vendredi 8 juillet 2011

The tree of life



2011

Cinéaste
:
Terrence Malick
Comédiens
:
Brad Pitt -Sean Penn -Fiona Shaw -Jessica Chastain

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Vu en salle


Des bruits couraient que le père Malick avait viré mystique sur son dernier film. Mais vous savez, les on-dits, la plupart du temps, on ferait bien de s'en contre-foutre, passez moi l'expression. M'enfin, insidieusement, ils peuvent vous bouffer une portion de cervelle et vous la bourrer d'a priori qui font ensuite plein de bruit et de brume. Je ne sais pas dans quelle mesure je suis entré dans la salle encombré de tout ce caca ou au contraire avec une ouverture d'esprit assez large. Je m'interroge.

Ma chère et tendre a beau jeu de me traiter de mécréant. Toujours est-il que le propos de Malick sur les interrogations des humains adressées à Dieu quand le ciel leur tombe sur la tête (ou dans cette perspective, ce qui revient au même) m'a doucement mais sûrement ennuyé. Rétrospectivement, je maintiens que ce sentiment embarrassé qui m'a pris pendant la projection est un foutu drôle de truc, l'impression de ne pas être à ma place, de ne pas être le bon interlocuteur pour ces questionnements métaphysiques et religieux. Peu à peu la gêne, cette espèce de désintérêt total pour des questions si vaines, s'est muée en une légère irritation.

Cette voix-off qui pose des questions à Dieu, naïvement, constitue un procédé de mise en scène pas vraiment subtil, ce qui a sans doute allumé sur mes furibardes braises. Reconnaissez-le, merde, c'est assez évident. J'étais cette fois gêné pour Terrence Malick, cet auteur autrement plus fin sur le même type de questions dans "The thin red line". Comment ce grand dadais, qui n'est plus un enfant, ni même un adolescent qui s'interroge sur la mort, l'existence de Dieu, sa place dans l'univers et autres joyeux putains de mystères, peut-il à son âge encore poser les questions : pourquoi tant de souffrance? Pourquoi la mort? Où es-tu, Dieu? Etc. C'est tellement puéril que ça va figer tout le potentiel de la partie du film qui cherche dans la nature, ses couleurs, ses formes, ses mouvements, dans le cheminement même de la vie l'existence ou le pourquoi de Dieu.

Heureusement que M'sieur Malick est doué. Le salop, il fourmille d'idées d'une grâce inouïe. Sa caméra invente sans cesse : des mouvements, des positions, des captures d'instants, de vies, comme un chat qui se blottit sur les cuisses de sa maitresse, ce plan renversé,

incroyable de simplicité, tellement poétique, filmant les ombres d'enfants jouant sur le macadam, ou bien encore ces contre-plongées qui enferment Sean Penn entre les arbres urbains que constituent les tours de verre environnantes.

Visuellement Malick compose une espèce de kaléidoscope de formes, de couleurs, de lignes, en fait un objet multiple, très riche, très animé et qui est bouleversant de beauté sensible, juste, naturelle. Directe. Le tour de force est plus qu'impressionnant.

Après... en quoi cela mène-t-il judicieusement à la seconde partie, à cette chronique familiale? Les liens existent mais sont-ils nécessaires? Autrement dit, pouvait-on se passer des premières minutes pour raconter une histoire de famille? Bien entendu. Je trouve la justification peu évidente, pour ne pas dire grossière. Et pourtant, je le répète, ces premières minutes sont visuellement délicieuses et en fin de compte les seules qui m'auront émerveillé.

Alors que l'histoire de papa Pitt

a à peine tenu éveillé ma curiosité jusqu'au bout sans vraiment m'émouvoir comme je l'aurais espéré. L'histoire du père trop dur avec ses mouflets est vieille comme le monde.

Malick, de ce côté là, n'invente plus. Il essaie toutefois, reconnaissons-lui ce fait, de ne pas enfermer ses personnages dans des archétypes. Cela ne m'empêche pas de trouver cette histoire finalement ordinaire. Je retiens tout de même la prestation de Jessica Chastain, tout en nuances.

Et puis en guise de conclusion, le cinéaste nous sert une nouvelle séquence mystique, censée donner des pistes d'explications, une grande plage pleine de personnes, mortes et vivantes, qui se retrouvent, une sorte d'espace intermédiaire, de dimension entre vie et mort, les limbes, le purgatoire? Tout le monde s'aime, c'est formidable, le pardon. Ça ne résout aucun problème dans le monde réel, celui des vivants, qui personnellement m'interpelle bien davantage. L'au-delà joyeux ou pénible, ce n'est pas ma came, je préfère dealer directement avec la raison et la réalité. J'vous dis que ce film n'est pas fait pour moi!

Voilà une Palme d'or qui, encore une fois, comme d'hab, peut faire l'objet d'un débat. Je ne suis pas sûr que la puérilité ou l'abstraction post-mortem méritent tant d'honneur, mais je comprends en voyant cette capacité à créer des visions que l'on soit débordant de passion pour le poète Malick. Dommage que ce soit pour magnifier des bondieuseries. S'il pouvait revenir à des choses plus sérieuses...

1 commentaire:

  1. Il y a, dans un Tree of Life, un film d'une heure-une heure quinze (celui qui débute après la calamiteuse "séquence de La Moldau de Smetana"*), qui n'est pas pour me déplaire. Qui répond à mon enclin clicheteux pour les fifties hopperiennes à greniers lynchiens. Qui m'émeut même, me renvoyant à mes expériences (fraternelles) et mes contradictions (familiales), et qui, malgré l'iconique passablement appuyé (l'est jolie et sacrificielle la môman, mais, justement, au bout d'un moment... on se lasse), me bouleverse assez.
    Las !, ce film d'une heure-une heure quinze est lové dans deux -logues (pro et épi, bien sûr) flirtant avec l'infect cosmique le plus rédhibitoire au point de faire passer le final métaphysique de 2001 pour un scénario tropezien de Claude Mulot. Un préalable et conclusif trip beau comme un hors-série de Géo négligemment feuilleté dans la salle d'attente de son proctologue, aussi habité que possible (comparés à la présente élégie panthéisto-new age, Boorman et Herzog paraissent des cinéastes d'entreprise !), mais qui fait tout de même s'interroger sur l'idée que la quintessence d'un style, d'un genre, d'une patte, pourrait tout aussi bien (et sans doute mieux) s'appréhender par l'économie, le hiératisme même, plutôt que par la surenchère complaisante, l'inflation gratuite de symbolismes et de signes, et l'épanchement volontiers hémophile du grand n'importe nawak en mode harderbetterfasterstronger...

    * digne de publicité pour une compagnie d'assurance !

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