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lundi 11 avril 2016

Lola Montès



1955

Cinéaste: Max Ophüls
Comédiens: Martine Carol - Peter Ustinov - Anton Walbrook

Notice SC
Notice Imdb

Vu en blu-ray

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Incompréhension : nouvelle déception pour moi face à un film d'Ophüls! Depuis l'époustouflant ravissement ressenti à la découverte du Plaisir, un de mes films préférés, je ne cesse d'être déçu par les autres œuvres de Max Ophüls. La Ronde ne me laisse que peu de souvenirs. 
Et cette Lola Montès qui promettait tant avec un casting de rêve, une restauration photographique et un director's cut, me laisse une nouvelle fois tout penaud, ne comprenant pas vraiment ce qui m'arrive. Peter Ustinov et Martine Carol à l'affiche constituent de belles promesses, certes de natures différentes. 
Peter Ustinov est un acteur sûr et au charme rieur qu'on ne peut décemment mésestimer. Bien de ses participations pimentent les films dans lesquels il joue avec une certaine forme d'impertinence et d'acidité toujours délectables. Or, ici, sa prestation d'animateur de soirée dans un cirque reste plate, sur le même niveau, sans accent ni grande rupture. Il apparaît presque transparent. 
Martine Carol n'est pas une grande comédienne. Elle est ce qu'il est convenu d'appeler une belle actrice, mais son jeu demeure fragile. Bien entendu, on a connu pire. Et même si son jeu très commun convenait parfaitement pour jouer l'ingénunuche qui se fait trousser dans la paille par toutes les bistouquettes révolutionnaires et impériales dans la série Caroline, il n'en est pas de même pour jouer une Lola Montès autrement plus complexe. De la jeune fille naïve, combative à la femme qui vit tristement sur son passé dans un Barnum impudique, il y a là matière à créer un personnage profond, tourmenté, blessé, mais elle ne parvient pas à creuser ce sillon, sans en faire des tonnes, ou au contraire sans paraître vide. L'entre-deux, la nuance n'existent pas dans son jeu. Je le déplore ; j'ai une certaine affection pour l'actrice. 
Et puis, comment passer sous silence la sous-utilisation d'Anton Walbrook? Pourquoi prendre cet immense acteur et rester loin de son visage si expressif, avec ce regard profond et riche de complexité? Pfff, quel gâchis!
Surtout, cette histoire, ce personnage de Lola Montès m'ont laissé plutôt indifférent. Alors que la mise en scène et la structure auraient dû me passionner, elles m'ont ennuyé. Et perdu parfois, avec des flash-backs perturbants par leur anachronisme.
J'ai été très étonné aussi par le cadrage de certaines scènes. Je citerais en exemple ce plan fixe qui voit un poêle à charbon cacher l'un des personnages pendant un dialogue. Aberrant. Insensé. Je ne comprends pas de manière générale la distance entre les comédiens et la caméra que maintient très souvent Ophüls dans certaines séquences clés, décalage qui estompe l'émotion que le scénario s'échine à mettre en avant par ailleurs. Incohérent encore. 
On a évoqué le scandale qui le film a provoqué à sa sortie : là aussi je suis perdu, je ne vois pas pourquoi... Autre temps, autre mœurs. 
Quoiqu'il en soit, à part quelques beaux mouvements de caméra et pas mal de scènes foisonnantes de détails ne laissant guère de doutes sur l'aisance du réalisateur à produire du grand spectacle et une vraie beauté visuelle, la mise en scène ne réussit pas à mes yeux à sauver le film de l'ennui poli qu'il a suscité jusqu'à son terme.

mardi 23 mars 2010

Madame de



alias : The earrings of Madame de...
alias : Diamond earrings
1953

Cinéaste
: Max Ophüls
Comédiens:Charles Boyer - Danielle Darrieux - Vittorio De Sica - Jean Debucourt

Notice Imdb
Vu en dvd


Quand on adule, comme moi, "Le plaisir", juger ce film là sans être excessif se révèle un défi difficile à relever. L'éclat du "Plaisir" donne à cette "Madame de" une teinte un peu fade. Et c'est sûrement injuste. Je vais essayer -vœu pieu- de ne pas comparer cette "Madame de" avec "Le plaisir". Ouste, "Le plaisir"! Oui, justement, ouste le plaisir sur cette Madame de. Sans parler d'ennui -on ne fait que le frôler- le scénario basé sur un roman de Louise Vilmorin... argh, comment ne pas regretter l'espièglerie des personnages de Maupassant? le scénario disais-je, reste sage, tristement sage.

Encore Ophüls s'accorde-t-il à quelques rares occasions des plans savamment disposés, jouant avec fréquence avec les reflets des miroirs, glaces ou les transparences à travers les vitres ou les voiles, tentures, rideaux etc.

On reconnait davantage sa patte quand il s'agit de suivre ses personnages en travelling ou bien jusque dans les escaliers. La caméra est attentive. Le découpage des séquences, aussi bien les cadrages font preuve de maîtrise indéniable mais cette malheureuse histoire d'amour me semble peu convaincante. Je ne sais pas trop pourquoi au juste. Le couple Darrieux / De Sica

ne fonctionne pas chez moi. Les mœurs par trop maniérées de ce monde ou bien les dialogues trop sages de Marcel Achard n'ont suscité qu'un vague intérêt pendant le visionnage.

Outre l'impeccable réalisation d'Ophüls, j'ai également pris plaisir à retrouver Charles Boyer. Dans sa langue maternelle, c'en est presque une curiosité.

Pfff, plus le temps passe et plus la déception prend une place considérable dans mon jugement. Je n'arrive pas à faire abstraction du "Plaisir". C'est plus fort que moi. Après "La ronde" que j'avais aimé mais sans tapage, cette "Madame de" me laisse en plan. Triste. Ophüls reviendras-tu?

Trombi:
Charles Boyer:

Vittorio De Sica:

Danielle Darrieux:

Jean Debucourt:

Paul Azaïs:

Mireille Perrey:

Jean Galland:

Lia Di Leo:

Josselin (pas sûr de moi là):
      

mardi 6 octobre 2009

Le plaisir



1952
alias : House of Pleasure
alias : Pleasure

Cinéaste: Max Ophüls
Comédiens: Daniel Gélin - Pierre Brasseur - Danielle Darrieux - Jean Gabin - Claude Dauphin - Gaby Morlay - Madeleine Renaud - Ginette Leclerc - Mila Parély - Jean Servais - Simone Simon - Henri Crémieux - Paulette Dubost - Louis Seigner - Marcel Pérès - Peter Ustinov

Notice d'Imdb
Vu en dvd



Vu en mars 2005:
Je ne connaissais pas Ophüls : je suis sur le popotin! Je connaissais par contre les trois nouvelles de Maupassant dont le cinéaste nous propose ici les adaptations.
J'avais bien entendu parler de la qualité de ce réalisateur mais évidemment que je ne pouvais en mesure l'étendue qu'en visionnant un de ses films. Celui est plus que remarquable.

On est en 1952, mais on est cinématographiquement bien en avance sur ce temps : la caméra est en perpétuelle recherche de mouvements, de cadrages les plus sophistiqués et les plus rieurs en même temps. Entendez par là que quand on aperçoit la tête de Gabin dans le champ de blé quand il présente ses excuses à Mme Rosa (Danielle Darrieux), on voit les lignes naturelles brisées, on imagine bien quelqu'un faisant table rase des épis trop longs et qui cachent la tête pas encore désenivrée du menuisier!
Et la gaieté, la joie qui respirent tout le long des saynètes semblent comme accompagnées par ces petites caresses du cinéaste, de sa mise en image chaleureuse et follement féconde!
De même ces longs travelling, qui suivent toujours et toujours les personnages, le long du chemin de fer par ex. les spectateurs ne veulent pas non plus que les dames de Mme Tellier s'en aillent, ils sont avec le menuisier qui court.

On est en 1952 mais on est surtout au beau milieu du XIXe siècle avec les personnages.

La caméra décolle du sol et monte quatre à quatre les escaliers de la maison Tellier et nous fait découvrir chacun, par l'interstice des stores vénitiens, ajustés au visage et aux gestes de tous! Pas une seule escarbille dans l’œil du spectateur! Une oeuvre magistrale.

Et l'on est déjà abasourdi par la première scène, cette envie, cette folie qui court, qui danse, qui chahute et l'on suit avec cette caméra toujours virevoltant de droite à gauche, de haut en bas, les circonvolutions de cet homme masqué qui se révèle être un vieillard qui ne veut pas se laisser vieillir.
On le suit dans les plans inclinés qui accompagnent sa montée des marches claudiquante jusqu'à sa vieille demeure.

Que dire de ces notables qui devant la maison close au sens propre s'en vont tristement dans la brume et sous des éclairages savamment doux regarder la mer et la lune... et dire : "c'est beau la nuit...
pffff... un samedi!"

Oui parce que ce film n'est pas seulement un chef d'oeuvre de maîtrise technique, il est une magnifique adaptation de Maupassant, il est Maupassant! Il l'est avec le maraud qui tente d'abuser des dames dans le wagon et s'en voit expulser manu-militari par les donzelles, prostituées... mais pas putes! Des prostituées comme il faut! Petit coucou en partant d'un vieil homme rabroué aussitôt par sa femme : ce film respire le bon air chaud de l'été, la liesse de casser le quotidien, du voyage.

La voix-off n'a pas besoin de nous rappeler que le vent souffle sur les blés, on le voit, on la sent l'odeur chaude des chaumes, on entend le vent dans les peupliers, on les écoute les oiseaux. 
De la même manière on n'a pas de mal à comprendre que ces dames ne trouvent pas le sommeil : "qu'est-ce que tu écoutes?
- Ce silence me casse les oreilles!"

On continue, on passe tout le film avec les personnages, on compatit, comme elles nous pleurons à l'Eglise devant la Grâce tombée en l'instant, nous sommes les autres gens de l'Eglise qui pleurent en les voyant en larmes, nous sommes le curé qui monte en chair et dit "Mes enfants, c'est le plus beau jour de ma vie!" Pas besoin d'être croyant pour être envoûté par cette communion!

Jusqu'à la fin nous suivons les personnages. Même la jeune fille qui se défenestre, nous la suivons, nous tombons dans la véranda, comme nous l'avons suivi dans l'escalier, avec son ombre sur les marches, son bras qui ouvre la fenêtre!

Bordel à queue! Quelle invention! Quel génie de la mise en image! Quelle adresse! Quelle maestria chez Ophüls! J'aime! J'en ai encore des frissons!