jeudi 26 mars 2009

Kanzashi



1941
alias : Ornamental hairpin

Cinéaste : Hiroshi Shimizu
Comédiens : Kinuyo Tanaka - Chishu Ryu - Tatsuo Saito - Shinichi Himori

Vu en dvd


Deuxième Shimizu pour mézigue et toujours une découverte progressive, un pas à pas curieux, un mouvement très doux tout le long du film, parfois étonnant, me laissant dans une sorte d'expectative et d'autres fois où une forte émotion vient me serrer la gorge, me saisissant tout net.

D'abord je suis étonné de trouver un début identique à Anma to onna (Une femme et ses masseurs). Il avait introduit ce film là par le trajet de deux masseurs aveugles sur une route forestière au bord d'une rivière, les deux masseurs allant travailler dans des auberges auprès des pélerins venus au village pour les thermes. Ici, on a quasiment le même décors. La forêt parait plus dense, le cadre insistant sur la hauteur des fûtaies. Je me demande si ce n'est pas le même village. La rivière est identique.

Certes ce n'est plus un groupe de masseurs qui marchent mais des femmes, sans doute pour certaines des geishas. D'ailleurs l'héroïne principale, jouée par la subtile Kinuyo Tanaka, a fui Tokyo et un homme qui sans doute l'entretenait. N'y voyez pas malice, mais je suppute, car rien de tout cela n'est explicite. On apprend juste qu'elle ne retrouvera sûrement pas son appartement, que l'homme la recherche et a tout cassé chez elle.

Cette assez courte présentation du personnage est vite abandonnée pour se tourner vers la présentation des clients d'une auberge, tous venus passer l'été à se relaxer avant de retourner à Tokyo : un écrivain volontiers râleur mais au fond bienveillant, un jeune couple de mariés dont l'époux demande continuellement l'avis de sa femme au grand dam de l'écrivain, un jeune homme, joué par Chishu Ryu, accompagné de ses neveux. Ce dernier se blesse au pied en marchant sur un peigne d'ornement que la jeune femme avait fait tomber dans le bassin des thermes. C'est en venant présenter ses excuses et en proposant de l'assister tout le long de sa convalescence qu'elle intègre la petite communauté de l'auberge. Elle tombe vite amoureuse du jeune homme mais reste la question de la réciprocité qui donnera sa solution qu'à la toute fin. Evidemment.

Voilà à peu près résumée l'histoire du film et ses enjeux sentimentaux tournent autour de cette idylle naissante qui fait ressentir la profonde dépendance et la faiblesse de cette jeune femme. C'est peu dire qu'on est du coup à mille lieues d'Anma to onna, c'est l'exact contre-pied tout en traitant finalement le même sujet : la naissance de l'amour et les relations de dépendance affective que cela implique. Dans Anma to onna, la jeune femme était totalement indépendante, ici au contraire, elle se retrouve dans une position des plus inconfortables, moins vis à vis de ses sentiments que de la société d'ailleurs.

Quand j'évoquais au début de ma critique de l'étonnement et de l'expectative c'est aussi pour essayer de définir les sentiments qui m'ont traversé presque tout le long du film. Shimizu en effet intègre son sujet central dans une atmosphère très étrange, difficile à traduire. Mais l'on peut souligner tout d'abord un humour très souvent présent, bon enfant, quelques rares fois un peu trop répétitif. Par exemple avec le mari qui ne peut s'empêcher de demander l'opinion de sa femme et qui devant le regard réprobateur de l'écrivain bafouille de vagues excuses penaudes, c'est drôle les deux premières fois mais au bout de la dixième j'avoue une petite lassitude.
Par contre, et c'est largement ce qu'on retient avant toute chose, Shimizu parvient à créer une ambiance très agréable, une convivialité, pleine d'humanité, de sérénité et de simplicité en proposant dans le détail anecdotique ces tranches de vie qui accompagnent le thème principal. Tous ces petits rôles secondaires décorent le récit. Comme de petites lucioles, ils éclairent de leurs diverses lumières colorées la trajectoire de ce couple indécis. Investissant sur des personnages très humains, non dénués de défauts mais toujours proches les uns des autres, le cinéaste donne à son histoire une sorte d'assise, de soutien fondamentalement heureux (dans tous les sens du terme, bonheur et justesse).
Une empathie pour le personnage de Kinuyo Tanaka nait de ce cadre charmant et donne une plus grande ampleur au dénouement, très émouvant.

Sa mise en scène va souvent à l'essentiel : des travellings lents, descriptifs ou d'accompagnement ; l'idée elliptique du journal des enfants ; le rôle que ces enfants joue dans l'expression indirecte du monde des adultes ; les séquences en caméra fixe et plan large englobant une nature généreuse et apaisante. Tout ceci aide à imprimer une cohérence parfaite au récit.

Le rythme est doux, peut-être parfois un peu trop lent même, mais généralement il assure au spectateur un petit voyage d'un peu plus d'une heure au coeur d'un groupe de personnages sympathiques où se jouent des destins auss simples qu'émouvants.

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