jeudi 19 janvier 2012

Carnage



2011

Cinéaste:
Roman Polanski
Comédiens:
Jodie Foster -Kate Winslet -Christoph Waltz -John C. Reilly -Elvis Polanski -Eliot Berger

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Vu en salle

Même si je lui préfère de beaucoup son devancier "The ghost writer", j'ai apprécié assister à cette sympathique comédie de mœurs acide de Polanski... ou de Yasmina Reza, devrais-je dire, tant le style et la structure même rappelle immanquablement l'une de ses plus célèbres pièces, "Art". J'ai lu une autre pièce de cette dramaturge dont le souvenir reste trop nébuleux, mais le ton percutant me reste en mémoire. J'ai lu "Art" puis je l'ai vu jouer il y a une dizaine d'années. Aussi les liens entre la pièce et ce film apparaissent-ils d'une manière très nette, très précise.

En effet, Reza reprend son joujou préféré : mettre un certain nombre de personnes dans une lieu clos, les agiter suffisamment pour que toutes leurs rancœurs, tous les problèmes irrésolus et qu'ils mettent tant d'ardeur à tasser sous le tapis leur pètent à la gueule assez rapidement.

Le jeu consiste pour les auteurs (j'inclus bien entendu Polanski et sa direction d'acteurs impeccable, ainsi que sa mise en scène précise) à tenir ce récit, ce progressif et délicat craquement du vernis bourgeois afin de laisser libre cours à la vérité des personnages, triste, pleine de souffrances, d'absence, de frustration, dans un éclat vulgaire, une explosion grotesque et libératoire, mais pas forcément heureuse. C'est une liberté trop coûteuse, qui n'aboutit pas à l'acceptation de soi. On n'est pas dans la progression de la psychothérapie, ni même les voluptés de la catharsis, non, non : il y a toujours quelque chose de pourri dans le royaume, la couronne n'en finit pas de vaciller. A la fin du film, les personnages paraissent affaissés, vidés de leur sang. La pièce est un champ de bataille et les étendards sont au sol.

Il est vrai que les personnages partent de tellement loin qu'on est juste heureux qu'ils parviennent à ce degré de rage, sans doute aussi parce que ce miroir caustique parle à tout le monde. Personne n'échappe aux carcans policés de la civilisation et il y a là quelque chose de ludique, voire jouissif, à regarder ces visages se déformer de colère, de dégoût et de désespérance.

D'autant plus que les 4 acteurs assurent le spectacle. J'avoue ma préférence pour Christoph Waltz dont le cynisme machiste et obséquieux se révèle d'une saveur toute particulière en face de la bien-pensance de Jodie Foster par exemple. Malgré tout ce que je viens d'énoncer, je vois bien pourtant combien le propos peut se révéler fort cruel. Et je comprendrais que certains en soient heurtés. M'enfin, j'ai pris beaucoup de plaisir.

Kate Winslet

est une actrice chef d'œuvre et John C. Reilly est tout bonnement un de ces gros mammouths pleins de finesse cachée dont il semble incongru de se priver. Je les aime beaucoup.

J'ai un peu plus de mal avec Jodie Foster, mais sur ce film, elle est excellente. Je serais bien incapable de trouver quoique ce soit à lui reprocher.

Un film d'acteurs, filmé avec un rythme parfait et une caméra très proche, toujours attentive à la subtilité de jeu des comédiens, ne peut pas être un mauvais film. En fin de compte, je me retrouve avec un autre film de Polanski que j'aime! Deux fois de suite, si cela doit devenir une règle, il va me falloir revoir tous les Polanski qui m'ont déplu par le passé!

1 commentaire:

  1. Bonsoir, je ne m'attendais à rien de particulier de cette adaptation car j'ai eu l'occasion de voir la pièce de théâtre (pas terrible). "Art" était mille fois mieux, plus subtile. Et pourtant Polanski fait du bon travail et les acteurs aussi mais ils ne peuvent rien pour sauver ce texte dont le seul ressort dramatique est une femme qui vomit. Bonne soirée.

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