignette
    destinée à cet usage sous LA VIE DES AUTRES. Le message n'est pas parti …
    J'étais sûre de vous retrouver chez l'ami autrichien. Votre analyse laisse à désirer.
    CACHé est un camouflage : c'est un film
    sur la CULPABILITE des enfants du nazisme. Ce qui n'est pas dit explicitement dans le film c'est que MAURICE PAPON alors préfet de police de Paris a ordonné le massacre du 17 octobre 1961, ce même Papon dont je
    vous parlais hier et qui a Bordeaux a livré des enfants juifs à la Gestapo.

    Ici Auteuil que j'adore n'est pas à la hauteur du problème et joue mal.
    Seule Annie Girardot, maternelle et pudique, dont on apprend qu'elle a adopté le petit orphelin du 17 octobre 61 est émouvante.

    Rien à faire : Haneke ne passera pas.

    Je n'irai certainement pas voir L AMOUR.
    Trintignant, pour moi, est l'acteur qui a toujours accepté des rôles de salaud.
    Quand à Riva, ce n'est pas un animal à
    sang chaud. Impassible et froide, elle
    n'a aucun rayonnement (hormis, autrefois, ce beau visage dans HIROSHIMA, MON AMOUR.

    Enjoy this exceptional sunny Sunday !

    Roxane

    RépondreSupprimer
  2. encore moi :

    Arte a repassé CACHé il n'y a pas longtems. Chose rare : je me suis
    endormie.
    J'ai revendu pour 10 € le coffret Haneke de 5 films acheté 25 € il y deux ans je crois. Prenait trop de place...

    R.

    RépondreSupprimer
  3. Je l'ai ce coffret, je ne l'ai pas fini.

    RépondreSupprimer