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mardi 12 octobre 2010

Requiem pour un massacre



1985

Titre original : Idi i smotri
Titre francophone : Requiem pour un massacre
"Requiem pour un massacre" fait partie de ces films qui mûrissent en vous, qui prennent de l'ampleur au fur et à mesure que vous vous retournez sur le visionnage. Sur le moment, vous saisissez bien entendu la portée du film, sa puissance et sa masse. En étant grossier mais honnête : vous le prenez dans la gueule. Du coup, un peu sonné, la toute fin, avec ses plans documentaires sur l'hitlérisme


qui rappellent l'historicité et la véracité du propos, vous réveille un peu de votre torpeur par son manque de justification narrative. Nul besoin de ces rajouts pour savoir et appréhender justement que le récit que l'on vient de suivre était inscrit dans une immonde réalité. Il y a là une redite qui m'a un peu irrité. C'est sans doute affaire de goût ou d'humeur. Cela me fait penser au débat sur la fin de "Valse avec Bachir". Peu importe, après tout, on ne va pas s'appesantir sur une question aussi personnelle portant sur un passage somme toute aussi court d'un long et riche film.

Pendant un long moment, j'ai cru à une sorte de remake -le mot est un peu trop explicite- de "L'enfance d'Ivan" de Tarkovsky : un gamin naïf et volontaire projeté dans les atrocités de la guerre.

C'est vrai que le scénario et la caméra d'Elem Klimov se focalisent sur ce regard, ce témoin, ces yeux éberlués et ce visage de plus en plus déformé par la guerre et son fracas, de plus en plus tuméfié, cabossé, ridé par la poussière et la boue, meurtri, où plaies et écorchures viennent progressivement tracer en rouge et noir leurs passages, les ravages de la réalité qu'un enfant ne pouvait même pas imaginer, un visage qui boit jusqu'à la lie l'horreur de la guerre.

Le visage de l'incroyable Aleksey Kravchenko était au départ pourtant poupin.

Il est époustouflant, jouant parfaitement de ce physique pas encore tout à fait adolescent. Ses expressions d'horreur sont effroyables et si bouleversantes. Si l'on doit retenir une image, il faudra toujours choisir parmi le diaporama qu'il nous livre. Elles semblent s'imprimer au fer rouge sur la pellicule et ma mémoire. Ahurissant. Une stupeur qui met mal à l'aise, qui fait mal au ventre.


De plus, la mise en scène de Klimov est exceptionnelle. Certes, le gaillard use de gros moyens mis à sa disposition, une abondance extrêmement impressionnante que ce soit dans les explosions,

les balles traçantes et sifflantes,

le réalisme des décors et des costumes, la beauté et la rusticité des paysages ou le nombre et la perfection des figurants.

Klimov ne parvient pas à magnifier sa photographie. Mais je m'empresse de dire qu'il ne semble pas chercher à rendre belles ses images de guerre. J'en suis convaincu. Par contre il me parait tout aussi évident qu'il entend esthétiser son propos, à rendre une mise en image ultra-réaliste pour bien marquer les esprits, un style visuel coup de poing. Il y arrive le bougre! Sans contestation possible.

Sa mise en scène est accompagnée par un énorme travail sur le son. Comme j'écoute systématiquement les films avec un casque à écouteurs sur les oreilles j'ai pu amplement apprécié la qualité, la richesse des effets sonores, en stéréo, avec un bruit à gauche et un autre à droite. Sans doute le terme "apprécier" n'est-t-il pas le mieux choisi. Ces bruits de guerre souvent cacophoniques n'étouffent pas totalement les bruits de la nature, de la forêt, des oiseaux, des cochons qu'on effraie, des vaches qui expirent sous les tirs,

des femmes qu'on viole,


des enfants qu'on brûle, des hommes qu'on flingue.


