lundi 16 mai 2011

The thin red line



1998
alias : La ligne rouge
alias : La mince ligne rouge

Cinéaste: Terrence Malick
Comédiens: James Caviezel - Adrien Brody - Nick Nolte - Sean Penn

Notice Imdb
Vu en Blu-ray



"The thin red line", "blu-ray", "Criterion" : je devrais me contenter d'écrire juste ça. Tout est dit. Vous imaginez sans peine l'extraordinaire spectacle. Une précision hallucinante qui vous précipite dans la guerre, les sens tournés vers la lumière, la netteté des détails, la finesse du moindre bruit, murmure, souffle de vent ou chute du petit grain de poussière.

Le Blu-ray Criterion donne non pas l'impression mais bel et bien la certitude d'être dans les meilleures conditions pour apprécier le film. En dehors de l'expérience embrassante de la grande salle noire qui vous enveloppe, j'imagine qu'on ne fera jamais mieux qu'un blu-ray Criterion sur grand écran full HD.


Le film de Terrence Malick est avant tout une expérience physique, se prête merveilleusement bien à cette technologie qui permet de créer chez soi une relation au film très singulière dans laquelle la vision et l'ouïe sont particulièrement sollicitées. Le détail de l'image scintillante, tellement attentive au moindre reflet dans l'eau, au plus petit mouvement d'herbe est tout simplement époustouflant.

On ne peut donc pas perdre une seule miette du film et ainsi on se laisse fondre dans une histoire pourtant parfois rebutante. Quoi de mieux qu'une bonne guerre, madame, monsieur, pour explorer les peurs ultimes?

Celles de la mort prennent ici des figures bien différentes selon les soldats, leurs visions, leurs philosophies de vie, leurs attitudes varient face au danger. L'un s'esquive dans la folie, l'autre emprunte à la haine de l'ennemi la rage nécessaire pour continuer, celui-là pense à sa femme, cet autre s'imprègne de la beauté de la nature qui l'entoure et fonde ainsi une foi panthéiste qui donne un sens à cette geste militaire et à son éventuel décès. La confrontation de ce croyant joué par un James Caviezel dont le regard bleu semble habité

avec l'agnostique Sean Penn

dessine la relation complexe que peuvent nouer d'aussi inconciliables positions sans verser dans le simplisme, car les deux sont tout de même subjugués par ce fossé entre eux. A cette opposition de vues se mêle une sorte de fascination réciproque, devant ce grand mystère que constitue l'autre et son aptitude à avancer malgré cette philosophie si contraire à la sienne, celle qui lui sert de béquille ou d'armure.

L'autre grande aventure humaine que la caméra et les acteurs inspectent est celle de Nick Nolte

et Elias Koteas,

celle des hommes qui ont des ordres et doivent en donner : où placer la priorité entre objectif militaire et salut des hommes? Qu'est-ce que la responsabilité en ces temps de guerre? Où se situe la part d'ambition de ces deux hommes? Elles sont si divergentes. Cette autre incompréhension se révèle flagrante dans des dialogues d'une importance capitale.

Souvent au cours du film, ce sentiment d'assister à l'expression d'une parole pesée, dense, d'un calcul très intelligent mais surtout d'une portée tellement élargie, ce sentiment vous submerge, vous enlace tout aussi bien que la douceur des séquences de respiration que le scénario aménage souvent entre deux batailles grâce à la nature quiète, impartiale, à la sérénité empreinte de la certitude d'être éternelle, invincible.

Ce va et vient entre paix et guerre est continu. Il permet de transcender à la fois (à la foi, devrais-je dire) les hommes face à leur mort, à la peur qui les accompagne dans le fracas de la guerre mais également la place qu'ils estiment occuper dans l'univers, que ce soit dans cette compagnie Charly ou dans leur famille ou bien encore dans leur solitude en tant que père, fils ou mari.


Bien évidemment, "The thin red line" n'est pas qu'un film de guerre. Ce qui en fait sa force n'est pas uniquement lié à sa forme. La réflexion métaphysique qu'il intègre dépasse le simple récit de guerre afin de lui donner une épaisseur, une justification, une explication.

"The thin red line" est un "parce que", une réponse à ces interrogations existentielles parfois difficilement supportables qui jalonnent la vie d'un être humain surtout quand des évènements tragiques viennent la malmener. Malick ne résout rien cependant. Ne ne nous méprenons pas : ses réponses ne sont pas définitives, elles se veulent avant tout de horizons vers lesquels tourner le regard. Comme des baumes sur le cœur, elles permettent d'envisager la rudesse de la vie avec un état d'esprit particulier. Je ne suis pas très féru de philosophie antique mais je crois pouvoir le relier au stoïcisme, cet art de vivre en acceptant le sort contraire. Le stoïcisme n'empêche pas les pleurs.

Ce film joue donc énormément sur l'émotion du spectateur. Je me rends compte ce que cette phrase pourrait laisser entendre de péjoratif. Non, non, rien de cela dans ma caboche! Mais je veux dire que le film emporte l'adhésion sur ce point là essentiellement.

Je note cela justement parce que je me suis senti un peu exclu de ce processus qui me passe sous le nez de manière évidente. J'ai été bouleversé par intermittence, sur certains moments du film, par petites touches, mais pas vraiment sur ce que j'ai décrit tout à l'heure, cet état d'esprit général, cette philosophie de vie si brillamment incarnée, illustrée par la mise en scène et image de Terrence Malick. Il y a une barrière que je n'ai pas réussi à sauter. Je comprends, j'entends les personnages, je ressens bien le film, mais en aucun cas, il ne me permet de m'élever. Je l'aime beaucoup. Mais je ne l'adore pas. Les films que j'adore m'apportent quelque chose que je n'avais pas. Je ne suis ni panthéiste, si stoïcien, ni mystique. A la limite je me sens plus proche du personnage de Sean Penn et peut-être est-ce là l'obstacle, ce qui m'empêche de jouir pleinement du film, de ne pas me sentir emporté?

Ce n'est pas faute d'en avoir les arguments scéniques. Foutre, quelle flopée de bons comédiens! Quelle précision dans la direction d'acteurs! Les comédiens offrent des prestations de toute beauté, dans la complexité, avec une subtilité partout présente, aidés il est vrai par un scénario qui, on l'a vu, propose un regard d'une richesse alléchante. Même si je n'ai pas pu en profiter autant que la majeure partie des spectateurs, j'ai tout de même eu un grand plaisir à voir ce film, ces images magnifiques et ces comédiens totalement investis.

Trombi (non exhaustif):
Ben Chaplin:

Dash Mihok:

John Cusack:

Adrien Brody:

Woody Harrelson:

Miranda Otto:

Nick Stahl:

John Travolta:

George Clooney:

John Savage:

Simon Billig:

Robert Roy Hofmo:

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