jeudi 23 avril 2009

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2009

Cinéaste : Philippe Lioret
Comédiens : Vincent Lindon - Audrey Dana - Derya Ayverdi - Firat Ayverdi

Notice Imdb

Vu en salle


La présentation médiatico-politique du film a éveillé mon attention. Le peu que j'ai entendu faisait croître en moi le sentiment que c'était un film important. Je n'avais aucun souvenir précis du seul film que j'avais vu de Lioret, Tombés du ciel. Sans doute était-ce dû au peu de plaisir qu'il m'avait procuré.

Passé le dérangement d'avant séance au Diagonal de Montpellier avec un long discours sur le film et son auteur, un peu spoileur sur les bords, et surtout très didactique et consensuel, discours délivré par un type du ciné-club local. Il n'y a rien de pire que d'entendre quelqu'un me dire ce que je dois voir et comprendre d'un film avant de l'avoir vu. Je ne lis les critiques qu'après avoir vu le film. Sans ça, je perds en fraîcheur. Vive la juvénilité du regard et des sentiments devant un film! Bref, manque de bol on avait choisi la mauvaise séance, celle du ciné-club avec débat post-projection. Re-bref, passé ce sale moment, le film a enfin commencé. Et j'ai embarqué, si l'on puit dire en la circonstance. Et je n'ai pas vraiment décroché, si ce n'est sur la toute fin, le dernier quart d'heure qui ne me parait pas indispensable. Les plans de la mer agitée près des côtes anglaises auraient fait une belle fin. Sèche, brutale, mais plus forte je crois. Éloquente. Pas la peine d'en rajouter.

J'ai trouvé le propos du film, effectivement, frontal, politiquement et moralement mais dans un style pur et d'une simplicité qui rend les interrogations auxquelles on ne manque pas de se livrer d'une puissance dévastatrice.

Certes, l'histoire use de l'artifice romantique pour faire jaillir l'émotion, d'où ensuite est tirée une réflexion plus générale. Cependant, ce parti pris n'est en rien incroyable, improbable. D'ailleurs, l'histoire d'amour décrite n'est au fond qu'un des éléments qui forgent la motivation du jeune clandestin pour traverser la Manche. Les derniers plans ne sont-ils pas dédiés à Manchester United, au football des riches, à l'eldorado moderne que représente la Premier League? Finalement, je trouve que le scénario fait très bien passer son caractère fictionnel pour dégager des questionnements majeurs, qui n'ont, eux, rien d'artificiel. Car tout le film pose la question de l'infecte criminalisation des sans papiers et des gens qui les hébergent ou leur viennent en aide quelconque. On atteint là dans notre société actuelle des degrés d'une insupportabilité qu'on ne pensait plus possible. Hé bien, si, on peut. Je n'irais pas jusqu'à comparer l'incomparable. Le discours qui ramène notre présent au passé vichiste confine à l'anachronisme tout aussi imbécile qu'immoral. Par contre rien n'empêche de souligner que le zèle des autorités administratives et politiques à entériner l'absurde est d'ores et déjà insupportable. On atteint des sommets d'abjection. C'est une réalité, des plus scandaleuses qui plus est. Par son degré de violence et d'acuité, cette réalité motive et justifie à elle seule l'objet fictionnel qui n'est là que pour rendre encore plus palpable l'interrogation citoyenne et individuelle sur un problème politique, collectif et éthique.

De même la présence au casting d'un comédien populaire comme Vincent Lindon participe à l'entreprise de vulgarisation de cette question du contrôle policier de l'immigration poussé dans ses outrances jusqu'au cynisme. C'est sans aucun doute une bonne idée qu'a eu là Lioret, confirmée par la qualité de prestation. Lindon remplit parfaitement son rôle, avec beaucoup de justesse et de tendresse. Il ne laisse jamais son personnage emporté par les vagues d'émotion, restant bien souvent en retrait dans son expression, tout en retenue et pudeur et comme ébahi par l'absurdité de la situation, l'inhumanité, la démission de l'humain, l'extraordinaire quotidien auquel il prend part. J'ai vraiment beaucoup aimé sa performance, en douceur, en petites touches intelligentes. Je ne sais trop à qui, de l'acteur ou du metteur en scène, l'on doit cette lente évolution du personnage, cette gradation, cette progression dans l'implication du personnage face au sort du jeune kurde, mais également face à la contradiction révoltante entre le bon sens humain et l'application d'une loi ignoble. Peu importe, c'est un travail créatif remarquablement réalisé. Bravo.

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