dimanche 23 août 2015

Le convoi de la peur



1977

Titre original: Sorcerer
Titre francophone: Le convoi de la peur

Cinéaste: William Friedkin
Comédiens: Roy Scheider - Bruno Cremer - Francisco RabalAmidou

Notice SC
Notice Imdb

Vu en salle


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J'ai lu récemment l'autobiographie de Friedkin et la ressortie sur grand écran de ce film tombe à point. Je pars avec une idée négative a priori cependant : le regret que la distribution initiale n'ait pas pu être maintenue. Steve McQueen à la place de Roy Scheider et Lino Ventura à celle de Bruno Cremer, l'imagination galope.

Ceci étant dit, la séance commence et on entre dans l'histoire, ou plutôt devrais-je dire dans les histoires. En effet, en préambule, le film raconte les raisons (attentat, malversations financières et braquage raté) qui poussent trois personnages à se cacher dans un coin paumé au milieu de la jungle d'Amérique latine. Même si l'idée semble aussi généreuse que logique de prime abord, elle s'avère plutôt désastreuse pour le rythme et la lecture du film selon moi.
Ces mini introductions plombent un peu le reste du film. La raison essentielle en revient, je crois, à leurs longueurs. William Friedkin prend son temps. Trop. Il entre dans les détails, là encore trop.
Bizarrement, sur les quatre personnages principaux, un seul n'a pas droit à ce traitement de faveur. Peut-être parce qu'il s'incruste dans l'aventure au dernier moment et doit garder une part de mystère ? Mais alors pourquoi ne pas utiliser ce mystère jusqu'au bout? Toujours est-il que l'axe du film n'est pas là. Il est dans la jungle, dans les torrents, les ponts branlants, les lianes, les précipices où ces foutus camions se faufilent comme des mastodontes à la mécanique infernale.

Remake du "salaire de la peur" de Clouzot, "Sorcerer" est moins tourné vers les liens entre les personnages, moins psychologique. C'est la nature qui impose ses règles aux hommes qui croient pouvoir la défier sans en payer le prix. Il y a de l'Aguirre chez ces quatre larrons, ces perdidos qui essaient d'échapper à l'infortune qui leur colle aux godillots comme une boue d'infamie, une indécrottabilité oppressante. Difficile de ne pas penser à toute la littérature d'aventure, d'exploration en milieu hostile. On pense évidemment à "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad.

Sorcerer n'est pas à proprement parler un film d'initiation. Il ne s'agit pas de jeunes naïfs en quête du sens de la vie dans la tourmente verte et brune de la jungle, loin de là. Ils sont bien plutôt des rebuts de la société obligés d'aller vers une mort qu'ils s'obstinent à refuser, peut-être également par naïveté, mais ceux-là sont vieux, épuisés par leur fuite. Fatigués au delà du purgatoire, ils sont déjà en enfer et ne s'en rendent pas compte. Le film présente des fins de vie pour des personnages qui refusent de baisser les bras face à la mort. L'instinct de survie inutile et vain est sans doute le seul véritable lien qui les rattache encore à l'humanité car ils ne rêvent plus. Ils sont de l'autre côté de la frontière. Dans ce cas, impossible de revenir en arrière. Aussi le film prend-il à la fin des airs à la fois de tragédie et de mythologie. En tout cas, il sort définitivement de l'ordinaire avec sa morale déterministe.

On est donc bien loin du premier film de Clouzot, ce qui est une bonne chose : il n'y a pas redite. Il n'empêche que cette exaltation qui prend le récit n'opère pas sur moi le charme espéré. J'aime bien le film mais ne suis pas transporté.

Les séquences sont très bien filmées. Celle du pont est extraordinaire, très spectaculaire, éprouvante même, mais elle ne suscite pas grand chose de plus au final. Elle reste un objet simple, physique, sans transcendance. Pas de grand frisson, juste un petit, ce qui est déjà pas mal.

Je n'ai pas grand chose à dire sur les comédiens. Ce film-la non plus ne me fera pas adorer Roy Scheider.
Il est bien, sans plus. Comme dans "Jaws" ou "French connection", je l'aime bien mais je n'arrive pas à le trouver formidable. Les autres n'éveillent pas davantage mon attention. Ah, si, j'ai un petit penchant en faveur de Bruno Cremer. Sans doute parce qu'il est une figure familière du cinéma français, plus encore parce que son personnage abandonne bien plus que les autres au début du film. Il y a cette montre qui le garde attaché à son passé, un regard nostalgique et amoureux qui peut éveiller quelque émotion secrète.

A la fin, je m'interroge toujours sur la gueule du film s'il avait été bâti sur les personnalités aussi ossues que celles de Ventura et McQueen. Est-ce que le film aurait été si différent ? Aurait-il raconté davantage que celui-ci ? Pas sûr en fait, tant les personnages sont abordés avec moins de profondeur psychologique que d'épaisseur physique en fin de compte.

Mini trombi:
Francisco Rabal:

Amidou:

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