vendredi 29 août 2014

Art



1998

Auteur: Yasmina Reza
Metteur en scène:
Comédiens: Pierre Vaneck - Fabrice Luchini - Pierre Arditi

Notice Imdb



Vu sur le net



Petit conte cruel de Yasmina Reza qui fut sensation à l'époque de sa création et plaça son auteure parmi les dramaturges les plus en vue dans le théâtre français. Voilà une pièce de théâtre qui a pris de la bouteille, que j'ai d'abord lue à la médiathèque Meriadeck, avant de la voir jouée à la télé, dans cette version Arditi-Vaneck-Luchini.

J'avais été charmé par la percussion des dialogues, l'aspect joute verbale finement écrit. Que ce soit à la lecture comme face à la représentation théâtrale, on est frappé par le style sec et direct du texte, la violence des coups, leur netteté, leur évidence décisive.

Ici, il s'agit avant tout pour moi de rester ancré à la pièce de théâtre. Ce ne devrait pas être un exercice trop ardu tant le travail des comédiens est remarquablement bien fichu.

Je crois que c'est Pierre Arditi qui m'impressionne le plus. Il est vrai que son rôle de punching-ball est le plus complexe, le plus saillant de la pièce. Mais qu'il joue bien, nom de dieu! Son personnage, fragile, enfoncé dans une spirale de petites fuites diverses est en plus de cela malmené par des amitiés qui semblent de plus en plus douteuses.

D'ailleurs, c'est ce que l'on pourrait reprocher à l'histoire, son excès la rend quelque peu caricaturale : comment ces types peuvent-ils avoir été véritablement amis pour se laisser aller à pareille violence? Ou alors de quelle amitié parle-t-on? Peu importe après tout, la pièce n'a pas l'ambition d'être réaliste, du moins faut-il l'espérer. Si l'on se contente d'y voir une critique acerbe des faux semblants bourgeois sur les liens que peuvent entretenir des amis, elle offre alors un spectacle déstructurant, qui déboulonne, qui décompose le dysfonctionnement de ces trois-là. Et c'est formidable de dynamisme! De ce jouet social, on assiste à la destruction méthodique, on s'en empare comme de méchants gamins qui s'amusent des cruautés, des perversités du groupe. Pas sûr que ce soit malsain cependant. Peut-être est-ce un agréable exutoire de voir ce cauchemar sur scène, d'en peser chaque élément comme pour conjurer le sort potentiel de nid propres relations ? Sinon pourquoi un tel succès?

Les comédiens son excellents il est vrai et doivent sans doute peser dans la balance. Pierre Vaneck joue un personnage lourd, très proche d'un Alceste mondain, exigeant, péremptoire avec toutes les limitations douloureuses que cela sous-entend, limitations égotistes. Cela me fait penser à ces premiers films de Chabrol, "Les cousins" ou "Le beau Serge" dans une moindre mesure, où un personnage inflige une véritable épreuve à son entourage par son ascendance arrogante aussi bien que carnivore. C'est pour cette raison que la pièce affiche une cruauté anthropophage.

Car en face, Fabrice Luchini est un autre héraut de la misanthropie et du nombrilisme intellectuels : froid, snob, auto-centré, tellement sûr de sa supériorité qu'il peut enfin jouir et siroter ce plaisir d'écraser l'autre.

Il a été à bonne école avec le personnage de Vaneck. La pièce est d'abord un combat de coqs entre le vieux et le jeune, entre le père et le fils. Entre eux, il est question de statut, de hiérarchie sans partage en fait. L'art n'est que prétexte. N'allez surtout pas chercher une réflexion sur l'art contemporain, vous y trouverez les deux positions (pour et contre) mais en aucune façon une réflexion poussée. Non, ce qui compte, c'est l'affrontement entre deux hommes qui veulent briller, qui veulent avoir raison sur l'autre et au milieu, un homme, las des conflits, prêt à tout pour avoir la paix. Il sert de baromètre, de repère et finalement de bouc-émissaire. Il ne compte pas aux yeux de ses amis, sauf à être le complice ou bien de paillasson sur quoi s'essuyer de temps en temps.

Outre les dialogues, c'est certainement cette très astucieuse mécanique qui finit par subjuguer le spectateur. La mise en scène de Patrice Kerbrat, la manière de substituer les scènes et les décors sont des éléments savamment maîtrisés pour donner une belle fluidité à l'ensemble. Bref, voilà une bonne pièce, divertissante, dotée de comédiens très bons, parfois drôles, souvent sévères mais toujours superbes de précision.

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