mercredi 1 janvier 2014

Les garçons, Guillaume, à table !


2013
Alias: Les garçons, Guillaume, à table !

Cinéaste: Guillaume Gallienne
Comédiens: Guillaume Gallienne - Françoise Fabian - Diane Kruger - Reda Kateb

Notice SC
Notice Imdb

Vu en salle



Commençons par les a priori. Ils sont largement positifs. Guillaume Gallienne, c'est d'abord pour moi ce personnage excentrique joué par un comédien qui tape dans l’œil dans un petit film dont je ne me rappelle plus le titre, Jet Set peut-être, je ne sais plus. Ensuite, c'est la confirmation dans ses scénettes sur Canal plus. Ce type a le geste et la diction sûrs, un acteur qui me plait, qui me parle d'instinct, qui a l'évidence ainsi que la politesse de faire ressentir à quel point il aime jouer. J'adore.

Je n'ai pas vu son one-man-show, mais j'en ai bien sûr entendu parler, je connais donc approximativement son histoire complexe vis à vis de sa mère et sa construction d'homme. Je sais parfaitement que le film va donc être une comédie sur la quête de soi. C'est tout.

Je ne sais pas quelle va en être la forme. Qui joue? Qui filme? Est-ce seulement drôle? Léger? Profond? Émouvant? Je m'imagine un peu tout ça, effectivement.

Pourtant je ne ressors pas de l'Utopia excité comme une puce, pleinement satisfait. La forme ou le rythme? Ces allers-retours entre la scène de théâtre et les souvenirs est astucieuse.

N'empêche, cette voix-off douce, très agréable, jolie raconteuse finit par être trop bavarde. Et ça, très vite. Déjà, lors du séjour espagnol, elle m'emmerde à nous dire qu'ils dansent à la féria. Ben, oui, on voit bien. Elle n'apporte par moments absolument rien d'autre que sa présence. Je n'irais pas dire que c'est du bruit pour rien, mais disons qu'elle prend de la place, beaucoup, dans la narration, sans que cela soit justifié. Froriture ennuyeuse. Mais c'est surtout le rythme qui me chicore un peu le plaisir.

Pourtant à la sortie, en se retournant, on voit une histoire bien bâtie, les événements se suivent bien, c'est logique, imparable. Les petits sketchs font sens. Indispensables.

Mais à l'intérieur, dans cette structure, peut-être manque-t-il quelque chose? Ce qui me stoppe, je n'arrive pas à le formuler, forcément, je n'en vois pas bien la substance même. Ou alors c'est ce drame identitaire qui ne me parle pas vraiment? De manière viscérale? On connait tous plus ou moins une adolescence mouvementée, où des questions peuvent se poser sur sa propre identité, sur sa sexualité, sur ce que nous lèguent nos parents dans ce cadre-là, sur notre culture, notre corps. Mais un malentendu aussi difficile à avaler que celui-là, je confesse qu'il me laisse un peu sans voix. Surtout, je ne le comprends pas. Je ne le comprends pas intellectuellement, et encore moins dans le ventre. J'ai peine à imaginer ce que ce qu'il a pu ressentir. Cette distance ne se réduit pas malheureusement entre le personnage et moi. Je crois que c'est ce qui cloche. Pas d'empathie, rien que de la sympathie.

J'ai lu, vu ou entendu, je ne sais où, qu'on reprochait au film qu'il est autocentré et bien dans son époque, celle de l'auto-fiction, etc. Outre que ce reproche me parait d'une rare imbécillité (c'est reprocher à un chien d'avoir des crocs, bien sûr qu'il est auto-centré, c'est un film sur la quête d'identité!), il est surtout dangereux, dans le sens qu'il pourrait faire croire à une espèce de vacuité, de vide.

Oui, le film est auto-centré sur Guillaume Gallienne puisqu'il s'agit d'une autobiographie mais le film est écrit avec assez de dérision, assez de courage et une finesse d'analyse pour qu'il puisse aider à élargir les esprits des moins rétifs, ceux qui ne sont pas intrinsèquement obtus à la curiosité et la recherche. Il démontre que la tolérance et l'ouverture d'esprit sont nécessaires à qui veut accéder à la vérité des êtres, pour mieux voir au travers du tissu fort épais des apparences. Ces dernières ont la fâcheuse tendance à obstruer notre vision des choses, du réel. On colle facilement des étiquettes sur des images et à leur donner un sens, c'est tellement commode de savoir et d'en être sûr, d'avoir le sentiment de contrôler l'univers qui nous entoure. La critique, l'incertitude au contraire nous font perdre ce pouvoir. Or, le monde est tout sauf d'un seul tenant, d'une seule certitude. Non, Guillaume, tu n'es pas une fille!

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