Ce brouhaha n'est pas vraiment "agréable" à entendre, bien évidemment, mais il participe pleinement à la mise en scène de l'horreur de la guerre, la véritable, celle du XXe siècle, pas celle qu'une image romantique a pu véhiculer par ailleurs. Ce marteau enfonce le clou indicible dans notre tête jusque dans notre estomac. Le vacarme de la guerre n'est pas pour autant inaudible pour le spectateur. L'équipe son réussit la gageure de créer un bon équilibre d'écoute entre l'ultra-réalisme et le confort de l'auditeur. N'étant pas particulièrement sensible à ces questions d'habillage sonore, j'avoue que sur ce film, cet aspect m'est apparu évident. C'est assez rare pour le signaler.

Klimov livre là un film de guerre important, qui ne peut pas laisser indifférent et qui renouvelle le genre. Alors si dans un premier temps, vous craignez de vous emmerder car le rythme est d'abord un peu lent, assez contemplatif, n'oubliez pas de persévérer. La lente descente en enfer de Aleksey Kravchenko est aussi magistrale que celle de Martin Sheen dans "Apocalypse now". Tant pis, je sais que ces comparaisons sont la plupart du temps foireuses, mais je m'en fous, si ça peut convaincre. J'ai du mal à imaginer que quiconque puisse sortir indemne du film.

Trombi:
Olga Mironova:

Liubomiras Lauciavicius:

Vladas Bagdonas:

Jüri Lumiste:

Pyotr Merkuryev:

Tatyana Shestakova:

mercredi 11 mai 2011

Demolition man



1993
alias : Le destructeur

Cinéaste: Marco Brambilla
Comédiens: Sylvester Stallone - Wesley Snipes - Sandra Bullock - Nigel Hawthorne

Notice Imdb
Vu en dvd


Pour quelles foutues raisons se peut-il qu'un être aussi exquis, subtil et merveilleux et grandiose que moi (mais si!) puisse aimer ce film? Parce que je l'aime bien, oui, ce film à la médiocrité consommée, quasi nanaresque (d'un coup d'un seul, la pertinence de ce "quasi" me semble suspecte)! Poser cette question n'est véritablement pas une figure de rhétorique, je m'interroge vraiment. Je ne saisis pas pourquoi une sorte d'affection résiste tellement aux années qui passent, à la férocité d'un jugement à peu près impartial que je peux arriver de temps en temps à formuler et surtout à de si nombreuses revoyures. A la rigueur, je crois même pouvoir affirmer que j'aime plus encore ce film aujourd'hui que lorsque je l'ai vu pour la première fois, dans des âges adolescents troublés par sans doute le mignon minois de Sandra Bullock.

Alors, c'est quoi-t-il donc? Certainement pas la vision crétine d'un monde futur aussi improbable -pour ne pas dire impossible- que schématique qui pourrait me séduire! Le discours écolo-libertaire simpliste à outrance est annoné avec la lourdeur pachydermique d'un roman s-f de gare torché par le premier écrivaillon, à la va-vite entre deux curages de nez encombré bar un gros rhube. Alors bien entendu, cela place le film du côté des mauvaises productions de série B d'antan (j'entends par là aux fructueuses années 60), lui donne des airs infantiles, bonasses et par conséquent peut produire un certain charme désuet. Pas faux. Probable. Une piste en tout cas.

D'autre part, il est certain que le thème du voyage dans le temps fait toujours partie de mes marottes, de ces sujets qui attirent immanquablement mon attention juvénile, presque de manière obsessionnelle. Cependant, il arrive, rarement, mais il arrive que je ne sois pas ravi par un de ces films. Ce n'est pas une raison suffisante à mon sens.

Il y a également le cas Sylvester Stallone.

