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samedi 6 mars 2010

Harikomi


1958

Titre original: Harikomi
alias : The chase
alias : Stakeout

Cinéaste: Yoshitaro Nomura
Comédiens: Minoru Ohki - Takahiro Tamura - Hideko Takamine - Seiji Miyaguchi

Notice Imdb


Vu en dvd



Étrange petite chose. Comme le cinéma japonais sait si bien le faire, le film ne se laisse pas facilement étiqueter. Dans quel genre le situer? Polar? Drame romantique? Etude de mœurs? Voyage introspectif? C'est à peu près à tout cela que l'on peut raisonnablement l'associer.

La musique très Bernard Hermannienne (on songe surtout à North by Northwest) cantonne un peu trop le film sur son côté policier, appuyant le suspense de notes et harmonies tendues et coupantes.

Par contre le rythme parfois très calme contraste. Il amène de nombreux temps de réflexion, de contemplation invitant le spectateur à entrer dans l'intimité des personnages. Ce "Stakeout" est l'occasion, très cinématographique, intensément dramatique de mettre en relief les préoccupations des personnages. Ici, Nomura se focalise sur un policier indécis vis à vis de sa compagne. L'implication dans la surveillance va lui permettre de trouver sa voie. Minoru Ohki même si sa performance est honnête n'est pas suffisamment mis en valeur par Nomura.

On pourrait d'ailleurs reprocher à ce dernier de ne pas mettre en relief les talents de tous ses comédiens. C'est le cas également de la belle Hideko Takamine. Cette actrice que je sais prodigieuse grâce à Naruse notamment ne développe pas assez son personnage, sauf peut-être sur la fin.

La faute au scénario évidemment qui privilégie le mystère du personnage mais aussi la faute à une mise en image, avec une caméra trop éloignée à mon goût. Même en préservant l'intrigue je suis certain que ces deux comédiens auraient pu donner beaucoup plus de profondeur à leur rôle, en travaillant sur l'expression par exemple. De ce fait, il me semble que le spectateur demeure un peu lointain de l'intrigue et de ce que ressentent ces deux êtres. Le dépersonnalisation qui en découle n'a un peu navré.

Reste une attention maintenue malgré 1h50 de film. L'histoire est emballante. Elle rappelle "Étroite surveillance" de Badham, en beaucoup moins exubérante évidemment. Ici, il ne s'agit pas d'une comédie. Le propos reste sincère, parfois grave. Le cinémascope est bien utilisé, pas uniquement sur les horizons de la campagne nippone.

Dommage que l'édition dvd "Rarovideo" soit si médiocre. La compression est si mauvaise que le ciel pixelise à de nombreuses reprises et il est rendu difficile de distinguer certains contrastes ou pire, la finesse du regard de Hideko Takamine.

Trombi:
Seiji Miyaguchi:

Takahiro Tamura:

Kumeko Urabe:

vendredi 9 octobre 2009

Hideko no shasho-san



alias : Hideko the Bus Conductress
1941

Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Hideko Takamine - Tamae Kiyokawa - Daijirô Natsukawa - Kamatari Fujiwara

Notice imdb


Vu en septembre 2008:
J'ai décidément du mal à comprendre les films que je vois en ce moment. L'automne n'est pas si rude a priori.
Quoiqu'il en soit, ce film présente dans un laps de temps assez court, moins d'une heure, le portrait/trajet de deux personnes, Mr Sonoda (Kamatari Fujiwara en conducteur de bus) et Okoma (la délicieuse Hideko Takamine en hôtesse ou poinçonneuse du même bus). Bizarre que le titre japonais reprenne le nom de l'actrice et non celui de son personnage.

Ils travaillent dans un vieux bus rouillé et sale. L'entreprise est vieillissante. Le patron se soucie plus de son argent, de sa limonade que de son entreprise et ses employés. Ces derniers au contraire se démènent pour sauvegarder la frêle affaire. Ils s'allient les services d'un écrivain public pour rédiger le discours informatif que Okoma se propose d'offrir aux clients afin d'agrémenter leur voyage.

Lors de leur trajet, Naruse promène sa caméra sur le Japon rural des années 40, où les costumes cravates côtoient de plus en plus les kimonos. L'on sent déjà que le Japon change.

Naruse comme à son habitude laisse une très large place à ses personnages et surtout ne parait pas montrer du doigt leurs défauts. Comme cherchant à n'être qu'un témoin, sans jugement, il les filme. On frôle l'aspect documentaire. Les nombreux plans décrivant à l'envie les paysages soulignent cet effet de la mise en scène.
C'est donc toujours cette réalisation pleine de délicatesse qui embrasse tout le film et lui donne une résonance apaisée.

