jeudi 20 septembre 2012

All that heaven allows



1955 
Alias: Tout ce que le ciel permet


Cinéaste:
Comédiens:Jane Wyman -Rock Hudson -Agnes Moorehead - Conrad Nagel


Notice Cinéprofil
Notice Imdb

Vu en dvd



Critique du 10 décembre 2007 :

Superbe! Flamboyance du technicolor! Grand spectacle de couleurs, entre ombres bleutées et lueurs rougeâtres, véritable kaléidoscope jouant les tourments sentimentaux, les affres et douleurs du qu'en-dira-t-on, de la perte de repères sociaux, du sacrifice sans récompense ni raison, de l'être aimé qui s'éloigne, du déchirement, mais aussi l'amour qui éclot, l'embrasement d'une nouvelle idylle, de l'envie et du plaisir de voir dans l’œil de l'autre un sourire, du bonheur.

Sirk joue à merveille de toute cette palette pour donner la partition d'un concert du sentiment. Peu de gros plans, le théâtre joue ce soir, comme cet écran de télévision qui reflète sous nos yeux et ceux de Cary le jeu des émotions, de la comédie, du drame, toutes les facettes de l'humanité dans le tourbillon des passions.

Ce qui touche le plus c'est cette faculté de la mise en scène à transcender une histoire somme toute ordinaire en quelque spectacle grandiose. Ce sont de petites gens, une petite société, une petite famille, un petit village, un petit monde, l'amour nait petitement, simplement et cette histoire assez commune prend un souffle grandiose. La forme, oui, prend une grande part mais pas seulement, il existe quelque tour ou passe-passe magique du metteur en scène qui propulse cet ordinaire sur une grande échelle, élève le commun au grandiose, la simplicité sur un piédestal. Sans doute la lente et délicate attention portée aux personnages, la progression patiente de leurs sentiments, la sournoise montée des périls dans le même temps, paisible, fausse quiété, tout ce temps pris pour connaître, apprécier, entrer en empathie, enchaîner notre propre ressenti à celui des personnages. Il y a sans aucun doute également un savant dosage de jugements et de caractérisation des personnages et par conséquent une obligatoire identification du spectateur, devant les manipulations perverses ou égocentriques de l'entourage. Tout une machine de l'émotion s'empare du spectateur, isolé, ne pouvant rester insensible. Pas étonnant effectivement qu'Almodovar, Haynes ou Fassbinger aient été inspirés. Un cinéma du ressenti, du ventre avant d'être de la cervelle.

J'ai particulièrement été séduit par la musique également que j'ai cru reconnaître, alors que c'est vraiment la première fois que je vois ce film.
Je retiendrais davantage encore les dialogues ainsi que les effets de mise en scène l'écran de télé ou la cruche sont de ceux-là parmi tant d'autres plus subtils les uns que les autres et qui sont le signature d'un grand film.

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Nouvelle critique du 20 septembre 2012 :

J'aime tellement Douglas Sirk que j'ai comme une appréhension, une sorte de trac de midinette à l'idée d'écrire cette bafouille.

D'abord parce que "Tout ce que le ciel permet" est le premier film de Sirk que j'ai vu il y a autour de 5 années. Et je ne l'avais pas revu depuis. J'ai peur d'oublier des trucs, d'être injuste par mégarde ou bien de faire preuve d'une certaine incompétence ou encore de n'être tout simplement pas assez clair.

Douglas Sirk est une montagne qui mérite l'ascension, pas juste d'être vu de loin. Il ne suffit pas de dire que Sirk est un grand réalisateur, que "Tout ce que le ciel permet" est un film magnifique, il va me falloir creuser un peu plus profond et je ne sais pas pourquoi je ne m'en sens pas capable en ce moment. Lassitude de l'écrit ou du temps. Prenons le film par le commencement et essayons d'évoquer ce qu'il dégage a priori.

Je me souviens très bien des premières impressions lorsque j'étais encore tout neuf : j'avais les plus grandes craintes. Notamment devant ce style très engoncé des personnages, un style trop net, propret, à l'impeccabilité formelle des plus artificielles, un avant-goût d'une sorte de plastification dans la forme. Les personnages paraissent tout droit sortis d'une publicité pour lessive ou corn flakes, d'une émission télé politiquement correcte WASP vantant l'American way of life, quelque chose d'atrocement froid, coloré, oui, sucré, d'accord, mais factice, industriel, polyphosphaté (héhé, je peux m'amuser, siouplait?).

