mercredi 2 février 2011

Vincent, Francois, Paul et les autres


1974
alias : Vincent, François, Paul and the Others

Cinéaste: Claude Sautet
Comédiens: Yves Montand - Michel Piccoli - Serge Reggiani - Gérard Depardieu

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Vu en dvd

Y a-t-il un film plus proche de Claude Sautet (ou plutôt de l'image qu'on peut s'en faire) que ce film là? Une bande d'amis, des rires, de la bouffe, de la picole, des engueulades, Piccoli, Montand, de l'amour, des non-dits, de la solidarité, de la solitude aussi, des regards, beaucoup de regards, des bagnoles, de la pluie,

des vitres qui reflètent malgré leur fausse transparence des instants de vie

et une caméra très attentive qui suit les personnages en quête d'un mot, d'une fuite, d'une respiration qui fait avancer le schmilblick de tous ces gens qui se bousculent en même temps qu'ils s'aiment.

Est-ce Vincent (Yves Montand) qui trace la ligne centrale, l'axe du film? Pas sûr. François (Michel Piccoli) à travers ses déboires conjugaux ou Jean (Gérard Depardieu) et son combat de boxe si dangereux offrent d'autres ouvertures, des échappatoires, des temps de pause dans le parcours chaotique que subit Vincent. Ce dernier, entre la difficile acceptation de sa rupture avec une femme qui n'en peut plus, encore amie mais sûrement plus du tout épouse (Stéphane Audran) et la banqueroute de son entreprise qui s'annonce inéluctable, est bouleversé par cet accident de vie où tout ce que vous croyiez solide devient poussière et ruisselle entre les doigts. Forcément responsable, Vincent trouve avec sans doute le soutien tacite de ses copains les moyens de retomber sur ses pattes afin d'entamer une nouvelle vie.

Dans ce film de bande, de copains, Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie excellent de manière finalement imperceptible à dévoiler des pans de leurs propres personnalités, de leurs histoires, de leurs intimités, que ce soit dans la grandiloquence d'un Yves Montand, l'appétence pour la bibine de Serge Reggiani, le courage physique d'un jeune Gérard Depardieu ou bien encore l'impulsivité colérique d'un Michel Piccoli.

Les femmes sont au spectacle, aiment les hommes tels qu'il sont, du moins certaines essayent-elles. D'autres s'en lassent, avec tristesse, d'autres encore ne comprennent toujours pas. Peu agissent. Aucune ne parvient à briller autant que ces astres mâles, alors elles fuient.

Comme toujours, sans pour autant jamais jeté un quelconque voile sur leurs défauts, Claude Sautet filme ses personnages avec cette incroyable tendresse. Un peu voyeurs, les spectateurs assistent à leurs agitations collectives comme à leurs plus intimes moments de vérité grâce à une caméra toujours focalisée sue eux, l'environnement n'ayant que très peu d'importance. Elle les scrute et le public est donc placé au milieu de la foule et ses remous, en témoin des petits comme des grands drames mais une certaine distance est suffisamment maintenue pour que ce ne soit pas dérangeant, trop invasif. Du reste, les personnages sont très pudiques. C'est vraiment bien fait.

Quand on énumère tous les noms de la distribution, on a l'impression que Claude Sautet a convoqué tout le cinéma français. Casting impressionnant qui tient ses promesses : de grandes scènes compliquées sont menées à bien dans la justesse et l'équilibre.

On a quelque fois peur qu'Yves Montand n'en fasse un peu trop (comme dans "César et Rosalie" par exemple), ne se caricature en somme. Non seulement il y échappe mais sur quelques plans, il n'est plus Montand face à une caméra mais bien Vincent perdu, saccagé et hébété devant un avenir incertain.

Michel Piccoli

joue la cocotte minute avec une perfection qu'on lui connaissait déjà... les fameuses gueulantes de Piccoli.

Serge Reggiani vieilli, rond et plissé joue l'ami pétri de chaleur et l'âme blessée, l'écrivain dans l'impasse avec une manie inquiétante.

Gérard Depardieu est un Jean plus effacé que ses compères, plus jeune il est vrai. Comme pour les femmes, son caractère a du mal à s'imposer, à s'extérioriser.

Les femmes parlons-en, elles sont plus spectatrices. Se faisant, difficile d'en détacher une plus qu'une autre. Stéphane Audran, toujours aussi belle et énigmatique est une femme statue qui regarde avec affection, tristesse et lassitude le canard de plus en plus boiteux Montand. Elle allie mystère et désolation dans son regard.

Antonella Lualdi est une actrice que je ne connais pas du tout. Ici elle est amoureuse de son Paul (Reggiani) et l'entoure d'une affection très maternelle, pas étonnant, elle est italienne!

