jeudi 22 décembre 2011

Le baron de l'écluse



1960

Cinéaste:Jean Delannoy
Comédiens
:Jean Constantin -Jacques Castelot -Micheline Presle -Jean Gabin -Jean Desailly -Blanchette Brunoy

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Notice Cinéprofil
Vu en dvd

Ce film n'est pas le premier qui vient à l'esprit quand on songe à la filmographie tardive de Jean Gabin. Il n'est ni même dans les cinq premiers. Certes, de plus grands films sont sans doute beaucoup mieux balancés, mieux écrits, mais il n'empêche... il y a une certaine forme d'injustice à omettre trop souvent ce baron.

Il est vrai que la structure en deux parties peut paraitre un peu déséquilibrante, à tel point qu'on a facilement l'impression de voir deux films différents accolés. Mais au final, il émane de ce film quelque chose d'absolument charmant.

Les influences marquantes de ce film viennent de quatre horizons différents. Quatre noms signent le scénario ou l'idée du film : Jean Delannoy, Michel Audiard, Georges Simenon et Maurice Druon.

La patte Delannoy est sensible peut-être plus encore dans le rythme que prend le film et cette amoureuse caméra qui suit tranquillement, avec beaucoup d'admiration le vieux Jean Gabin. On sent très vite la déférence du cinéaste et le souci constant de bien filmer le magnifique comédien dans toute sa splendeur de vieil homme, le talent et la majesté. Delannoy qui n'est pas un crétin, loin s'en faut, sait se mettre au service de ce monument. Bien que je ne connaisse pas aussi bien que je le voudrais ce cinéaste, j'ai toujours le réflexe (peut-être erroné) de l'associer à la sérénité, ou du moins une certaine tranquillité. Et cette histoire de grand bateau de luxe, obligé d'accoster dans un petit bled paumé au fin fond de la France me semble tellement lui ressembler!

Bien entendu, la présence de Michel Audiard est dans les saveurs épicées que nous servent les dialogues. Même si l'on est loin des grandes envolées comico-lyriques des comédies plus libres qui ont fait sa célébrité, cette production n'est pas sans petites pépites, dans ce style très espiègle, avec cette dose de culture, amoureuse de la langue française qui donne ses lettres de noblesse au talent d'Audiard. C'est toujours si agréable d'écouter un film dialogue par Michel Audiard. Foutre, que j'aime le cinéma!

Et pourtant on se rend compte très vite que l'influence de Maurice Druon va quelque peu émousser la verve d'Audiard. Druon était un sacré personnage, j'en conviens. Ma jeunesse a été marquée par ses coups de gueules ultra réactionnaires qui ponctuaient ses interventions télévisées. Je n'ai jamais eu de sympathie pour cet homme, bien au contraire, il était trop doué pour vivre uniquement dans le passé avec d'éclatantes œillères. J'ai retrouvé assez vite cette langue, très académique, ce faux panache qu'il mettait dans son expression.

Dans la première partie du film, l'histoire nous invite à rencontrer une engeance aristocratique et de la très haute bourgeoisie, celle qui ne peut lire que Le Figaro et honnir le peuple si par mégarde il venait à oser sortir de ses plates bandes et décrier ce monde de privilégiés. Il y est dépeint un monde que tout un chacun peut rencontrer au cours de son existence (même les riches peuvent être pauvres alors?!). On suit donc un Jean Gabin qui avec classe et élégance, et cette mâle assurance qui fait aussi son charme, essaie de se dépatouiller d'une misère qu'il sait passagère. Dans les casinos ou les plages de Deauville, il rencontre ce qu'il se fait de plus cossu. En fin de comte, il hérite d'un yacht qu'il décide d'amener par les jolis canaux de France sur la côté d'Azur. Faute de pognon et de personnel navigant (ça préfère mettre les voiles sur une péniche où on mange), voilà que le bateau jette ses amarres à l'entrée d'une écluse, dans un petit patelin de la France profonde.

Et là mes amis, on entre dans un autre film, celui de Georges Simenon. Le contraste est saisissant. Ce sont les petites gens qui regardent le baron avec les yeux grands ouverts. Simenon est certainement l'un des plus grands auteurs du 20e siècle. Le belge sait à merveille scruter les aléas de l'âme du commun des mortels. Jean Delannoy sait formidablement montrer cela, comment le peuple regarde les sommets, par le petit carreau de la fenêtre, avec bienveillance tout de même et peut-être une secrète pointe d'envie. Le film est une comédie populaire, alors forcément l'envie est douce, un peu amère à l'heure de la désillusion, mais toujours docile. Je ne sais pas si c'est ce canal, mais on a la nette impression de suivre le fil de l'onde avec une tranquillité, comme un poème, ainsi va la vie.

Chez les comédiens, je ne reviens pas sur Jean Gabin qui est dans les étoiles, sa précision est un bijou céleste, elle donne le frisson et fait aimer encore plus le cinéma et les acteurs, j'adore ce gigantesque pilier.
J'aime bien Micheline Presle,

d'une affection sage, celle de l'enfant que j'estois jadis et qui l'a découverte dans "Les saintes chéries". Elle est ici très belle mais j'avoue que son rôle n'a que très peu d'importance.

De même, Jean Desailly est un comédien remarquable, toujours juste, mais son personnage est trop anecdotique dans ce film et peine à exister, c'est dommage.

Blanchette Brunoy est une actrice que je connais peu. Elle sert un personnage dense, très simenien, avec une maitrise émouvante. Son flirt, son début d'idylle avec le baron Gabin est très crédible, ce qui n'était pas gagné d'avance, non, un beau travail de comédienne!

Et donc je maintiens qu'on a là un joli brin de film, même si inégal, il en découle quelque chose de plus que valable, de bien rond, assez charnu pour procurer pas mal de plaisir à ceux qui aiment les films français de cette époque.

Trombi:
Jacques Castelot:

Jean Constantin:

Robert Dalban:

Louis Seigner et Aimée Mortimer:

Charles Bouillaud:

Jacques Hilling et Charles Lemontier:

Florence Brière:

Dominique Boschero et Louis Bugette:

Jean-Pierre Jaubert:

Raphaël Patorni (gauche):

Cécyl Marcyl:

Bruno Balp:

Gabriel Gobin et Alexandre Rignault:

Albert Michel: (droite)

Pierre-Louis:

Corrado Guarducci: (droite)

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