Au final, on ne sait que trop penser. On a l'impression d'avoir assisté à une scène, presque un conte, une portion de vie, mais sans savoir au juste ce qu'il faut en conclure. Une sorte de fable sans morale. La force de Naruse est de donner une grande liberté, morale s'entend, à ses personnages mais ici le spectateur que je suis se retrouve un peu trop seul à donner du sens à cette histoire. Je suis encore un peu perdu, deux jours après l'avoir vu.

Musume tsuma haha



alias : Filles, épouses et mère
alias : Filles, épouses et une mère
1960

Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Setsuko Hara - Hideko Takamine - Akira Takarada - Hiroshi Koizumi

Notice Imdb

Vu en septembre 2008:

Les sous-titres à l'anglais approximatif (orthographe innovante, syntaxe improbable) m'ont peut-être un peu perturbé par moments. J'ai parfois eu du mal à suivre le récit. Ou disons plutôt, je n'ai pas eu accès à toutes les subtilités des dialogues.
Aussi est-ce sans doute plus de ce côté là que je vois le malaise de mon visionnage.

L'histoire ne m'a pas autant parlé qu'à l’accoutumée. Et comme souvent avec Naruse, le souffle immense de l'histoire m'ébouriffe vers la fin et donne tout le poids légitime du film. Ici, j'ai frôlé l'orgasme sur les dernières minutes du film. Malheureusement, c'est un peu court pour me faire oublier les trop nombreux moments où les sous-titres m'ont laissé tout seul, planté devant les images comme un con. Bref, voilà une histoire de vieille mère de famille qui devient un poids pour ses enfants que je devrais revoir pour mieux l'apprécier. Vivement une édition française.

samedi 9 mai 2009

Quand une femme monte l'escalier



1960

Titre original : Onna ga kaidan wo agaru toki
Titre francophone : Quand une femme monte l'escalier
alias : When a Woman Ascends the Stairs

Cinéaste : Mikio Naruse
Comédiens : Reiko Dan - Masayuki Mori - Tatsuya Nakadai - Hideko Takamine - Daisuke Katô - Ganjiro Nakamura - Keiko Awaji

Vu en dvd




Un Naruse plus noir qu'à l'habitude. Il me semble. Ça fait quelques temps que je n'avais pas vu un de ses films. C'est d'abord un joli portrait de femme, incarnée par une Hideko Takamine encore une fois subjuguante de classe. Elle ne cesse de m'épater. Sans être extrêmement jolie, elle dégage quelque chose d'irrésistible qui la rend belle. Le travail de Criterion pour rendre hommage à cette radieuse beauté est comme de coutume remarquable. Quand la magie Criterion opère sur la magie Takamine.

Pour en revenir à l'histoire, les personnages, je ne peux m'empêcher d'être sur la retenue. Non que les personnages soient inintéressants, ou mal écrits. Bien au contraire. C'est encore une fois un travail d'écriture considérable. On retrouve là le soin, la délicatesse et l'acuité de Naruse. L'acuité du regard de sa caméra n'a d'égal que la tendresse et l'attention qu'il porte à ses personnages. Encore dans la profondeur, encore dans l'humanité.

Aussi ne sais-je pas trop encore en quoi le film ne m'a pas autant touché que les précédents Naruse que j'ai vus. Je n'arrive pas à mettre ne serait-ce qu'une ébauche d'idée là-dessus. Peut-être et vraiment peut-être... que j'espérais plus de la relation entre Takamine et Nakadai, que le scénario y accorderait plus d'importance?

Pffff... en même temps, je me dis que ce n'est pas du tout l'essentiel de l'histoire. C'est Takamine qui monte l'escalier, pas Nakadai. C'est bien le difficile trajet d'une femme seule, indépendante, ses atermoiements, les chausse-trappes affectifs dans lesquels elle tombe, le poids d'une société qui laisse peu de place à la femme, sinon comme objet sexuel ou décoratif.

Ce que j'aime dans ce film, outre la prestation de Takamine, c'est le fait que tout n'est pas aussi simple qu'on ne le voudrait. Naruse crée des personnages réels, qui luttent plus ou moins contre les identifications faciles, contre les ambitions et les destins tout tracés, les caractères types que la société préconise expressément. Plusieurs fois Takamine se voit proposer des solutions par les hommes, où elle perd de son espace de liberté. La pression sociale est telle que la tentation de s'y plier est grande. D'autres le font. Beaucoup le font. Takamine succombe parfois. Elle est à la fois faible et forte. Elle apprend. Mais dieu que c'est dur de monter l'escalier quand on est une femme! Au final elle reste maîtresse de ses décisions. Naruse lui accorde ce pouvoir.