D'autre part, ce parti pris esthétique est renforcée par une photographie de Russell Metty très appuyée, avec une chromatique pour le moins criarde. Sans compter que les personnages ne se contentent pas de paraitre de manière ordinaire et lisse mais semblent dans un premier temps réagir aux évènements avec un sens moral d'un conventionnel tout aussi cliché.

Bref, Sirk nous dépeint un monde et des mentalités d'un autre âge, accumulant poncifs éculés, esprits étroits et standardisation mentale avec une violence peu commune.

Justement c'est ici que le cinéaste parvient à nous prendre à contre-pied, à renverser son histoire et son public, tordant l'évidence, libérant du coup une foultitude de thématiques, créant des opportunités scénaristiques impromptues, dégageant une profondeur qu'on attendait plus. Le film prend sur la fin toute son épaisseur. Les personnages dessinent une complexité, une densité rares. Le banal film se transforme en chef d’œuvre d'intelligence et de subtilité. La mère, aliénée à sa position de mère, de veuve, se trouve alors confrontée au regard réprobateur d'une large partie de la communauté. Sirk, par le jardinier désinhibé par rapport au qu'en dira-t-on, nous montre la souffrance que s'inflige les personnages, et surtout le peu d'assise, le peu de légitimité en fin de compte qui entend justifier cette souffrance. Ineptie du paraitre, oppression du regard moraliste venant de la société, camisole des corps autant que des cœurs sont décortiqués, déconstruits comme diraient les philosophes avec une minutie inattaquable par le scénario et tout le dispositif scénique qu'orchestre Douglas Sirk.

Par conséquent, le panachage de couleurs vitupérantes prend tout son sens. La forme n'est plus seulement baroque par hasard mais permet d'exprimer l'étendue des sentiments changeants que les personnages et le public peuvent éprouver. Les couleurs, non lancées à l'écran comme un crachat m'as-tu-vu et inepte comme on avait pu le croire, deviennent décors, postulent à étayer l'action, l'exaltent même. La mise en scène de Douglas Sirk prend toute son ampleur, les attitudes conventionnelles sont, elles aussi, pleinement satisfaisantes désormais que l'on découvre le revers de la médaille.

La sémantique de l'image comme de la narration que l'on jugeait ampoulées est à ce point réfléchie et parfaitement ajustée que je suis tombé des nues la première fois que j'ai vu ce film.

On pourrait énumérer d'autres domaines dans lesquels le film assure une certaine maitrise, comme la musique par exemple, mais je suis si peu mélomane que j'avoue mon incapacité à convenablement analyser son rôle au delà de l'accompagnement, ou bien l'aspect pictural de certains cadrages, notamment les plans très larges, d'exposition extérieur, sur les paysages qui frappent par la façon dont ils rapetissent les personnages, comme pour mieux les situer dans le cadre bucolique et naturel, mais également pour mieux signifier l'humilité dans laquelle leur histoire les plonge. Par certains côtés, j'ai cru y voir de cette peinture classique du XVIIe, de Lorrain ou plus tardif de Constable par exemple, des peintures où le paysage devient acteur, exprimant le flot d'émotions que les héros retiennent ou laissent échapper.

Voyez je vais un peu vite en besogne, trop fatigué. Tant pis. J'y reviendrai et sans doute corrigerai cette chronique sur une prochaine revoyure, notamment quand quelqu'un aura l'idée de restaurer ces vieilles copies et nous les éditera en blu-ray.


Trombi: 
Jane Wyman:

Rock Hudson:

Agnes Moorehead:

Conrad Nagel :


Virginia Grey:
Gloria Talbott:

 William Reynolds:

Charles Drake:

Hayden Rorke:
Jacqueline deWit:

Tol Avery et Leigh Snowden:
Merry Anders:




 
 Donald Curtis:
Joseph Mell:
Nestor Paiva:
Eleanor Audley:

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