samedi 28 novembre 2009

Live and let die


alias : Ian Fleming's Live and Let Die
alias : Vivre et laisser mourir
1973
Cinéaste: Guy Hamilton
Comédiens: Roger Moore - Yaphet Kotto - Jane Seymour - Bernard Lee
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Cette première apparition de Moore dans la geste bondienne se révèle un brin timide. Pourtant Guy Hamilton, lui, récidive, connait d'ores et déjà les tenants et les aboutissants de la franchise. Comme quoi, ce qui fait Bond avant tout, c'est le comédien qui l'incarne. Encore très jeune mais déjà pas si svelte (ahhh, heureux temps où les héros musclés avaient encore le droit d'afficher des pectoraux normaux), Moore entre dans la série auréolé de ses succès télévisés -"Le saint" en tête- et par conséquent son adaptation va finalement être réussie mais force est de constater que son empreinte toute personnelle si elle ne tarde pas à laisser quelques traces ici n'en demeure pas moins encore peu aboutie, ni véritablement marquante. Effectivement, l'humour y est beaucoup plus présent qu'avec Connery et Lazenby mais Moore n'accompagne pas encore totalement cet humour. Plus tard, il serra souvent tout sourire, narquois, ironique. Dans cet épisode, il est encore trés grave, tire la tronche à bien des occasions, ce qui va se dissiper progressivement dans les films suivants.

Mais sans aucun doute ce qui limite encore plus les débordements d'enthousiasme, c'est la manque de punch du scénario et le malhabile mélange des genres.

Beaucoup de scènes trainent en longueur. Le montage trop descriptif ralentit considérablement l'action.

Le film prend un peu de vitesse, forcément, lors de la poursuite dans le bayou, magnifiquement filmée. Les paysages accompagnent avec bonheur les protagonistes.

Malheureusement le chassé-croisé entre les hors-bords et le débonnaire et chiqueux shérif (joué par Clifton James) tourne à la farce un peu fatigante.

Entre le film fantastique, évoquant voyance et vaudou, le film d'espionnage traditionnel, le film de blaxploitation au slang propret et la comédie sudiste à la Cannonball, James Bond parait nager dans ces marais cadiens avec quelques difficultés. On a peine à retrouver l'essence de la série, sa mythologie quand Q n'est pas là. La tentative de renouveller la série en l'accommodant du style flegmatique et pince-sans-rire de Roger Moore n'est pas encore tout à fait au point.

Beaucoup applaudissent à la prestation de Yaphet Kotto. Certes, le comédien joue correctement mais le pauvre a hérité d'un personnage un brin misérable, qui manque de la démesure et la folie de ses devanciers. Il ne s'agit au fond que d'un trafiquant de drogue, superstitieux, qui rate imbécilement maintes occasions de se débarrasser de James Bond.


Et puis je n'ai pas été bouleversé par Jane Seymour.



Une vue de l'appartement de James Bond casserait-elle le mythe?

Et une base souterraine pas assez exploitée:

Non, ce n'est pas la concurrence crocodile qui a déplu à l'Alligator:

Trombi:
Julius Harris:

Geoffrey Holder:

Une fade et peu douée Gloria Hendry:

Le Félix Leiter, le vrai, David Hedison:

Bernard Lee:

Lois Maxwell:

Earl Jolly Brown:

Roy Stewart:

Lon Satton:

Arnold Williams:

Ruth Kempf:

La première bond-girl de Moore, Madeline Smith:

Incognito


2009
Cinéaste: Eric Lavaine
Comédiens: Bénabar - Franck Dubosc - Jocelyn Quivrin - Isabelle Nanty
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Comédie pataude tout au service de Dubosc.

Le rythme est enlevé mais l'histoire est mal mise en scène. Les dialogues sont un peu fades. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. On ne rit pas. Ou plutôt, j'ai trouvé cela nul, pas drôle. L'humour y est convenu, convenez-en. D'entrée, un plan nous annonce d'ores et déjà que ça ne va pas : on y découvre Bénabar et Quivrin dans un bus en train de contrôler les tickets. Or, Quivrin est maquillé de façon exagérée, sa coupe de cheveux est impossible, bref, c'est grossier.

Et souvent pendant le film, tout est téléphoné, amené sans finesse ni surprise. Mal écrit, mal mis en scène, les situations tombent à l'eau.

Seul Dubosc hérite d'une partition intéressante mais tout aussi improbable que l'histoire générale : un rôle de "petit prince", de raté imbécile, de qui il parvient à faire jaillir une certaine poésie, celle du ridicule. Je dis cela avec admiration, sans ironie. C'est foutrement difficile de ne pas être ridicule quand on joue un personnage qui l'est. Parfois d'ailleurs il en fait un peu trop. Cabotin, vas! Mais à d'autres moments quand il s'économise enfin surgit un peu de tendresse, le personnage redevient réel, s'ancre dans la matière.

Quivrin est pas mal même si son rôle est très basique.

Bénabar obtient là un rôle difficile à manier et souvent on sent que ce n'est pas son métier ; il prend des tons inappropriés, sonne faux, loupe des temps.

Les personnages secondaires assurent, la très belle Anne Marivin


ou l'hypnotique Isabelle Nanty par exemple ont retenu mon attention.

Au final, le film d'un terrible ennui accumule les situations et les gags les plus éculés et n'est pas loin d'être une perte de temps.

Trombi:
Je mets plein de kopecks par milliers sur ce gars-là, un futur grand, François Damiens:

La vache, l'académie des 9 est loin, Gérard Loussine:

Virginie Hocq:

Pierre Palmade:

Stefan Wojtowicz :

L'équipe du Grand Journal de Canal, Tania Bruna-Rosso , Laurent Weil, Ariane Massenet et Michel Denisot:

et Yolande Moreau:

Mata Hari


1931
Cinéaste: George Fitzmaurice
Comédiens: Karen Morley - Ramon Novarro - Lionel Barrymore - Greta Garbo
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Greta Garbo et ses sourcils en accent circonflexe, ses sourires énigmatiques, est une bien étrange Mata-Hari, fascinante, classieuse. Elle joue à merveille la grande prétresse des séductions électives, froide, lointaine mais tout de même femme, en proie à ce petit désagrément qu'on appelle l'amour.

Au coeur du film, comment l'amour transforme-t-il un être faux, manipulateur et cynique en femme passionnée, martyre, fidèle et prête au sacrifice le coeur presque léger? De grande dame putain, à la sainte, Jeanne d'Arc, illuminée par l'amour, Garbo promène sa voix sur toute la tessiture de la femme "hors du commun", héroïne magnifique et intemporelle.

Le film ne manque pas d'émotion, certaines scènes sont déchirantes, malheureusement d'autres passages abusent de la larmichette. George Fitzmaurice propose une mise en scène volontiers ampoulée dans les instants extrêmement mélodramatiques (séparations amoureuses, l'attente de l'exécution).

Dommage également qu'on ait fait appel à Ramon Novarro dont le sourire béât et le regard enfantin lui donnent un air bovin et appuie la juvénilité du personnage mais indispose à l'heure d'imaginer qu'une telle femme puisse en tomber amoureuse. Oh mais si! Même Ben Affleck a l'air plus finaud, voyons!

Ce que Fitzmaurice fait de sa caméra est par instants impressionnant de maitrise. Sans aller jusqu'à provoquer une érection de ma pilostié, ses choix sont judicieux.

C'est du bon boulot : quelques séquences sont fort jolies sans être extraordinaires. Non, ce qu'on retiendra avant tout c'est ette puissance de conviction que la Garbo parvient à exprimer tout en nuances et subtilités qui laissent émerger une part de mystère et d'envoûtement.

Mata-Hari est Greta Garbo. Sans être le meilleur de Garbo, ce film n'en demeure pas moins une oeuvre intrigante et peut permettre à tout un chacun de découvrir le charme indéfinissable qui émane de cette comédienne.


Trombi:
Lionel Barrymore:

Lewis Stone:

La superbe Karen Morley:

C. Henry Gordon:

Secret ceremony


alias : Cérémonie secrète
1968
Cinéaste: Joseph Losey
Comédiens: Peggy Ashcroft - Robert Mitchum - Mia Farrow - Elizabeth Taylor
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Je ne connais pas bien Joseph Losey. J'ai lu l'estime unanime de ses confrères (je pense d'abord à Powell). Je n'ai qu'un lointain mais très admiratif souvenir de son "Monsieur Klein" et du "Messager". Faudrait que je revois ce Monsieur Klein bien plus brumeux dans ma mémoire. Je ne connaissais pas du tout cette "Cérémonie secrète" malgré sa prestigieuse distribution.

Le film garde longtemps son secret, reste délicieusement mystérieux. J'ai longtemps cru que ce que je supposais -et qui était réellement le canevas, à savoir cette histoire d'interdépendances entre Elizabeth Taylor et Mia Farrow- n'était pas possible. Je me suis essayé à imaginer une hypothétique histoire de manipulation mentale destinée à tromper Taylor. Finalement il s'agit bien d'une histoire très glauque sur les deuils ratés, sur la rencontre de deux êtres amputés qui s'inventent une parenté pour survivre.
La mère (Taylor)

qui ne se remet pas de la mort de sa petite fille et la jeune fille (Farrow)
qui n'accepte pas de grandir sans une mère à cause d'un beau-père incestueux (Mitchum). Au-delà de l'histoire glauque, le film l'est tout autant. Je ne porte pas un jugement moral réprobateur. Je crois même que c'est très courageux de mettre les points sur les i et d'oser, de permettre au père incestueux d'exprimer ses opinions, sa légitimation de son inceste de manière aussi froide et cynique, ainsi on entre de plein-pied dans la folie du personnage. N'empêche, c'est pénible à entendre, Mitchum est efficacement dégoulinant d'une dégueulasserie peu commune. En passant, quel choix judicieux de prendre Mitchum! Marqué à jamais par son rôle dans "La nuit du chasseur" de Laughton, il apparait plus effrayant que n'importe qui. Sa face abimée, la dureté de son regard et le vide qu'il traduit pendant quelques fractions de seconde sont autant d'éléments qui laissent pantois d'admiration en même temps que de frayeur.

Après, cette histoire vous touche ou non. Et en ce qui me concerne, je ne fus pas bouleversé outre mesure. Les prestations de Taylor et de Farrow n'ont pas déclenché le même enthousiasme que pour Mitchum.

La réalisation, solide, est peut-être plombée par des décors très laids. Bien entendu que c'est subjectif mais Dieu que cette demeure est immonde! Quel goût de chiottes ont certains anglais parfois : architecture et décorations sont d'un kitsch merdeux!

Le film demeure humide, froid, glacial. Sans doute que les relations malades que les protagonistes nouent restent froides et désincarnées justement parce qu'elle sont malsaines, fantôches. Difficile pour moi de rentrer en empathie, de me sentir investi par l'histoire.

Film très bizarre qui ne m'a pas laissé une grande empreinte. Je le déplore.

Peggy Ashcroft et l'une des égéries de Michael Powell, Pamela Brown:

Yakuza keibatsu-shi: Rinchi - shikei!


alias : La loi yakuza
alias : Yakuza's Law: Yakuza Keibatsushi: Rinchi
1969
Cinéaste: Teruo Ishii
Comédiens: Hiroshi Miyauchi - Minoru Ohki - Bunta Sugawara - Ryutaro Otomo
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Dans le genre polar violent, ce film-là pourrait être comparé à un porno. La violence est omniprésente, elle est l'essence même du film car au coeur des rapports humains au sein du système Yakuza. Aussi Teruo Ishii cinéaste de la violence, spécialiste des films de torture, trouve-t-il un terrain de jeu idéal pour filmer toutes sortes de pratiques tortionnaires que subissent les ennemis des Yakuzas ou les membres qui ont violé les règles du gang.