Je suppose que c'est ce que j'aime le plus chez Naruse, la force très simple et très naturelle pourtant qu'il donne à ses propres personnages, comme s'il n'était pas le directeur du récit, comme s'il n'était qu'un témoin de cette histoire. Pour arriver à ce genre de prodige, il faut un sacré coup de pinceau, une écriture ciselée et une direction d'acteurs attentionnée. On les sent en effet à la fois libres de leurs mouvements et suivis attentivement par la caméra. C'est toujours un bonheur un Naruse, même quand il ne me caresse pas l'âme.

Un casting étincelant,
Masayuki Mori :

Keiko Awaji très belle, comme souvent chez Naruse, les actrices sont sublimes:

Daisuke Katô :

samedi 14 mars 2009

L'éclair



1951

Titre original: Inazuma
Titre francophone : L'Éclair

Cinéaste : Mikio Naruse
Comédiens : Hideko Takamine - Kyôko Kagawa - Chieko Murata - Mitsuko Miura

Vu en dvd


Mon deuxième Naruse, pris au hasard, s'avère être un choix judicieux. Le premier m'avait beaucoup plu. Les relations entre les personnages étaient agréablement apparues comme l'essentiel de la richesse de ce cinéma.

Ici c'est plus diffus sur ce point précis. Le personnage principal Kiyoko, interprétée avec brio par Hideko Takamine, jolie brin de jeune femme, est pleine de rêves, en premier lieu celui de s'émanciper. Elle est une rebelle qui attend le bon moment pour quitter la cellule familiale, une mère gentille mais qu'elle juge faible, voire un peu immorale, une sœur beaucoup trop gentille aussi, qui se fait avoir par son défunt époux qui menait une double vie avec maîtresse et enfant et surtout elle quitte une autre soeur arrogante, vénale, agressive, dont l'ambition perfide consiste à la marier à son amant, parce qu'il est riche. Lui mettre un mari dans les pattes, voilà bien un projet ridicule pour Kiyoko! En effet, la petite révoltée, si elle rêve ce n'est pas de convoler en justes noces, non, mais plutôt d'étudier, de bibliothèques, de se rendre indépendante par les livres. Elle a fait une croix sur ses sentiments. Elle ne perd pas ses illusions, elle les gomme, met un voile sur son cœur. Les affaires de cœur, ce sont pour elle des affaires d'argent d'abord, des dépendances douteuses, des boulets, des libertés malmenées, voire des relations animales, le sexe c'est caca, les hommes font rien qu'à penser à ça, sont bêtes! Bref, manque plus qu'un bel et aimable garçon pour faire valdinguer toutes ses primes assurances. Ce qui ne manque pas d'arriver comme de bien entendu et de la perturber au plus haut point. Tout son système défensif en prend un méchant coup dans les gencives. Et l'heure de grandir sonne, soudainement. Dans un éclair. L'heure de faire table rase du passé, de faire les comptes. Et ce passage à l'âge adulte est filmé sur une heure trente avec beaucoup de finesse, de délicatesse et surtout de justesse.

Ce portrait de jeune femme ne se contente pas d'être uniquement cela, il y associe aléas et petits drames familiaux. Qu'elle le veuille ou non Kiyoko est forcément liée à sa famille. Chaque membre de la famille, au sens large, pratiquement romain, apporte son lot de grâce au film et justifie finalement le regard porté par Kiyoko. Pourtant quand elle s'est enfin délivrée du poids familial, quand elle est parvenue à exprimer les rancœurs à l'égard de sa mère, dans l'orage et le tonnerre paroxystiques, la fille et la mère rentrent ensemble en riant. Naruse montre bien par là que le regard posé par la fille sur la famille, bien que violent et plein de ressentiments, est une sorte d'outil, de medium, de passage nécessaire pour aller plus loin. Comme un rite d'initiation, elle parvient à dire. Pour faire. Et ce regard est un regard parmi d'autres, la beauté de l'individu et ses particularités, sa personnalité au sein d'un groupe avec ses différences, ses divergences, qui ne défont pas ses liens indéfectibles sur lesquels l'individu se construit tant bien que mal. Bref, c'est la vie et c'est bien. Naruse par le regard de Kiyoko propose le sien, plein d'humanité. C'est beau.

