jeudi 2 avril 2009

Dial M for murder


alias : Le crime était presque parfait
1954
Cinéaste : Alfred Hitchcock
Comédiens : Robert Cummings - Grace Kelly - Ray Milland - Anthony Dawson - John Williams

J'espérais plus de cet énième revisionnage. La dernière fois, cela s'était déroulé devant une copie vhs aux couleurs passées. Ici, un dvd annoncé collector faisait frissonner d'avance mes rétines impatientes, or, si les couleurs sont formidablement vives -l'empreinte de la robe rouge de Grace Kelly est encore plaquée sur le fond de mon oeil, faut que je consulte- il n'en demeure pas moins que sur les images claires un ignoble fourmillement est à déplorer. Mais là n'est pas l'essence même de ma déception. Je pense plutôt qu'après avoir redécouvert avec un intense plaisir la Main au collet dernièrement, je m'attendais à ressentir une joie identique. Ce ne fut que rarement le cas. Le suspense ne m'a pas autant pris à la gorge que les fois précédentes. Quelque chose dans la voix de Grace Kelly ne m'a pas autant charmé.

Et la scène du meurtre n'est pas aussi intense, ni saisissante d'horreur.




Cependant je ne boude pas non plus mon plaisir à retrouver l'audace de la réalisation d'Hitchcock. Par exemple, ces travellings gauche-droite ou droite-gauche, parfois dans la continuité donnant un délicat balancement, quelque chose de moins appuyé que dans Le paradis et l'enfer de Kurosawa mais que les deux cinéastes associent sans doute à la tension qui monte chez les protagonistes. A moins que ce soit le péril qui rode déjà, une sorte de menace que la caméra fait peser sur les personnages. On peut également s'imaginer que l'oeil, voyeur, du spectateur prend vie, s'incarne dans ce regard qui tourne autour de l'action.

Regard encore souligné par un autre balancement, celui-là plan après plan et non dans la continuité d'un seul plan, du bas vers le haut, lors de la confrontation entre Ray Milland maître de cérémonie et son adversaire, Anthony Dawson, pion entre ses doigts. D'abord un plan en contre-plongée montre Milland sûr de lui, installé confortablement dans son fauteuil comme dans son stratagème. Dawson est debout et assené de coups il s'effondre tandis que Milland se lève pour le Knock-out.



Dawson ne peut le contrer. Ensuite lorsque Milland présente à Dawson la manière qu'il juge parfaite de tuer sa femme, la caméra prend de la hauteur, plongée qui place le spectateur au plafond pour mieux voir les déplacements des personnages, témoin du meurtre et du mode de préméditation choisi. Vil flatteur, Hitchcock nous met à la place de Dieu.

J'ai adoré également le montage rapide et précis où le regard de Milland évalue la situation prenant des informations sur les éléments du décors pour mieux réagir au bouleversement que constitue la mort de l'assassin. En très peu de temps, et sans palabre, Hitchcock découpe la scène de manière magistrale. Net. Intelligent. Judicieux. Délicieux.
Tout aussi délicieux la manière dont il décompose sa scène pour saisir son personnage, en lui faisant se retourner tellement il est surpris par ce qu'il entend. Une simple pipe à nettoyer, il se retourne vers le cendrier, le tapote, on passe à un plan très serré sur sa nuque, les mots de Milland vont au but, il se retourne effaré. Frisson.


Et puis il y a un Ray Milland façonné sur le modèle de James Stewart (Vertigo, Rear window, L'homme qui en savait trop), en y ajoutant la touche anglaise, élégante, rigide dans le cou, la nuque nette, le cheveu gominé et plaqué, peut-être une coiffure typique du héros masculin d'Hitchcock? On a beaucoup glosé sur le fantasme féminin blond et racé d'Hitch, on pourrait presque tout autant chercher des éléments récurrents chez les mâles. Bien que Cary Grant vienne contrecarrer cette hypothèse Stewart sur certains points. Ici Ray Milland incarne plutôt bien ce grand britannique, hautain, sûr de sa personne et au flegme inattaquable (voir la dernière scène où il se sert un verre de whisky en en proposant à l'assemblée médusée).

Robert Cummings malheureusement n'a qu'à offrir une bouille plutôt ahurie et dépassée. Un personnage de faire-valoir en quelque sorte, d'une invisibilité ennuyeuse.

Et puis, j'ai envie de mettre en valeur le second rôle très typé, et par conséquent charmant, de John Williams -l'autre John Williams- personnage lui aussi maître de lui même, assuré de son savoir-faire, policier à qui on ne l'a fait pas et dont le flegme le dispute à celui de Milland. Son coup de fil dans le dernier plan du film nous le montre en train de se peigner la moustache, d'un air détaché, calme, serein, scène qui clôt à merveille ce film sur une note d'humour gourmande.

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