Le fim est divisé en trois parties, trois histoires, trois époques, l'une médiévale, une autre plus moderne (estimation personnelle, donc qu'il faut prendre avec des baguettes) et la dernière contemporaine (années 60-70). Chacun de ces scketchs a pour sujet une loi bafouée et ses conséquences : un déferlement de violences diverses et variées (énucléation, découpage de langue, scalp, noyade, brisure de mimine, traditionnel tronçonnage de doigts, brûlures, etc.) où l'honneur est l'enjeu central.


Chaque histoire permet donc de présenter une galerie de personnages, certains truculents à souhait, d'autres plus proches du mythe, à la manière des westerns spaghettis et leus univers baroques, proches de l'antique tragédie.

En fait le film fait de nombreuses références au cinéma bis occidental : western, giallo, horreur gore et même au film noir. Cette association d'influences hétéroclites produit un film très spectaculaire, parfois drôle, souvent effrayant. L'exagération, l'accumulation d'excès visuels et violents est l'occasion d'un pur divertissement bis. Le déferlement continu de violence parvient à faire oublier les mauvais acteurs -il y en a quelques-uns- et met en valeur de réelles bonnes performances des autres.

Reste également un film nerveux, jamais ennuyeux et parfois très joliment filmé. La réalisation dynamique à souhait, relève avec classe le pari de ne pas s'appuyer sur un classicisme poltron.


Au contraire, Ishii prend des risques dans ses outrances et réussit la gageure de créer un film bien fichu. Dans le genre "film de yakuza" violent, ce film peut prétendre aisément au podium, très représentatif, un "must" de la bidoche.

Tenshi no harawata: Akai inga


alias : Angel Guts: Red Porno
1981
Cinéaste: Toshiharu Ikeda
Comédiens: Yuri Yamashina - Mimi Sawaki - Masahiko Abe - Jun Izumi
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Même si Takashi Ishii est toujours maitre du scénario, voilà un Angel Guts un peu différent des autres. Il me semble que la violence y est beaucoup moins présente, dans une certaine mesure. Le film est uniquement érotique cette fois.

Point de trame policière et pourtant Ikeda introduit dans sa mise en scène de nombreuses caractéristiques empruntées aux polars : la nuit inquiétante, la poursuite dans le métro, la rencontre sous la pluie, les jeux d'ombres, etc.



Alors je ne sais pas si à force de voir des films de ce genre une lassitude finit par mettre un voile sur mon plaisir, mais j'avoue ne pas avoir été emballé par cette histoire. D'ailleurs, cette série "Angels guts" n'est pas aussi renversante que je l'espérais. Ikeda trouve par moments le courage d'incorporer des plans étonnants, qui n'amènent pas grand chose sinon une rupture dans le canevas traditionnel des séquences classiques : ici un plan de casserole remplie d'eau croupie qui stagne avec ses deux gouttes d'huile, là un robinet qui fuit doucement.

Quelques plongées et contre-plongées que beaucoup de ses confrères ont bien mieux utilisé (dans la série même, voir le superbe travail de Sone avec la nuit ou la pluie sur Angel Guts: High School Coed par ex.) ne parviennent pas à ravir l'oeil.

Dans ce domaine, la très belle Jun Izumi se démène avec un certain panache.

Quant aux scènes érotiques elles sont très nombreuses, très axées sur la masturbation, je note : tout le monde, hommes et femmes, s'autocageole joyeusement.



On pourrait signaler une sorte de surenchère dans l'extravagance des scènes érotiques, très compliquées pour certaines. Peut-être Ikeda et la Nikkatsu ont-ils beaucoup misé sur l'impact spectaculaire de telles séquences choc"? Entre les giclées de sperme,

l'oeuf frais qu'une jeune femme s'introduit enveloppé dans une capote pour l'écraser en elle avec des crayons à papier

ou bien encore l'héroïne au comble de l'excitation qui exécute une fellation de pied de table avant de s'asseoir dessus...

il me semble que là, la crédibilité du récit en prend un méchant coup, si je puis dire et qu'on entre dans un monde où les effets de scènes flirtent avec le porno sofcore dans une suggestion à deux doigts de l'explicite et qui finit par chuter dans l'inepte quand le grossier prend toute la place. Voilà, ce film est un peu "trop", dépasse les bornes et se rapproche du nanar érotique.

C'est vraiment dommage parce qu'Izumi se donne un mal de chien à construire un personnage cohérent et dense, partagée entre une libido envahissante, une vie professionnelle et affective catastrophique, une condition féminine restreinte et des peurs sociales habituelles pour tout femme célibataire japonaise vivant en milieu urbain.


Le rôle de Masahiko Abe est beaucoup moins bien mis en valeur.

Ikeda avait pourtant de quoi faire et dire, créer un joli balancement entre deux êtres maudits, parallèles et destinés à ne pouvoir que se croiser. L'histoire d'Ishii est belle mais mal équilibrée au montage pour des raisons "productives", sans doute fallait montrer du cul avant même de parfaire la cohérence de l'histoire.


mardi 24 novembre 2009

In nome del popolo italiano


alias : Au nom du peuple italien
1971
Cinéaste: Dino Risi
Comédiens: Ely Galleani - Yvonne Furneaux - Ugo Tognazzi - Vittorio Gassman
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Je ne connaissais pas ce film de Dino Risi. Jamais entendu parler. Belle découverte à la médiathèque Fellini de Montpellier. Un film signé Age (Agenore Incrocci) et Scarpelli ne peut pas être mauvais. Les chenapans offrent un scénario musclé de dialogues ô combien savoureux, d'une finesse d'écriture si rare que les écouter procure un plaisir d'esthète extraordinaire. Que c'est beau, nom d'une pipe de chameau vermoulu! On n'est pas là dans la beauté stylistique proprement dit (je ne parle pas italien), mais dans l'intelligence des discussions entre les personnages. Il s'agit essentiellement d'un duel rhétorique entre un Ugo Tognazzi en juge incorruptible et hautement moraliste

et un Vittorio Gassman homme d'affaire véreux, corrupteur corrompu, une sorte de Berlusconi avant l'heure mais un Berlusconi intelligent et dont les manipulations apparaissent brillament conçues.

Age et Scarpelli ont ce talent de faire briller leurs personnages même s'ils évoluent dans la fange.

Ugo Tognazzi dans un rôle grave et monochrome est étonnant. Délaissant grimaces et extravagances, il impose un personnage sobre qui lui permet à la fin de faire passer une vive émotion dans le regard perdu tout en maintenant sa posture droite et rigide.

Un bouleversement interne magnifiquement maitrisé. Vittorio Gassman retrouve un fanfaron, mais qui aurait vieilli et tourné vinaigre, bouffant tout et tous sur son passage, un égotiste reniant père, fille, femme pour son bien-être.

La dernière scène où il matérialise les cauchemars italiens du juge rappelle les personnages interprétés déjà dans "Les monstres", tout en exubérance fanatique,



mais pour tout le reste du film, c'est sur une structure beaucoup plus finaude qu'il bâtit son personnage. La peur est sa maitresse. Ses actes sont les jouets de l'angoisse du vide, de tout perdre, pour une conception de la vie qu'il méprise au plus haut point. Et l'être vil cache en réalité un homme perdu.

Confrontation de personnages séparés par des montagnes.

Hautement politique, ce flm est un réquisitoire féroce et vigoureux contre une certaine Italie, la post-fasciste, la cynique, l'ultranationaliste, l'affairiste, l'ultra-libérale, celle qui pollue les rivières et les esprits. Résolument de gauche, ce film est de parti pris et démontre avec brio sur la fin que tout ce que je viens d'énoncer n'est pas aussi simple que cela, que les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit, qu'il n'y a pas les pûrs d'un côté et les "salops" de l'autre. Aussi faut-il y voir plus un film politique et moraliste -au sens très large et très universel du terme- qu'un film uniquement italien. Les personnages sont italiens mais ressemblent au monde entier. C'est aussi la force de la comédie italienne, son universalité, comme son intemporalité.

Amoureux des paysages dans lesquels il aime à encadrer ses personnages, leur donnant une profonde humanité en même temps qu'une triste réalité, Risi filme à merveille l'Italie. Ses personnages se promènent, même quand ils s'affrontent. J'aime son cinéma qui vit, qui n'est pas dominé uniquement par les hommes. La scène, l'environnement, le cadre ne sont pas de vains mots dans le cinéma de Risi. Cela donne à ses films une chair bien plus palpable paradoxalement.

Et quand on voit l'incroyable puissance des deux comédiens, mamma mia!

Trombi:
Yvonne Furneaux:

Ely Galleani:

Renato Baldini:

Pietro Tordi:

Maria Teresa Albani et Gianfilippo Carcano:

Simonetta Stefanelli:

Enrico Ragusa:

Gio Staiano:

dimanche 22 novembre 2009

Blue jeans


1958
Cinéaste: Jacques Rozier
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Blue jeans est le deuxième court de Rozier que je vois, le troisième film et confirme la très bonne impression laissée par Rentrée des classes. Après avoir suivi un enfant durant un périple champêtre qui lui évitait l'école, on continue de suivre les pas de personnages. Ils sont deux cette fois, deux adolescents en vacances à Cannes qui parcourent plages et ruelles à la recherche de la gueuse. Avant 1968 -le film date de 1958- draguer était un parcours du combattant. Qu'il était dur de baiser à cette époque-là, mes aïeux! Prenant rateau sur rateau, les filles étaient toutes revêches, c'est presqu'un miracle pour eux de tomber sur deux jeunes filles qui acceptent de baisser pavillon. On les suit donc dans leurs techniques d'approche. Tout juste réussissent-ils à se bécoter sur la plage ou sous les portes cochères. Mais en aucun cas, ils ne les convainquent de passer à l'acte tant espéré. Vivement la pilule!

Rozier les suit, presqu'en éthologue, sans les juger. Son regard compatissant peut-être, aimable en tout cas, est souriant, attentif. Une voix-off donne un peu de vie et de personnalisation ; une certaine forme d'empathie s'installe alors. Parfois l'éloignement de la caméra donne au film un air documentaire, un surcroit de réalisme, très "nouvelle vague" bien entendu.

Ce petit film n'est jamais ennuyeux, évoluant au bon rythme. La réalisation est très bien conduite, vive, jamais routinière ou systématique. Les angles varient. Les travellings aussi. C'est très agréable à suivre. Les deux personnages m'ont rappellé forcément de vieux souvenirs. Doit y avoir une certaine nostalgie, la galère du slip n'a pas d'âge. Mais je pense tout de même que c'est plus facile de nos jours. Le sexe est moins sale qu'auparavant. Du moins l'asperge.

The fugitive kind


alias : L'homme à la peau de serpent
1959
Cinéaste: Sidney Lumet
Comédiens: Marlon Brando - Joanne Woodward - Anna Magnani - Maureen Stapleton
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Le noeud du film reste cette confrontation animale entre deux monstres sacrés que se paye Sidney Lumet. Deux lions encagés dans un texte parfois d'une très grande finesse de Tennessee Williams, se tournent autour, se regardent, se reniflent dans une grande parade amoureuse à la sexualité sur certains points un peu trop grossièrement affichée. Je n'ai pas pu m'empêcher de rire aux éclats par exemeple en entendant Brando évoquer la chaleur de son corps au moment où il se caresse le torse devant Magnani.

On frôle le ridicule également sur la fin quand la nature théâtrale, originelle du récit emporte le film sur les rives marécageuses du mélodrame plein de pathos qui colle. La Magnani est alors beaucoup moins convaincante quand elle laisse éclater son aigreur, sa colère retenue jusqu'ici avec une gravité et une peine hors du commun. Je n'ai pas du tout été convaincu non plus par Brando face au juge au tout début du film.

C'est une expérience très déconcertante pour moi, il faut le voir pour le croire : première fois que je vois Brando jouer. D'habitude, il est si naturel qu'on en oublie l'acteur qui bosse. Que dire alors de la poussive prestation de Woodward en ado attardée, dans sa rebellion futile et égocentrique, avec des accents de fausseté bien difficiles à entendre.

Par contre, la rencontre entre Brando et Magnani tient toutes ses promesses, lumineuse. Le film entre alors dans un monde à part. La parade commence et le duo qui se forme, se développe et déploie des trésors de sensualité, de sensibilité.



Une bonne moitié du film, son beau milieu, est vraiment un spectacle très riche, en émotion, en intelligence (belles écriture et mise en scène) un petit bijou enchassé dans un écrin un peu grossier (début et fin du film).

Dommage. La réalisation de Lumet est intéressante, plutôt bonne. Le bât blesse plus sur l'adaptation scénaristique et la direction des comédiens.

Trombi:
Maureen Stapleton:

Victor Jory:

R.G. Armstrong :

John Baragrey: (bien meilleur que dans Shockproof)

Virgilia Chew:

samedi 21 novembre 2009

Columbo : A deadly state of mind


alias: Columbo: État d'esprit
1975
Réalisateur: Harvey Hart
Comédiens: Peter Falk - George Hamilton - Lesley Ann Warren
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Pour clore cette saison 4, j'espérais un peu plus. L'épisode ne manque pas d'attrait, cependant il ne remportera sans doute pas tous les suffrages. La faute en grande partie à un dénouement ordinaire, voire tarabiscoté si l'on se pique d'être méticuleux. J'ai bien du mal à le trouver imparable. Encore un piège de Columbo (je ne suis pas fanatique de ce genre de résolution), mais celui-là est loin d'être diabolique. Tiré par les cheveux, faiblard, ridicule même pourraient être les qualificatifs les plus proches de la réalité. Non, définitivement, c'est ailleurs qu'on va trouver de quoi se frotter les mains.


La distribution n'est pas mauvaise. Les grandes stars ne sont pas au rendez-vous mais on a un duo d'acteurs plutôt intéressants pour des raisons différentes.

George Hamilton a un physique. Indéniablement une tête à prendre des baffes, un bellâtre au regard condescendant, à l'arrogance chevillée au faciès.

Mi-playboy mi-précieux, Hamilton est de ces personnages qu'on situe difficilement et qui s'en trouvent plus fascinants encore. On ne peut pas dire qu'il tutoie les anges quand il joue, ses expressions se comptent sur les doigts d'une main, mais avec le peu qu'il a, il réussit à faire un boulot honorable.

Nous pourrions à peu de choses près tenir le même discours pour Lesley Ann Warren. Dire qu'elle est belle serait un peu exagéré, mais elle a du chien. Elle déborde de sensualité. Ses regards, sa bouche, ses seins condamneraient à la damnation n'importe quel moine. Son jeu est tout aussi limité que son acolyte, cependant même en incarnant les greluches un peu idiotes, il émane d'elle une sûreté, certes pas très sobre, mais somme toute d'une redoutable efficacité.
On retrouve dans cette enquête un élément des Columbos dont je raffole par-dessus tout : une superbe confrontation. Cet épisode-là est avant tout une magnifique passe d'armes à fleurets non mouchetés. En effet, le lieutenant affiche très vite son hostilité et ses réflexions sans fard à l'encontre de l'assassin joué par Hamilton. Cela débouche sur une excellente séquence sur le port où les deux protagonistes jouent cartes sur table et se mettent au défi. Somptueux, les dialogues se révèlent d'une puissance rare. Punchy!

Le ton de Peter Falk se fait de plus en plus agressif. C'est assez rare pour être signalé : le lieutenant se laisse un peu débordé. Son humanité prend le dessus sur le professionnel. L'empathie l'emporte et il fait montre d'une vindicavité exceptionnelle.

Aussi est-il aisé de nourrir quelques regrets quand se déroule cette opération alambiquée dans le final : c'eut pu être un très grand épisode.

Trombi:
Bruce Kirby:

Stephen Elliott:

Karen Machon:

Fred Draper:

Columbo: Playback


1975
Réalisateur: Bernard L. Kowalski
Comédiens: Peter Falk - Oskar Werner - Gena Rowlands
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Episode sympathique mais qui, pour une raison que j'ai quelque difficulté à distinguer, ne me porte pas sur une vague d'enthousiasme béat.

Pourtant le casting est des plus somptueux. Oskar Werner d'abord, qui a un peu vieilli depuis Jules et Jim bien sûr, et dont la coupe au bol mireille mathioïde fait jaillir une explosion de doutes sur la santé capillaire du bonhomme.

Cette allure étrange alliée à des postures enfantines, comme par exemple la tête qui penche souvent, habillent le personnage d'un voile troublant qui accentue sa part de mystère. On ne sait trop jusqu'où il va aller. Les sentiments qu'il nourrit à l'égard de sa femme deviennent sujets à caution. Il y a une sorte d'ambiguité mêlée d'effroi qui embellit le personnage. Il est vrai qu'à la fin, il s'emporte un peu trop vivement à mon goût, une exagération un peu hors de propos. Piètre bémol de messire Tatillon, je le concède.

Et puis surtout il y a Gena Rowlands. Après la prestation de John Cassavetes dont la collaboration et l'amitié avec Peter Falk sont primordiales pour les deux acteurs (Columbo : Etude in black), c'est au tour de sa femme de venir renvoyer la balle à Falk dans sa série. Dans un rôle un peu effacé, très féminin et fragile, très éloigné de ce qu'elle a joué chez Cassavetes justement, elle parvient à trouver une tonalité juste. Les échanges entre Falk et elle procurent une douce émotion cinéphile.

Dans un autre type de charisme, la distribution donnera la possibilité à celles et à ceux que cela interpelle d'être particulièrement sensibilisé à la plastique pulmonaire d'une actrice charmante, Trisha Noble.

Mais plus sérieusement, évidemment, c'est l'intrigue qui tient lieu d'axe majeur vers lequel toutes les attentions se tournent. Et le mode opératoire du crime parait tout de suite bien compliqué, un des plus complexes de la série. Son aspect technologique a certainement amplifié cette impression. En dépit de cela, peut-être même grâce à cela, il se dégage de cette enquête un grand intérêt, une curiosité importante. Bien difficile de déceler l'issue à venir. A ce propos, la révélation de la solution est plutôt bien pensée et mise en scène. Il n'empêche, si l'on veut bien être honnête deux secondes, il est évident qu'il était techniquement impossible à l'époque de faire ce qu'a fait Columbo avec les techniques "VHS" : un dénouement presque parfait en somme.

A noter le rôle plus important du chien. Dans cet épisode, il permet à Columbo d'aborder Werner et surtout Rowlands d'une manière peut-être un peu plus détournée et sur un mode affectif qu'il ne peut pas maitriser habituellement.

Ici et là, on perçoit dans cet épisode des prises de vues plus originales, une mise en scène léchée, surtout un travail sur les lumières intérieures qui fait plaisir à voir. Et quand le nom du metteur en scène apparait au générique de fin, on comprend mieux : encore une réalisation soignée signée Kowalski!

Trombi:
Patricia Barry:

Martha Scott:

Herb Jefferson Jr.:

Rentrée des classes


1956
Cinéaste: Jacques Rozier
Comédiens: Marius Sumian - René Boglio
Notice Cinéprofil
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Après la violente frustration éprouvée lors du visionnage de Maine Océan, ma découverte de Rozier s'était inscrite sous le sceau de la douleur et j'attendais une bouée de sauvetage. Je cherchais des indices, des éléments contraires sur lesquels me raccrocher afin de distinguer ne serait-ce qu'un seul aspect et rattraper le wagon Rozier que je voyais partir avec amertume vers des contrées lointaines, amen. Et ce petit métrage avec son humble vingtaine de minutes ont particulièrement comblé ces attentes. Ce fut un réel plaisir cinématographique, pour les yeux comme pour le coeur.

A travers les yeux d'un enfant, c'est à une magnifique balade que Rozier nous convie, à travers les ruisseaux, les ruelles d'un petit village provençal et de ses alentours. Un enfant part à la recherche au fil de l'eau de son cartable qu'il a eu la mauvaise idée de balancer à la flotte sur le chemin de l'école.

La description naturaliste et romantique, rousseauiste bien plus encore, qu'on nous offre est de toute beauté. Cigales, vents dans les branches et clapoutis du ruisseau bercent nos oreilles pendant que les ombres et lumières que fait un soleil radieux sur les arbres et les murets de cette superbe campagne calinent nos rétines. Ces évocations champêtres et buissonières ne sont pas sans caresser les souvenirs d'enfance de tout un chacun. Dans cet enfant, il y a forcément ue part de notre mémoire, celle des rêves, des petits plaisirs, celui d'être plongé dans la nature et dans une sorte d'aventure exotique. Le trajet presque onirique que se paye le bambin, je l'ai fait moi même. Remonter un cours d'eau en pataugeant, en nageant entre les grenouilles, les gardons, les serpents et les libellules fait partie de ces moments d'une rare intensité que l'on se remémore facilement avec bonheur. Joli portrait d'enfant qui filme ces échappées libres qu'on volait à l'école, aux parents, à l'ordre, au monde des adultes.

Le passage du film sur l'école est moins enthousiasmant même s'il ne manque pas de charme. Je pense à cette scène où le petit vieux qui a mal aidé son petit-fils à faire ses devoirs se retrouve "puni" parmi les élèves à écouter la leçon du maître.

Cette deuxième partie du film est très proche de l'esprit Zéro de conduite de Vigo.

Je retiendrai surtout le très joli travail sur la photographie : les premières images montrant les enfants allant à l'école et les étroites ruelles du matin qui s'égaillent m'ont fait penser à l'école humaniste de Doisneau, Ronis ou Boubat.

Alors que la photographie dans les scènes en pleine nature, beaucoup plus éclairée avec des lumièrres crues et vives nous fait plutôt songer à la peinture impressionniste.

Vraiment magnifique.

PS. A noter la participation de Paul Préboist en post-synchro pour doubler l'instituteur.

mercredi 18 novembre 2009

L'enfer d'Henri-Georges Clouzot


alias : Henri-George Clouzot's Inferno
2009
Cinéastes: Serge Bromberg - Ruxandra Medrea
Comédiens: Bérénice Bejo - Jacques Gamblin - Romy Schneider - Serge Reggiani
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Pour tout dire, je suis allé voir ce film avec un petit schéma pré-conçu dans la tête. Je pensais aller voir une expérience cinématographique, un film hybride, constitué des vieilles bobines sauvegardées, accollées à des scènes tournées de nos jours pour boucher les trous du scénario en quelque sorte. Une bande-annonce m'a foutu d'dans. Non, il s'agit bien d'un documentaire classique dans lequel quelques éléments du film inachevé sont commentés et très bien mis en valeur par des intervenants divers, liés au tournage et les deux comédiens Bérénice Béjo

et Jacques Gamblin (qui m'a encore une fois stupéfié par son extrême finesse de jeu)

pour effectivement jouer les scènes jamais tournées et essentielles à la compréhension de l'ensemble. Ainsi ai-je été quelque peu déçu et n'ai-je pas vraiment réussi à dépasser cette première déconvenue.














A part les instants où Romy Schneider apparait, fascinante, fée électrique, multicolorisée par les jeux de lumières et de couleurs du laborantin Clouzot,



quand ondulant de la croupe sur des skis nautiques elle glisse délicieusement,

quand habillée des plus communs vêtements "tue l'amour" elle parvient pourtant à rester d'un éclat et d'une beauté sidérale, à part ces moments d'une sensualité qu'on peut raisonnablement qualifier de magique, le film ne m'a pas réellement transporté, je dois l'avouer.



Certes, on sort également avec la frustration d'être sûr de ne jamais voir cet "enfer" intrigant. Je ne m'attendais justement pas à ressentir cela en sortant. Or le documentaire ne tarit en rien cette soif, mais au contraire l'augmente terriblement.


D'autre part, le film est un peu trop long à mon goût. Dans la dernière demi-heure, on a déjà tout compris, dans le sens le plus général du terme, on n'a plus rien à apprendre et de fait, on n'apprend pas grand chose. Tout le thème du film, l'idée maitresse a été exposée, montrée et démontrée de A jusqu'à Z ; très rapidement tous les éléments expliquant la faillite du projet apparaissent évidents. Le film n'est pas centré sur le film "L'enfer" mais bien sur l'obsession d'un homme un peu malade, l'absence de limites, le vertige de la perfection impossible à atteindre, surtout sur un film aussi expérimental, par définition toujours en recherche de lui-même, sa signification mais plus encore sa forme, l'ajustement de l'image et de l'idée.

Clouzot nous joue Icare à son corps défendant mais encore à ceux de ses collaborateurs.

Il se perd dans ses personnages, la perception qu'il s'en fait entrant en conflit avec celle qu'il veut que les spectateurs s'en fassent. Forcément paumé devant ce travail colossal, sa faiblesse pour la perfection et l'absolutisme de sa démarche.
Un documentaire sur un triste gâchis. Restent quelques bouts de film où l'on devine une puissance érotique et évocatrice chez une actrice terriblement émouvante.

Je ne suis pas sûr que l'histoire de la jalousie et la souffrance de Marcel (Reggiani) m'aurait touché. Celle d'Odette (Schneider) par contre, beaucoup plus, cela va de soi. Les victimes d'autrui ont quelque chose de tragique quand ceux qui se font du mal à eux même baignent d'une aura d'imbécillité. Moui... mon substrat chrétien, moralisateur à deux balles, me joue de vilains tours par moments.

Pour parvenir à créer de nouvelles images représentant la folie croissante du personnage de Marcel, Clouzot s'adjoint les services d'une armada de techniciens de l'image et du son. Le documentaire dépeint avec un didactisme intéressant -pour qui aime le cinéma- cette part pûrement technique du film. Et revèle bien sûr cette recherche volontiers douloureuse de l'image et du son qui raconteront le mieux ce que Clouzot avait visualisé dans son imaginaire. On assiste à cette aventure de la concrétisation cinématographique des idées, des sensations ou des émotions. Travail de titan, à y perdre la tête.

Pour la plupart des non cinéphiles, ce documentaire apparaitra sans doute un peu ennuyeux.


Petit trombi:
Dany Carrel:

Jean-Claude Bercq:

Mario David: (sur la gauche)

Costa-Gavras:

State of play


alias : Jeux de pouvoir
2009
Cinéaste: Kevin Macdonald
Comédiens: Russell Crowe - Ben Affleck - Robin Wright Penn - Helen Mirren
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en VOD... les captures ne sont pas les miennes.

Les emprunts aux "Hommes du président" de Pakula sont si nombreux et évidents que très rapidement les doutes sur les intentions plagiaires des auteurs s'évanouissent pour laisser place à la certitude des hommages et clins d'oeil, plus ou moins subtils d'ailleurs.

L'immersion dans l'investigation journaliste en milieu politique ne manque pas de clichés cependant. Russell Crowe en tête est un célibataire bourru et crade comme il se doit pour dépeindre la bonne vieille coolitude du héros humble, à la chevelure démocrate et à l'intelligence cachée derrière une grande connaissance des hommes, des réseaux, des règles du jeu politique qu'il cutlive dans un semblant de fouilli papier, à l'ancienne.

Rachel McAdams, le jeunette qui monte qui monte en ce moment, joue la bleu-bite habituelle, fraichement émoulue de son école, rompue aux nouvelles technologies de l'information (elle connait son blog par coeur), ingénue un brin candide, peu affirmée et dont les répliques manquent cruellement d'envergure.

Helen Mirren campe adroitement la patronne, bonne au coeur tendre, rude d'aspect, féminine à l'anglaise. Elle entretient son accent britannique avec la fierté de tout sujet de sa majesté. Mirren est efficace mais souffre également de la pauvreté des dialogues.

Le scénario s'appuie davantage sur les arcanes du pouvoir, les jeux d'influences washingtoniennes avec une crédibilité variable, plongée dans le moralisme pudibond habituel de ce côté de l'Atlantique. Mais il manque de finesse et d'intelligence (cf le final amené de manière trop fracassante pour être honnête). Le scénario n'est jamais ennuyeux en revanche. Bien ficelé, le divertissement est au rendez-vous. Sacrifiant à la mode actuelle de la caméra qui tremblotte sans réelle justification, la réalisation est cependant très agréable, complètement lisible et fait même preuve d'une belle vivacité.

Piti trombi:
Ben Affleck:

Jason Bateman:

Robin Wright Penn:

Jeff Daniels:

samedi 14 novembre 2009

Leave her to heaven


alias : Péché mortel
1945
Cinéaste: John M. Stahl
Comédiens: Gene Tierney - Cornel Wilde - Vincent Price - Walter Cameron
Notice Cinéprofil
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Stahl propose une ode à Gene Tierney. Amoureux de cette femme au destin incroyable et à la beauté surdimensionnelle, j'ai pu ici l'admirer à satiété sur de nombreux gros plans et un technicolor très vif.




Ma femme a eu du mal à s'en remettre, elle avait l'impression que c'était un noir et blanc "colorisé". Je crois pour ma part que c'est le maquillage triple couche qui se voit un peu trop, surtout sur Cornel Wilde.

Gene est presque de tous les plans et la pauvrette Jeanne Crain

essaie gentiment de faire son trou dans ce festival technicolor de tiernitude éclatante. Joli brin de jeune femme, un peu passive, mais rien n'y fait, je n'ai d'yeux que Gene dans un rôle de malade mentale, jalouse à l'excès, possessive extrêmiste jusqu'à l'homicide plus ou moins volontaire. En dépit d'un rôle aussi lugubre de harpie, de sorcière faite de fiel, de psychotique infoutue de vivre heureuse et simplement, en dépit du pathos effrayant qui la cadenasse à un destin forcément douloureux et noir, il se dégage de sa personne quelque chose d'envoûtant qui ne m'a pas permis d'en être totalement écoeuré. Cette actrice était trop belle pour pareil rôle. A-t-on jamais vu plus subjugante finesse et éclat des traits? Alors c'est forcément un regard biaisé que je porte sur sa performance d'actrice. Il m'est bien difficile de rester honnête et d'envisager qu'elle n'a pas réussi totalement à mettre son emprise sur le personnage. Je suis pourtant étonné par la dureté de son regard.




Par contre le pauvre Cornel Wilde -que j'ai vu assez moyen récemment dans Shockproof- me parait encore une fois pas vraiment éblouissant, juste ordinaire. Vincent Price n'hérite pas d'un rôle assez touffu pour faire montre de grand caractère. Sa participation au procès n'est pas assez valorisée. Les enjeux mélodramatiques prennent le dessus sur la grandiloquence affichée de son personnage.

Il faut saluer l'effort porté sur la photographie de Shamroy. Quelques plans sont joliment troussés. Le technicolor réhausse bien évidemment l'esthétique déjà épicée du film.

Tous ces soins assurent un spectacle plutôt agréable. Certes, ce n'est pas un grand film mais il donne l'occasion de voir une des plus belles créatures de l'histoire du cinéma.



Trombi:
Darryl Hickman:

Chill Wills:

Mary Philips:

Reed Hadley:

Ray Collins:

Gene Lockhart:

Voyance et manigance


alias : Fortune Tellers and Misfortune
2001
Cinéaste: Eric Fourniols
Comédiens: Emmanuelle Béart - Dieudonné - Anémone - Serge Hazanavicius
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Heureux temps où Dieudonné était un artiste plus que prometteur, auteur de spectacles incisifs et fûtés, acteur unique au style presqu'inimitable (Florence Foresti s'échine à reproduire ses tics depuis). Maintenant, le bonhomme sans concession aucune, jusqu'à l'obsession, s'est laissé empapaouté par les délires sectaires et fachoïdes de Soral et déverse sa haine et son aigreur dans les plus vils racismes, faisant preuve d'une cécité incroyable pour un individu jusque là assez clairvoyant, sauf en ce qui concerne l'argent, grand totem de sa vie, semble-t-il. Dieudonné est une histoire triste. Aussi le revoir dans un rôle de cynique avide de pognon a-t-il quelque chose de terriblement ironique, avec ce petit goût d'amertume dans le fond de la gorge. Reste un très bon acteur, qui joue à la perfection son personnage de manipulateur orfèvre, charlatan, escroc.

Au contraire, Serge Hazanavicius est un comédien moyen, sans sel ni charme et qui passe presque inaperçu, dans ce film en tout cas.

Celle qui me bluffe, c'est Béart avec un accent montalbanais qu'elle tient très bien, avec beaucoup de naturel et dans toutes les circonstances émotionnelles.

Moi qui suis né à Montauban -on ne devrait jamais quitter Montauban-

je serais infoutu de le tenir aussi bien et aussi longtemps qu'elle. Elle parvient à donner une réelle épaisseur à son personnage, qui passe par plusieurs stades, plusieurs états d'âme très saillants -donc très casse gueule pour un acteur- et elle s'en tire plus que bien. De plus, elle se permet d'avoir le culot, l'outrecuidance d'être belle, sans arrêt, naturelle malgré le soin pris à l'enlaidir de bigoudis immondes ou de tenues pétassières extrêmes. Emmanuelle Béart souffre chez les cinéphiles d'un discrédit, d'une image écornée que je m'explique difficilement car elle joue souvent plus que correctement. Ici elle hérite d'un personnage difficile, piégeux, où la limite entre crédibilité et ridicule est particulièrement floue et elle s'en dépatouille avec une certaine classe.


Ce qui est bien dans ce film très bizarre, c'est le grand nombre de seconds rôles, Soualem, Bonneton, Anémone.

Ce qui est moins bien c'est qu'ils n'offrent pas de numéros exceptionnels. On a connu Soualem beaucoup plus percutant, plus dynamique.

Bonneton est plus drôle ailleurs. La direction d'acteurs semble avoir quelque peu été délaissée.

A moins que ce ne soit le scénario qui pèche un peu sur les trames secondaires? Fort possible. Toujours est-il que l'histoire a priori goûteuse et excitante ne semble pas totalement décoller. Comme avec une certaine retenue. La satire sur la dépendance vis à vis de la voyance est somme toute bien vue mais manque de mordant.

La réalisation ose des prises de vues très déformées. Pourquoi? Je ne sais pas. Ca ne se justifie pas vraiment. On reste dans le mystère jusqu'au bout du cadre en somme.


Le film avait des atouts mais ne parvient pas à les exploiter à fond. C'est vraiment dommage. Au final, on se retrouve avec un film très moyen, agréable, mais à la médiocrité tranquille.

Trombi:
Vincent Moscato:

Olivier Claverie:

Candide Sanchez:

Le football José Touré!

Michèle Brousse:

Erwan Creignou:

Luc Palun:

Didier Menin:

Anne Le Ny:

Agathe Teyssier:

Mathilde Vitry:

Colette Maire:

Tatiana Gousseff:

The brood


alias : La clinique de la terreur
alias : Chromosome 3
1979
Cinéaste: David Cronenberg
Comédiens: Henry Beckman - Art Hindle - Samantha Eggar - Oliver Reed
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Très intelligente métaphore sur la transmission du pathos entre générations. Cronenberg, obsédé par le langage du corps, utilise la psychosomatique dans ses excès les plus fantasmatiques et horrifiques pour raconter une histoire des plus simples de manière savoureusement spectaculaire et très percutante.

J'aime beaucoup quand les auteurs manipulent un genre particulier en faisant en sorte que le film en dise plus qu'il n'y parait de prime abord. On a là une histoire de petits monstres qui tuent des gens. Rien de plus a priori. Mais sans vraiment le cacher -la deuxième lecture est évidente- le film aborde des thèmes importants : l'héritage psychique, le legs affectif et structurel que les parents laissent à leur progéniture, les histoires de famille pleines de souffrances, de non-dits et autres petits mensonges en apparence qui se transmettent et se répètent de génération en génération.
On y évoque également les conséquences néfastes pour les enfants de la séparation mouvementée des parents. Un "Kramer contre Kramer" qui dégénère dans le gore en quelques sorte.

Cronenberg prend pour cadre une banlieue banale, avec sa campagne alentour et ses forêts isolées dans un hiver enneigé.

Dans cette atmosphère glaciale, les acteurs usent à merveille de leur physique. De la petite fille (Cindy Hinds) à l'immaculée blondeur et à l'inexpression effrayante,

jusqu'à la grand-mère (Nuala Fitzgerald) dont le rude visage, légèrement abimé par l'alcool et les désillusions témoigne de ces non-dits qui déclenchent tout le cauchemar éveillé du film.

Samantha Eggar crée avec une belle maestria un crescendo sublime dans la dépression jusqu'à former de son regard bleu un visage d'épouvante.

Oliver Reed joue bien également de son physique imposant, de sa masse : toute l'ambiguité de sa posture de psychanaliste ou gourou insuffle une autre part du mystère, en trompe l'oeil.

Certains autres rôles secondaires apportent un sérieux plus : le barbu dépressif (Gary McKeehan),

le goitreux au cancer monstrueux et suant (Robert A. Silverman)

ou bien le glacial assistant du psy (Nicholas Campbell)

sont des personnages formidablement croqués et trouvent leur place dans ce grand récit-puzzle avec une justesse et une nécessité réjouissantes pour le spectateur.

Reste du trombi:
Art Hindle

Henry Beckman:

Susan Hogan:

Shockproof


alias : Jenny, femme marquée
1949
Cinéaste: Douglas Sirk
Comédiens: Cornel Wilde - Esther Minciotti - Patricia Knight - John Baragrey
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Aouch! Difficile de retrouver du Sirk là-dedans. Sauf à s'en masturber la tête, on pourra toujours trouver es similitudes sur le personnage féminin, cette forme de séquence là, cette ombre portée ici, des jeux de lumières, des postures mélodramatiques, certes. Sans doute que la patte de Samuel Fuller est plus évidente, mais personnellement le connaissant beaucoup moins, je ne pourrais me prononcer.

Surtout le film est plutôt raté. Sur bien des points, cela ne fonctionne pas. Je n'aurais finalement que quelques amabilités pour Patricia Knight, très jolie et très bonne quand il s'agit d'avoir un peu de voix et de coffre dans l'expression, mais dès qu'elle doit jouer les frêles demoiselles en détresse, son jeu manque de naturel et de présence. Le mélodrame prend le dessus.

Cornel Wilde quant à lui est souvent mauvais comme un cochon. Son embarras par exemple est systématiquement exprimé par la tête qui se baisse et sa main droite qui vient lui masser la nuque. La pauvreté du jeu proposé chagrine.

L'alchimie entre les deux acteurs principaux a du mal à fonctionner me semble-t-il, mais il faut noter à leur décharge que le scénario préparé par Fuller et Helen Deutsch prend souvent des tournants qui ne sont pas loin d'être stupides. L'absurdité de certaines situations rendent l'investissement du spectateur quelque fois plus qu'ardue. Attendant un film plus écrit de la part de l'association Fuller/Sirk, j'ai vraiment peiné à entrer dans l'histoire. Le personnage de Wilde est un guignol infoutu de faire ce qu'il clame à tout bout de champ, un type dont le système de pensée voire la moralité sont à géométrie si variable que l'on ne peut que les trouver curieusement façonnés : l'agent de probation garde sous tutelle une femme libérée sous conditions, lui fait des leçons de morale sur le respect de la loi, mais il n'hésite pas une seule seconde à l'enfreindre dès qu'il tombe amoureux d'elle. Elle aussi est parfaitement nigaude, mettant les trois quarts du film à se rendre compte que son ex-petit ami est un pervers manipulateur, une aveuglante évidence pourtant dès les premiers plans où il entre en scène. Les temps de réaction de ces deux nigauds sont si longs que je fus proche de m'ennuyer.

Heureusement le rythme est bien soutenu et maintient un minimum d'intérêt. Le film, pas trop long, se voit en somme sans grand désagrément, malheureusement également sans grand enthousiasme.

Evitable.

Trombi:
John Baragrey:

Esther Minciotti:

Ann Shoemaker:

OSS 117: Rio ne répond plus


2009
Cinéaste: Michel Hazanavicius
Comédiens: Jean Dujardin - Serge Hazanavicius - Reem Kherici - Louise Monot
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Quel humour très particulier! Pour l'épisode précédent, la première lecture ne m'avait pas fait une forte impression mais les suivantes resplendissaient. Une nouvelle fois je sors un peu cueilli par cet humour si inattendu et je pense que les revoyures m'assureront un enthousiasme de plus en plus éclatant.
Pour le moment, je reste sur le souvenir de quelques fous rires et de nombreuses réactions interdites ne sachant déchiffrer tous les petits subtilités du scénario.

Quoiqu'il en soit, cette comédie manie un humour assez caustoqe et courageux dans le sens où il est devenu en France très difficile du moins de faire de l'humour sur les juifs, la Shoah et Israël sans être accusé d'antisémitisme. Ici le personnage d'OSS est tellement inculte, est porteur d'une pensée si "ras des paquerettes", chargée de poncifs qu'il en vient à traduire une réalité malheureuse : un racisme ordinaire qui existe bel et bien et dont se nourrissent les extrêmismes les plus voraces en raccourcis et simplifications diverses.

Il est vrai que sa bêtise ne s'arrête pas au racisme et que le scénario se charge de lui rendre douloureuses de nombreuses déconvenues. Le cours de son existence est ballotté au gré de situations où sa sexualité est mise à rude épreuve.

Tout comme son machisme, nombre de certitudes s'amusent à lui jouer de vilains tours pour le plus grand plaisir des spectateurs, en même temps qu'elles humanisent le personnage. Ces vicissitudes paraissent "déniaiser" quelque peu l'enfant qui n'en finit pas de sommeiller en lui. Mais point trop n'en faut... pour de nouvelles aventures?

Jean Dujardin est encore une fois excellent. J'aime de plus en plus ce comédien qu'il me tarde de voir dans des rôles différents (j'ai un très bon souvenir du Convoyeur). C'est vraiment un garçon très doué et d'une finesse de jeu assez sidérante. C'est si difficile de jouer les cons et dans le même temps d'y laisser percer des parcelles d'humanité, de crédibilité, de sensibilité.

Louise Monot qui le suit a bien du mal à me faire oublier Aure Atika ou Bérénice Béjo, bien plus présentes.


Cette deuxième aventure manque simplement de seconds rôles piquants.
Le travail sur les décors et les couleurs reste remarquable.

Voilà une série qui s'annonce impérissable. Je suis fan.


Trombi:
Rüdiger Vogler:

Alex Lutz:

Reem Kherici:

Pierre Bellemare:

Ken Samuels:

Serge Hazanavicius:

Philippe Hérisson:

Adriana Salles:

The Bourne Ultimatum


alias : La vengeance dans la peau
2007
Cinéaste: Paul Greengrass
Comédiens: Matt Damon - Julia Stiles - David Strathairn - Scott Glenn
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Des trois que j'ai vus, je crois bien que c'est le plus lisible. Une bagarre (celle de la serpillère) est particulièrement difficile à suivre mais le reste est presque clair. Soit on s'est calmé du côté de la salle de montage, soit mon oeil s'habitue doucement mais sûrement à cette violence rétinienne. Quoiqu'il en soit, j'ai bien apprécié ce spectacle ultra-speed, comme on regarde n'importe quel film d'action actuel, c'est à dire sans autre ambition que de voir un film un peu creux, pour se vider la tête, définition des finalités essentielles du pûr divertissement.

La fin est sur ce point très révélatrice. Après toutes ces aventures, on apprend que le héros ne savait pas ce que tout le monde (sauf les scénaristes) sait depuis longtemps, à savoir que les espions tuent pour raison d'Etat, que la CIA forme des gens prêts à tuer d'autres gens, des "innocents" s'il le faut. La belle affaire! Trois films pour une évidence. Finalement, cette série voudrait nous faire croire le contraire, que la CIA ne tue pas "illégalement". Aussi la scène où le futur espion Jason Bourne est mentalement "torturé" pour qu'il tue un inconnu passe assez mal. Comme si c'était très difficile de trouver des types capables de tuer sans sourciller n'importe quel quidam, pour son pays ou une idéologie quelconque... Une fin plutôt ridicule et d'une naïveté qui confine à la stupidité même.

Sinon les comédiens font leur boulot avec conscience, sérieusement. Le travail est bien fait. C'est du bon spectacle, qui s'oublie vite. Ca va tellement vite que j'ai déjà oublié mais sur le moment c'est loin d'être désagréable.

Trombi:
Scott Glenn:

Paddy Considine:

Daniel Brühl:

Joan Allen:

David Strathairn:

Julia Stiles:

Albert Finney:

Matt Damon:

mardi 10 novembre 2009

Crocodile Dundee


1986
Cinéaste
: Peter Faiman
Comédiens: Paul Hogan - Linda Kozlowski
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

La semaine de vacances de Toussaint aura cinématographiquement parlant été consacrée à la revoyure régressive. Après le Voyage au centre de la Terre, Ils sont fous ces sorciers, maintenant je me colle devant Crocodile Dundee, un film doté de quelques qualités indéniables et d'autres qui me touchent de manière plus personnelle. A priori, ces dernières étant de moindre intérêt, expédions les rapidement. Crocodile Dundee n'est pas à proprement parler un fils d'enfance. En ce qui me concerne, j'avais 13 ou 14 ans à sa sortie. Mais c'est vrai qu'un lien affectif s'est noué entre le personnage de Mick Dundee et une part de mon histoire personnelle. A cet âge-là n'ayant pas encore réglé certains problèmes identitaires, un personnage aussi viril et désinhibé, libre en somme, pouvait encore avoir une résonnance particulièrement importante pour mézigue et apparaitre aussi édifiante que sympathique.

Je réalise d'ailleurs que le scénario d'Hogan, Shadie et Cornell joue essentiellement sur ce capital sympathie, forçant ici et là avec un certain populisme toujours trop facile et décevant aujourd'hui.

Mais le film reste une très belle mécanique dans l'écriture, dessinée avec un remarquable équilibre en dépit de sa structure binaire, mi-australienne, ni-new-yorkaise. Le fillm malgré les portraits des personnages peinturlurés assez grossièrement, réussit à créer une tension romantique à l'ascension régulière et délicate jusqu'à un climax double effet (suspense et tire-larmes)

que la très originale musique de Peter Best rend encore plus redoutable. Sous ses airs rustauds, red-necks et réacs, cette comédie romantique fait montre d'un savoir-faire savamment efficace. Je ne connais pas l'Australie, j'imagine très bien que ce film a dû participer à donner une image chaleureuse du pays et l'envie d'aller un peu plus loin que ces clichés.



Trombi:
Paul Hogan:

Linda Kozlowski:

John Meillon:

David Gulpilil:

Mark Blum:

John Snyder:

Reginald VelJohnson:

Rik Colitti:

Caitlin Clarke et Nancy Mette:

Paige Matthews:

Anne Francine:

Barry Kivel:

Irving Metzman:

Michael Lombard:

Dan Lounsbery:

Sullivan Walker:

Peter Bucossi:

Ils sont fous ces sorciers


1978
alias : These sorcerers are mad
Cinéaste: Georges Lautner
Comédiens: Renée Saint-Cyr - Julien Guiomar - Henri Guybet - Jean Lefebvre
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Je n'ai pas sa filmographie dans la tête. Je ne sais plus s'il est situé avant ou après Pas de problème ou Est-ce bien raisonnable?, qui, de mémoire, n'étaient pas si mauvais. Les Lautner suivants sont fatigués, au régime sans sel. Quant à celui-là, il est franchement mauvais. Pourtant je l'aime bien. Si je laisse de côté l'aspect affectif, nostalgique et mon regard d'enfant biberonné aux navets de ce genre, je suis tout de même obligé de reconnaitre que le film est très laid et écrit à la va-vite.

A ce propos, on a rarement entendu répliques aussi minables : les tentatives pseudo-scientifiques d'expliquer les phénomènes paranormaux qui assaillent le quotidien de Guybet et Lefebvre sont un méli-mélo incohérent de termes plus ou moins ésotériques ou techniques dont le sens échappe complètement aux scénaristes-dialoguistes (Lautner, Carbonnaux, Kantof et Mulot). L'inculture crasse suinte à tout bout de champ : la représentation folklorique des cultures mauriciennes en est une illustration évidente. Un plan promotionnel sur une couverture de bouquin de Jean-Michel Pedrazzani, "Le temps des sorciers" en dit long des influences intellectuelles et scientifiques qui président à l'écriture du scénario.

Amalgames, clichés, superstitions, méconnaissances grossières forment un encrier grotesque dans lequel sont venus s'abreuver le groupe de scénaristes en mal d'idées spectaculaires afin de trouver un prétexte pour aller tourner à l'île Maurice.

Parce que le film n'a été pensé, écrit, produit que pour tourner un film au soleil. Ne nous leurrons pas. Après, sûrement que l'idée comique de transposer les déboires magiques des deux tartignolles en France a permis d'équilibrer un tantinet le film et qu'il n'apparaisse pas uniquement comme un dépliant touristique. Mais il faut avouer que l'accumulation de plans "placement de produits" sur la première partie du film tournée à l'île Maurice a des allures très mercantiles, profiteuses


et que celle des séquences touristiques fait immanquablement penser à ces films documentaires touristiques que l'on diffusait jadis dans les ciné-clubs.

Quoiqu'il en soit, les préoccupations comiques paraissent en quelque sorte grignotées. L'humour de la première partie est d'une rare imbécillité. Sans doute les relents colonialistes qui s'en dégagent sont-ils pour beaucoup dans ma retenue. Les deux personnages de Lefebvre et Guybet ont bien du mal à s'imposer. Guybet hérite d'un rôle d'une bêtise sidérale, exceptionnelle. Lui trouver un quelconque attrait relève de l'exploit. Un imbécile gras.


Il faudra attendre la partie parisienne pour qu'il se contente d'être juste un peu normal. Lefebvre ne fait pas du Lefebvre,

chose extraordinaire, il joue un cadre. Hé oui. On a du mal à y croire, c'est le moins que l'on puisse dire. Il subit mais n'est pas aussi crétin que Guybet. Il est le seul à vraiment se mettre en colère face aux éléments contraires déchaînés. Guybet rouspète un peu quand le gibier "noble" qu'il a tiré à la chasse est transformé en un gibier moins noble. Me demandez pas je n'y connais rien mais c'est à peu près ce que j'ai compris de sa pseudo colère. Concernant ces deux personnages, vous voyez qu'il n'y a pas grand chose à dire. Les comédiens font ce qu'ils ont l'habitude de faire, rire grassement, prendre des airs ahuris etc, sans apporter une touche d'originalité ou réellement personnelle qui éveille l'intérêt du spectateur. Plus j'écris et plus je me demande pourquoi j'aime bien ce film (ça sent le nanar).

Il y a trois comédiens, secondaires certes, qui sont très bons dans ce film. D'abord l'immense Julien Guiomar que j'adule. Ce type est un acteur tout simplement génial. Dans sa démesure, il parvient toujours à garder de film en film une finesse et une maitrise qui lui permettent de toujours jouer juste, même sans direction d'acteur. Cabotineur en diable, son outrance est toujours impeccable. Sa diction n'est jamais prise en défaut. Le rythme, l'oeil, les ruptures de tons sont incroyablement maitrisés. L'écouter, le voir sautiller sur ces fils invisibles me procure un plaisir sans cesse renouvelé. Il se dégage de cet acteur une poésie gracile. Julien Guiomar est une libellule dans un corps de taureau. Je l'aime. On ne dira jamais assez qu'il était un très grand acteur. Fuoriclasse.

Ce film donne également l'opportunité à une comédienne d'exprimer toute l'étrangeté et l'univers bizarroïde que sa manière de parler, de bouger, de jouer en somme, trimballe et expose. Catherine Lachens est une comédienne hors du commun. Ne l'ayant que peu vue jouer, j'ai bien du mal à savoir si elle est vraiment douée ou si elle n'a que le talent de vampiriser ses rôles. Peu m'importe. Sur ce film, elle avance seule, à contre-courant, à son rythme, sur son petit nuage et c'est formidable.

Et puis je pense à un autre hurluberlu, Michel Peyrelon, une trogne que vous devez au moins connaître si vous ne parvenez pas à lui coller un nom. Lui aussi a une voix et un ton bien à lui, qui lui donnent un air de malade mental, une sorte d'hystérique mâle, à la fois effrayant et ridicule. Il trimballe son monde avec lui et c'est tout aussi magnifique que saugrenu. Applaudissements.

Pour ces trois-là, le film vaut 100 000 fois d'être vu.
Oups, j'allais oublier un autre très grand, Daniel Ceccaldi. Je l'oubliai sans doute parce sa participation est légèrement décevante. L'espèce de duo de clowns qu'il forme avec Lefebvre à Maurice est presque pénible, trop enfantin, inerte. Par contre, je retrouve un peu de cette perfection dans la narration qu'il fait pendant le diner. Sa voix, son regard qui s'allument et son visage rayonne. Le Ceccaldi de "L'hotel de la plage" de Lang, celui de "Pleure pas la bouche pleine" ou "Le chaud lapin" ou "Celles qu'on n'a pas eues" de Pascal Thomas refait surface. C'est tout de même un acteur immense caché dans une multitude de petits rôles. Un type talentueux peu reconnu, un second rôleur exemplaire.

Faut-il évoquer Renée Saint-Cyr, qui a retrouvé grâce à son fiston (Lautner) quelques vagues rôles en fin de carrière? Je n'en suis pas persuadé, alors passons.

Pourquoi j'aime ce film alors? Il y a forcément un petit rapport affectif, une trace d'enfance, une sorte d'empreinte indélébile (en l'occurrence, d'aucuns diraient "débile") de ce passé de très jeune vorace cinéphagique qui'il ne me viendrait jamais à l'idée de renier tant il m'a permis de me constituer. Sans doute que le plaisir envieux, la joie galopine de suivre ces histoires de sortilèges a construit aussi mon juvénile enthousiasme. Je remarque d'ailleurs que la revoyure récente a complètement hypnotisé le marmot de la famille, qui invite depuis tous ses copains à venir voir le film à la maison le week-end. Les sorciers fascinent, ici d'autant plus qu'ils sont associés au rire ; esprits et sorciers farceurs.

Mais je crois que ce qui me plait plus encore est à rechercher dans l'espèce de bonheur qui émane du film, une nonchalance, une absence d'inquiétude, une béatitude satisfaite, une sérénité qui se dégage des personnages, bref la nostalgie d'un temps vraiment insouciant, bêtement sans doute car le monde n'était pas aussi tranquille que ces productions grand public voulaient bien nous le faire accroire, pas plus heureux que le nôtre, mais l'individu n'était pas encore totalement centré sur lui même (bien que les signes matérialistes bourgeois sont légions et d'un goût plus que douteux)



et surtout les médias qui relaient les angoisses par leurs réseaux émotionnels n'avaient pas la place et l'omniprésence actuelle non plus. J'imagine que ce petit film et son humble ambition témoignent dans une certaine mesure de cette période encore "innocente". La sinistrose chronique n'a pas atteint toutes les aires sociétales. Je me branle sûrement un peu beaucoup à la folie la tête là, non? Doit bien y avoir d'autres raisons qu'un intérêt d'enfant et trois-quatre acteurs géniaux ou insolites pour expliquer la véritable affection qui peut me faire voir et revoir cette petite crotte.

Trombi:
Jean-Jacques Moreau :

Dominique Vallée:

Philippe Castelli:

David Gabison:

El Kebir:

Jean Luisi:

Gérard Chambre et Julie Depouilly:

Une actrice qui oeuvra essentiellement dans le porno Marie-Christine Chireix:

et peut-être Maitena Galli:

dimanche 8 novembre 2009

Maine-Ocean


1986
Cinéaste: Jacques Rozier
Comédiens: Luis Rego - Bernard Menez - Yves Afonso - Rosa-Maria Gomes
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Quelle souffrance et quelle tristesse! J'étais tellement persuadé que j'allais adhérer à cet univers, à cet humour! Chou blanc! Nib! Je me suis terriblement emmerdé. Ma femme n'a pas tenu le coup. Me voilà avec un coffret sur les bras que je vais mettre un temps fou à terminer... si jamais j'y parviens, je débouche une bouteille de champagne. J'ai, semble-t-il, pris la mauvaise entrée. Je vais retenter l'escalade par la face courts métrages de Rozier. Je penche également pour ensuite coûte que coûte goûter à Adieu Philippine. Et si ces deux tentatives échouent, je crois que j'abandonnerai. Mais revenons à ce cas-là.

J'ai bien compris que Rozier a voulu jouer sur les difficultés de communication : langues ou accent différents, jargons professionnels incompréhensibles, dialogues sous-entendus, moqueries complices, signes lointains, partitions musicales, etc. Je vois bien également que Rozier veut démontrer que les relations humaines, affectives, peuvent dépasser largement ces cadres, ces outils langagiers usuels et "fonctionnent" malgré tout.