Je ne suis pas à proprement parler fan du bonhomme et pourtant une part de sa filmographie me rattache inéluctablement à lui. Les Rambo sans contestation possible, les Rocky dans une moindre mesure et ce Demolition man en font un personnage attachant sans doute. Mais là on est dans la construction d'un lien tellement personnel, si difficile à expliciter et à partager, quelque chose qui a à voir avec le développement de l'individu autant que du cinéphile, avec les écrans de l'adolescence en somme. M'enfin, il me faut accepter l'idée que j'aime bien cet acteur malgré le fait que son registre de jeu soit assez restreint ; inconvénient qu'il a su magnifiquement éluder en axant la quasi intégralité de sa carrière sur son physique baraqué, imposant sa musculature comme un outil d'expression certes limité mais dont l'étendue s'est révélée tout de même universelle. C'est en soi un exploit qui n'est pas à la portée du premier Dolph Lundgren venu.

Quant à sa médiocrité de jeu, tout est relatif : il n'est ni Charlton Heston, ni Steve Reeves, sans doute à situer entre ces deux-là. Encore impressionnant dans "Rambo", il déroule sur "Demolition man" une prestation pas loin d'être correcte, presque bonne. Il s'essaie à teinter sa composition d'une pointe de comédie. L'effort est louable. Juste l'effort parce que le résultat fait un peu pitié. Dans les scènes d'action, il retrouve une maitrise virile et appuyée comme il se doit.

La confrontation avec un Wesley Snipes caricatural, système du mal sans faille humaine se suit sans grande palpitation, évidemment, selon un schéma ludique archi-connu fait d'explosions, coups de poings et de flingues, de verres et de mâchoires brisées. Ce n'est pas là non plus que j'ai trouvé quelque matière à m'enticher du film.

Alors Sandra Bullock? Je sais que la demoiselle est souvent -pour ne pas dire toujours- décriée, voire conspuée. Elle souffre d'une image de petite écervelée, bourgeoise sans saveur, une fadasse crétine. Il est vrai qu'elle a fait quelques choix professionnels douteux, comme cela arrive fréquemment à Hollywood mais je la trouve craquante. Bon, ça, à la limite, c'est une histoire intime qui ne peut se contrer mais, honte sur moi et ma famille jusqu'à la 10e génération, je la trouve également bonne comédienne. Non, non, sans déconner! Cela n'apparait pas évident sur ce "Demolition man", certes! Je vous le concède. Elle n'a pas non plus, loin de là, la maitrise technique, l'assurance d'une Ginger Rogers mais il y a quelque chose de pimpant, un dynamisme et un sourire frais, sincère qui m'émeuvent à chaque fois. Cela traduit quelque chose d'autre qu'une joie de vivre imbécile, celle de l'idiote du village, non, non, cette femme possède une force et un fond de jeu plus riche qu'il n'y parait. Je l'aime bien en tout cas. Comme Stallone. Voilà, il se dégage de ces deux-là des émotions qu'ils parviennent à partager avec une certaine facilité.

Non, décidément je ne vois guère d'éléments pouvant expliquer le sentiment qui m'anime devant cette petite merde de film.

On est d'accord que rien ne suscite la moindre activité intellectuelle et qu'il s'agit bien d'un lien plus émotionnel ou affectif, mais si flou que je peine à en dessiner la silhouette.

Peu m'importe après tout que le film soit foncièrement mauvais puisqu'il me fait passer un bon moment. N'est-ce pas là l'essentiel du cinéma? Ne peut-on pas aimer l'intelligence de "Ma nuit chez Maud", l'éprouvante violence de "Requiem pour un massacre" et la benête lourdeur de "Demolition man"? Chez moi oui en tout cas.

Trombi:
Nigel Hawthorne:

Benjamin Bratt:

Bob Gunton:

Lara Harris et Glenn Shadix:

Denis Leary (à droite):

Bill Cobbs:

Steve Kahan:

Andre Gregory:

Troy Evans:

Paul Perri:

Rosemarie Lagunas:

Rob Schneider:

Stewart Skelton:

Jack Black :

Dan Cortese: