dimanche 16 février 2014

Dallas Buyers Club


2013

Cinéaste: Jean-Marc Vallée
Comédiens: Matthew McConaughey - Jared Leto

Notice Imdb
Notice SC

Vu en dvd



Je suis déçu ! C'est pratiquement chaque année le même cirque. Je me fais couillonner comme un bleu. J'ai envie de croire au chef-d'oeuvre, tout le monde est enthousiaste, et voilà, je reviens sur terre. C'est un bon petit film, avec de bons acteurs et un scénario traitant d'un sujet intéressant, instructif. Mais c'est tout. Ce n'est pas un très grand film. Ce n'est pas parce que Jared Leto livre une prestation exceptionnellement charismatique que le film est exceptionnel.

Au temps où le sida prenait l'humanité de court, à la gorge, l'inconnu que représente ce fléau laissait un grand nombre de gens dans un dénuement médical et moral face à la mort. Et que ce soit aux États-Unis ou ailleurs, tous les pays connaissent des réglementations différentes et parfois incohérentes vis-à-vis de la pharmacopée. Ici, ce sont les États-Unis, mais cette histoire aurait pu avoir lieu ailleurs. Du reste, le sort réservé à ces malades américains est enviable à bien des égards par rapport à celui de certains pays où la sexualité est taboue, où l'homosexualité est illicite.

Le film retrace le parcours d'un cow-boy arnaqueur sur les bords et homophobe jusqu'au bout de ses santiags. Rebelle par nature, il va tenter de survivre malgré la législation sur les médocs qui l'empêche de profiter des derniers produits, encore en cours de test et d'autorisation. Il en fait même son bizness.
Cette histoire permet donc à la fois de traiter du rejet homophobe, des idées reçues sur la maladie et la sexualité des malades, de l'exclusion qu'ils subissent une fois qu'on a connaissance de leur pathologie, mais elle permet également d'aborder l'aspect mercantile qu'a mis en place ce personnage. Car l'histoire est vraie.

La thèse du film tente de démontrer que Ron Woodroof, le personnage joué par Matthew McConaughey, investit dans ce commerce de médocs parallèles pour faire du fric, mais également pour en faire profiter le maximum de malades, ambiguïté diablement fascinante. C'est du moins le sentiment que j'ai après avoir vu le film.

Le portrait qui en est fait n'est pas d'un bloc. Matthew McConaughey nous présente un personnage pas vraiment sympathique, assez vénal. Un gamin sans suffisamment d'argent est prié d'aller voir ailleurs et nous rappelle donc que le capitalisme est sans pitié. Pourtant, on doute que Ron dépense autant d'énergie uniquement pour l'argent. Ils ne se berce pas trop d'illusions sur sa durée de survie. Il court après quelque chose de flou : sa vie, justement, qui ne tient qu'à un fil.

Mais chemin faisant, le bonhomme perd son homophobie, ainsi que la plus grande part de cynisme qui l'habite au début.

Parcours ô combien laborieux et qui aurait mérité d'être un peu plus condensé peut-être ? 1h57, c'est un peu long. Au bout d'une heure tout est dit.

La réalisation de Jean-Marc Vallée, très sobre, sans doute très ordinaire, ne permet pas de justifier toute la longueur du film. Cette mise en scène n'invente absolument rien. Elle reste assez près des comédiens pour en livrer quelques grands moments.

À d'autres instants, on sent que la caméra se laisse aller à la complaisance. Elle en montre trop. De façon pas très subtile. Le régime draconien auquel certains comédiens se sont livrés pour se doter de corps décharnés est déjà un préalable qui me gêne un peu. Cet ultra réalisme m'indispose car il me rappelle qu'on juge trop souvent le travail d'un acteur à sa performance physique, notamment quand on fraye avec le mélo et le pathos, les Oscars en objectifs jamais ouvertement déclarés mais bien réels. Je pense à un plan sur le bassin malingre de Matthew McConaughey à l'hôpital, un plan qui dure, trop long, juste pour insister de manière artificielle sur le sacrifice de l'acteur. Regardez comme j'ai fait maigrir mon comédien pour ce rôle ! Jared Leto à droit aussi à son déshabillé hurlant pour apitoyer le public et le votant de l'academy. On ne dira jamais assez combien la "perf" de Robert De Niro sur "Raging bull" aura fait de mal à la profession d'acteur de cinéma.

Ici des deux comédiens qui montrent qu'ils n'ont plus que la peau sur les os, un seul n'avait absolument pas besoin de ce procédé extrémiste pour épater les spectateurs. En effet, Jared Leto n'est pas le premier rôle, mais il vampirise le film. Trois, quatre scènes sont à couper le souffle, dans la délicatesse qu'il dégage ou la souffrance morale qu'il subit. Énorme.

Matthew McConaughey est très bon lui aussi mais son charisme est plus effacé, bizarrement, alors qu'il a le rôle clé. J'aime beaucoup ce qu'il fait là, c'est certainement grâce à sa finesse de jeu que son personnage construit sa nature énigmatique. Mais peut-être que sur deux ou trois scènes, quand il joue le deux-neurones, brute de décoffrage, ses élans crétinoïdes le font apparaître plus lourdaud, plus massif et donc moins attachant ? Possible. Son rôle était-il plus difficile à porter ? Oui, je pense.

En tout cas, à eux deux, ils valent le coup d'oeil, pour leur expression scénique, pas forcément pour leur incarnation absolutiste. Un bon film, un faramineux Jared Leto et un très bon Matthew McConaughey et puis c'est tout.

Trombi:

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