Mais j'étais tellement convaincu que j'allais assister à une comédie et qu'au moins j'allais sourire que je suis resté comme interdit devant l'absence d'humour ou, comme il convient mieux de dire, devant "un humour que je ne perçois pas". Maine Océan est une comédie? La passivité du rythme, habituellement un élément constitutif de la mécanique comique, a complètement endormi mon implication première. La répétitivité des gags (un bien grand mot soudain) d'incommunicabilité m'a lassé rapidement. Afonso et ses baragouinages m'ont considérablement agacé.

Surtout à quoi bon? Je ne comprends pas pourquoi on doit passer par cette mise en scène, ces longueurs, ces "absences", ces improvisations oiseuses, inintelligibles, cet emmerdement obligatoire pour traiter des difficultés à communiquer. Je suis certain que l'on peut discourir sur ce thème, jouer sur les mêmes contrastes, les mêmes confrontations, les mêmes dysfonctionnements relationnels avec du rythme, de la vie.

Pour faire bref : je n'ai pas compris le film, je suis resté sur le bord du quai. Les quelques jolis plans de plages à la toute fin ne changent rien à l'affaire et ne font pas oublier le manque de soin visuel, d'ambition esthétique du reste du film.

Trombi:
Lydia Feld et Rosa-Maria Gomes :

Luis Rego:

Bernard Menez (à droite, évidemment):

Bernard Dumaine:

Mike Marshall:

Christian Bouillette (tout à gauche):

Journey to the center of the earth


alias : Trip to the center of the earth
alias : Voyage au centre de la terre
1959
Cinéaste: Henry Levin
Comédiens: Pat Boone - James Mason - Arlene Dahl - Diane Baker
Notice Imdb
Notice Cinéprofil





Voyage au centre de la Terre fait partie de ces films qui puisent leur source au monde de l'enfance. D'abord littéraire, bien entendu. Cette adaptation du roman de Verne prend d'heureuses libertés avec le texte original à plusieurs titres. Foin de toutes ces descriptions naturalistes qui faisaient le prétexte éditorialiste du roman didactique. Le monde souterrain se remplit de sauriens gigantesques


et de ruines atlantes

mêlant le fantastique horrifique aux merveilleux des mondes perdus dans une sorte de bestiaire mythologique dont l'impact et la grâce sont encore aujourd'hui manifestes




D'autre part ce film destiné principalement à la juvénile engeance passait jadis régulièrement à la télévision sur le chaînes hertziennes pendant les vacances scolaires et a, de ce fait, marqué une bonne floppée de marmots téléspectateurs vite conquis. Je fus sans aucun doute l'un de ces plus enfiévrés passionnés. Le regard que je porte aujourd'hui sur ces bouts de pellicule est par conséquent empreint d'une grande tendresse, d'une immense reconnaissance (ces films nourrissent la machine cinéphile) et bien sûr d'une douce nostalgie. Je me souviens : le plaisir éclatant à découvrir ce récit haletant, inquiétant, ces aventures souterraines, pleines de couleurs et de suspense. Des après-midis de Noël ou d'été subjugués.















En effet, la production a misé sur une foison de décors variés, colorés et contrastés. On se doit de saluer ici le travail considérable effectué par l'équipe sur les décors en carton pâte ou bien sur les effets visuels, bien évidemment sans aide numérique donnant encore aujourd'hui un résultat d'une poésie émouvante, et qui a influencé une large part des créateurs hollywoodiens jusqu'à l'ère informatique. D'Indiana Jones aux Goonies, les périls et les mondes souterrains se ressemblent étrangement.

De plus il est toujours heureux qu'une production aussi spectaculaire, qu'un divertissement aussi populaire (vulgaire) soient dotés d'une si prestigieuse distribution. A part Boone, dont le poitrail suant et musclé était sans doute destiné à faire reluire les adolescentes friponnes,

on trouve en James Mason un comédien confirmé. Il est même plus que cela, il est tout bonnement un des meilleurs acteurs anglais de tous les temps ever, dont l'étendue des capacités parait illimitée, un acteur fascinant.


Arlene Dahl est une comédienne très intéressante, qui n'a pas connu une très belle carrière cinématographique mais qui offre ici une prestation en tout point remarquable, avec un rôle de femme forte. Sa beauté est merveilleusement mise en valeur par Levin qui saisit intelligemment avec sa caméra la finesse de ses traits dans des situations les plus variées.


Ajoutez à cela une bande musicale de l'incroyable Bernard Herrmann, jouant sur des sons caverneux et lugubres, et vous avez là une association admirable pour un spectacle son et lumières intense.

S'il n'était cette fin croquignolesque, bâclée par un excès de précipitation qui dépasse les limites de la crédibilité déja fortement titillées jusque là,


le film est une très belle réussite, une adaptation qui a su s'émanciper des longueurs du récit initial pour proposer un magnifique périple de plus de deux heures qui passent à toute vitesse. Dans l'espace restreint des films d'aventures fantastiques des années 50-60, ce film est indéniablement sur le podium d'excellence.


Trombi:
Peter Ronson:

Thayer David:

Diane Baker:

Ivan Triesault:

Edith Evanson:

Gertrude the Duck:

samedi 7 novembre 2009

Columbo : Troubled waters


alias: Columbo : Eaux troubles
1975
Réalisateur: Ben Gazzara
Comédiens: Peter Falk - Robert Vaughn - Jane Greer - Bernard Fox - Patrick Macnee
Notice Imdb

Un des plus célèbres Columbo, notamment en raison de son unité de lieu, schéma si classique de la littérature policière : l'enquête lors d'une croisière.

A la Christie en somme. L'influence anglaise de cet épisode ne se limite pas à cela. Bernard Fox et Patrick Macnee donnent une heureuse touche britannique. Même si c'est plaisant de retrouver la bouille de John Steed, on regrettera cependant qu'elle soit si peu souriante.

Dans le rôle du capitaine il maintient une stature grave qui ne rappelle en rien la malice et l'humour du chapeau meloné. Fox est beaucoup moins présent que lors de sa première participation à la série (S.O.S. Scotland Yard) où il figurait un inspecteur chef de Scotland Yard.

Le scénario et la mise en scène par contre mettent parfaitement en valeur un Robert Vaughn royal. Ce type m'épate. Il est en tout point élégant, classieux et d'une froideur effarante. Son assurance et la sourde violence qui sommeille dans son regard sont très impressionnantes.

Impeccable du début à la fin, j'applaudis et fais une standing ovation à moi tout seul. Sans doute livre-t-il là l'une des (si ce n'est "la") meilleures prestations d'assassin de toute la série. Ebouriffant.

D'ailleurs le téléfilm n'est-il pas décoiffant au sens capillaire du terme? Difficile au milieu de l'océan d'échapper aux facéties d'Eole.

On notera également que les conditions de tournage ont été encore plus difficiles pour le chef-opérateur William Cronjager : de nombreuses séquences sont floues.

Sans doute n'y avait-il pas toujours la possibilité technique de s'assurer de la netteté des plans? Ou bien l'alcool coulait-il si à flots que le directeur de la photographie a sombré dans l'ivresse des profondeurs de champs? Car s'il est un aspect formel qui a joliment retenu mon attention, ce sont bien tous les plans filmés de loin mettant en exergue deux opposés : soit la foule et le confinement de ces petits espaces, soit la solitude des personnages dans ces grandes salles vides.

Les effets de contraste avec un même procédé m'ont bien plu. Cela change évidemment des gros plans qui garnissent les épisodes d'habitude. Bon point donc pour l'audace de Ben Gazzara requise à l'heure d'investir pleinement le cadre inhabituel de cette intrigue.

A noter la présence d'une grande actrice, Jane Greer, la Kathie Moffat de La griffe du passé de Tourneur, la Joan Chiquita de Ca commence à Vera Cruz ou encore l'Antoinette de Mauban du Prisonnier de Zenda (version 1952).

La plupart du temps, un très bon épisode est pourvu d'un très bon dénouement. Celui-ci est inattendu et imparable pourtant, d'une savoureuse intelligence, comme souvent dans la série.
Trombi:
Poupée Bocar :

Dean Stockwell:

Robert Douglas :

Susan Damante:

Columbo : Dawn's early light


alias : Columbo: Entre le crépuscule et l'aube
Réalisateur: Harvey Hart
Comédiens: Peter Falk - Patrick McGoohan
Notice Imdb

Très bon épisode. On l'apprend rapidement, de suite même. Le pré-générique est très particulier. Sans musique aucune, dans un silence seulement déchiré par le froissement d'un papier journal ou le débit de l'eau d'un robinet, on assiste à une drôle de besogne. Un homme transpire à grosse goutte au dessus d'un obus qu'il dévisse, dont il sort la poudre et la remplace par quelques barrettes de plastic. Cet homme est le n°6, Patrick McGoohan, les cheveux blancs, quelques rides mais l'oeil toujours aussi vif et perçant, la mine encore plus impressionnante. Cette scène pré-générique est bien faite, percutante. Son traitement volontiers austère, à la rigueur militaire est à l'image de tout l'épisode.



Prenant place dans une académie militaire, l'enquête est menée par un Peter Falk différent, moins à l'aise devant cette figure de très grand médaillé. Comprenant que s'il veut nouer tous les liens de cette affaire, il doit s'imprégner de l'atmosphère qui règne dans ce lieu clos,

Columbo séjourne au milieu des cadets pendant quelques jours et apparait alors un homme plus qu'un lieutenant. Souvent réveillé en plein milieu de la nuit ou dès potron-minet, c'est en débardeur, le cheveu hirsute et la mine pâteuse, que l'on découvre un type encore moins apprêté qu'à l'habitude, ce qui en soi relève de l'exploit.

Cette académie militaire offre une très belle scène pour un crime. Cet univers sévère et fruste où hiérarchie et autorité sont les clés de voûte d'un quotidien difficile condense à merveille les éléments dramaturgiques et esthétiques. L'architecture originale des lieux, à la fois moderne et classique, avec ses murs de chaux blancs, pûrs, ses escaliers en colimaçon, avec son dallage en échiquier évocateur, impose un jeu de silence et d'échos bien effrayants, propices à accentuer le suspense lugubre.

La réalisation -si elle n'avait eu la mauvaise idée d'y coller une photographie baveuse sur les extérieurs- s'approprie intelligemment les lieux, leur donne même une place, un rôle à jouer indéniable dans l'échevau criminel que dépeint l'intrigue. C'est très finement écrit et réalisé.

En plus de cela, vient s'ajouter au joli tableau décrit jusque là une distribution très efficace. Pas besoin de présenter Patrick McGoohan qui dans les personnages froids et inquiétants ferait grelotter de jalousie n'importe quel iceberg. Maitre redoutable, il dessine un être dont la discipline de vie confine à l'obsession ascétique et lui donne un sens, de manière impertubable et sans la moindre réserve.

Personnage ô combien effrayant. Le bougre réussit la gageure de le faire sourire! J'ai beaucoup d'admiration pour ce comédien irlandais (ne vous fiez pas à son lieu de naissance, New-York).

Aficionado de la comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally", je ne pouvais laisser passer la très bonne prestation de Bruno Kirby qui apparait au générique sous le nom de Bruce Kirby Junior aux côtés de son père, Bruce Kirby Senior of course.

Pour en finir avec ce très bon épisode, on a droit à un dénouement tout aussi bon : irréfutable, formidablement spectaculaire et très bien lié au caractère du meurtrier.
Chapeau!
Képi, bérêt, casque, calot, etc.

