lundi 25 août 2014

Rose Caron dans le rôle de Salammbô



Rose Caron dans le rôle de Salammbô

1898?

Peintre: Léon Bonnat

Site de l'Opéra Garnier
Site du Musée Carnavalet

Y a des paires d'yeux qui vous alpaguent, allez savoir pourquoi. Ceux-ci m'ont tout de suite attrapé.

Je ne saurais dire sur le moment si c'est l'intensité du regard, cette fixation vers un point mystérieux. Qu'est-ce qui les habite ces yeux, quel sentiment de colère, quelle vengeance se cache derrière ce regard? Le traitement très académique et réaliste a de quoi me plaire, soit, mais l'intensité de ce regard...

Peut-être me rappelle-t-il quelqu'un? Il me semble en effet la connaître cette Rose. Illusion, je vous le dis tout de suite, mais illusion très agréable. J'aime bien ce mystère qui parfois vous cueille devant un tableau. C'est un mystère qui raconte une histoire, qui fait rêvasser et qui vous lie réellement à l'œuvre, quelque soit d'ailleurs la valeur artistique de l'objet. Ça arrive très souvent, vous remarquerez, que vous soyez happé par une œuvre sans que vous sachiez pourquoi. Elle vous retient par l'œil et vous chuchote des secrets comme si vous étiez déjà amis.

Depuis, je suis allé chercher quelques infos sur cette chanteuse soprano, maîtresse de Delcassé, probablement aussi de Clémenceau (en tout cas ils étaient très proches). Et je confirme que je ne connaissais pas son histoire. Avec un peu de distance (retour à la maison après une semaine à Paris), je ne sais toujours pas si elle me rappelle quelqu'un que j'ai connu.

Je suis allé fureté sur ce personnage qu'elle incarne ici, la Salammbô de Flaubert, celle qui doit faire face aux mercenaires des Carthaginois. Cela explique bien la dureté de ce regard plein de courage qui regarde le danger en face, les yeux dans les yeux. Elle joue bien, la garce!

Mais bravo également à Léon Bonnat, pour avoir réussi à capter cette puissance, cette auguste présence dans le regard de l'actrice. Il met toute son attention sur les yeux qui aspirent tout, billes attirantes au centre du tableau.

J'ai vu ce tableau frappant au musée de l’Opéra Garnier à Paris. Je ne saurais trop vous inciter à y aller, si et seulement si vous n'avez pas peur du baroque et du XIXe siècle. Beaucoup d'ors, de flamboyance, d'outrance.

J'ai retrouvé ma chère Rose (on est intime maintenant) au musée du Carnavalet, en tenue civile cette fois, dans une attitude beaucoup plus terne ou éteinte. Le tableau d'Auguste Toulmouche n'est pas laid, mais la pose solennelle nous présente une Rose Caron effacée. D'abord elle est éloignée, son corps de biais ne dit rien, si ce n'est qu'elle a une taille longiligne, que l'actrice est féminine. Sans doute le peintre a-t-il été plus sensible à cela? A moins que la toile soit une commande et que le peintre ne s'y soit pas aussi plongé avec passion que je l'aurais voulu? Quoiqu'il en soit, Rose à l'air ailleurs, sans nous, presque fantomatique. Son visage est peu lisible. Je ne suis pas sûr d'aimer ce Toulmouche. C'est pas parce qu'il est cousin de Claude Monet que je m'extasierais devant cette toile inerte.

Peut-on faire portraits aussi différents? La confrontation entre les deux tableaux est stupéfiante. Elle ne dérange pas la petite relation personnelle au tableau de Bonnat, bien au contraire, elle la renforce.

Dans le Bonnat la partition en hauteur sombre où le visage blanc fait d'autant plus ressortir les yeux de Salammbô et en bas plus éclatant mettant en valeur la quincaille de bijoux ne laisse guère de doute sur la préoccupation principale du peintre. Alors que chez Toulmouche, on a l'impression que c'est la robe, sa teinte rose et ses plis qui l'intéresse. Rose, avec une coiffure garçonne et son regard qui part vers la droite fait figure de mannequin insipide.

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