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jeudi 22 octobre 2009

Les affameurs



1952

Titre original : Bend of the river
Titre francophone : Les affameurs
alias : La caravane vers l'ouest
1952

Cinéaste: Anthony Mann
Comédiens: James Stewart - Arthur Kennedy - Julie Adams - Rock Hudson

Notice Imdb

Vu en dvd




Vu en septembre 2008:

Énième très bon western d'Anthony Mann, dans la lignée de The naked spur par exemple, même si je préfère les démons intérieurs de ce dernier. Ce Bend of the river offre encore une confrontation tourmentée, entre deux visions de la vie, entre deux bad guys. Mann parvient à construire un récit haletant, via une tension crescendo encore une fois, formalisant la lutte du bien et du mal tout en manipulant les personnages et les spectateurs, tant les caractères sont flous, ambigus, variables, assez mystérieux en somme pour semer le trouble entre ce bien et ce mal. Et c'est là toute la morale du film, un criminel a-t-il la possibilité de changer dans le regard de la société? Un homme mauvais peut-il devenir bon, être reconnu comme tel. Bref, le pardon existe-t-il? Le couple Stewart/Kennedy est particulièrement efficace pour relever cette incertitude qui tenaille l'intrigue.

Je note avec circonspection que le décor naturel (qui joue un rôle si important dans les autres westerns du maître) ne semble pas être ici considéré comme un personnage à part entière. La nature semble tout aussi indécise. Néanmoins la réalisation est toujours d'aussi haute tenue, le technicolor de Warner est magnifique et certaines scènes de nuit sont particulièrement léchées. Du bon et beau spectacle.

mardi 6 octobre 2009

Les ailes de l'espérance



1957
Titre original : Battle hymn
Titre francophone : Les ailes de l'espérance

Cinéaste: Douglas Sirk
Comédiens: Rock Hudson - Dan Duryea - Martha Hyer - Anna Kashfi

Notice d'imdb
Vu en dvd



Vu en juin 2008:

Je ne comprends pas.
Je me suis encore une fois fait eu par Sirk.
Comme souvent avec ses films, on commence en se disant qu'on ne peut pas se laisser avoir par de si grosses ficelles. Les clichés, les personnages grossiers... on voit venir Sirk avec ses gros sabots, sa trame déjà vue, digne d'un roman photo.
Le début de Battle hymn n'échappe pas à ce jugement hâtif. Les effets spéciaux à deux cents, la photo de Russell Metty, la disposition du personnage joué par Rock Hudson dans le piège de la culpabilité, le drame intérieur qu'il vit n'a au départ que les aspects démago-émotionnels du sensationnel cheap. Bref, on se dit que cette fois Sirk va trop loin et qu'il ne parviendra pas à ses fins

Et boum, je ne sais comment, le saligaud nous enlève. Rapt délicat, insidieux. Magique, surtout, je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Le sujet abordé (un pasteur/pilote d'avion en proie à un sentiment de culpabilité après avoir par accident bombardé un orphelinat) ne m'intéresse pas. La question de savoir si l'on a le droit de tuer pour faire le bien (surtout si l'on est chrétien), thématique qui vient de me paraître presque pénible avec Le révolté d'Oshima, arrive ici à devenir passionnante. Une empathie incroyable avec le personnage de Rock Hudson.

En fait, Sirk charge son film aux clichés et stéréotypes et de là, construit à coup de scènes pleines de poésie et de tendresse une oeuvre profonde, à la subtilité au préalable insoupçonnée, qui éclate merveilleusement.

Le pastel du cinémascope de Metty et ses fameuses chorégraphies des couleurs font mouche. Elles assistent les personnages à trouver en eux, dans leur questionnement mystique, une vérité intime qui touche, c'est inévitable. Profondeur surprise.

Ce Battle hymn n'a pas la portée sociale et effrontée de All that heaven allows ou Imitation of life : il est totalement axé sur la mort. Les personnages sont moralement confrontés à leur acceptation de la mort, celle qu'ils donnent par la guerre. Le meurtre pour le bien. Quelque chose en apparence simpliste mais cependant bien compliqué pour des personnages plus profonds et réels qu'ils n'apparaissaient en premier lieu.

Ce film montre bien encore une fois que Sirk n'est pas là où on l'imagine. Qu'avec les outils émotionnels hollywoodiens de base (mélo, film de guerre, couleurs, action, pleurniches), qui vont chercher aux tripes, il réussit à proposer une réflexion subtile, intelligente et fouillée. Sans crier gare.

On s'est fait eu. Encore une fois.
Douglas "Encore-une-fois" Sirk, cinéaste génial.