Et puis bien sûr, Marie Dubois

dans un rôle loin d'être évident, très dur, refroidi par la violence de François (Piccoli) racorni et qui ne s'illumine qu'avec difficulté.

Autre italien de la troupe, Umberto Orsini

me fait penser à ce lien évident qu'on ne souligne pas assez entre le cinéma de Sautet et la comédie italienne, ces films où les personnages se cachent derrière des masques, des poses, des leurres pour finalement laisser éclater leur vérité avec plus d'humour que chez Sautet, souvent grave. Mais la tendresse du regard posé sur les personnages est très émouvante même si elle ne débouche pas forcément sur les mêmes expressions et les mêmes émotions.

Trombi:
Ludmila Mikaël:

Catherine Allégret:

Mohamed Galoul:

Jacques Richard:

Maurice Travail:

Nicolas Vogel: (à droite)

Myriam Boyer:

Pierre Maguelon:

Maurice Auzel:

Jean Lagache:

Marcel Portier:

Pippo Merisi: (au centre)

Robert Le Béal:

Jacqueline Dufranne:

2 commentaires:

  1. J'avais déjà laissé un commentaire au sujet du film " Tendre poulet " et qui était signé curieusement anonyme...
    Concernant " Vincent , François , Paul et les autres " , j'avoue prendre beaucoup de plaisir à revoir ce film qui n'est en fait qu'une fresque de la vie de 3 quadras confrontés chacun à des problèmes différents mais pourtant si proches dans leurs désarrois respectifs.
    Ce qu'il est important de souligner , c'est la pudeur avec laquelle Sautet a dépeint ces tranches de vie dans lesquelles il nous plonge et auxquelles nous pourrions facilement nous identifier dans nôtre quotidien.
    J'aime aussi beaucoup la tendresse désarmante dont fait preuve Montand dans ce film à l'égard de Stéphane Audran.
    Nostalgie d'un homme qui reconnaît bien tardivement qu'il s'est trompé de voie et qui garde malgré tout un vain espoir de renouer avec son ex-compagne !
    c'est avec Ludmilla Mickaël qu'il vit une sorte de solitude à deux mais c'est cependant vers Stéphane Audran qu'il se tourne lorsqu'il se trouve aux abois puisqu'elle seule est capable de le comprendre et surtout l'écouter.
    Piccoli est également magistral , comme toujours , aurais-je envie d'ajouter , notamment dans ses incontournables emportements dont il est coutumier dans toutes les productions de Sautet (une colère par film en moyenne)
    N'oublions pas non plus de souligner l'excellente musique de Philippe Sarde qui accompagne très justement cette oeuvre de Claude Sautet.
    En résumé , un film très attachant qui traite aujourd'hui encore de faits d'actualité (divorce , adultère , déboires financiers liés à la chute d'une entreprise , problèmes de santé dûs au stress et regrets d'un homme vis à vis de son ex-femme).
    Ce que je remarque surtout , c'est qu'on pouvait à l'époque nous transmettre de formidables émotions à travers un film pur et sans fioritures sans pour autant y adjoindre des effets spéciaux et encore moins des images virtuelles !
    Eric

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  2. Anonyme apparait parce que vous n'avez pas de compte gmail ou blogspot, je suppose. Ca n'a pas d'importance, puisque vous signez au terme de votre texte.

    Je voudrais répondre surtout à la dernière phrase, le fait que l'on "pouvait à l'époque" faire un film "pur et sans fioritures". Effectivement on le pouvait, mais cela sous-entendrait qu'on ne le fait plus aujourd'hui, ce qui me parait injuste, voire faux, cela dit sans vouloir vous offenser (le mot "faux" sonne tellement péremptoire). Je pourrais vous citer bien des films actuels qui dégagent quelque chose de très simple et pur, qui traitent de sujets ordinaires ou magnifiques sans effets de mise en scène, sans esbroufe. J'en ai un tout récent que j'ai vu l'année dernière et que j'ai chroniqué ici : "Les petits ruisseaux". Je pense aussi à "8 fois debout" et j'en passe. Quant aux effets spéciaux et images virtuelles, ils servent des films qui adoptent une tenue très particulière, celle du genre, que ce soit fantastique, s-f ou autre. Ces effets ne sont pas forcément des fioritures mais des outils permettant d'accéder à une forme de poésie qui n'est pas dénuée de grâce parfois. Il y a de la place pour deux dit le poète, en matière de cinéma, on pourrait dire qu'il y a de la place pour mille. Vivent les cinémas! Le simple comme le compliqué, le pur comme l'excessif, le drame comme la comédie, etc...

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