Ce film de 1951 est une formidable tranche de vie, fraîche, triste, tout à la fois, humaine.

La réalisation est dépourvue d'effets. D'une simplicité telle que le récit parait d'un naturel très émouvant. Les acteurs sont remarquables ; la mise en scène affiche une incroyable modernité.

Au début de ma critique j'évoquais l'heureux hasard dans le choix du film, mais après mûre réflexion, j'ai le sentiment que n'importe quel film de Naruse me plaira. Entre les deux films, la filiation m'est évidente. Le style simple et direct éclate. A bien des égards, je crois retrouver un profond amour de la narration et de la consistance dans les personnages. Ici je songe obligatoirement dans la même famille de cinéastes à Sirk et ses personnages complets, à l'épaisseur humaine attachante (même si chez Sirk cela n’apparaît pas au premier abord). Naruse donne dans la sincérité. Il embrasse ses personnages avec affection et humanité. Je suis désolé d'user ce terme à tort et à travers mais je n'arrive pas à trouver plus juste et évocateur pour Naruse, pour Sirk ou Monicelli. J'adore cet amour franc, massif et dénué de tout ridicule parce qu'il n'est en aucune manière béât ou fantasmatique. Il s'avère de noir comme de blanc, tout en nuances, réaliste et naturaliste.

mercredi 11 mars 2009

Un amour éternel



Titre original : Eien no hito
alias : Un amour éternel
1961

Cinéaste : Keisuke Kinoshita
Comédiens : Hideko Takamine - Keiji Sada - Tatsuya Nakadai - Nobuko Otowa
Vu en dvd

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Je poursuis ma promenade dans le cinéma nippon avec ce Kinoshita que je ne connaissais pas du tout.

Par bien des aspects, mais surtout dans l'esthétique, les grands plans paysagés, les lents et longs travellings, la photo, on sent une influence très importante du cinéma occidental. Je ne sais pas dans quelle mesure l'accompagnement à la guitare, presque flamenco, invite à faire ce type de rapprochement.

L'histoire est quant à elle extrêmement marquée par la culture et la société japonaise d'avant guerre. Le film retrace une histoire d'amour contrariée, c'est le moins que l'on puisse dire, d'un couple à travers pratiquement toute leur existence. La guerre les sépare mais plus encore le fils du gros propriétaire local qui use de son pouvoir jusqu'à l'abominable. Jaloux de leur amour, il profite de l'absence de Takeshi pour lui ravir sa copine, Sadako, en la violant et lui faisant un enfant de la honte.

Mélodrame assez chargé d'autant que les deux tourtereaux ne parviennent pas à se révolter, par honneur et esprit matérialiste (comme il sera justement pointé par le bourreau Heibei à la fin). Ils passent leur existence à souffrir, à s'éviter tant que faire se peut.

Tous les personnages s'ingénient à se renvoyer sans arrêt la violence qu'ils se font subir. Les enfants sur les parents, les parents sur les enfants ou les parents entre eux. C'est à l'approche de la mort de Takeshi qu'ils se présentent des excuses, se pardonnent leur haine afin de libérer leurs enfants de ce lourd passif. Bref, toute une tragédie familiale d'un autre temps où le pathos joue un ciment bien pesant. Kinoshita parvient d'une certaine mesure à éviter, sur les 100 minutes que dure le film, que le trop plein mélodramatique empêche le récit de générer quelques élans aériens.

Effectivement il s'appuie sur ce qui fait l'essentiel, selon moi, du film, le talent enchanteur des comédiens.

Encore une fois, Hideko Takamine éclabousse l'écran de son charme et de son assurance naturelle. L'immense qualité de cette actrice se retrouve également dans l'extrême élégance de sa pudeur de jeu. Comment dire? Elle n'est jamais dans l'exubérance, même dans les scènes dramatiques, elle semble parer son personnage d'une sorte de contention, à l'économie, dans le soucis constant de précaution, de ne pas en donner trop. Et c'est formidable. Je la trouve tout simplement sublime de justesse.

Heibei est joué par Tetsuyo Nakadai. Il dévoile ici grâce à un rôle complexe, qui évolue sur une grande échelle de temps et d'émotions, des talents que je ne lui connaissais pas encore. Je l'ai lui aussi trouvé d'une précision réjouissante.

Les deux comédiens avaient pourtant fort à faire. Un mélo pareil, chargé au pathos double couche, pouvait constituer un écueil bien tranchant avec une invite à l'ampoule méchamment éclatante. Or, tous deux évitent avec une classe émouvante cet obstacle majeur. Chapeau bas!