vendredi 22 avril 2011

Sasom i en spegel



1961
alias : Through a Glass Darkly
alias : À travers le miroir

Cinéaste: Ingmar Bergman
Comédiens: Gunnar Björnstrand - Harriet Andersson

Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en dvd


Tudieu, cela faisait superbe et bandante lurette que je n'avais pas vu de Bergman! J'ai soudain eu l'irrépressible envie de voir un film du Suédois. J'ai donc demandé à ma chérie Jack de choisir un film parmi ceux qu'il a tourné en noir et blanc.

Et elle a opté pour celui-là parce qu'elle adore Harriet Andersson. C'est vrai qu'elle est très fortiche, d'une grande assurance, avec beaucoup de variété dans son jeu.

Ça tombait bien parce que le film compte également dans ses rangs un autre acteur bergmanien que j'admire, Gunnar Björnstrand. Il se coltine un personnage peu maniable, rongé par une incapacité destructrice à communiquer.

De même est-il difficile de dénigrer le jeu de Max Von Sydow dans un rôle tout en délicatesse et qui met idéalement en valeur la précision de son jeu ainsi que sa richesse de tonalités. Il est ici bien plus impressionnant que sur les autres films que j'ai vus de lui auparavant, cela donne une drôle d'impression, celle de découvrir un nouveau comédien. Je n'avais jamais été interpellé par une de ses prestations, voilà, maintenant c'est fait.

Je suis un peu moins enthousiaste devant la prestation de Lars Passgård.

Peut-être aussi faudrait-il signaler que la photographie du génial chef-opérateur Sven Nykvist souligne avec une majesté et une douceur veloutée peu communes les traits des personnages. Les nombreux gros plans assistent superbement l'expression scénique des comédiens.

Encore un de ces films de Bergman qui transfigurent les liens évidents du cinéaste avec la dramaturgie théâtrale, les techniques scéniques dans la représentation comme dans la déclamation pour produire un spectacle tellement vivant et incarné que les personnages et la tragédie qu'ils vivent semblent plus que réels, si concrets, si charnellement tangibles qu'on a le sentiment de les accompagner, d'être au cœur du drame, aux premières loges d'un théâtre vivant. Le monde du théâtre se lit également dans la disposition de la caméra sur certaines séquences. Chaque pièce de la masure ressemble à une scène de théâtre. Troublant.

Et, tout en étant un pauvre inculte en matière de peinture, j'ai pourtant la nette impression que l'esthétique qui se dégage des décors nus -d'une austérité toute relative, parlons plutôt de pureté- doit faire écho à une tradition picturale particulière. Certains plans font penser à des tableaux.

Mais bien évidemment, le film ne se contente pas d'être une coquille vide. Visuellement très sophistiqué et étudié, il raconte tout de même une histoire, celle d'une famille prise dans des tourments chers au cinéaste ou du moins qui mettent en exergue des problématiques chères à Bergman : l'incommunicabilité affective entre les membres d'une famille et le rôle illusoire de la religion.

Un père, son fils, sa fille et son gendre sont réunis sur une île déserte, le temps de qui semble être un court séjour, peut-être un week-end. Le centre de l'attention se porte essentiellement sur la jeune femme, Karin (Harriet Andersson) victime d'une maladie mentale, chronique et a priori incurable, qui la met aux prises avec des épisodes hallucinatoires. Ces accès de folie épuisent progressivement les espoirs de rémission des êtres qui l'entourent.

Le film débute sur les joies factices que les enfants manifestent devant le père, et inversement. Quand le père est seul, il se laisse aller aux larmes.

Quand le fils est avec sa sœur il confie son mal-être de ne pas parvenir à parler avec son père. Quand ils sont tous ensemble autour de la table, ce n'est que sourires et rires : une sorte de représentation continue,

un trompe l’œil, un mensonge permanent que la petite pièce de théâtre jouée par les enfants pour le père parait symboliser de manière très concrète cependant.

Chacun creuse de son côté le fossé entre père et progéniture, la maladie de la fille constituant pourtant une sorte d'aiguillon pour les obliger à communiquer, les mettre au pied du mur de la folie complète, le deuil, la perte définitive de la raison tenant de l'aboutissement final en même temps que point de non retour. Face à la mort de toute relation, de tout échange, ils se retrouvent comme obligés de réagir. Faute d'action, Bergman filme les réactions et montre bien les dégâts que le manque de communication peut engendrer sur les relations familiales et le développement, l'épanouissement de ses membres.

Après, l'aspect incisif à l'égard de la religion, plutôt de la foi pour être plus juste, est peut-être une lecture toute personnelle. J'ai l'impression que Bergman associe la foi de Karin avec la déraison, la folie. Elle même, dans l'un de ses retours à la raison, ressent cette réalité parallèle, ses hallucinations comme une illusion destinée à la perdre, à la tromper.

