vendredi 11 juillet 2014

Cluny Brown



1946
Alias: La folle ingénue

Cinéaste: Ernst Lubitsch
Comédiens: Charles Boyer - Jennifer Jones

Notice SC
Notice Imdb

Vu en dvd



La première fois que j'ai vu ce film, c'était il y a une bonne dizaine d'années à l'Utopia bordelais. J'étais tombé amoureux de Cluny Brown. Cette revoyure sur un beau dvd Carlotta vient me tapoter l'épaule pour me chuchoter le souvenir, me ressusciter ces douces émotions.

Cluny Brown est un personnage qui me touche toujours autant. C'est une petite fille en passe d'être femme, qui veut en être une sans en avoir toutes les clés d'entrée. Jennifer Jones
 est formidable pour dépeindre cet enthousiasme, mêlé de crainte. Son personnage semble si frais, si impétueux, volontaire et prêt à dévorer la vie et dans le même temps consciente et meurtrie par les contraintes que la bonne société britannique instaure pour emmerder les jeunes femmes. Belle à croquer, elle incarne, le temps d'une ivresse, une catwoman lascive, miaou, qui a dû marquer Tim Burton : séquence adorable.

Il y a encore de cette jeune fille qui rêve du prince charmant, qu'un vieux Belinski (Charles Boyer) ne peut incarner à ses yeux. Question de convenances. Mais elle est aussi éprise de liberté, celle que s'octroient les écureuils sur les noix et même celle que les noix s'octroient sur les écureuils.

Belinski, celui qui ne peut pas mieux personnifier cette liberté, lui qui lutte contre Hitler, est le seul à véritablement pouvoir la comprendre et à en être séduit. Le reste de la société ne peut voir qui est Cluny Brown, surtout à l'accepter telle qu'elle est. Ils sont tous interdits devant ces idées, ces expressions, ces comportements que cet étranger essaie de leur communiquer. Ils sont tellement loin de la liberté qu'ils en ont oublié Shakespeare! Du domestique à la Lady, tous ne comprennent goutte à ce que peut dire ce bonhomme. Seule Cluny Brown l'entend.

A ce propos, la diatribe de Lubitsch sur l'emprise de la société britannique sur l'individu est d'un mordant irrésistible. J'avais oublié la violence de la satire. Il convient toutefois de rappeler que c'est là une problématique qui revient souvent chez Lubitsch, qui aime à ébranler les certitudes de ses personnages les plus assis, les plus installés sur des siècles de tradition. Dès l'époque allemande, ses muets pouvaient déjà mordre le fessier de la bien-pensance. Et cela se poursuit tout au long de sa carrière américaine. Donc, n'y voyons pas un boulet rouge sur la société britannique parce qu'elle est britannique, mais juste parce qu'elle est étriquée, comme toutes les sociétés traditionnelles. D'autre part, à la toute fin, même si le personnage de Belinski s'en va pour les Etats-Unis, il n'en demeure pas moins vrai que les sujets de sa majesté les plus coincés sont marris de le voir partir. C'est dire que malgré le poids de l'incompréhension, le souffle de la liberté finit par toucher les plus engoncés.

Cluny Brown n'est pas -je crois- le Lubitsch le plus apprécié. Je le trouve pourtant très bien fait. Peut-être pas parfait dans le tempo, ni dans la structure. L'histoire entre Betty Cream (Helen Walker)
 et Andrew Carmel (Peter Lawford)
était-elle indispensable par exemple? Sans doute une manière d'aérer la trame et de donner un peu d'espace et de respiration à l'histoire principale entre Belinski et Cluny Brown?

Quoiqu'il en soit la finesse des dialogues est une nouvelle fois avec Lubitsch un des points forts de son film. Ils font souvent mouche. Incroyablement pertinents et loufoques à la fois. Je reste béat d'admiration pour le génie inventif des dialogues. On est souvent pris à se demander "mais où vont-ils chercher tout ça?" D'autant qu'aussi dingues qu'ils paraissent être, ces dialogues font sens, voire double sens. C'est là leur force : originaux et intelligents dans le même temps. Film sur la liberté par excellence, on est donc également happé par celle des dialogues.

Un petit mot sur Charles Boyer avant de partir, permettez. J'ai un petit faible pour ce comédien. J'ai cru comprendre qu'ici ou là l'acteur n'est pas toujours apprécié par les cinéphiles. Et je n'arrive pas à bien comprendre. Son accent pourri? Ranafout, pour ma part. Et je crois bien que c'était partagé par le public de l'époque. Je suppose même que cet accent exotique était cultivé pour asseoir ce petit charme malicieux qui se dégage de son sourire. J'aime beaucoup son travail sur ce film, son art de dissimuler, de jongler avec le sens des mots, et sa capacité à ne pas non plus trop en faire, à en garder un peu sous la pédale, que ce soit pour la surprise, la colère ou l'émoi amoureux. Il est propre, précis, très juste.

Et donc un autre Lubitsch surnaturel, avec pleins de bons acteurs (nomdidjiou, j'allais oublié de saluer la performance de Richard Haydn!), de bons mots et de jolis rêves pour sourire en vrai.

Trombi: 
Reginald Gardiner:

Reginald Owen:

Margaret Bannerman:

C. Aubrey Smith:

Una O'Connor:

Billy Bevan:

Sara Allgood:

Queenie Leonard et Ernest Cossart:

Michael Dyne? (left gauche)

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