jeudi 25 juillet 2013

L'inconnu du lac


2013

Cinéaste:Alain Guiraudie
Comédiens:Patrick d'Assumçao - Christophe Paou - Pierre Deladonchamps

Notice SC
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Notice de Jack Sullivan

Vu en salle

 J'ai vu là un film somme toute agréable, mais je m'attendais à bien plus. Je suis allé le voir parce que j'en avais entendu que du bien et parce que des crétins homophobes ou sexophobes en ont fait une publicité énorme. Peut-être aurais-je loupé ce film s'il n'y avait cette superbe promotion en forme de censure sur les affiches.

Les critiques à Cannes évoquaient la beauté du film. Comme je les lis ou les écoute paresseusement, je m'en suis tenu à ce que j'ai cru, qu'il s'agissait de beauté humaine, relationnelle. Or le terme me parait excessif, que ce soit sur le plan des rapports humains, mais même au niveau formel.

Il y a dans ce film des propositions intéressantes qui en font un bon film : un bon scénario, une bonne mise en scène, de bons comédiens, une bonne photo, mais au bout du compte, je ne suis pas spécialement emporté par l'histoire, ce que ne me fera pas dépasser les 7/10.

Le montage est probablement l'élément qui m'a le plus perturbé. Le seul même. A plusieurs reprises, je suis sorti du film ayant compris le sens de la durée de certaines scènes, cette attente qui fait le quotidien des personnages, mais espérant qu'enfin le film passe à autre chose. Certaines séquences s'étirent presque à l'infini, comme le bruit du vent et le chant des cigales qui n'en finissent pas de remplir le film de leurs musiques. D'ailleurs, il n'y a rien d'autre : la nature, les hommes et ce qu'ils ont dans le corps et le cœur. Pas d'autres sons que les mots qu'ils prononcent, le bruissement de l'herbe sous leurs pas, le craquement de galets, les branches sous le vent, le moteur des voitures qui se garent dans le parking sauvage, les halètements de plaisir dans les buissons. Le ronron quotidien de ce bois au bord du lac s'étire comme un long après-midi d'été. Alors, tout à fait logiquement Alain Guiraudie s'appuie sur un montage très large et allonge outre mesure ses séquences pour faire goûter aux spectateurs la lenteur, le laisser-aller de ces journées passées au bord de l'eau. Le farniente n'en est pas réellement un, tout le monde vient avec ses raisons, mais justifie amplement le parti pris du montage. Le résultat est là : je ne peux m'empêcher de voir la démesure de ce rythme et je sors systématiquement du film. Trop souvent. Je finis par m'en irriter quelques fois. Je suis persuadé que c'est la raison essentielle qui explique mon manque d'enthousiasme à la fin.

Car par ailleurs le film est très bien fait. D'abord cette histoire est plutôt bien écrite. La lente mais inéluctable chute du cœur vers l'abîme de l'amour est narrée avec soin et sensibilité. Les scènes de cul sont crues mais bien filmées, et surtout tout à fait légitimes. Elles racontent comment l'abandon au plaisir du corps se fond dans celui du cœur, avec la même volupté.

Quelle est la portée véritable de cette histoire? Se contente-t-elle de raconter cela? Pas sûr. Conte de fée, légende noire, petit chaperon rose, grand méchant loup aux belles bacchantes, l'amour rend aveugle, rite sacrificiel, orgasmes telluriques, allégorie mythologique? Que sais-je encore... En tout cas, la construction du récit en trois actes est bien équilibrée, sollicite l'attention continue, suscitant surprise, inquiétude, puis angoisse et peut-être incompréhension et donc interrogations. L'histoire de cul côtoie l'histoire d'amitié, la contemplation des jeux de l'amour comme ceux de la nature, puis le crime amène un autre type de tension, une autre attente, des mystères, du suspense, une peur réelle, viscérale, l'horreur : l'agneau appelle la bête. On est là potentiellement devant une réflexion philosophique, sur l’extrémisme des sentiments qui peut amener les hommes à ne pas pouvoir s'en détacher, malgré la violence ou la mort.

Guiraudie  utilise de nombreux plans fixes. L'austérité apparente de la mise en image ne doit pas être sous-estimée. D'abord parce qu'elle n'est pas véritablement ressentie comme telle. Le découpage de la plupart des scènes donne beaucoup de vie aux échanges et au récit en général. Le travail sur l'image a dû être difficile par moments : de nombreuses scènes se déroulent entre chiens et loups, la lumière vacille entre ombre et lumière. Et de ce point de vue, la maitrise dont fait preuve Claire Mathon, la directrice photo, donne une autre belle caractéristique à ce film.

L'autre grand atout est la distribution. En dehors de Jérôme Chappatte, flic enquêteur un peu trop artificiellement étrange, l'ensemble du casting est bon, voire très bon. Celui qui rafle la mise sur ce point est sans nul doute permis Patrick d'Assumçao. Très sobre, il donne à son personnage une belle part de mystère. J'aime bien également Christophe Paou.

Un film intéressant, loin d'allumer en moi les petits voyants de l'enthousiasme pétillant, L'inconnu du lac est néanmoins un film qui m'a intrigué, qui est assez bien conçu et réalisé.

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