Est-ce vraiment une attaque en règle du cinéaste contre la religion et les discours irrationnels qui lui sont associés? Je vois mal comment on pourrait le lire autrement, honnêtement. En tout cas, la critique est formidablement amenée, sans une grossière agressivité, juste avec la pertinence et la logique de la narration. Alors ce n'est pas aussi éclatant que ça? Plus suggéré que déclaratif. Peut-être que je me fourvoie dans mon agnosticisme bedonnant? Naaan...

Bien écrite, cette histoire fait preuve d'une belle simplicité, avec une pureté, une intelligence qui rendent le visionnage très plaisant. Voilà un Bergman parfaitement lisible et d'accès facile que je recommanderais volontiers à ceux qui voudraient découvrir ce cinéaste et craindraient de tomber sur une des ses œuvres absconses.

4 commentaires:

  1. qu'est-ce qu'ALLIGATOGRAPHE exactement ? Un lobby, un syndicat (où
    tout le monde, même les cons ont droit à la parole).
    J'ai pris l'habitude, tombant à chaque fois, sur la plume d'un être
    sensible, intelligent et cultivé, de me sentir bien dans ce sac en croco
    Mais là, je décroche et pour de bon : On n"écrit pas :
    "Tudieu, cela faisait superbe et bandante lurette que je n'avais pas vu de Bergman! J'ai soudain eu l'irrépressible envie de voir un film du Suédois. J'ai donc demandé à ma chérie Jack de choisir un film parmi ceux qu'il a tourné en noir et blanc.'
    J'espère que ce prosateur a été viré du syndicat : il n'est pas, Jack ma chérie tu en conviendras, "Lilliput du pauvre" à la hauteur de ce qu'il veut mesurer;

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  2. C'est exactement ça : un syndicat où mêmes les cons ont la parole. Preuve en est : je publie ton avis plein de la finesse des grands esprits qui du haut de leur piédestal pérorent ad nauseam sur le néant des pauvres liliputs infoutus de goûter comme il se doit les subtilités des immortels.

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  3. je n'aime pas l'adjectif "bandante" : cela ne me place pas sur un piédestal. "Pérorer ad nauseam" — tu projettes, mon ami — est ta spécialité. Après 9 mois de réflexion, je relis votre critique et trouve, ma foi, qu'il n'y manque rien. La maladie incurable de Karin s'appelle
    schyzophrénie. Gunnar Björnstrand prend des notes sur l'évolution du mal qui ronge sa fille, celle-ci les découvre : sans doute est-ce un coup
    fatal pour elle. Les cadeaux suisses achetés à l'aéroport (swatch) étaient déjà source de déception. A peine arrivé, il parle de repartir.
    Il est en masculin, Ingrid Bergman dans Sonate d'Automne : source de haine et de désespoir.Ce parent ingrat, Bergman l'a connu enfant.
    Adulte et époux de "toutes ses femmes", il est ce père absent de toute
    sa progéniture, habité — mais trop logntemps — par un sentiment de
    culpabilité.

    Alligator, vous écrivez aujourd'hui beaucoup mieux qu'il y a un an et vous avez 1000 fois raison. Des étrangers qui vous recherchent sur
    IMDB sont plus aptes à vous comprendre : sans doute l'avez-vous remarqué.
    de déception

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  4. je vous relis une fois de plus, pour comparer votre con-tenu à celui de gens qui ne sont pas cons (les cons aiment le mot "abscons") votre déclaration d'amour tardif à Max von Sydow n'apporte rien. Oui, ce sont des tableaux, les uns minimalistes, les autres inspirés de GASPARD DAVID FRIEDRICH, l’un des grands peintres romantiques allemands, qui parlent non pas de la solitude en famille, mais de l'invraisemblable solitude de l'homme face à la mer, au ciel, à l'infini. Si vous avez reconnu un tableau, une photographie cadrée par un regard de peintre : c'est très bien et ça suffit : on vous donne un bon point. Pourquoi, hypocritement, vous déclarer nul en peinture alors que vous venez de prouver le contraire, puisque vous avez été sensible à ce dépouillement esthétique. Peut-être, sans le savoir, faites vous de bonnes photos…

    J'ai du le dire déjà, le mot "masure" me fait sauter en l'air. Vous ignorez que le fin du fin, pour des gens dont l'architecture est exemplaire en Europe (pensez à la maison de verre qui ouvre de plain pied sur la nature, propriété de la psychiatre qui soigne une actrice qui a perdu ou voulu perdre la parole — dans PERSONA—) oui pour ces gens sophistiqués, la maison de pêcheur au plancher lessivé, est un retour aux sources, une thérapie — une thalassothérapie — on mange le produit de la pêche sous un figuier (là j'extrapole un peu), on fait ses courses en bateau, on traîne en peignoir de bain. Je sais cela pour avoir passé des vacances en Bretagne, entre Paimpol et l'île de Bréhat dans un endroit surnommé "Sorbonne plage", Joliot Curie, Langevin, et toute une clique savante et privilégiée passait là ses vacances.

    Enfin "masure" je crois avoir rencontré le mot dans Les Misérables de Victor Hugo. Le mot est digne des Thénardier.

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