mardi 17 mars 2015

Vénus callipyge



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Vénus callipyge

Scultpeurs: François Barois - Jean Thierry

Notice Louvre



Dans un sujet récent, j'ai écrit mon admiration pour la grâce naturelle des œuvres de Houdon. Je faisais allusion à certaines statues qui, même exposées au Louvre, se figent parfois dans des poses artificielles, si peu naturelles qu'elles peuvent ennuyer l'œil.

Celle-ci par exemple, exécutée par François Barois, pourrait en être une bonne illustration, me semble-t-il. J'ai peine à imaginer que cette Vénus callipyge puisse de quelque manière que ce soit se retrouver dans cette position compliquée, pas du tout naturelle. Elle est censée soulever son vêtement pour évaluer la beauté de son cul. Son cou offert forme un volume étrange. Ce n'est pas un cou, mais plutôt le coude d'une tuyauterie bizarre, peut-être une gouttière? J'exagère à peine : voyez l'étrangeté de sa courbe ! Il est anormalement rond.

A la décharge de Barois, il s'agit en fait d'une copie de la Vénus callipyge de la collection Farnese, aujourd'hui au musée archéologique de Naples. Mais je préfère, et de loin, la vénus de Naples. Sa position, plus simple, apparaît davantage crédible. Et en passant, ses fesses n'en apparaissent que plus souriantes, réelles et vivantes. François Barois prend des libertés et accentue la torsion du corps pour que Vénus se regarde les fesses. Trop.

Partant de là, on pourrait croire que je n'aime pas cette œuvre et que le choix d'en faire un article est pour le moins curieux. Or, en fait, j'aime bien tout de même cette statue, malgré son geste alambiqué.

D'abord, parce qu'elle n'est pas seulement l'œuvre de François Barois. Pour des raisons de pudeur mal placée, on eut l'idée saugrenue de faire appel à Jean Thierry après que son ami Barois fut décédé pour "habiller" la dame d'une draperie. Or, si l'intention est d'une absurdité monumentale (cacher le cul d'une vénus callipyge est en soi une idée parfaitement bête), il n'en demeure pas moins que le drapé de Jean Thierry est magnifique.

Et j'ai déjà dit sur ce blog combien un joli drapé peut m'envoûter. Celui qui pare la poitrine et le ventre de cette vénus me séduit beaucoup. L'érotisme paradoxal qui s'en dégage est puissant. Je ne sais pas si j'en dirais autant sur l'arrière de la statue. Ses fesses, ses hanches perdent en éclat. Même les jambes en subissent la triste conséquence : la rupture des lignes altère la beauté callipyge qui la définit.



Pour résumer, je dirais que ce qu'elle perd en sensualité et cohérence sur les fesses, elle le gagne sur la poitrine. Et puis, je suis touché par le geste de Jean Thierry, en souvenir de son ami défunt. Malgré tout, il y a dans cette statue une noblesse qui se rapproche d'une émotion sincère.

C'est finalement très compliqué pour moi de traduire ce fatras de sentiments contradictoires que cette œuvre fait naître en moi. J'ai fait ce que j'ai pu pour les exprimer, mais que c'est difficile parfois!

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