samedi 1 décembre 2012

The Life and Death of Colonel Blimp



1943 
Alias: Le Colonel Blimp
Alias: The Adventures of Colonel Blimp

Cinéastes: Michael Powell - Emeric Pressburger
Comédiens: Roger Livesey - Anton Walbrook - Deborah Kerr

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Notice SC

Vu en blu-ray




Vieille critique 18 juin 2007:

C'est ce qu'on appelle une claque?

Sans doute, de celles qu'on reçoit en découvrant un acteur. Pour ma part, ce Roger Livesey
était un inconnu. Et force est de constater avec émoi qu'il est un bougre de sacré bon acteur. Il porte littéralement le film grâce à une interprétation sans faille, insufflant à un personnage plutôt pataud, plutôt alourdi par une conception du monde arriérée, arrêtée, aveuglée, une once de poésie et de finesse. Longtemps engoncé dans un aveuglement égocentrique et dans une posture faussement honorable, le colonel laisse son armure se craqueler progressivement et accepte ses échecs, donnant à son existence et à ses erreurs une profonde humanité.

Faisant face à son passé, le vieil homme trouve la capacité de faire face à ses failles. La destinée de cet homme, son parcours construit sur un acharnement à vaincre et un enchaînement de fautes et d'erreurs lui collant la défaite à la chaussure creuse le sillon d'une existence dramatique. Et pourtant, à l'instar des meilleurs films de Lubitsch (on pense à "Heaven can wait"), Emeric Pressburger instille dans son scénario une grande et belle dose d'humour, de légèreté et d'ironie. Pourtant, tout invite au pathos. Le scénario échappe heureusement au mélodrame, sautant de joyeusetés en finesses d'esprit, tout en servant au spectateur la beauté de scènes emplies d'émotion hautement et justement mises en scène (le long et poignant monologue d'Anton Walbrook est à ce sujet mémorable).

Ce qui frappe également c'est l'incroyable lucidité des auteurs quant au déroulement et à la responsabilité des vainqueurs de la première guerre mondiale dans la montée des fascismes. Pas étonnant que Churchill ait essayé de censurer ce film. Loin d'être antimilitariste, le film fustige l'inertie d'avant guerre, la naïveté des pacifistes devant l'horreur et la duplicité des nazis. Mais pour ce faire, le bâton blesse l'aura de l'armée britannique, son archaïsme, ce qui ne pouvait être du goût des autorités à l'heure où Londres subissait les pertes des bombardements allemands.

Du couple Powell et Pressburger, je n'ai vu que deux autres films, un plutôt médiocre, sur la bataille du Rio de la Plata, et une autre claque, visuelle cette fois, "Le Narcisse noir". Ici, c'est la fable sur les faiblesses humaines, l'inexorable déchirement générationnel et l'irresponsable orgueil de ceux qui se croient puissants à changer le monde d'abord, puis à le diriger selon ses propres règles, trop lourdement établies. Le sempiternel mouvement vers l'immobilisme. Le temps qui passe. Comme cette feuille sur la citerne, à la toute fin du film.
Le colonel se remémore la promesse qu'il a faite à sa femme : ne jamais changer. Promesse à double tranchant. Promesse de l'égo, promesse de l'amour, qui enlise le cœur comme l'homme. Qui sclérose l'âme, le comportement. Jusque dans ces acceptions, le colonel se sera trompé, aura tout mélanger, n'aura rien compris à la vie. Malgré sa bêtise, le personnage est adorable. Peut-être que c'est justement cette inaptitude, cet infantilisme qui le rend touchant.

Cette fresque m'aura ébloui de bout en bout, par son esprit volontiers railleur, tout en humour britannique, tout en finesse chafouine et par l'attendrissant portrait d'un homme trop sûr de lui, en faillite mais toujours fidèle à son amour, d'un romantisme bouleversant.
Du très grand cinéma. Magique.

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Nouvelle critique: (01/12/2012)

A l'occasion de la sortie du sublimissime -je pèse mes mots- blu ray de Carlotta, je mets à jour ma critique de ce chef d’œuvre, sans doute mon Powell & Pressburger préféré. Voilà 5 ans que j'ai découvert ce couple de cinéma. Depuis, j'ai pu voir 19 autres films de Powell avec ou sans Pressburger et j'ai pu apprécier pleinement leur univers et l'élan magique vers lequel ils ont lancé le cinéma britannique. J'ai même commencé à lire l'énorme auto-biographie de Michael Powell. C'est dire si le cinéma des "Archers" compte désormais pour moi! J'ai revu deux ou trois fois ce Colonel Blimp, or l'enthousiasme, voire cette espèce d'affection que je voue au film n'ont cessé de croître. Very much.


Hier encore, la beauté plastique de ce film, les délicieux décors en carton-pâte, les couleurs ravissantes, ce technicolor tellement sucré et enrobant, cette invention visuelle de Powell, cette astucieuse et amoureuse mise en scène que l'on sent dans chaque plan, sont autant de somptueuses pépites, d'une brillance éclatante et qui témoignent de la part de leurs auteurs un profond amour pour leur histoire et leurs personnages.

Ma critique de 2007 évoque l'humanité du film, c'est foutrement vrai! Encore et toujours intacts, cet énorme plein, cette grâce, cette joie de vivre et d'aimer que le Colonel porte en lui. A l'origine, c'était un personnage de bédé falot et ridicule. Powell et Pressburger en ont fait un être humain, bien plus que le "gentil" comme l'un des personnages joué par Deborah Kerr
le qualifie, ils en ont fait un être admirable et confondant de bonté, une main tendue, sans  équivoque. Certes, il émane de sa personnalité une part d'enfance égarée, que d'aucuns pourraient attribuer à de la bêtise, pourtant au fur et à mesure qu'il vieillit et se fait rudoyer par les chaos de l'existence, il fait de plus en plus preuve d'une très grande sagesse, celle dont sont dotées les âmes intelligentes.

Alors je sais que cette nouvelle critique n'apporte pas grand chose de neuf à la précédente, mais j'ai tellement pris de plaisir à dévorer ce blu-ray, ce Colonel Blimp (Roger Livesey) m'a tellement ému aux larmes, qu'il m'est apparu obligatoire d'en remettre une couche. Voilà, c'est fait.
Mini trombi:
John Laurie:

Ursula Jeans:

David Hutcheson:

James McKechnie:

Norman Pierce:

Theodore Zichy:

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