Trombi:
Mark Wheeler:

Tom Simcox:

Burr DeBenning:

vendredi 6 novembre 2009

Columbo : Negative reaction


alias: Columbo: Réaction négative
1974
Réalisateur: Alf Kjellin
Comédiens: Peter Falk - Dick Van Dyke
Notice Imdb

Un Columbo un peu décevant. D'abord je m'attendais à un peu plus de la part Dick Van Dyke. A vrai dire, il ne donne pleine mesure de sa personnalité sur la fin qu'à partir du moment où son personnage atteint le paroxysme de son exaspération devant l'outrecuidance de Columbo.

D'autre part on aura quelques difficultés à considérer le dénouement comme prestigieux. Encore une fois, Columbo ne parvenant pas à trouver de preuve se livre à une vulgaire manipulation de son suspect lequel fait preuve d'un manque de réflexion pour le moins impressionnant d'imbécilité tout le long du téléfilm, laissant plusieurs indices compromettants d'une façon si grossière qu'on peine à lui trouver des circonstances atténuantes.

Heureusement que l'épisode contient son lot de petites perles intéressantes à miroiter, à commencer par l'énième participation de Vito Scotti, mais cette fois-ci il ne joue ni un majordome français ni un restaurateur italien, rien de sélect, mais bien une pauvre cloche, mal rasé, saoul et d'un air philosophe qui se gratte la barbe en répondant un peu endormi aux questions de Falk. N'empêche ce bonhomme me plait. Il joue bonardement.

Pour finir, l'épisode cultive encore plus la mythologie "anti-Columbo" en insistant sur une trilogie de caractéristiques dépréciatives. On pourrait presque parler de quadrilogie mais il n'est fait qu'allusion au chien. D'abord la voiture fait une entrée en scène des plus comiques. La scène de meurtre ayant lieu dans une casse, le policier qui surveille l'endroit croit dans un premier temps que le lieutenant vient vendre sa vieille Peugeot pourrie.


La décrépitude du vestiaire columbien est à l'honneur dans le dispensaire d'un quartier pauvre où il vient interroger Scotti. La bonne soeur Joyce Van Patten qui l'accueille croit également avoir affaire à un clochard devant l'aspect peu ragoutant de son imperméable et tente de lui en passer un en meilleur état, ainsi qu'une soupe bien chaude.

Quand il aura réussi à décliner son identité, elle restera persuadée qu'il est déguisé en clodo pour s'intégrer à la faune locale et mieux mener son enquête. Pour finir de rabaisser le personnage, le scénario va même jusqu'à prévoir un examinateur du permis de conduire qui préfère sans façon sortir du véhicule de Columbo tant le bougre est mauvais conducteur. Sueurs froides pour Larry Storch, sourires pour le spectateur.

En somme, un épisode sympathique dont l'écriture ne frôle malheureusement pas la perfection.

Trombi:
Don Gordon:

JoAnna Cameron:

Michael Strong:

John Ashton (le futur Taggart du Flic de Beverly Hills):
Antoinette Bower:

mercredi 4 novembre 2009

Akai kami no onna


alias : La femme aux cheveux rouges
alias : The woman with red hair
1979
Cinéaste: Tatsumi Kumashiro
Comédiens: Junko Miyashita - Renji Ishibashi - Moeko Ezawa - Ako
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

La femme aux cheveux rouges est dans une certaine mesure une déception. Des opinions positives aperçues m'ont un peu sur-vendu cette production. J'espérais entrer avec délectation dans l'univers d'un cinéaste que je ne connaissais pas. Or, si j'ai apprécié les comédiens, surtout Junko Miyashita (l'Abe Sada de Tanaka, magnifique aussi dans Bondage du même auteur)

et certaines compositions de plans,

je n'ai pas réussi à adhérer au propos, à l'histoire ni aux personnages que dans l'ensemble je n'ai pas bien saisis. Les tours et détours du récit m'ont surpris sans que je puisse les comprendre, engendrant au final une petite frustration. Il m'a été difficile, pour ne pas dire impossible, de croire littéralement en cette histoire d'amour qui ne s'oriente qu'exclusivement dans les relations sexuelles. Je sais bien qu'il s'agit d'un pinku et que par définition, il se doit de tourner autour de la sexualité, ce n'est bien évidemment pas le problème, c'est plutôt que la justification sur le plan sénaristique me semble un peu simpliste, manquant de finesse dans l'écriture. A moins que le scénario aborde là des points très particuliers de la culture nippone et qui échappent complètement à l'occidental que je suis.

Toujours est-il que le cas d'auto-dépendance des deux personnages se mûrit dans des circonstances plutôt inhabituelles et se nourrit d'une certaine violence que j'ai bien des difficultés à entendre.

Ajoutez à cela une copie très médiocre et voilà de quoi expliquer mon enthousiasme frileux.

Heureusement je reconnais que la prestation des acteurs m'a bien plu. Notamment, à l'évidence, la belle Junko Miyashita, encore une fois peu avare dans la démonstration de ses talents dès qu'il s'agit d'incarner un personnage un peu branque, ici en malade nymphomane.

Son partenaire Renji Ishibashi, déjà vu dans The watcher in the Attic de Tanaka, est pas mal non plus.

Et puis on a droit à une apparition remarquable de Hatsuo Yamaya un acteur très intrigant (Bondage de Tanaka).

Cependant, ce qui m'a le plus troublé, dans le bon sens du terme, c'est cette omniprésence de la pluie, jusque dans l'environnement sonore, toujours résonnante, elle entoure les personnages. Un film liquide, sans que je n'en comprenne le sens, là non plus.

The wicker man


alias : Le Dieu d'osier The wicker man est un film qui cultive de manière très finaude une étrangeté mêlant poésie mystique, comédie érotique et mystères effrayants. Le scénario réussit la gageure de maintenir un équilibre entre les différents genres avec une aisance étonnante.

Sur une île privée, un policier mène une enquête sur la disparition d'une jeune fille.

Le comportement de la population est d'abord très intrigant, affichant une mauvaise volonté à aider le policier.

A ces intrignantes indispositions, si j'ose dire, s'ajoutent les manifestations de plus en plus sidérantes d'une sexualité complètement débridée, c'est le moins que l'on puisse dire.

Le policier (Edward Woodward) en catholique dévot et austère offre alors un portrait tout en contraste.

Le scénariste Anthony Shaffer et le réalisateur Robin Hardy en profitent pour fustiger l'engoncement religieux par rapport à l'usage du corps, en usant abondamment de cette confrontation dont le comique fait ressortir tout le ridicule des postures spirituelles. Au fur et à mesure que l'enquête progresse, l'aspect comique s'amenuise pour laisser place à un suspense, à une gravité que l'affrontement philosophique ne manque pas de préciser avec une plongée dans l'horreur sur la toute fin.

Très bien écrit, "machiné" pourrait-on dire, le film est tout de délicatesse, presque peace and love, maniant rires et sensualité -Britt Ekland, ses lascifs et païens déhanchements valent le coup d'oeil-


entre fêtes paillardes


et floraison printanière.

Mais le portrait social que propose la communauté ilienne, d'abord gaie, souriante et jouissive se revèle d'une noirceur qui n'a plus rien d'angélique. Le film montre bien que même derrière des discours de paix et d'amour a priori éclairés peuvent se cacher les violences aussi aveugles que les pires terrorismes. Un récit relativiste en somme.

Pour servir ce scénario intelligent, le cinéaste s'appuie sur une très belle distribution. Lassé sans doute de jouer Dracula, Christopher Lee semble s'en donner à coeur joie à l'heure de donner dans l'extravagance vestimentaire et capillaire.

Edward Woodward que je ne connaissais pas m'a fait une très belle impression. Remarquable de bout en bout, il maintient une belle aisance technique, dans le ton comme dans les gestes.

Trombi:
Diane Cilento:

Aubrey Morris:

Lindsay Kemp:

lundi 2 novembre 2009

La passante du Sans-Souci


alias : La passante
alias : The passerby
1982
Cinéaste: Jacques Rouffio
Comédiens: Romy Schneider - Michel Piccoli - Mathieu Carrière - Gérard Klein
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Joli gadin personnel : une déception dans la mesure où le couple vedette de la distribution avait de quoi faire saliver. Romy Schneider pour qui j'ai une admiration pûre, sans arrière pensée lubrique s'entend,

et Michel Piccoli qui petit à petit fait son chemin dans mon panthéon d'acteurs.

Bordel que j'aime cet acteur, sa justesse sidérante mais également ses débordements, ses pulsions dans lesquels l'homme dépasse ses rôles, le réel au-dessus du factice ne dénaturant jamais la sincérité du propos, bien au contraire évidemment! Or, ces magnifiques comédiens se vautrent, littéralement, dans une mise en scène à l'absence redoutable. Ils ne sont pas les seuls. Rares sont ceux qui échappent à un phrasé mécanique, une posture pétrifiée. Faute d'imagination dans la direction d'acteurs, la troupe se fige de manière théâtrale et pathétique. Il faut entendre et voir Gérard Klein récitant ses mots sans aucune espèce de conviction, comme on répète la liste des courses à faire, c'est incroyable et pénible.

Faute également et peut-être surtout à un scénario pas loin d'être affligeant. Les dialogues creux au possible enfoncent des portes ouvertes nous apprenant que les nazis sont des salops et qu'avec de l'argent on vit mieux. Les personnages font preuve pour certains d'une inconsistance étonnante et qui ne permet pas de porter un regard réellement compatissant. Avec un manque de subtilité évident, les situations finissent par apparaitre comme des mammouths sur un fil électrique. A force de plier la vraisemblance, le fil de l'histoire casse et le courant ne passe plus. On reste interdit devant la platitude dont font preuve les personnages qui ne s'en remettent jamais, demeurant des monstres d'artifices destinés à faire larmoyer dans les chaumières aidés dans leur entreprise par une musique de Delerue sirupeuse à force de violons déchirants. Les acteurs en rajoutent dans les poses mélodramatiques où les corps se flagellent (prostitution, ivresse)

ou se recroquevillent, la tête dans les mains, les dos courbés par le poids de la souffrance, pleurez bonne gens.


On pourra ensuite tenter de comprendre l'inanité de certaines scènes. Pourquoi ce plan sur une omelette trop cuite? Pourquoi cette éternité imposée pour mettre un pansement sur un doigt? Pourquoi tant de temps perdu, de scènes sans aucun intérêt? Il faut donc des coupes pour faire pleurer Romy Schneider -dans la scène du restaurant- tant les acteurs ont du mal à justifier leurs actions.

Ce film au discours décousu s'empresse également de faire représentation des clichés habituels à propos de la période de l'occupation. Mathieu Carrière en bon nazi, avec la tête de marbre et d'acier, inamovible figure sans sourire ou expression humaine est tout le long du film le pervers, forcément, qui va pousser son vice jusqu'à faire croire à un couple qu'il est sauvé avant de les assassiner.

Au delà d'un récit improbable et incohérent -pourquoi tuerait-on Max et sa femme à la fin du film?- les peurs légitimes d'une résurgence de l'extrême droite prennent des proportions dramatiquement mal calculées, jusqu'à l'absurde et annihilent la force et le bien fondé initiaux du propos. C'est dommage.

L'histoire et la distribution promettaient monts et merveilles et finalement laissent perplexe. Je me demande si le roman de Joseph Kessel est aussi creux ou si l'adaptation rate le coche.

Budget décors minimum ; un couple prend le même wagon à 5 à 6 ans de distance:

Trombi:
Dominique Labourier :

Jacques Martin:

Maria Schell:

Wendelin Werner:

Helmut Griem:

Pierre Michaël:

Christiane Cohendy :

André Chaumeau:

Stephan Meldegg:

Jean Reno et Arnaud Carbonnier:

Raymond Aquilon: