mercredi 28 octobre 2009

Faraon


alias : Le Pharaon
alias : Pharaoh
Cinéaste: Jerzy Kawalerowicz Comédiens: Ewa Krzyzewska - Krystyna Mikolajewska - Barbara Brylska - Jerzy Zelnik
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en juillet 2008:

Je ne sais rien de ce film, c'est d'abord un objet de curiosité, des captures intrigantes par une photographie travaillée. Je ne connais pas son histoire, ni même son réalisateur ou ses acteurs. Bref, c'est avec aucun a priori que je me pose devant une oeuvre très attirante de prime abord.

Et puis rapidement je déchante.
Le second plan-séquence, un long travelling sur la course d'un soldat vers son chef militaire, le fils de pharaon, futur souverain, ce long plan qui essaie de faire beau et spectaculaire est somme toute très tape à l'oeil. Un clinquant superficiel qui colle aux basques du film un long moment, pour ne pas dire toujours.

C'est vrai que la photographie, travaillée aux filtres et au maquillage pour les comédiens, est plutôt agréable et surprenante pour la rétine. C'est vrai que les comédiennes sont fort jolies également, surtout Krystyna Mikolajewska, une vraie bombe, ou même Barbara Brylska, qui perd en route de son charme avec un personnage au jeu ampoulé. Mais elle n'est pas la seule.

Plus que les comédiens il semble bien que l'usage de la caméra et le rythme donné par un montage plutôt lache laisse au film une sorte d'emphase vite pénible. Le genre souvent cérémoniel il est vrai n'est pas seul responsable de ce stye boursouflé. On sent tout de suite que le cinéaste veut nous en mettre plein la vue. La surabondance de moyens qui suinte sur bien des séquences ne peut faire oublier les gesticulations de la caméras qui à défaut de prouver le savoir-faire du cinéaste démontrent combien l'excès d'effets et de démesure rend le discours et l'image artificiels. La caméra balbutie.

Et l'on s'emmerde ferme.
Le film raconte l'affrontement politique et peut-être aussi philosophique (à moindre échelle) entre un jeune pharaon fougueux autant que réformateur et les conservateurs prêtres qui gouvernent en sous main à la place du souverain. Les complots entre les différentes castes, entre les peuples (assyriens, juifs, phéniciens et égyptiens), entre les générations forment le canevas principal du film mais n'apportent guère de réponse convaincante, ni même intéressante un tant soit peu. On a même droit à une confrontation/usurpation avec un sosie... c'est au final assez pauvre.

Restent des comédiens au jeu acceptable, deux ou trois jolies donzelles et une photographie en recherche de personnalité, un tout qui fait ne pas regretter d'avoir vu le film.

dimanche 25 octobre 2009

X-Men Origins: Wolverine


2009
Cinéaste: Gavin Hood
Comédiens: Hugh Jackman - Liev Schreiber - Danny Huston - Ryan Reynolds
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

Le titre m'intrigue. Va-t-on avoir droit à une série de Xmen origins avec d'autres personnages que Wolverine? J'aime bien la série de Xmen, celle de Singer pour être précis, le 3e de Ratner me laissant froid à tel point que je n'en ai aucun souvenir. Ne connaissant pas Gavin Hood, je n'avais ici aucun a priori. Du point de vue spectaculaire, l'objet est bien foutu. Un bataillon d'effets spéciaux plus que corrects (excepté pour les griffes, aïe, y a qu'à bien regarder la capture, c'est net),

de cadrages cinémascopés, de filtres appuyés, de mouvements de caméras étudiés et une mise en scène lisible offrent un film assez bien fait.

Mais ici et là, on notera de nombreuses exagérations scénaristiques qui font rigoler. C'est toujours mauvais signe quand on rit devant les scènes d'action d'un film comme celui-là. Sans parler de réalisme, évoquons tout de même le fait que le scénario doit maintenir une certaine crédibilité. Une contenance dans l'écriture est nécessaire. Ici, cela fait par instants un vilain défaut. On est parfois même au bord du grotesque le plus nanarisant. A d'autres moments, les affrontements les personnages ultra testostéronés sont particulièrement spectaculaires : les effets, primaires, fonctionnent, jusqu'à ce qu'ils soient gâchés parfois par l'outrance d'une écriture un peu baclée.

Axé sur les difficultés identitaires de Logan, le film table sur la colère de ce dernier, sans cesse asticoté par son frère ou Stryker. Un film colère, explosion, sueur sous les bras et sang à la tempe, avec de rares pauses de douceur destinées à amplifier la violence par rupture qui relève encore le niveau de rage du héros.

Finalement on n'apprend guère de choses qu'on ne savait déjà sur Wolverine. Avec quelques jours de recul, je me dis que les aspects superficiels de cette production l'emportent. Malgré tout, le visionnage n'a pas été désagréable. On aboutit à un divertissement efficace et sans subtilité.

Concernant le casting, Hugh Jackman tient bien son rôle. Sur la continuité de son travail précédent avec Fincher et Ratner.

Je suis loin d'avoir été satisfait par la très fade Lynn Collins.

J'ajouterais que la prestation de Liev Schreiber m'a surpris. Habitué à le voir dans des rôles moins virils, j'ai eu un peu de mal à le considérer comme un grand méchant loup.

Danny Huston, en "jeune" Stryker, est également un peu faiblard.

Devant la faiblesse de la distribution, je m'interroge sur la direction d'acteurs du cinéaste.

Trombi:
Un Dominic Monaghan, excellentissime comédien, un peu "lost" ici:

Un autre "lost", Kevin Durand (à retrouver dans les plis du maquillage):

Will i Am:

Taylor Kitsch:

Daniel Henney:

Ryan Reynolds:

Julia Blake et Max Cullen:

Troye Sivan:

Petit caméo de Patrick Stewart:

Encore plus petite panouille, celle d'un pourtant immense joueur de poker, Daniel Negreanu:

Body double


1984
Cinéaste: Brian De Palma
Comédiens: Craig Wasson - Melanie Griffith
Notice Imdb
Notice Cinéprofil

C'est vraiment à pas feutrés que je découvre l'oeuvre de Brian De Palma, un auteur dont les abords m'ont longtemps et difficilement été accessibles. Je trouvais la plupart de ses films juste intéressants mais peu enthousiasmants. J'en ai oublié une floppée. Jusqu'à la découverte récente de Carlito's way qui est pour moi un chef d'oeuvre d'écriture et de mise en scène, le regard que je portais sur De Palma était presque méprisant, j'avoue et mon attention sur ce réalisateur n'était pas des plus soutenues. Carlito's way a dû modifié plein de choses. Au début de ce film, j'avais beaucoup plus d'attente et d'espérance et par conséquent d'envie.

Décontenancé pendant un long moment par les nombreux emprunts au cinéma d'Hitchcock que je trouvais au mieux d'insistants hommages au pire de faciles plagiats, je me suis laissé embarqué par le procédé et ai fini par lui trouver même un charme certain. Moins admiratif sur les séquences de "Fenêtre sur cour" voyeuristes,

j'ai par contre été subjgué par les scènes où le héros suit celle qui le fascine le long des rues d'Hollywood.

Il en a été de même pour la prestation de Craig Wasson que j'ai trouvée au départ très conventionnelle et qui finit par me plaire au fur et à mesure que sa claustrophobie l'assaille.

Heureux également de retrouver Gregg Henry dont la folie m'avait marqué dans Payback.

Et puis Mélanie Griffith,

mi-fille, mi-putain, dans un rôle gentillet, tente de donner une image moderne de la jeune femme délurée, mais objet de tous les fantasmes et désirs masculins, un peu fluette par instants elle parvient tout de même, grâce à son sourire à machoire inférieure proéminente, à vamper la caméra. Inexplicable.

Mais que dire alors du regard hypnotisant de Deborah Shelton, des yeux à se faire damner?

Remercions enfin De Palma de clore son film sur une très belle paire de seins. Après avoir éteint lecteur, téléviseur et lumières, ces images sont restées longtemps imprégnées sur le fond de mes yeux, en promesse de doux rêves.

Carlito's way


alias : À la manière de Carlito
alias : L'impasse
1993
Cinéaste: Brian De Palma
Comédiens: Viggo Mortensen - Penelope Ann Miller - Al Pacino - Sean Penn
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en mars 2008 :
Je ne suis pas un fan de De Palma. Peut-être que je n'ai pas vu les très bons. C'est toujours en sceptique que je me penche sur sa filmographie, avec cette envie cachée de découvrir LE De Palma parfait, envie malmenée par cet indécrottable doute, cette défiance née de tant de désillusions, Le dahlia noir récemment.

Et puis celui-là n'a pas dérogé à la règle. Je me suis installé dans le canapé la mou presque inquiète devant le premier retournement de caméra dans le flash-back du début du film. Mais tout de même... c'est bien fait. La voix-off de Pacino, le rythme, les mots, les lumières, le cinémascope... quelque chose me titille. Le flash-back nous place d'emblée dans la catégorie du film noir. Début intéressant.

Et puis le film continue son bonhomme de chemin. Au fur et à mesure, mon intérêt se mue en enthousiasme... de plus en plus fiévreux.

La scène avec le cousin, dans le bouge rouge, où le jeune exalté parait tout de suite condamné... le minutage, les regards, l'utilisation de la musique, tous les éléments narratifs sont d'une maîtrise parfaite, c'est un numéro d'artiste, du haut vol, on atteint le grand cinéma, j'ai une érection. Cette première grande scène est plus que cela, elle est immense et dépasse tout. Un bijou.

Mais Carlito's way ne se délimitera pas à cela... on a une caméra savante, qui suit ses personnages avec un tempo admirable, laissant le spectateur dans le récit, lui donnant toutes les infos nécessaires à son bonheur. Pacino baigne parfaitement dans cet environnement là. Un poisson dans l'eau.

La bande son latino confère au film le sens du rythme que De Palma nous impose. Minuté, dansant, chaud, une danse de la mort. Les personnages sont perdus nous le savons déjà. Quel chemin fatal vont-ils suivre? C'est la seule chose qui nous intrigue et cela marche à plein tube, on est scotché. Le tic-tac maudit.

Le personnage de Carlito Brigante est d'une densité rare. Otage de son passé, otage de l'image qu'il renvoit à toute la société. Tout le monde rit de son projet de retraite. Qui croira que Carlito, le parrain veut vraiment louer des voitures aux Bahamas? Personne. Et c'est sa perte. Le poids du passé, l'héritage social. La marque de l'infâmie le condamne. Et nous de suivre et attendre sa chute, ange maudit, ange déchu d'avance. En quête de rédemption, il n'en a plus le droit. Qui sait, ne l'a-t-il jamais eu?
Pacino offre pour ce rôle une composition superbe, magnifique, dense et d'une profondeur émouvante. Quel type! Quel acteur!

Et puis quelle photo, quelle lumière, quel travail pour éclairer les personnages. Entre bleus de nuit, rouges de sang et noirs de mort. Une image somptueuse. Tueuse.

Au final un film sans surprise. La course poursuite finale ne laisse pas de doute sur son dénoument. On attend Benny Blanco. Right on time, au rendez-vous, telle la grande faucheuse.

Et le spectateur que je suis, si heureux d'avoir vu mon De Palma. Un film néo noir de toute beauté, plastique et humaine. Avec tous les clichés du genre. Et un De Palma chronomètre en main... de maître. Enfin!

samedi 24 octobre 2009

Nihon dasshutsu


alias : Evasion du Japon
alias : Escape from Japan
1964
Cinéaste: Yoshishige Yoshida
Comédiens: Yasushi Suzuki - Etsuko Ichihara - Goro Tarumi - Miyuki Kuwano
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en juillet 2008:

Sorte de They live by night dans les sixties nippones, le film n'atteint jamais la grâce de son devancier. Il faut attendre la dernière demi-heure pour qu'enfin il nous offre quelques scènes touchantes. La plus large part du film est beuglements, cris et gestes impulsifs, crises hystériques ou héroïnomanes. Et finalement le film n'est pas parvenu à m'extirper de cette lassitude.

L'histoire s'étend avec quelques longueurs. Le film aurait gagné en densité si certaines scènes avaient été écourtées. La préparation et le déroulement même du braquage n'apportent que peu d'éléments constructifs il me semble à l'histoire d'amour pathétique qui lie la pute et le simplet dans la dernière partie du film.

Esthétiquement, le cinémascope est écrasé par une photographie beaucoup trop sombre. Je ne sais si c'est la qualité du transfert ou l'image d'origine qui m'a perturbé mais les scènes sombres sont à la limite du regardable par moments. Par ailleurs la copie parait en excellent état. C'est troublant. J'ai vraiment le sentiment que le cinéaste désirait accentuer le côté obscur. Craignait-il qu'on ne voit pas que c'est un film noir?

Quelques plans sont superbes. Je pense surtout aux extérieurs vers la fin, avec des paysages magnifiés par le petit matin (le golf) ou la brume automnale (l'aérodrome).

L'emploi systématique de la plongée et contre-plongée s'il est estimable à petite dose devient un peu écoeurant à force. Et c'est malheureusement le cas.

L'encadrement des personnages est subtil. Il rappelle par moments Wong Kar Waï, dans une assez moindre mesure tout de même. On y songe juste quelques fois. Par-ci, par-là.

Le jeu des comédiens est trop outré. On y hurle, ne prenant pas le temps de s'entendre, jouant essentiellement sur l'impulsion. Les mots, les gestes et les regards jaillissent et saignent en continu. Cela fatigue vite.
J'ai très rapidement été submergé par la hâte d'en finir. Oui un film qui m'a trop vite tapé sur le système.

Vals Im Bashir


alias : Valse avec Bachir
alias : Waltz with Bashir
2008
Cinéaste: Ari Folman
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en juillet 2008:
Au coeur d'un crime de guerre, Sabra et Chatila, Beyrouth, retour en 1982.

La première séquence est du point de vue technique bluffante. Entre 2D et 3D on s'y perd. Le rythme, l'emplacement des chiens, des décors et surtout de la "caméra", le montage et l'accompagnement sonore, les idées esthétiques et d'animation (à l'intérieur de la séquence, j'ai encore en tête cette flaque d'eau avec le reflet d'un panneau de signalisation "école" troublée par la course des chiens, somptueuse mise en image!), tous ces éléments mis bout à bout offrent une entrée en matière ébourriffante. Pourtant tout le film ne se résume pas à cela. Le film d'une richesse incroyable, tant dans la forme que dans le fond, offre bien plus de variété que cette séquence. Il sait ménager des temps de réflexion, de rêverie, où une floppée de sentiments et d'émotions diverses peuvent se développer presque librement. Presque parce que la guerre et la chasse aux souvenirs enfouis doit reprendre, comme un battement de coeur, il faut marcher, aller de l'avant.

Ce film est un voyage introspectif, analytique à travers l'ivresse que la vie peut nous laisser toucher, de temps en temps, si l'on a envie d'avoir l'oreille et les yeux du poète. Le périple franchement et courageusement humain donne la main (celle du maître) au spectateur, le conduit avec juste assez d'humanité pour que la violence et l'horreur deviennent des témoins de nous même. Et surtout que la mémoire revienne. Qu'elles devienne en quelque sorte accessible. Que le cerveau et le coeur puissent accepter de les regarder en face. Tout le trajet personnel, intime du personnage principal qui a oublié tant ce qu'il a vu et vécu était insupportable. Cette quête ne va pas jusqu'à rendre l'insupportable supportable, je ne dis pas cette énormité. Mais disons qu'elle permet de réajuster la capacité de voir, de se souvenir du vu ou fait quand le temps a permis d'oublier et de se reconstruire, autrement. Pas sûr d'être clair. C'est un métier d'être clair. Et puis les rêves ne sont pas clairs. Heureusement. C'est parce qu'ils restent longtemps abscons qu'on se met en quête de les éclairer d'un sens. Pour avancer. Et se faire pardonner de nos péchés.

Parce qu'ici aussi, quand on se penche sur la guerre et ses méfaits, la culpabilité montre forcément le bout de son nez.

Une fois qu'on a vu le film, on se rend commte qu'on a donc très vite oublié l'aspect technique de l'animation. On oublie la forme. On oublie le dessin animé. On ne regarde plus qu'un film. On s'approprie très rapidement la recherche du personnage. On réalise aussi combien le film est extrêmement bien écrit. L'auteur nous amène progressivement sur ses pas à la réalité du souvenir retrouvé. Horreur ô combien réelle que les images d'archives télévisées viennent souligner de manière un peu trop didactique à mon goût (je veux dire par là que cela revient à mettre un bandeau "ceci est une histoire vraie...", bref, que ce n'était pas la peine).

Quoiqu'il en soit, un film qui frappe fort, produisant le fabuleux exploit de montrer d'une manière visuelle et auditive attrayante ce qui est sur terre le moins ditrayant tout en invitant le spectateur (devenu voyageur) à une réflexion et une introspection des plus bouleversantes.

Ce n'est pas le genre de film que je reverrais avec plaisir plusieurs fois. Mais le voir une fois s'est révélé important.

Belle de jour


1967
Cinéaste: Luis Buñuel
Comédiens: Michel Piccoli - Jean Sorel - Catherine Deneuve
Notice Imdb.
Notice Cinéprofil.

Foutre! Que de temps passé depuis mon dernier Bunuel! Cela doit dépasser les cinq ans, assurément! Et ces retrouvailles, si elles n'ont pas été aussi chaudement appréciées que lors de l'extraordinaire Charme discret de la bourgeoisie, elles recèlent pourtant quelques pépites d'un humour provocateur que Jean-Louis Carrière et Luis Bunuel savent si habilement instiller dans un récit à l'aspect de prime abord académique, excepté pour les séquences oniriques par lesquelles "Belle de jour" s'échappe avec hardiesse et sentiment de culpabilité de la morne réalité.

Le duo d'auteurs s'attaque une nouvelle fois à la bourgeoisie, ses espaces étriqués, ses esprits limités qui favorisent un malaise inexplicable.

Belle de jour ne sait pourquoi elle se sent aussi attirée par le sexe. Elle livre d'abord une lutte sans merci contre ses pulsions inavouables ; entre attirance et répulsion, son corps est ballotté avec une violence incompréhensible.

Alors qu'elle se trouve au bord de la crise de nerf, un Piccoli pervers à souhait, libre surtout, lui donne les clés de son salut.

Dans un deuxième temps, Belle de jour doit payer le prix de cette liberté. Tombant de Charybde en Scylla, il semble que la bourgeoise soit condamnée à ne pouvoir vivre épanouie, heureuse. On sent là que Bunuel lui même est tenaillé par le sentiment de culpabilité. Jamais il ne laisse sa Belle de jour en paix. A l'instar d'un Flaubert bovarien, on comprend... tsss... on croit comprendre -restons humbles- que pour Bunuel, Belle c'est lui! Elle est l'astre blanc, la lumière blonde autour de laquelle la caméra tourne,

aliénée pour son pouvoir d'attraction solaire, obsédée par la nécessité vitale de suivre avec quel acharnement le destin semble se jouer de la pauvre Belle. Sadisme de la caméra -et du spectateur- masochisme du personnage coexistent, s'autovitalisent dans une danse macabre où les victimes expiatoires, les chèvres se révèlent être Jean Sorel et Pierre Clémenti.

La photographie de Sacha Vierny offre des contrastes chromatiques saisissants de sens, les gris monotones du couple par opposition à la diversité veloutée de la maison close. Belle de jour entre chair crême et rouge sang, comme le vase de roses qu'elle fait choir se déplace également dans des espaces aux couleurs dédiées à ses émotions, sensations et angoisses. Comme dans un rêve.

Par bien des aspects, cette Belle de jour me fait songer à Alice aux pays des sévices ou des délices -rayez la mention inutile- sans cesse bousculée par une destinée floue et des angoisses désincarnées qui motivent l'expérience charnelle de la transgression, elle cherche sa voie, un salut incertain.

La mise en scène de Bunuel est a priori très sèche et directe. Sans doute laisse-t-il une large part de responsabilité et d'initiative aux acteurs? J'ai tout bonnement été séduit par Michel Piccoli ou même Francis Blanche dans des rôles secondaires où leur justesse, omniprésente, n'a cessé de me bluffer. Les toutes premières scènes de Piccoli sont si subjugantes que je me suis pris à l'admirer. Mais il est si précis dans son jeu que je n'ai pas eu de mal à revenir dans le film aussitôt, sans problème.

Il n'est pas nécessaire d'être un grand consommateur de films pour s'apercevoir assez rapidement pendant le visionnage que la jeune Catherine Deneuve fait preuve d'une redoutable efficacité. Justesse également. L'ambiguité du personnage, les troubles, les perturbations dans lesquelles elle se sent emprisonnée sont très joliment dessinées, avec une grande maitrise qui force le respect et les applaudissements.

Jean Sorel reste encore un mystère pour moi. Vu récemment dans Chair de poule où il m'avait semblé très lisse, j'ai ici bien du mal à lui trouver de plus ample attrait. Toujours tiré à quatre épingles, son image est comme figée, ce qui cela dit coincide logiquement ici avec son personnage de bourgeois, gentil, propret, à l'horizon bêtement plat et vide.

Pierre Clémenti n'est pas moins mal loti avec son exact opposé : le voyou, sale, rude et dont la brutalité n'a d'égale que la courte vue de l'existence et des sentiments. Son jeu un brin ampoulé n'échappe pas aux clichés du genre.

Fines provocations au parfums surréalistes (on ne se refait pas) et jeux de comédiens succulents garnissent un film intelligent et drôle qui ne cache pas cependant le lit de tristesse sur lequel il se couche avec une étrange allégresse.

C'est moi qui délire ou bien je verrais bien quelques accents hitchcockiens à ce film?

Trombi:
Geneviève Page:

Françoise Fabian, Francis Blanche et Maria Latour:

Macha Méril:

Claude Cerval:

Michel Charrel:

Bernard Musson:

Francisco Rabal (à gauche) :

François Maistre (plus qu'une voix, un très bon acteur):

Georges Marchal:

Une voix au timbre si étrange et inquiétant, Muni (à droite):

vendredi 23 octobre 2009

Classe tous risques


alias : The big risk
1960
Cinéaste: Claude Sautet
Comédiens: Lino Ventura - France Asselin - Jean-Paul Belmondo - Charles Blavette
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:
Magnifique film de Sautet. Comme toujours ce sont les personnages et les relations qu'ils tissent qui sont au centre des préoccupations du cinéaste. La chaleur de l'amitié qui unit sans réflexion, nette, franche, naturelle, quasi innée, les deux personnages joués par d'excellents Belmondo et Ventura est admirable.

Sautet parvient à nous embarquer dans ce voyage intense. La précarité d'une cavale rend forcément les choses plus compliquées mais quand en plus il y a les enfants, cela devient plus que difficile. Et à ces évènements exceptionnels, Sautet ne fait pas que lier des personnages exceptionnels. Loin de toute dramatisation, d'engoncement mélo que l'on pourrait craindre, c'est cette satanée pudeur qui colle à la peau des films de Sautet. C'est cette délicatesse qui émeut plus que tout, qui développe chez le spectateur un regard plein d'admiration, devant tant de beauté humaine.

Revu hier soir sur un criterion à tomber en pamoison. La compression est exceptionnelle, difficile d'y trouver à redire. Beauté des images, du noir et blanc, des contrastes.
La prestation de Ventura m'a particulièrement frappé. L'émotion, la colère, la peur, la lassitude sont admirablement maîtrisées. Un grand celui-là. C'en est un spectacle extraordinaire. Celles de Belmondo et de Milo

sont largement en deça, bien moins compliquées.
J'ai bien aimé les performances de certains acteurs secondaires, tels Michel Ardan et Claude Cerval

dans toute la veulerie et la honte de leurs personnages. Je ne les connaissais que de vue, je les retiens cette fois.

Ten little indians


alias : Dix petits nègres
alias : Agatha Christie's 'Ten Little Indians'
1965
Cinéaste: George Pollock
Comédiens: Fabian - Marianne Hoppe - Shirley Eaton - Mario Adorf
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:

Le début fait craindre le pire. J'ai trouvé l'installation de l'énigme poussive, le jeu des comédiens et la mise en scène bien ordinaires. En plus on plonge l'intrigue au sommet d'un château montagnard improbable pour éviter de confronter le souvenir ilien du lecteur de Christie. Mouais.
Ce n'est qu'à moitié chemin que le film prend un peu plus de volume. L'étau se resserre et le suspense plus consistant.
Pour celles et ceux qui ont lu le roman, la question est que va-t-il en être du final? Jusqu'où l'adaptation sera-elle bonne élève?

Comme souvent dans ces productions à multi-personnages, le casting est savoureux autant pour son talent que pour son hétéroclisme. Fabian qui a le bon goût de mourir en premier cotoie Mario Adorf, Stan Holloway, Wilfrid Hyde-White (une tête que tout le monde connait sans la remettre tout à fait - il jouait souvent le domestique anglais, fidèle et effacé, excusez le pléonasme), la belle Shirley Eaton, qui en bonne ex-James Bond Girl se doit de se déshabiller deux fois dans le film, le bellâtre Hugh O'Brian déguisé en Ric Hochet et surtout l'excellent Dennis Price. Eaton est à croquer mais c'est Price qui en vaut le prix.

La dernière partie du film est un peu plus dynamique que le début du film comme je disais plus haut et permet de laisser un goût pas trop désagréable à la rétine. Néanmoins, Pollock sauve les meubles.

Experiment in terror


alias : Allô, brigade spéciale
1962
Cinéma: Blake Edwards
Comédiens: Glenn Ford - Lee Remick - Stefanie Powers - Roy Poole
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:
Etrange ressenti, après avoir vu ce film j'étais partagé. Est-ce que le film aborde un sujet moderne, qui rappelle les polars dirty harriens d'Eastwood ou les tensions aigres des films de revenge de Charles Bronson? Ou le film fait-il preuve de naïveté? Bref, comment concilier ces deux sensations? Difficile.

La manière de filmer excelle. Le noir et blanc est impeccable. Edwards maîtrise ses jeux d'ombre et lumière, ses cadrages. Mancini offre une partition classique mais flippante.

Des comédiens, je retiens l'apparition de Ross Martin, l'Artemus Gordon des Mystères de l'Ouest, en serial killer nocif. Mais plus encore Glenn Ford retient davantage l'attention reprenant pourtant la pose massive de ses meilleurs rôles dans le noir. La jolie Lee Remick et la trop jeune Stefanie Powers ont dégoté là des rôles de femmes effrayées et somme toute ordinaires.

Au final, on se retrouve avec un petit polar de Blake Edwards et si le film ne casse pas trois pattes à un canard, le cinéaste comique s'en tire à bon compte. Il parvient à instaurer une tension, un suspense prenants bien que d'une intensité mesurée.

jeudi 22 octobre 2009

Mister Roberts


alias : Permission jusqu'à l'aube
1955
Cinéastes: John Ford - Mervyn LeRoy
Comédiens: Henry Fonda - James Cagney - William Powell - Jack Lemmon
Notice d'imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:

Un film hybride, à la fois film de guerre (encore qu'on devrait plus honnêtement dire "film en temps de guerre", mais c'est tellement plein de militaires inquiets qu'il est difficile d'omettre le genre), mais également comédie, sur ce point la présence clownesque de Jack Lemmon

donne une caution burlesque presque dénuée d'intérêt, l'humour y étant d'une platitude peu commune, cela devait faire rire dans les chambrées de l'époque, maintenant cela a bien vieilli tout cela, et puis dramatique un peu également, on ne se doute pas de la fin, même si elle est somme toute logique, donnant une teinte romantique à la morale du film.

Le film dispose d'un casting de rêve, outre le jeune Lemmon, on retrouve un vieux James Cagney, assez antipathique et vociférant, une boule de nerfs pleine d'aigreur et de haine. Etonnant. Pour y faire front, le grand dégingandé Henry Fonda, dans le beau rôle. Beaucoup des personnages sont archicaricaturaux et n'en démordent pas. Peu de place à la subtilité finalement. Cela chagrine que John Ford soit mêlé à cela.

A voir pour les acteurs. C'est tout.

Bend of the river


alias : Les affameurs
alias : La caravane vers l'ouest
1952
Cinéaste: Anthony Mann
Comédiens: James Stewart - Arthur Kennedy - Julie Adams - Rock Hudson
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:

Enième très bon western d'Anthony Mann, dans la lignée de The naked spur par exemple, même si je préfère les démons intérieurs de ce dernier. Ce Bend of the river offre encore une confrontation tourmentée, entre deux visions de la vie, entre deux bad guys. Mann parvient à construire un récit haletant, via une tension crescendo encore une fois, formalisant la lutte du bien et du mal tout en manipulant les personnages et les spectateurs, tant les caractères sont flous, ambigus, variables, assez mystérieux en somme pour semer le trouble entre ce bien et ce mal. Et c'est là toute la morale du film, un criminel a-t-il la possibilité de changer dans le regard de la société? Un homme mauvais peut-il devenir bon, être reconnu comme tel. Bref, le pardon existe-t-il? Le couple Stewart/Kennedy est particulièrement efficace pour relever cette incertitude qui tenaille l'intrigue.

Je note avec circonspection que le décor naturel (qui joue un rôle si important dans les autres westerns du maître) ne semble pas être ici considéré comme un personnage à part entière. La nature semble tout aussi indécise. Néanmoins la réalisation est toujours d'aussi haute tenue, le technicolor de Warner est magnifique et certaines scènes de nuit sont particulièrement léchées. Du bon et beau spectacle.

The naked spur


alias : L'appât
1953
Cinéaste: Anthony Mann
Comédiens: James Stewart - Janet Leigh - Robert Ryan - Ralph Meeker
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en décembre 2006:
Que n'ai-je connu ce film plus tôt! Remarquable western! Comment se fait-il que ce film soit si peu cité? Alors qu'en bien des points il est plus que très bon.

D'abord, commençons par poser le récit. Il s'agit d'une sorte de huis-clos des grandes espaces. 5 personnages pas vraiment archétypaux (première note surprenante d'authenticité) s'affrontent lors d'un périple périlleux à travers la vastitude du grand ouest.

Howie, joué avec un brio hors du commun par James Stewart est un type désespéré, à la limite de la dépression nerveuse, bafoué en amour, trahi et plein d'amertume.

Il s'est mis en tête, de manière quasi obsessionnelle d'attraper Ben, un gars accusé de meurtre, lequel est interprété magnifiquemet (avec moult subtilités de ton et de gestes) par un étonnant Robert Ryan.

Ce dernier est flanqué d'une amoureuse et quelque peu naïve Lina (Janet Leigh) qui va progressivement se rendre compte qu'elle fait fausse route.
Quelle performance d'actrice pour ce rôle plein de passion et de subtilité! Encore de la subtilité? Mais ce film en est bourré de ces petites notes, qui sans en avoir l'air, font passer un souffle d'émotions.

En chemin, Howie va s'adjoindre les services du vieil Jesse Tate (Millard Mitchell) et de Roy Anderson (Ralph Meeker), un énigmatique officier de cavalerie déchû de ses fonctions pour d'obscures raisons.

Dans ce groupe, Ben le prisonnier va insidieusement gangréner les relations entre les trois mercenaires, les mettant face à leurs vénales ambitions et par là, face à face, cupidité contre cupidité.

Mais on pourrait facilement justifier un sixième larron, un personnage à part entière, créé de toute pièce par la mise en image et la mise en scène de Mann : la nature, omniprésente, à la fois vaste géôle, fourbe et bourreau à l'occasion.

Surtout elle exacerbe les vélléités, les désirs, les peurs, les rêves et les cauchemars des protagonistes. La nature révèle les personnalités de manière quelque peu perverse. Sans pitié.
Omniprésente en arrière plan, même dans les scènes d'action. Toujours là. Derrière (en fond les reliefs montagneux, les rivières), autour (la masse rocheuse, les barrières de rocs à escalader, au dessus (la voûte céleste superbement mise en exergue comme une chape de plomb par des contre-plongées savamment orchestrées), au niveau sonore enfin avec les bruits continuels de la nature, les torrents impétueux, le vacarme des rochers qui dévalent, etc. Bref, la nature emprisonne les personnages dans leur trajet. Ne les lache pas d'un pouce, exerçant une pression continue, sur leurs blessures physiques mais plus encore morales, jusqu'à les étouffer, à l'étuvée, jusqu'à les faire exploser.

C'est somptueusement écrit et réalisé. Le scénario est on ne peut plus simple et pourtant, s'y cachent ici et là des moments de grandes émotions, de rare violence également(encore un sujet d'étonnement pour un western de cette époque, bien avant les Leone ou Peckimpah), d'originalité enfin, avec d'habiles interprétations surtout de la part de James Stewart et Janet Leigh, interprétations touchant pour ces deux-là au sublime.

C'est tout connement un des plus beaux westerns que j'ai vu jusqu'à présent. Et je m'étonne encore plus de ne le découvrir que maintenant. Le cinéma offre parfois d'éclatantes surprises, éclatantes et ô combien réjouissantes. Celle-là en est une belle!

Salò o le 120 giornate di Sodoma


alias : Salo ou les 120 journées de Sodome
alias : Salo, or The 120 Days of Sodom
1975
Cinéaste: Pier Paolo Pasolini
Comédiens: Hélène Surgère - Umberto Paolo Quintavalle - Giorgio Cataldi - Paolo Bonacelli
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:


Duraille. Le cercle de merde a été le plus difficile à passer pour moi. "C'est du chocolat, c'est du chocolat". Devant cette réticence continue, défense immunitaire devant l'horreur absolue, on est rudoyé, interpellé. Qu'est-ce à dire? Pourquoi? Quand je prends un uppercut j'ai envie de savoir pourquoi.

Parce que finalement on n'apprend pas grand chose. Que la barbarie, la perversion de la civilisation est un suicide moral, politique et culturel, un anéantissement de l'humain, que de la violence physique et morale il ne peut rien être créé, construit et qu'au contraire il ne peut y avoir que destruction, tout cela on le sait déjà. Alors sans doute que Pasolini a voulu faire un film concept, provocateur? Produire le dégoût et montrer dans la forme la plus violente (prendre le spectateur par le cou et diriger son regard d'une poigne de fer) l'aspect le plus abjecte de l'humain? Faire un film sur la barbarie pour montrer à quel point l'homme paré paradoxalement des plus beaux atours (on cite les grands auteurs, on parle français, anglais, allemand, les murs sont ornés de tableaux des grands maîtres et les décors très art nouveau sont magnifiques, la musique classique résonne dans les grandes salles du château), même dans cet accoutrement civilisé, l'homme est capable de nier son humanité en avilissant, détruisant l'autre. Se faisant il se détruit lui même. Soit.
Peut-être, Pasolini a-t-il voulu montrer ce que l'on ne veut pas voir? L'horreur cachée au fond du gouffre de notre inconscient.

Voilà l'exemple type du film que je ne reverrais pas volontiers.

Trombi des bourreaux:
Umberto Paolo Quintavalle :

Aldo Valletti:

Giorgio Cataldi:

Paolo Bonacelli (au centre):

Profumo di donna


alias : Scent of a Woman
alias : Parfum de femme
1974
Cinéaste:
Comédiens: Vittorio Gassman - Agostina Belli - Alessandro Momo
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:
Merci à l'Utopia de Montpellier de m'avoir donné la possibilité de revoir ce film. Je l'avais vu ado. Et n'avais que très peu de souvenirs. J'en avais d'autant moins que le remake Le temps d'un week-end m'avait impressionné. Surtout la prestation mastoque de Pacino. Parce qu'il faut avouer que la fin est brin gnan-gnan. Hollywoodienne, un peu poussée. Plus facile mais néanmoins efficace il est vrai. Ici c'est à quelque chose de beaucoup plus subtil que l'on a affaire.

Et puis, c'est d'abord la performance de Vittorio Gassman que je ne suis pas loin de commencer à adorer, qui nous est proposée. Il se dégage de ce type un charisme, avec sa voix de stentor, avec son rire, sa carrure, son regard hallucinant, une puissance qui ne peut que forcer le respect, au minimum.
Le rôle porte littéralement en lui les émotions à leur paroxysme. Il y a là de l'hystérie masculine dans ce qu'elle a de plus émouvante, un sentiment de force pour contrer sa peur et aussi d'abandon, de couardise et de révolte face à cette même peur. C'est très beau. La direction de Risi est sur ce point d'une rigueur que j'applaudis. Il n'en fait pas trop.

Sur la composition d'Agostina Belli j'afficherais un enthousiasme plus réservé. Elle est très belle. Mais le rôle qu'on lui confère n'est sans doute pas d'une envergure identique. Il lui faut verser la larme trop facilement.

Le petit Ciccio (je ne me souviens plus de son vrai prénom à ce personnage) est joué par un jeune Alessandro Momo qui fait juste le boulot de jeune adulte pas encore fini. Il fait le job, en clown blanc.

En somme un double périple, touristique de Milan à Naples (très beaux plans d'exposition de la part de Risi et bonne insertion des personnages dans les décors extérieurs, dépaysant!) mais aussi intime, au creux de la peur, le gouffre du noir absolu, cette peur d'être seul, de ne pas être un homme, le refus de voir avec autre chose que ses yeux et d'aimer avec autre chose que sa bite.

Antares


2004
Cinéaste: Götz Spielmann
Comédiens: Petra Morzé - Andreas Patton - Hary Prinz - Susanne Wuest
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en septembre 2008:
Film chorale autrichien au parfum déjà un peu suranné. Je m'explique : non pas qu'il soit mauvais, loin de là, il apporte sur certains points beaucoup d'éléments fort intéressants mais c'est plutôt sur la portée du film et sur sa définition même. Je ne sais pas, peut-être suis-je là en train de lui reprocher ce qu'il est? Un film chorale. C'est à dire un objet convenu, avec un dénouement tout aussi téléphoné, et finalement un goût de vu et archi déjà vu qui le rend presque indigeste? Comme un tableau bien fait, bien peint, très académique, répondant aux goûts et tendances d'une époque, un air officiel et médaillé du mérite qui ne peut que subir l'affront du temps et les rires moqueurs... Suranné donc.

Si je ne m'arrête pas à ces observations un brin moqueuses et superficielles, je peux savourer quelques morceaux de comédiens. La direction d'acteurs est très bonne. Je ne vois pas un acteur qui en fait trop, ou pousse le bouchon un peu loin comme certaines scènes auraient pu en amener.
Andreas Kiendl au premier chef, m'a fortement impressionné. Une tête que je n'oublierai pas. Avec un mal-être formidablement incarné.

Petra Morzé joue avec Andreas Patton un premier couple adultérin saisissant, remarquablement excitant.

Les scènes de sexe explicite ajoutent sans doute à l'excitation qui advient d'une situation, elle, implicite, mais peut-être un peu caricaturale du couple conjugal en voix d'extinction. La confrontation routine-interdit ne suffit pas malheureusement et plombe d'entrée la portée du film. Il ne peut alors se savourer que dans l'immédiat et l'instantané, pas l'intemporel. Désolé. Quoiqu'il en soit, les deux comédiens parviennent sans trop de mots à donner vie à quelque chose de fort, sans esbrouffe. Leur histoire est naïve certes, et pourtant elle est d'une certaines fraîcheur. Et ce malgré le décor pathétique de la banlieue bétonnée et grise de cette ville autrichienne.
Du deuxième couple je retiendrais essentiellement la prestation de Dennis Cubic, en jeune Yougo amoureux et impatient à l'idée d'être père. Sa jeune fiancée, Susanne Wuest, m'a légèrement laissé froid. Il faut dire qu'elle a un rôle ingrat, fait de hauts et de bas soudains, vifs et particulièrement outrés, de contrastes un peu trop récurrents dans sa partition.

Je n'oublierais pas la très moche Martina Zinner, mais dont l'économie de gestes et de grimaces se révèle d'une justesse étouffante (elle est aux prises avec le désormais fameux pour moi Andreas Kiendl en ex-mari qui s'obstine à ne pas accepter le divorce). Ces deux-là offrent un huis-clos difficile, tendu, et d'une profonde tristesse.

Le film respire le malaise. Les décors sont là pour nous le rappeller constamment. La photographie pas loin d'être dégueulase aussi. Et les mensonges, les angoisses, l'emprisonnement des personnages résonnent d'une manière ambigue face à l'actualité des faits divers en Autriche.
Et pourtant par bien des aspects, on n'est pas loin de subir un happy-end de non-circonstance.

mercredi 21 octobre 2009

Die austernprinzessin


alias : La princesse aux huîtres
alias : The oyster princess
1919
Cinéaste: Ernst Lubitsch
Comédiens: Victor Janson - Julius Falkenstein - Harry Liedtke - Ossi Oswalda
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en novembre 2008:

Attention, très grande comédie de Lubitsch! Pétaradante. Sur un burlesque proche de la folie des Marx ou de l'absurde des ZAZ, Lubitsch et Kräly inventent une explosion de loufoqueries, un immense de raz-de-marée festif. Le passage du fox-trot endiablé est un grand moment de cinéma. Irrésistible.

Dopé grace à un casting du tonnerre, Julius Falkenstein en tête, avec sa gueule d'ahuri

et Victor Janson

en père qui ne s'étonne de rien que ne fait sa chieuse de fille (une Ossi Oswalda encore plus laide qu'à l'habitude ; les canons de beauté de l'époque ne cessent de m'éberluer).

Le film assez court, un peu plus d'une heure semble-t-il sur l'édition MK2, est assez bien conservé ou restauré. L'histoire met tout de même du temps à démarrer vraiment. Avant l'immense et joyeux capharnaüm, quelques scènes ici ou là révèlent bien l'espièglerie de Lubitsch mais se noient un petit peu dans un récit somme toute pépère. Peut-être que l'hystérique bingbangboum final n'en est que plus mis en valeur?

One, Two, Three


alias : Un, deux, trois
1961
Cinéaste: Billy Wilder
Comédiens: James Cagney - Horst Buchholz - Pamela Tiffin - Arlene Francis
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en octobre 2008:

Comédie ultra trépidante, lancée à 100 à l'heure par un James Cagney qui réussit là à placer sa trogne et son sourire carnassier sur une autre voix que celle de la terreur criminelle, plutôt sur celle de l'avidité d'un arriviste manqué dont l'objectif semble sur le point d'être atteint. Près de son climax, enfin, McNamara puisqu'il s'appelle ainsi, atteint des degrés extatiques de pré-jouissance contrariée. En boule de nerfs bondissante, il explose sans cesse, sans respiration possible, apnéiste forcené, à la recherche constante de solution qui pour le commun des mortels ne serait qu'au minimum désespérée.
Répondre du tac-au-tac à la moindre catastrophe résume à peu près le quotidien du bouledogue.

Dans un souffle, le film de Wilder esquisse tour à tour les affres du tutorat, l'adultère secrétarial (hum, Liselotte Pulver rappelle les déhanchements bombesques de Marilyn et puis quel joli minois mes aïeux), les tracasseries explicitées déjà dans Ninotchka de la bureaucratie et l'hypocrisie de l'idiologie sovietique avec le jeune exalté Buchholz et les encore une fois trois négociateurs du parti, et pour finir les tracas qu'un couple peut subir dès lors qu'une ambition devient trop égocentrique.

Le film est une suite ininterrompue de bons mots, de dialogues croustillants, percutants, de gestes, de courses incessantes, de hurlements, de chants, de crissements, une sorte de longue poursuite ahurissante, comme pour oublier l'horreur de la guerre qui vient de passer et laisse encore ses traces rappeller aux mortels qu'ils le sont.

Roma a mano armata


alias : Brigade spéciale
alias : Brutal Justice
1976
Cinéaste: Umberto Lenzi
Comédiens: Maurizio Merli - Arthur Kennedy - Tomas Milian - Maria Rosaria Omaggio
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en octobre 2008:

Film qui suce la roue de Peur sur la ville, à l'évidence. On a droit à une poursuite sur les toits de Rome, à un flic limite fasciste avec des raisonnements de pacotille et dont l'incroyable cécité appelle à rire (au mieux). Le soldat moral n'hésite donc pas à torturer voyou et criminel. Le film montre d'une manière très caricaturale (il n'y a d'ailleurs pas d'autre moyen tant l'argument est faiblard) que la tolérance ainsi que l'intellectualisation des problèmes sociaux sont en quelque sorte les complices de la violence criminelle. Thèse imbécile que le musclé policier et le scénario putassier se proposent de souligner. Bizarrement, ce n'est qu'à la toute fin que le flic se rend compte qu'il a lui même par les réponses uktra coercitives et violentes engendrer une grande part de la violence qu'il subit. La majeure partie du film a pu donc allègrement se goberger d'images violentes et sanguinolentes à souhait sous prétexte de s'en offusquer. Flic ou voyou même combat dans celui qui fera le plus de dégâts.

C'est donc sans les nuances et les subtilités de Verneuil que le film se penche maladroitement et abusivement sur des problèmes sociaux autrement plus complexes.

A noter les apparitions charmantes mais néanmoins fades de Maria Rosaria Omaggio. Belle femme, potiche, mais belle.

Et surtout Arthur Kennedy, pour payer les impôts sans doute.

Trans-Europ-Express


1966
Cinéaste: Alain Robbe-Grillet
Comédiens: Jean-Louis Trintignant - Marie-France Pisier - Christian Barbier - Alain Robbe-Grillet
Notice Imdb
Notice Cinéprofil
Vu en octobre 2008:
Quel drôle de film! "Drôle dans le sens d'étrange, bizarroïde. Difficile d'y déceler quelque chose de réellement humoristique. Encore que certains dialogues, clins d'oeil et effets de mise en scène grotesques (quasi parodiques du film noir) sont là pour semble-t-il faire rire. Oui. Etonnant. Parce que c'est très mauvais. C'est maladroit et paradoxalement cela manque de finesse. Robbe-Grillet ne maîtrise pas du tout l'aspect comique qu'il a voulu donner à son film, si bien qu'il en devient ridicule parfois.

Sinon, le cinéaste mêle pas mal d'éléments. Trop sans doute, à tel point qu'on est souvent perdu par la multitude de symboles, clins d'oeil, des déviations du récit. La narration est par moments incompréhensible ; la mise en scène s'alourdit, illisible et ce, dès le départ. Mille détails qui se veulent, je le suppose, je l'espère, plein de signification finissent par peser sur l'histoire elle même.

Par dessus le marché, Robbe-Grillet a sur-ajouté à son histoire d'espionnage à deux balles à blanc ses obsessions sexuelles qui lui permettent d'aborder le thème du viol, si cher à sa libido, celui du bondage et de montrer du nichon à peu de frais. Tant pis pour le salut du scénario. Paix à son âme.
Je ne lui reproche en aucune façon d'être obsédé, grand bien lui fasse, non, je lui reproche plutôt le fait que cette obsession vient parasiter le film, l'alourdir, alors qu'il est déjà bien compliqué et ampoulé d'inutiles démonstrations vaniteuses.

Certes, quelques plans sont bien cadrés, certaines scènes sont joliment filmées. Par exemple, Marie-France Pisier apparait de bien belle façon avec un montage de plusieurs plans successifs. Pose picturale.

Mais cela n'empêche pas le film d'avoir l'air factice, un peu beaucoup masturbatoire, sans saveur, ni intelligence, qui me parait à tout prix et par nombreux artifices vouloir cacher le vide de son propos.

A noter le rôle ingrât jouée donc par la jeune Marie-France Pisier. Face à elle, on a rarement vu un Jean-Louis Trintignant aussi hermétique et froid.

lundi 19 octobre 2009

Tengoku to jigoku


alias : Le paradis et l'enfer
alias : High and low
1963
Cinéaste: Akira Kurosawa
Comédiens: Kyôko Kagawa - Tatsuya Nakadai - Toshirô Mifune - Tatsuya Mihashi
Notice Imdb
Vu en octobre 2008:
Très belle composition de maître Kurosawa. Composition parait être le mot le plus adéquat pour évoquer le cinéma du monsieur. C'est ce qui m'a sauté à la rétine. Tout de suite. On est saisi par les mouvements des personnages dans le cadre, mouvement perpétuel, chorégraphies étranges qui rappellent les mouvements d'infanterie ou de cavalerie dans Kagemusha et Ran (excusez je n'ai vu que trop peu de Kurosawa). Ces mouvements, uniquement dans l'horizontal si mes souvenirs sont bons, sautent d'autant plus aux yeux que la caméra balaie le champ de vision simultanément de gauche à droite ou inversement, soit accompagnant le mouvement des personnages, soit en s'en éloignant. Pourtant la caméra n'en finit pas de les englober. Peu ou pas de rejet à ma connaissance. Elle ne lache pas l'action. C'est évident, cela surprend un peu au départ mais très vite l'on s'habitue puis l'on y prend goût. Non pas que l'on se sente emporté par une sorte de valse suave et agréable. Au contraire, ces mouvements continus assurent une tension permanente. L'angoisse de la disparition comme le suspense propre à l'enquête sont enchaînés par ce balancement de la caméra. Les personnages restent ballottés par l'oscillation. Ca fonctionne.

J'étais très curieux de voir un Kurosawa contemporain, sans costumes ni samouraï. Un polar kurosawesque? Très intrigant. Et je ne fus pas déçu.

Sans aller jusqu'à la maîtrise hitchcokienne du suspense, celui de Kurosawa se défend bien, pas seulement sur la forme comme je l'ai indiqué plus haut mais aussi grâce à une bonne intrigue. Les vissicitudes par lesquelles les protagonistes passent rappellent celles que connaissent Stewart et Day dans L'homme qui en savait trop (l'enlèvement du marmot et la monstrueuse angoisse consécutive qui pèsent sur les parents).

S'il ne s'agissait que de cela, un kidnapping, le film pourrait être un efficace divertissement. Mais Kurosawa ne s'en contente pas. Il nous gratifie sur ce prétexte criminel d'une critique assez violente du libéralisme économique, de la recherche fondamentalement cruelle du profit, coûte que coûte. Le cinéaste ne dépeint pas pour autant un simpliste portrait de l'humanité. Les monstres aussi bien en enfer qu'au paradis. La critique sociale n'est pas du tout basée sur un concept de lutte des classes. C'est beaucoup plus subtil que cela.
Il est encore question d'honneur. L'âpreté au gain, la vénalité, l'argent comme arme de guerre sociale, semblent corroder les relations humaines.

***SPOILER:
Le bras droit de Gondo n'hésite pas à abandonner son patron dès lors qu'il se sent obligé de payer la rançon et de perdre sa fortune et ses chances de prendre en main la compagnie. Sa fidélité a ses limites. Au niveau du porte-monnaie. Dans le même temps, les policiers, unanimes témoins de cette déchéance morale vont mettre un point d'honneur à retrouver le gamin et l'argent pour honorer le geste sacrificiel de Gondo.
*** fin du SPOILER

L'intrigue permet dans la tourmente de souligner les rapports de fidélité entre les hommes, leur solidité. C'est donc à un film hautement moraliste que Kurosawa nous fait prendre part. Et beaucoup plus touffu, profond que je le pense encore sans doute. Il me faudra en siroter les autres couches plus tard.

Est-il nécessaire de le dire? Le film regorge de plans qui sont tout bonnement sublimes. A ce propos, la scène de la rue des junkies, si elle est un brin grandiloquente dans la gestuelle, n'en est pas moins incroyablement belle. On pense presque aux morts vivants de Romero. La photo est sublime. Grand merci à Criterion pour son édition qui magnifie ces peintures métalliques du suspense. Les lunettes réfléchissantes du tueur deviennent des yeux globuleux, des billes d'acier, un Terminator avant l'heure.

Net et sans grande bavure.
Le début est peut-être un peu long à mettre en place les éléments de la représentation. La scène de la ruelle junkie frôle peut-être le ridicule, elle y échappe essentiellement par la beauté des images comme je le disais.

Entre les murs


alias : The class
Cinéaste: Laurent Cantet
Comédiens: François Bégaudeau
Notice Imdb
Vu en octobre 2008:
J'aime pas faire le rabat-joie. C'est ingrat comme rôle, on a l'air d'un chialeur impénitent. Mais bon, là, une palme d'or, faut pas déconner quand même.

Je suis allé voir ce film avec aucune arrière pensée, je n'avais rien lu, comme d'hab, et à la rigueur j'y allais avec sympathie pour le foin médiatique que le documentaire fiction avait engendré un peu partout. "Docu fiction" c'est dire le peu que je savais du film. Donc aucun a priori, si ce n'est un poil de positivité.

Je n'ai pas non plus trouvé le film foncièrement mauvais, loin de là. Le suivre n'a pas été un pénible labeur. J'ai vu quelques minutes d'un documentaire jusqu'à me rendre compte qu'effectivement cela n'avait rien à voir avec un documentaire. La première anicroche vient du jeu médiocre d'ailleurs des profs. Ca saute au visage, ça arrache les oreilles ces discours convenus, récités, beaucoup trop textués si l'on puit dire. J'ai travaillé dans l'enseignement et je n'ai jamais entendu parler les gens comme ça. Les adultes sonnent faux dans ce film. D'entrée d'ailleurs avec ce prof qui pleurniche découvrant que les ados sont exaspérants. Jamais un prof ne pourrait faire ça, avouer ainsi, déclamer son incapacité à tenir le coup, à avoir les nerfs solides. La difficulté d'enseigner elle se traduit avec plus de subtilité dans la vraie vie. On ne peut pas déclarer à tout le monde qu'on s'est trompé comme ça, ou qu'on est nul, qu'on se sent une merde. Ca peut arriver, mais sous le biais de la confidence, de l'aveu intime. Cette scène et bien d'autres ensuite m'ont complètement sorti du film. S'il n'y avait que celle-là... mais le film en regorge. Le pompon revient à l'irréel conseil de classe et les profs qui parlent librement des élèves devant les parents et les délégués d'élève... incroyable mais faux. Le prof principal se permettant de qualifier un élève de limité, sans que personne autour de la table ne trouve à redire d'une pareille anerie, c'est trop ahurissant pour foutre en l'air la crédibilité du film.

Ensuite je ne comprends pas le parti pris tout aussi inepte de distordre la réalité que le scénario nous propose avec au milieu du film une césure nette dans le trajet du prof François. Le film se coupe en deux parties. La première où François va chercher les élèves en difficultés, les trouve pour la plupart et la deuxième où subitement il baisse les bras, révélant un double langage là encore peu crédible. Ca n'a pas de sens. Pourquoi. On ne sait pas. Comment peut-il parler d'un élève en qui il a réussi à trouver des potentialités, qu'il est limité. Limite qu'il pose lui même, gratuitement. Voltaire en quatrième? Pas possible, trop difficile. Il est l'auteur de son propre échec en tant que prof. On se retrouve donc avec un prof cohérent, ambitieux dans la première partie et qui devient d'un coup d'un seul défaitiste? Pourquoi? Sait toujours pas et on ne saura jamais, forcément, c'est absurde.
Alors peut-être le cinéaste voulait-il nous montrer qu'il se cachait dans un premier temps derrière des discours pédago-in et un entrain, un dynamisme de bon aloi mais en fait de pacotille? Ah. Je n'ai pas vu la nuance dans la première partie. J'ai vu la transformation brusque du prof, pas une lente dégradation. Et je n'y crois plus non plus. On veut nous dire que le métier de prof est un travail sur le fil du rasoir, entre réussite et échec? Pas très convaincante cette démonstration, avec la démarche assurée d'un élép... mammouth!

Du reste, ne savait-on pas déjà tout ce que le film montre? N'est-ce pas enfoncer des portes ouvertes? Rien d'original n'effleure véritablement.

Alors cherchons du côté des émotions. Elles m'ont beaucoup plus interpellé. Comme cet aveu effrayant, humble et naïf de l'élève à la fin de l'année/ Ou bien le conseil de discipline confrontant deux mondes, celui des parents et de la mère non francophone du petit Soulemane (ce gamin, Franck Keita si mes souvenirs du générique sont bons, est époustouflant et donne tout l'intérêt au film, sublime prestation, je suis soufflé). Les enfants dans l'ensemble sont pas mal, amateurs et pourtant investis complètement dans leurs rôles. Comme je le disais plus haut, on ne peut malheureusement pas en dire autant des adultes qui ne sont pas loin d'être à faire popo.

Et donc une palme d'or... je ne comprends toujours pas. J'ai bien essayé de juger de mon ressenti en m'imaginant l'ayant vu sans connaître cette récompense mais ce n'est pas possible. Je suppose que j'aurais dit à peu près la même chose mais je n'aurais pas prêté autant d'attention au film.

Vicky Cristina Barcelona


2008
Cinéaste: Woody Allen
Comédiens: Rebecca Hall - Scarlett Johansson - Patricia Clarkson - Javier Bardem - Penélope Cruz
Notice Imdb
Vu en octobre 2008:
Un Woody Allen mineur, m'est avis.

La photographie certes chaude, orange, citronnée, agrume donc, est à quelques rares plans près d'une banalité attristante. Il est vrai que le sujet l'emporte sur l'écrin, mais j'aurais tant voulu retrouver Barcelone. Tant pis, Allen aurait dû y séjourner plus longtemps pour parvenir à en imprégner davantage son film. Il est encore vrai qu'Allen semble laisser de plus en plus l'aspect esthétique en marge de ses derniers films (encore que cet avis me parait un pet gratuit étant donné que je ne les pas tous vus).

Revenons sur le fond, cela semble plus important en ce qui concerne ce film. Plus important, c'est vite dit parce que l'histoire et les interrogations auxquelles nos protagonistes sont confrontées ne sont pas d'une grande profondeur. Elles sont jeunes et perdues. Le portrait subreptice abordé par le personnage joué par Clarkson vient contredire cela de manière pas vraiment convaincante d'ailleurs. Ces femmes paraissent simplement confondues par leur manque d'originalité. Attachées à leurs histoire d'amour plus par conditionnement culturel et social que par la vérité et la force de leurs engagements, on a l'impression d'avoir affaire à des petites filles se rendant compte que le conte de fées est cruel, mais surtout irréel. Que la fête est finie. Pourtant, elles finissent sans révolte à accepter cela. La vérité n'est qu'une passade, la passion qu'un doux moment. Renversement de valeur d'une horrible placidité.
Finalement, les espagnols paraissent les seuls vivants dans cette histoire, les seuls adultes, les seuls amoureux.

Le film n'est pas vraiment une comédie. Les moments de rigolade se comptent sur le doigt d'une main. Et c'est vraiment plus le portrait de la femme face à son engagement, face à ses sentiments, sur la fidélité, et la définition qu'elles se font de l'amour, du désir. A la fin la morale est sauve, la société gagne. Les êtres ne sortent pas grandis de leur histoire et de leurs tourments amoureux. Aussi le film est-il au fond plus proche de la tragédie que de la comédie.

Quant aux interprêtes, rien de sensationnel, à l'exception des deux espagnols. Cruz sortant de l'hosto, déprimée, ou pimpante de joie et de désir est d'une beauté renversante. Johansson fait bien pâle figure à côté. Peut-être que le fait de s'ingénier tout le long du film à jouer Allen des mains et de la voix n'aide pas. Je ne connaissais pas Hall qui m'a bien plu sur le plan plastique mais dont la richesse du personnage semble par moments lui échapper quelque peu.

Malgré tous les griefs exposés, j'ai pourtant passé un assez agréable moment. Pas extraordinaire, malheureusement. D'une jouissance mesurée. Il se détache quelque chose de bonbonesque, de mignon, de doux et délicat, comme une lente descente, d'une colline un soir d'été. C'est l'automne frisquet qui me met dans cet état?
Il y a un regard américain attendri et donc attendrissant sur l'Europe et les européens. Quelque chose de naïf, presque niais, mais finalement adorable. Peut-être que je dis ça parce que c'est Allen et qu'il a mon affection et mon respect dès le départ. Il dirait des énormités que je lui chercherais toujours des circonstances atténuantes. Quelque part, je suis de mauvaise foi.

Combien tu m'aimes?


2005
Cinéaste: Bertrand Blier
Comédiens: Monica Bellucci - Bernard Campan - Gérard Depardieu - Edouard Baer
Notice Imdb
Vu en octobre 2008:
Cela faisait fort longtemps que je n'avais pas vu un film de Blier et je constate avec bonheur que le plaisir est toujours aussi vif de retrouver cette mise en scène si spéciale, si particulière, inimitable, faite de choix étranges, notamment celui de concentrer les rayons de la caméra sur les visages, les dos, les corps qui parlent.
La caméra est le plus souvent fixe. Quand elle se meut, c'est avec une douceur et une tendresse émouvante, en travelling délicat, doucement, comme à voix basse.
Les acteurs disent leur texte, l'énoncent de manière très rigide. On sent qu'il en coûte aux personnages de parler, d'attendre la réaction de l'autre, en pûre provocation.

La musique des mots chez Blier n'appartient qu'à Blier. Le ticket du voyage n'est semble-t-il pas accessible à tout le monde, à lire les critiques; nombreuses sont celles qui reprochent aux personnages leur manque de morale, leur cynisme, le nihilisme latent du cinéma de Blier. C'est étrange.

Blier filme l'amour, le désir, l'appartenance à l'autre, le don de soi dans les sentiments, l'intransigeance, les espoirs, les désillusions, les places que l'individu s'accorde ou que la société lui accorde, les liens que l'on s'échine à déchirer, les boulets qui nous enchaînent à notre souffrance et la fragilité des aboutissements. Ici, il s'agit de filmer les incroyables nuances du sentiment amoureux, les émouvantes circonvolutions des liens, la naissance et l'affermissement du désir d'être avec l'autre, l'attachement, la violence et la peur que cela engendre.

La relation Belluci/Campan est superbement filmée, auscultée même. Le dessin est rude, brutal. Blier ne fait pas dans la dentelle. Quand la dentelle se promène sur sa pellicule c'est pour être tiraillée, lacérée, souillée. Mais la salissure chez Blier n'est mise en évidence que pour mettre en exergue la beauté du vrai, de l'évidence. Le sali montre le beau, en contraste. Comme rouge et noir. Sali devient saillant. Salop devient salut. Blier devient beau.

Bien sûr ce n'est pas évident. Le cinéma de Blier n'est pas d'un accès facile, ni universel, il est pouilleux. Il sent mauvais de prime abord. Faut aller le chercher. L'écouter comme une chanson d'une heure et demi.
Je comprends la confusion des sentiments à l'égard de ce film. D'aspect rèche, apre, j'ai envie de dire astringent même, le film ne se laisse pas faire. Mais comme tous les Blier, ce film est un diamant brut, qu'il faut savoir travailler. Je le comprends et le regrette.

Le cinéma de Blier c'est aussi un cinéma d'acteur. Des numéros de clowns tristes de toute beauté, ce film en offre à foison. J'ai pris un panard terrible devant les scènes de Darroussin. Je découvre une très bonne actrice Farida Rahouadj. Je sirote la prestation de François Rollin, un type fin et massif qui devrait plus jouer. J'ai adoré la justesse d'Edouard Baer.
Au départ réticent à voir la bouille de Campan dans un rôle sérieux, j'ai très vite été épaté par sa gravité et son regard quand il se noie dans celui de Belluci.
Petit bémol avec un investissement de Depardieu que j'ai trouvé moins intense qu'à l'habitude. Bizarre.

Et puis la photo que j'ai trouvé "numérique", froide, télévisuelle par moments (l'éclairage trop vif?)

Erreur de la banque en votre faveur


2009
Cinéastes: Gérard Bitton - Michel Munz
Comédiens: Gérard Lanvin - Jean-Pierre Darroussin - Barbara Schulz - Jennifer Decker
Notice Imdb
Barbara Schulz

et Jean-Pierre Darroussin,

voici les deux bonnes raisons qui m'ont incité à voir ce film. Des oui-dire négatifs m'avaient quelque peu refroidi et je crois avoir eu raison d'en faire fi car, sans être un grand film, il a quelques éléments à faire valoir. Au premier rang desquels on pourrait placer la distribution, d'autant plus que le scénario investit sur une pléthore de rôles secondaires et de petites participations qui offrent à toutes les générations du cinéma français actuel de belles opportunités de faire la démonstraiton de leur talent. Le trombinoscope du film est une longue tirade où se cotoient des têtes familières qu'on avait pas vues depuis belle lurette jusqu'à celles que l'on revoit régulièrement depuis quelques années en passant par celles qui pourraient fort bien avoir un avenir prolifique.

L'histoire est un conte moral satirique, avec ce que cela implique de naïveté dans le discours mais également d'exagération dans la caractérisation des personnages : les banquiers et les patrons sont tous des salopards aussi vils et cyniques que des gangsters sans foi ni loi pendant que les petites gens sont aimables et sympathiques.

Sur un tempo assez lent, cette comédie de moeurs s'offre quelques séquences burlesques. On les compte sur les doigts de la main. Par exemple, cette opération chirurgicale monty pythonesque. Mais le film reste relativement réaliste en raison de l'intrigue quasi policière qui sert de prétexte aux scénaristes pour infiltrer le milieu de la haute finance, vu d'en haut et d'en bas, afin d'offrir un parallèle plein de contrastes et sans doute d'enseignements. Ces derniers, vous vous en doutez, sont limités à un portrait peu flatteur du monde de la banque et des boursicoteurs.

Ce n'est pas là qu'on trouvera matière à sourire mais bien plus dans les différents personnages et les très bons acteurs qui les jouent. Par bien de ses aspects formels, le film m'a fait penser à ces comédies françaises gentillettes de l'après-guerre destinées uniquement à divertir le plus large public, sans trop argumenter. Ces films étaient plus des radeaux qui flottaient et se contentaient de subir le courant que des barques navigables ayant une destination bien précise. On a le sentiment que ce film-là suit également le même cours, tranquille, que l'aspect sommaire et même très banal du scénario favorise des espaces d'expression à la floppée de comédiens. Un film "cour de récré" où tout ce petit monde s'amuse, sans faire de mal à personne, en n'ayant d'autre ambition que de faire sourire.

Et bien souvent ce genre de petite production, peu importante, transparente, se trouve très révélatrice de son époque. Celle-là me semble en effet ancrée dans ses soucis contemporains, dans ses malentendus, ses déceptions, ses aigreurs, ses fatigues. J'ai l'impression qu'on a là un film de socialistes paumés et infoutus de reprendre les rênes du pouvoir faute de discours d'avenir et mobilisateur. Un film de désillusionnés. Je suis sûr que ce film qui n'a l'air de rien sera plus tard un bon exemple de ce que pouvaient ressentir les parisiens du début du XXIe siècle (vus par des bobos, on est loin de la Courneuve).

Trombi:
Gérard Lanvin:

Le superbe Philippe Magnan, impeccable, j'adore ce type:

Scali Delpeyrat:

Jennifer Decker:

Eric Berger:

Eric Naggar, très intéressant comme acteur:

Roger Van Hool (Oscar himself, si!):

Jean-Yves Chatelais:

Quel plaisir de revoir Roger Dumas :

Laurent Gamelon:

Toujours très discrète mais efficace Marie-Christine Adam:

Martin Lamotte:

Valérie Kéruzoré (connaissais pas, intéressante):

Karine Belly: (connaissais pas non plus, j'ai été moins emballé)

Frédéric Bouraly:

Gwendoline Hamon:

Philippe Hérisson et Véronique Barrault:

Tatiana Gousseff:

Véronique Boulanger: (voilà le type de tête que je connais mais dont j'ai un mal fou à retrouver où et quand j'ai bien pu la voir)

Christophe Guybet (le fils de):

Merde! Récré A2! Gérard Chambre:

Olivier Granier:

Me demandez pas pourquoi, elle m'a tapé dans l'oeil, Nathalie Auffret:

Peau de vache


2001
Cinéaste: Gérald Hustache-Mathieu
Comédiens: Clémence Massart-Weit - Sophie Quinton - Olivier Saint-Jours - Jean-Claude Blanchard
Notice Imdb
Encore plus court que son précédent "La chatte andalouse", cette "Peau de vache" atteint la vingtaine de minutes. Sophie Quinton est toujours l'actrice principale. Elle illumine encore le film de sa présence.

Seulement l'histoire, certes mignonne, ne me transporte pas autant. C'est une bonne idée que de vouloir évoquer les tracas adolescents, de l'épanouissement identitaire de cette jeune fille dont l'horizon affectif s'arrête à un père peu bavard, une marâtre et des champs de betteraves.

Elle se raccroche à la vie en se pensant "vache" et amoureuse de Paco, le taureau du troupeau. Le cheminement mystérieux de la première partie du film fait forcément penser à la même délicate et ordonnée mise en scène que dans "La chatte andalouse". Confrontée à des scènes dont le sens lui échappe, le spectateur se trouve comme happé par le film dans un premier temps. Ensuite, libre à lui d'en être ravi ou non. Quant à moi, ce ne fut pas vraiment le cas cette fois-ci. L'application à embellir son film de jolies séquences et surtout le très grand soin pris sur l'accompagnement sonore donnent à certaines scènes une puissance d'évocation assez intéressante. Le bruit du vent dans les branches à cet égard en est le meilleur exemple.

César du meilleur court 2003, je crois.


Trombi:
Jean-Claude Blanchard :

Clémence Massart-Weit:

Olivier Saint-Jours:

dimanche 18 octobre 2009

Son of Fury: The Story of Benjamin Blake


alias : Le chevalier de la vengeance
1942
Cinéaste: John Cromwell
Comédiens: Tyrone Power - Gene Tierney - George Sanders - Frances Farmer
Notice Imdb
Vu en octobre 2008:
Pour une fois le titre francophone tombe pile poil sur l'axe central du film, à savoir, la vengeance.

Sans aller jusqu'à une débauche d'action, d'aventure et autres ingrédients du pûr cinéma de divertissement, on nous a concocté un petit film doté d'éléments intéressants. Mis bout à bout, ils légitiment le visionnage.

Au premier rang se dessine la silhouette fine et le minois de la jeune et souriante Gene Tierney. On la dirait sortie tout droit du lycée. Incroyable fraîcheur!
Le très bon jeune, très jeune Roddy McDowall est étonnant, respirant une certaine aisance. J'avoue ne pas l'avoir reconnu et m'être rendu compte alors que je disposais désormais d'un second anus.
C'est toujours un plaisir jouissif (je doute de l'à propos d'une telle assertion) de retrouver la verve (tsss) de George Sanders. En plus le saligaud joue un fameux salopard.
J'ai été tout aussi comblé de voir le nom d'Elsa Lanchester apparaître au générique. Encore jeune, elle offre un joli regard malgré son minois pas très mignon. Il y a ce qu'on appelle du chien chez cette femme, un charme qui n'a pas laissé Charles Laughton de marbre et on le comprend mieux en envisageant cette actrice comme quelqu'un de captivant, par son énergie, par son intelligence qui transparait dans la gestuelle et dans les yeux. Elle a une présence comique non dénuée d'élégance. Bref, je l'aime beaucoup. Et c'est un plaisir que de la découvrir dans ce film, même si ce n'est que l'espace d'une seule scène.

Le casting n'est pas le seul bon point du film. Si la mise en scène est somme toute ordinaire, le film par son scénario nous emmène dans un périple dépaysant. Sur les flots, sur les plages, sous les eaux (on a droit en effet à quelques séquences sousmarines), les personnages s'éloignent des geôles, écuries et auberges de la partie anglaise. C'est d'ailleurs un tantinet sur ces contrastes géographiques que le scénario compte activer le rythme du film. C'est fort dommage qu'ils aient beaucoup trop investi là-dessus.

Cleopatra


2007
Cinéaste: Júlio Bressane
Comédiens: Miguel Falabella - Bruno Garcia - Alessandra Negrini
Notice IMDB
Vu en octobre 2008:

Navet ou nanar?
Difficile de se faire une opinion.

Pendant une large partie du film je l'aurais classer sans hésiter dans la série "navet pseudo intello". Le film nous sert des scènes extra-longues inutiles, des dialogues creux aux formes aussi auto-satisfaites que réellement grotesques et surtout une mise en scène théâtrale si limitée que le manque criant d'invention fait peine à voir. En parlant de limite, le jeu des comédiens est tout autant pitoyable. Je donnerais volontiers le pompon à Bruno Garcia dans le rôle de Marc Antoine. Alessandra Negrini est mauvaise mais je soupçonne ici que le metteur en scène ne lui a pas facilité la tâche en lui imposant un parti pris sur certaines scènes qui fait passer le film dans une autre catégorie. C'est à ce propos que mon coeur balance à l'heure de classer le film dans les nanars.


Il y a en effet des scènes dont le ridicule atteint des sommets qui ne peuvent que nous inciter à agiter les zygomatiques. Les singeries, grimaces et autres gesticulations grotesques auxquels les acteurs se livrent maintes fois sont tellement en inadéquation avec la posture générale du film, qui se veut sérieux (j'en suis persuadé : les personnages passent leur temps à prendre des poses et à énoncer des sentences vaines tout en se regardant les déclamer), toute cette boursouflure simiesque, avec tout le tremblement (littéralement hein! à de nombreuses reprises des personnages miment les tremblements épileptiques de Jules César) place le film dans les sphères comiques, indéniablement comme involontairement.

samedi 17 octobre 2009

La chatte andalouse


2002
Cinéaste: Gérald Hustache-Mathieu
Comédiens: Blanca Li - Cédric Grimoin - Clémence Massart-Weit - Sophie Quinton
Notice Imdb

Une cinquantaine de minutes très bien écrites, qui dessinent une histoire en forme de mystère humain et qui s'interrogent sur la foi, la sexualité, le corps et l'amour. Difficile pour moi d'en parler sans spoiler. Pour ce film moins qu'un autre, il ne faut révéler les secrets de cette chatte andalouse. Je vais essayer de rester le plus abscons possible. Que dire? J'aurais volontiers l'envie d'être loquace. C'est d'abord l'écriture très intelligente qui domine. Un très beau travail de Gérald Hustache-Mathieu. On est happé par un mystère : on découvre une bonne soeur qui vend des pots de miel sur le marché et qui va chercher des préservatifs, qui reçoit un homme dans une maison isolée sur le bord d'une falaise normande et qui pour finir, démoule un phallus en platre qu'elle peint en bleu

pour l'entreposer sur une bibliothèque déjà garnie d'une myriade d'autres verges bleues.

Le reste du film est l'explication raisonnable de ces extravagances. On prend part à une tranche de vie pendant laquelle cette jeune soeur apprend à vivre avec sa foi et ses pulsions,

une histoire très ouverte, tolérante où l'individu trouve une route à sa dimension, c'est à dire complexe, pleine de détours et de virages plus ou moins faciles à négocier. Désolé, c'est forcément très vague. Le noeud du film réside essentiellement dans la révélation de cette intrigue que je dois absolument ne pas révéler.

Au delà de cet aspect spectaculaire et mystérieux, un fond, une interrogation, un semblant de réponse et une très belle ode à la joie, à la simplicité des rapports amoureux, de la relation entre corps et âme viennent donner une savoureuse densité au tout.

Pour incarner cette belle histoire il fallait la grâce -le terme est on ne peut mieux choisi, merci- la beauté blonde et fraîche, naturellement en plus du talent de la comédienne. Avec ses grands yeux si ouverts, si bleus qu'ils semblent autant faits pour écouter que pour voir, avec la douceur de ses gestes et l'attention tactile qu'elle parvient à exprimer, j'ai l'intime conviction que l'actrice Sophie Quinton livre là une performance de très haute tenue, d'une justesse hallucinante en même temps qu'on la sent encore empreinte non d'une certaine candeur mais disons d'une heureuse incertitude, celle des débutants.

Cela donne quelque chose de très beau, sur un fil très touchant. Elle porte littéralement le film sur ses frêles épaules, aidée tout de même par deux comédiens aux rôles moins dispendieux en efforts, Blanca Li

et Cédric Grimoin.

Ce film est pour moi l'occasion de très festives découvertes entre celle d'une formidable comédienne, mais également d'un auteur aux aspirations très attirantes, à l'humour très particulier, entre gags brutaux et situations de contrastes mais toujours plein d'une infinie tendresse pour tous les personnages.


Un cinéma chaleureux, complice, jamais moqueur, ni violent et qui aborde des notions assez graves entre spiritualité et sexualité avec un recul et une audace vivifiants. Un film sur les choix de la vie, sur l'amour dans tous les sens du terme, l'amour de Dieu, l'amour de son prochain et l'amour sexué.

vendredi 16 octobre 2009

Flesh and bone


alias : Le lien
1993
Cinéaste: Steven Kloves
Comédiens: Dennis Quaid - Meg Ryan - James Caan - Gwyneth Paltrow
Notice Imdb
Film sur les liens filiaux, sur l'héritage, ce sang qui semble tellement faire plus que rouler dans nos veines. Surtout, lui attribue-t-on le pouvoir de manière irrationnelle de dicter des règles du sort inaliénables. Bref, qu'il est dur de tuer le père! Et ce film aux accents texans prononcés se donne des airs de tragédie grecque, avec ses destins tracés par des dieux cyniques et faibles, des routes qui se croisent avec fracas et une violence qu'on croirait tellurique, venue du tréfond des enfers.

C'est un sujet qui, fut un temps, m'aurait impressionné, passionné, frappé au coeur et aux tripes. Il aurait pu contribuer peut-être à répondre à des questions personnelles qui me tarabustaient. Aujourd'hui ces questions, résolues, ne me hantent plus du tout et paraissent un héritage très léger, ni poignant ni imbécile, juste une histoire terminée. Aussi celle de ce film me parait-elle presque dessinée d'une manière un peu schématique, voire simpliste. Attention, ce n'est qu'une impression furtive, bien après le visionnage. Pendant la lecture du film, j'ai passé un bon moment avec une intrigue à suspense qui tient l'attention.

J'ai un peu été émoussé par la contribution parfois exagérée des comédiens, surtout James Caan.

Ayant un petit battement de coeur pour Miss Ryan,

j'ai été étonné de retrouver dans ce rôle dramatique les caractéristiques de jeu qu'elle produit dans les films plus légers, notamment en comédie. Au risque de me faire houspiller par ma blonde, je remarque également que le petite Gwyneth Paltrow toute jeunette est déjà pétrie de talent.

Quand à Quaid, son personnage est assez renfermé et peu dissert pour lui permettre de ne pas gesticuler et cabotiner, ce qui n'est pas un tort.

Bref un petit film qui a plus l'air intelligent qu'il en a la chanson mais qui a le mérite d'utiliser des prétextes graves et profonds pour raconter une histoire universelle et spectaculaire avec ce qu'il faut de stetsons, de pré immenses et infinis, de chevaux et d'accent roulant pour lui donner une patine des plus roots.

Mini trombi:
Scott Wilson:

Ron Kuhlman:

Christopher Rydell:

Columbo : An exercise in fatality


alias : Columbo : Exercice fatal
1974
Réalisateur: Bernard L. Kowalski
Comédiens: Peter Falk - Robert Conrad
Notice Imdb
Ahhhh! Quel plaisir de revoir ce bonhomme là! Robert Conrad représente pour le vieil homme que je suis devenu à l'aube de mes 37 printemps une icone de ma jeunesse téléphagique. J'ai grandi avec cette image de virilité, de courage, de bogossitude via les Mystères de l'Ouest et les Têtes brûlées qui coloraient mes après-midis de vacances. Aussi faut-il que je prenne en considération dans mon appréciation générale l'aspect indéniablement madeleine de Proust. J'ai donc un énorme a priori positif.

Avouez cependant que le scénario concocté par Larry Cohen et Fischer est très bien construit. Cette histoire fait partie des très bons Columbos, peut-être même parmi les meilleurs. Quoiqu'il en soit, cette saison 4 part sur des chapeaux de roues, sur la même intense et spectaculaire qualité de la fin de saison 3. On sirote une divine continuité et nous retrouvons l'heureux crescendo dans l'irritation du criminel. D'abord conciliant et sympathique Conrad prend le chemin progressif de l'exaspération face à un Columbo fouineur entêté et se faisant passer pour un imbécile. Cette montée de tension est très bien amenée.

L'enquête est suivie pas à pas sur les lieux du crime et c'est toujours un grand plaisir pour moi de voir sans l'entendre le cheminement, le processus de pensée du lieutenant. J'adore ça. En quelques gestes, deux ou trois regards, on devine qu'il sent l'entourloupe et nous comprenons avec lui.

Cet épisode, encore une fois, n'est pas avare en petites scénettes humoristiques jouant sur les inaptitudes de Columbo. D'abord, le lieutenant ne faisant pas partie de l'humaine engeance friante de joies et dépassements sportifs, lorsqu'il s'agit de faire un footing avec Conrad sur la plage, l'exercice se revèle rapidement périlleux.

Et les séances de remise en forme dans la salle de sport n'y feront rien.

Il y a également ce gouffre maintes fois utilisé dans la série entre Columbo et la perfide technologie. Ici, qu'il s'agisse de l'enregistreur sur bande magnétique ou plus encore quand sa demande de renseignements se solde par une attente le temps que l'ordinateur traite les informations, Columbo semble abasourdi par les prodiges de la machine. C'est avec cet air presque hébété, entre incompréhension et admiration que Peter Falk réussit à donner un discret comique à ces séquences. Discret car cela ne prend que quelques secondes, donne un coup de vent au récit sans jamais rompre l'essentiel, le fil de l'intrigue, ni dans le rythme, encore moins dans la cohésion d'ensemble.

Je note au passage qu'on a là encore une fois un très bon épisode réalisé par Bernard L. Kowalski. Ecrit avec jugeotte et équilibre, le film est d'une clarté et d'une évidence qui le classent parmi les tous meilleurs. La saison démarre avec un splendide fracas. Oui!

Trombi:
Gretchen Corbett:

Collin Wilcox Paxton:

Philip Bruns:

Darrell Zwerling:

Susan Jacoby:

jeudi 15 octobre 2009

Columbo : A friend in deed


alias : Columbo : En toute amitié
1974
Réalisateur:
Ben Gazzara
Comédiens: Peter Falk - Richard Kiley - Val Avery
Notice Imdb
Pour mettre un terme à cette très belle saison 3, ces messieurs nous ont offert un superbe feu d'artifice. Cet épisode est excellent, en tout point.

Mais c'est le scénario qui constitue l'atout premier de cette enquête. D'abord, on découvre avec grand intérêt une nouvelle structure : un meurtre déjà commis, atrocement banal, un homme lors d'une dispute domestique tue sa femme. Il appelle Richard Kiley qui vient maquiller le meurtre en crime de cambrioleur. On se demande bien pourquoi il opère ainsi. Il a pourtant une belle tête de salop. Avec sa barbichette shakespearienne, on aurait tôt fait de lui accoller le rôle de l'assassin, ce qu'il ne manque de faire au milieu de l'épisode en tuant son épouse. Il demande, en fourbe que son physique nous poussait à prévoir, à son "collègue" de lui rendre la pareille. Et v'lan, nous voilà avec le fameux et brillant "criss cross" de l'Inconnu du Nord-Express" du grand Alfred. Sublime mise en scène. Et bien malin le Columbo qui démêlera les fils de cet embrouillamini gigantesque.

D'autant plus que Richard Kiley est parfait dans un rôle de notable californien, plein de morgue et de certitude que son statut social lui assurent au sein même des autorités policières (il est une sorte de commissaire de police). Autant dire qu'il va être jubilatoire de suivre cette auguste personne marcher sur les plates bandes de notre Columbo. En effet, il passe l'épisode à lui faire la leçon, à l'écraser, lui donner des ordres, quémandant un rapport d'enquête qui ne viendra jamais. Parmi les clés du succès de Columbo, il y a cette sorte de revanche puérile qui sommeille au fond de nous tous, celle de l'employé qui n'a pas les moyens de rabattre son caquet au supérieur. Columbo nous offre cette opportunité et c'est toujours un grand plaisir que de le voir feinter l'autorité, toréer la condescendance ou l'ire hiérarchiques.

Comme je l'ai déjà noté dans les épisodes précédents, la série continue de flâner dans de nouveaux environnements sociaux, les plus bas. Pendant longtemps, le lieutenant se voyait invariablement dirigé vers les hautes sphères de la société. Ici, le voilà contraint de cotoyer la plèbe, en la personne de Val Avery

qui a déjà joué dans Columbo deux autres fois (Poids mort 103 et Le grain de sable 203) et on le retrouvera dans un autre plus tard (Jeu d'identité 503). Dans un décors très seventies, un bar où ne picolent que de vieux croutons largement imbibés et au délabrement déjà très avancé, comme le démontrent leurs gueules et tarins patibulaires (mais presque), Columbo pousse son enquête jusqu'au fond d'une salle de billard aux murs rouges qui rappelleront aux amoureux de De Palma la sublime scène orchestrée de Carlito's way. Columbo colle bien à son époque, j'applaudis.

Je continue de battre des mains en découvrant ces petites scènes qui sortent de l'ordinaire de l'enquête pour rentrer dans celui du quotidien. Là, c'est encore une de ses scénettes qui donnent à Columbo l'humanité et la simplicité qui habillent le personnage et le rendent ô combien sympathique. Une banale panne de voiture le contraint à faire du stop en plein milieu du téléfilm. La cassure de rythme pourrait être dangereuse, elle se révèle salutaire, comme une petite bouffée d'oxygène. Jusque là on avait été maintenu au coeur de l'intrigue. De temps en temps, une petite fenêtre comique ou incongrue aère un peu le récit.

Et pour finir, mes aïeux, quel final! Le piège que tend Falk avec l'aide d'Avery est totalement inattendu et imparable : superbe échec et mat, un des tous meilleurs coups de théâtre de la série, assurément! Je vous défie de le voir venir. Un chef d'oeuvre. Beaucoup d'éléments qui font de cet épisode un de mes favoris. Un coup sûr.

A noter qu'à la réalisation Gazzara maitrise son sujet et ses acteurs avec brio.

Trombi:
Michael McGuire:

La très belle Arlene Martel:

John Finnegan:

lundi 12 octobre 2009

G.I. Joe: The rise of cobra


alias : G.I. Joe - Le réveil du Cobra
2009
Cinéaste: Stephen Sommers
Comédiens: Sienna Miller - Adewale Akinnuoye-Agbaje - Christopher Eccleston - Karolina Kurkova
Notice Imdb
Très mauvais film. Commençons par ce qui n'est pas médiocre, ce sera court. On ira chercher cela dans les effets spéciaux qui sans être extraordinaires, sont par moments corrects : la destruction de la tour Eiffel par exemple est plutôt bien fichue.


Par contre, la banquise ou bien les mouvements en "combinaisons assistées" donnent un résultat franchement défaillant. Hé oui, en se penchant sur ce qui va plutôt bien, on trouve tout de même du salopé.

Le plus fort c'est que ce film trouve le moyen d'être prodigieusement emmerdant malgré ses deux heures de spectacles sans temps morts, avec son armada d'effets visuels, sa surenchère d'extraordinaires images et sons pétaradants. Visuellement et auditivement cela explose et virevolte toutes les secondes... et pourtant, on s'ennuie ferme. La faute à un des plus minables scénarii que j'ai eu à subir ces derniers temps. Les situations et les personnages empruntent à toute la culture ciné-s-f des trente dernières années d'X men à Star Wars en passant par les Transformers et Independance Day. On peut d'ailleurs tuer le temps en s'amusant à chercher les nombreux plagiats éhontés qui structurent le récit complètement creux et vide d'originalité, de liens, de sens, d'impacts et d'émotions. Le scénario vraisemblablement écrit avec les pieds d'un chimpanzé fatigué fourmille de plein d'incohérences ou exagérations grossières, d'absurdités diverses qui éreintent trop vite. Cela ne tient jamais la route. Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour avoir le sourcil ombrageux lorsqu'on suit, par exemple, une voiture qui traverse la place de l'Etoile et prend la direction de la Défense, pour se retrouver le plan suivant sur les quais près de Notre-Dame. Personne ne semble se formaliser des milliers de morts qu'une poursuite démesurée occasione pour sauver d'autres milliers de vie (la tour Eiffel)? Faut-il évoquer encore l'aspect factice de la banquise qui rappelle la pauvreté et la manque de naturel des décors de Destination Zebra, station polaire, sans en acquérir le charme, ni l'étrange et mystérieuse beauté. Qu'en est-il de l'évolution gratuite des personnages sous prétexte de technologies naissantes qui pour le grand public restent encore nébuleuses? Indigeste et grossier.

Ajoutons à cela des compositions d'acteurs très moyennes (que fait Dennis Quaid là-dedans?)

et vous avez là une ultime caractéristique de ce navet bondissant qui n'aura pas la grâce de faire rire à ses dépens étant dénué de tout humour, ni même involontaire.

Trombi:
Adewale Akinnuoye-Agbaje :

Christopher Eccleston:

Grégory Fitoussi:

Joseph Gordon-Levitt: (non, Luke, je ne suis pas ton père)

Byung-hun Lee:

Sienna Miller:

Rachel Nichols:

Jonathan Pryce:

Saïd Taghmaoui:

Channing Tatum: (indéniablement un des pires acteurs de la sélection)

Arnold Vosloo: (celui-là tient le pompon je pense, une caricature sonnant toujours faux)

Marlon Wayans:

Brendan Fraser:

Tenshi no harawata: Akai kyoshitsu


alias : Angel Guts: Red Classroom
1979
Cinéaste: Chusei Sone
Comédiens: Keizô Kani'e - Jun Aki - Minako Mizushima - Yûki Mizuhara
Notice Imdb
Chusei Sone est un cinéaste esthète, dont l'oeil fourmille d'idées et participe à l'élaboration de plans pensés, riches et habiles. C'est déjà un acquis quand on voit apparaitre son nom au générique : on sait qu'il y aura forcément un langage filmique élaboré, une manière de filmer conçue pour signifier. Parfois il peut se laisser aller à la facilité, comme ce plan de nuit, sous la pluie, où Yûki Mizuhara attend en vain Keizô Kani'e. Quand on attend quelqu'un qui ne vient pas, est-il obligatoire qu'il fasse nuit et qu'il pleuve?

Sinon le cinémascope est très agréablement utilisé. L'oeil est charmé à maintes reprises.

Mais là ne réside pas l'essentiel du film. C'est bien d'avantage dans cette histoire d'amour impossible entre les deux personnages. Lui, Keizô Kani'e,

patron de magazines érotiques trashs,

blasé par son boulot, s'illumine enfin à la vue d'une jeune femme dans un pinku eiga. Il part à sa recherche et la trouve à l'accueil d'un hôtel. Elle, Yûki Mizuhara,

se révèle être en proie à une nymphomanie dévalorisante et autodestructrice. Cette idylle naissante pourrait constituer une bouée de sauvetage mais Keizô Kani'e arrêté pour détournement de mineur disparait de sa vie. Trois ans passent et il la retrouve prostituée. On assiste à la descente aux enfers de ces deux êtres abîmés. Elle, dans une sexualité débridée, culpabilisante et mortifère, lui, dans une passion tout aussi destructrice et aveuglante.

Ce sont ces portraits communs, parallèles, puis qui se réjoignent que Sone met en scène de manière efficace.


Le film manque un peu de rythme mais pas d'idées de mise en scène : les miroirs déformants,

les regards croisés qui en disent long.

Au final, avec des acteurs formidables, sauf peut-être Ryoichi Kusanagi qui en fait toujours des tonnes,

Sone construit un mélodrame très noir où la sexualité joue un rôle très important de catalyseur du mal-être. Les deux personnages souffrent d'une estime de soi considérablement amoindrie. Leurs corps, leurs pulsions polarisent cette douleur, cette inadéquation à la vie urbaine et dense de la vie japonaise.

Un film gris et noir, triste, avec des espoirs sans cesse déçus.

Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby


alias : Les nuits de Talladega: La ballade de Ricky Bobby
alias : Ricky Bobby : roi du circuit
2006
Cinéaste: Adam McKay
Comédiens: Gary Cole - John C. Reilly - Will Ferrell - Michael Clarke Duncan
Notice Imdb

J'ai toujours un peu de mal avec l'humour de Will Ferrell sur le fil du rasoir. Entre pûre dérision et lambeaux réactionnaires, j'hésite encore vraiment à le situer. Le nationalisme est-il fustigé? Point sûr. Dans ce film aussi, certains plans fondent chez moi un doute. Un drapeau américain claquant au vent au moment de la victoire, le bénédicité, la messe pour rééduquer les mômes viennent contredire des propos corrosifs qui explicitement relativisent la sacro-sainte apologie du gain et de la compétition.

Longtemps Ricky Bobby est un imbécile égocentrique, monomaniaque dont l'horizon mental se résume à conduire vite des voitures et à gagner des courses, un crétin qui devra déchanter et se retrouvera au fond du trou pour toucher du doigt des réalités autrement plus complexes et enrichissantes. Le canevas n'est pas nouveau, loin de là. Il n'est que prétexte à donner des scènes à des personnages et des situations les plus absurdes et les plus folles.

Humour physique, humour de la bêtise, humour de la grossiereté sont les ingrédients manouvriers qui vont constituer l'essence comique principale des gags. Fièrement puéril, sans autre ambition que celles soulignées plus haut. C'est à peu près tout, gentiment drôle. Je pense que pour passer un très agréable moment et rire aux éclats il faut avant tout entrer en une sorte d'empathie avec les caractéristiques humoristiques de Will Ferrell, ce qui n'est jusqu'à maintenant pas encore mon cas.

Je ne désespère pas. C'est vraiment une affaire de goût, quelque chose de très personnel et qui ne s'explique pas, qui ne se déplore pas non plus, c'est comme ça. Ce que je veux dire, c'est que je peux comprendre que d'autres y trouvent matière à se fendre la poire. Et dans le même temps, je ne crois pas à la subversion franche et massive de cette histoire. Heureusement, j'ai eu l'heureuse surprise de retrouver l'excentrique et toujours surprenant Sacha Baron Cohen.

Trombi:
Jane Lynch:

Michael Clarke Duncan:

John C. Reilly:

Greg Germann:

Leslie Bibb:

Amy Adams:



Molly Shannon:

Gary Cole:

vendredi 9 octobre 2009

Onna no naka ni iru tanin


alias : The stranger within a woman
alias : The thin line
1966
Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Keiju Kobayashi - Michiyo Aratama - Tatsuya Mihashi - Mitsuko Kusabue
Notice Imdb
Vu en décembre 2008:
Un Naruse surprenant, dans le mauvais sens du terme en ce qui me concerne. Il aborde là (à la fin de sa carrière) un mélodrame où le pathos à son paroxysme vient considérablement alourdir non pas sa mise en scène (heureusement, la majesté et la délicatesse sont toujours de mise) mais son scénario.

Un adultère débouche, au cours d'une baise masochiste, à la mort accidentelle de la femme. Et le type va trimballer son déshonneur et son remords tout le long du film. Peu à peu son sentiment de culpabilité l'envahit de manière destructrice.

Cette descente en enfer proposée par Naruse ne ressemble décidément pas au cinéaste plus prompt à dégager des tourments de l'existence une philosophie (du moins un regard philosophique) de l'acceptation et de la compréhension.
Ici ces notions ne sont pas manquantes. Seul le principal personnage ne parvient pas à prendre du recul devant son crime. Et ne se le pardonne pas. Car il ne le comprend pas.

Que ce soit sa femme ou son ami qu'il a trompés, tout le monde parvient à le pardonner. Lui seul abandonne le combat, trop élevé.

On retrouve Naruse chez tous les personnages sauf le principal. On le retrouve aussi dans sa mise en scène, douce, attentive, symbolique parfois (le tonnerre pour le premier aveu, le tunnel pour le second, le travelling sur le dernier plan, etc.).

Au final il va me falloir, en tant que spectateur, lui pardonner de m'avoir infliger ce personnage fatigant à force de lamentations et d'auto-destruction.

Hideko no shasho-san


alias : Hideko the Bus Conductress
1941
Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Hideko Takamine - Tamae Kiyokawa - Daijirô Natsukawa - Kamatari Fujiwara
Notice imdb
Vu en septembre 2008:
J'ai décidément du mal à comprendre les films que je vois en ce moment. L'automne n'est pas si rude a priori.
Quoiqu'il en soit, ce film présente dans un laps de temps assez court, moins d'une heure, le portrait/trajet de deux personnes, Mr Sonoda (Kamatari Fujiwara en conducteur de bus) et Okoma (la délicieuse Hideko Takamine en hôtesse ou poinçonneuse du même bus). Bizarre que le titre japonais reprenne le nom de l'actrice et non celui de son personnage.

Ils travaillent dans un vieux bus rouillé et sale. L'entreprise est vieillissante. Le patron se soucie plus de son argent, de sa limonade que de son entreprise et ses employés. Ces derniers au contraire se démènent pour sauvegarder la frêle affaire. Ils s'allient les services d'un écrivain public pour rédiger le discours informatif qu'Okoma se propose d'offrir aux clients afin d'agrémenter leur voyage.

Lors de leur trajet, Naruse promène sa caméra sur le Japon rural des années 40, où les costumes cravates cotoient de plus en plus les kimonos. L'on sent déjà que le Japon change.

Naruse comme à son habitude laisse une très large place à ses personnages et surtout ne parait pas montrer du doigt leurs défauts. Comme cherchant à n'être qu'un témoin, sans jugement, il les filme. On frôle l'aspect documentaire. Les nombreux plans décrivant à l'envie les paysages soulignent cet effet de la mise en scène.
C'est donc toujours cette réalisation pleine de délicatesse qui embrasse tout le film et lui donne une résonnance apaisée.

Au final, on ne sait que trop penser. On a l'impression d'avoir assisté à une scène, presque un conte, une portion de vie, mais sans savoir au juste ce qu'il faut en conclure. Une sorte de fable sans morale. La force de Naruse est de donner une grande liberté, morale s'entend, à ses personnages mais ici le spectateur que je suis se retrouve un peu trop seul à donner du sens à cette histoire. Je suis encore un peu perdu, deux jours après l'avoir vu.

Musume tsuma haha


alias : Filles, épouses et mère
alias : Filles, épouses et une mère
1960
Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Setsuko Hara - Hideko Takamine - Akira Takarada - Hiroshi Koizumi
Notice Imdb
Vu en septembre 2008:

Les sous-titres à l'anglais approximatif (orthographe innovante, syntaxe improbable) m'ont peut-être un peu perturbé par moments. J'ai parfois eu du mal à suivre le récit. Ou disons plutôt, je n'ai pas eu accès à toutes les subtilités des dialogues.
Aussi est-ce sans doute plus de ce côté là que je vois le malaise de mon visionnage.

L'histoire ne m'a pas autant parlé qu'à l'accoûtumée. Et comme souvent avec Naruse, le souffle immense de l'histoire m'ébouriffe vers la fin et donne tout le poids légitime du film. Ici, j'ai frôlé l'orgasme sur les dernières minutes du film. Malheureusement, c'est un peu court pour me faire oublier les trop nombreux moments où les sous-titres m'ont laissé tout seul, planté devant les images comme un con. Bref, voilà une histoire de vieille mère de famille qui devient un poids pour ses enfants que je devrais revoir pour mieux l'apprécier. Vivement une édition française.

jeudi 8 octobre 2009

Chair de poule


alias : Highway Pick-Up
1963
Cinéaste: Julien Duvivier
Comédiens: Georges Wilson - Catherine Rouvel - Jean Sorel - Robert Hossein
Notice Imdb

Le générique ne peut qu'être salué par des interjections admiratives : Duvivier (au scénario et à la réalisation), Barjavel (au scénario), les frères Hakim à la production, Delerue (à la musique) et De Lamothe (aux décors). Casting excitant. Je ne connaissais rien du film, j'ai donc découvert un scénario qui se rapproche étrangement d'Ossessione de Luchino Visconti et James Cain. Ici le vagabond est remplacé par un évadé de prison, Robert Hossein.

Le propriétaire du resto-relais est joué par un formidable Georges Wilson, de loin le plus remarquable de la distribution.

Sa femme, qui n'a qu'une idée en tête, se faire la malle avec les économies cachées de son mari, est interprétée par Catherine Rouvel,

un peu juste à mon goût, manquant de nuances dans les changements de registre que son personnage faux et manipulateur lui fait prendre à plusieurs reprises. Robert Hossein ne m'a jamais impressionné jusqu'à maintenant, ni déplu d'ailleurs et cela n'est en rien changé après le visionnage. Il joue un personnage intègre, droit et néanmoins tenté par la chair, sensuelle, de la patronne.

On est tout de même loin de la sexualité exarcerbée que Visconti avait su mettre en image. C'est bien plus le pognon qui mène le couple par le bout du nez.

Film noir à la française, il aborde également la thématique de la violence sourde puis éclatante des culs-terreux avec l'intrusion d'une rencontre "ok-corralienne" vers la fin du film. D'ailleurs, s'il y avait un reproche à faire au film, ce serait bien la gestion du rythme par l'écriture scénaristique. Il est un peu trop long et perd un peu trop de temps sur des personnages annexes. A ce propos, je ne connaissais Jean Sorel que de nom. Son physique et son jeu ordinaires n'ont pas éveillé ma curiosité malheureusement.

En somme, on se retrouve avec un film qui promettait mais n'atteint que difficilement ses objectifs. C'est bel et bien un film noir, à l'ironie profonde, teintée d'amertume, mais le casting ne fait pas d'étincelle et le film s'étire trop en longueur.

Trombi:
Jean Lefebvre et Lucien Raimbourg:

Robert Dalban :

Sophie Grimaldi :

Maurice Nasil:

Armand Mestral:

Nicole Berger :

Bob le flambeur


alias : Bob the Gambler
alias : Fever Heat
1956
Cinéaste: Jean-Pierre Melville
Comédiens : Isabelle Corey - Roger Duchesne - André Garet - Daniel Cauchy
Notice Imdb
Le Breton et Melville ont sans doute dessiné un personnage mythique, haut en couleurs, un enfant au-dessus des hommes. Avec sa blondeur platinée et toujours impeccablement lisse de gomina, Bob (Roger Duchesne) a tout d'un ange, maudit, cela va de soi, qui se brûle les doigts et les ailes dans les bouges ou les casinos. Gueule en acier, mâchoires serrées, yeux d'un bleu métallique et face immaculée ont de quoi mettre les foies à n'importe qui. Le marlou Marc ne moufle guère quand Bob s'énerve. A se demander si ces messieurs n'ont pas voulu évoquer avec ce froid faciès la figure emblématique du Dr Mabuse made in Rudolf Klein-Rogge.

Les prises de vue obliques, en plongée ou contre-plongée, donnent à l'action et aux personnages des airs de bande-dessinée mouvementée dans lesquelles les héros au grand coeur sauvent les innocentes jeunes fille en détresse. Ici, on évolue plutôt dans le noir, mais Bob a la générosité tout aussi ample. Il ne supporte pas les maquereaux, a pris sous son aile un freluquet un peu naïf et se prend d'affection paternaliste pour une jeune femme à la cuisse légère, au plus offrant. Comme on est dans le noir, les histoires de casse finissent évidemment mal. L'ironie du sort s'acharne et prend un malin plaisir à jouer des tours à ce joueur invétéré. Bob flambe au mauvais moment.

Melville dépeint parfaitement la population interlope du Pigalle des années 50, c'est à dire un univers qui commence de s'écrouler, éteint aujourd'hui, un monde sans came où les loulous ont un code d'honneur. Tout en flirtant délibérément avec les codes cinématographiques des polars noirs américains, Melville assure une réalisation très vive et d'une belle richesse avec une très grande variété de cadrages. La photographie d'Henri Decaë est souvent belle, parfois plus encore. Autrement dit, c'est bien foutu.

La post-synchronisation pas toujours correctement ajustée m'a un peu gêné. J'ai toujours du mal avec ce procédé. La distribution souffre un peu de ce décalage sonore. On se retrouve avec les mêmes soucis de vérité dans l'intonation et d'authenticité dans le ressenti que sur les films étrangers doublés. M'enfin, c'est anecdotique et sensible qu'à de rares reprises. Il n'échappera cependant à personne que le bât blesse sur quelques acteurs. Daniel Cauchy surtout, dont la fraîcheur n'est pas à négliger, mais qui est tout de même plutôt limité, voire mauvais (la fin).

Les deux vieux, Roger Duchesne et André Garet, ont des jeux très secs, ce qui se révèle d'une part fondamental pour leurs personnages et d'autre part pour toute l'atmosphère noire que réussissent à créer Decaë, Melville et Le Breton. Les deux personnages sont peu de choses près des taiseux, qui parlent vite et bien, sans faire de longs discours, avec un débit rapide, à la mitraillette, tout à fait dans le style que Melville appliquera avec d'avantage encore de puissance, grâce au système de communication le plus austère qui soit : le silence.

L'essence du flambeur : la fuite. Ici, l'on a droit à une courte mais intense séquence. Bob se retourne vers un passé qui lui fait peur, son enfance pauvre et solitaire.

Film noir démontrant que Melville est un cinéaste prometteur, pas encore totalement maître de son art et de sa mythologie.

Trombi:
Simone Paris:

Isabelle Corey:

Claude Cerval:

René Havard:

Guy Decomble:

mardi 6 octobre 2009

The serpent's egg


alias : L'oeuf du serpent
Cinéaste: Ingmar Bergman
Comédiens: Liv Ullmann - David Carradine - Toni Berger - Heinz Bennent
Notice d'Imdb
Vu en mars 2008:

Très étrange, ce sentiment de n'en avoir pas eu pour son argent. L'impression de ne pas avoir affaire à un Bergman se consolide très rapidement. Le dénouement final, donnant un ton thriller le confirme malheureusement, rappellant la thématique d'un Marathon Man, en tirant par la tignasse je le concède mais tout de même. Et puis c'est quoi ces zooms?

Le rapport ambigue qui relie Ullmann et Carradine est bien noueux, alambiqué, conflictuel et surtout gorgé de culpabilité, bien Bergmanien et soulève le plus grand intérêt.


Peu emballé par l'honnête prestation des acteurs, je reste sur ma faim.
J'avoue également avoir passé pas mal de temps à chercher les décors de Berlin Alexanderplatz, c'est malin, ça n'aide pas.

A noter la toujours très belle photo de Nykvist!

Mais il reste un mauvais goût dans la bouche, celui d'être passé à côté d'un Bergman, auteur pour qui j'ai le plus grand respect (manquerait plus que je n'en ai pas!).

Le plaisir


alias : House of Pleasure
alias : Pleasure
1952
Cinéaste: Max Ophüls
Comédiens: Daniel Gélin - Pierre Brasseur - Danielle Darrieux - Jean Gabin - Claude Dauphin - Gaby Morlay - Madeleine Renaud - Ginette Leclerc - Mila Parély - Jean Servais - Simone Simon - Henri Crémieux - Paulette Dubost - Louis Seigner - Marcel Pérès - Peter Ustinov
Notice d'Imdb
Vu en mars 2005:
Je ne connaissais pas Ophüls : je suis sur le popotin! Je connaissais par contre les trois nouvelles de Maupassant dont le cinéaste nous propose ici les adaptations.
J'avais bien entendu parler de la qualité de ce réalisateur mais évidemment que je ne pouvais en mesure l'étendue qu'en visionnant un de ses films. Celui est plus que remarquable.

On est en 1952, mais on est cinématographiquement bien en avance sur ce temps : la caméra est en perpétuelle recherche de mouvements, de cadrages les plus sophistiqués et les plus rieurs en même temps. Entendez par là que quand on aperçoit la tête de Gabin dans le champ de blé quand il présente ses excuses à Mme Rosa (Danielle Darrieux), on voit les lignes naturelles brisées, on imagine bien quelqu'un faisant table rase des épis trop longs et qui cachent la tête pas encore désenivrée du menuisier!
Et la gaieté, la joie qui respirent tout le long des saynètes semblent comme accompagnées par ces petites caresses du cinéaste, de sa mise en image chaleureuse et follement féconde!
De même ces longs travelling, qui suivent toujours et toujours les personnages, le long du chemin de fer par ex. les spectateurs ne veulent pas non plus que les dames de Mme Tellier s'en aillent, ils sont avec le menuisier qui court.

On est en 1952 mais on est surtout au beau milieu du XIXe siècle avec les personnages.

La caméra décolle du sol et monte quatre à quatre les escaliers de la maison Tellier et nous fait découvrir chacun, par l'interstice des stores vénitiens, ajustés au visage et aux gestes de tous! Pas une seule escarbille dans l'oeil du spectateur! Une oeuvre magistrale.

Et l'on est déjà abasourdi par la première scène, cette envie, cette folie qui court, qui danse, qui chahute et l'on suit avec cette caméra toujours virevoltant de droite à gauche, de haut en bas, les circonvolutions de cet homme masqué qui se révèle être un vieillard qui ne veut pas se laisser vieillir.
On le suit dans les plans inclinés qui accompagent sa montée des marches clodiquante jusqu'à sa vieille demeure.

Que dire de ces notables qui devant la maison close au sens propre s'en vont tristement dans la brume et sous des éclairages savamment doux regarder la mer et la lune... et dire : "c'est beau la nuit...
pffff... un samedi!"

Oui parce que ce film n'est pas seulement un chef d'oeuvre de maitrise technique, il est une magnifique adaptation de Maupassant, il est Maupassant! Il l'est avec le maraud qui tente d'abuser des dames dans le wagon et s'en voit expulser manu-militari par les donzelles, prostituées... mais pas putes! Des prostituées comme il faut! Peit coucou en partant d'un vieil homme rabroué aussitôt par sa femme : ce film respire le bon air chaud de l'été, la liesse de casser le quotidien, du voyage.

La voix-off n'a pas besoin de nous rappeler que le vent souffle sur les blés, on le voit, on la sent l'odeur chaude des chaumes, on entend le vent dans les peupliers, on les écoute les oiseaux.

De la même manière on n'a pas de mal à comprendre que ces dames ne trouvent pas le sommeil : "qu'est-ce que tu écoutes?
- Ce silence me casse les oreilles!"

On continue, on passe tout le film avec les personnages, on compatit, comme elles nous pleurons à l'Eglise devant la Grâce tombée en l'instant, nous sommes les autres gens de l'Eglise qui pleurent en les voyant en larmes, nous sommes le curé qui monte en chair et dit "Mes enfants, c'est le plus beau jour de ma vie!" Pas besoin d'être croyant pour être envouté par cette communion!

Jusqu'à la fin nous suivont les personnages. Même la jeune fille qui se défenestre, nous la suivons, nous tombons dans la véranda, comme nous l'avons suivi dans l'escalier, avec son ombre sur les marches, son bras qui ouvre la fenêtre!

Bordel à queue! Quelle invention! Quel génie de la mise en image! Quelle adresse! Quelle maestria chez Ophüls! J'aime! J'en ai encore des frissons!

Amakusa shiro tokisada


alias : Le révolté
alias : The revolt
1962
Cinéaste: Nagisa Oshima
Comédiens: Rentaro Mikuni - Ryutaro Otomo - Satomi Oka - Hashizo Okawa
Notice d'Imdb
Vu en juin 2008:

Etrange sujet et thématique pour Oshima : les persécutions des chrétiens par les samouraï du Shogun au XVIIe engendrent la révolte menée par un certain Shiro Amakusa dans la région de Shimabara.
Le film est une longue réflexion sur le pacifisme, le difficile dilemne chrétien de la non violence, de sa pertinence, le conflit intérieur entre le principe et la réalité ou comment parvenir à tendre la joue gauche, quand la droite commence à être dissoute à force de prendre des coups. Etude philosophique qui ne me touche que modérément.

Le film imprégné par des plans presque continuellement dans les noirs essaie de marquer son propos par un style froid, lent et austère. De nombreux travellings montrent les horreurs de la persécution, la souffrance endurée; ils soulignent la stupeur et la douleur exprimées sur les visages des paysans chrétiens devant la barbarie du pouvoir aristocrate.
Oshima s'attarde sur les plaies, les tortures.

La musique lancinante prend une place démesurée et lassante. Au final, le film pèche par la lourdeur du dispositif, la mise en scène est plutôt lourde malgré l'épure des scènes de combat. Ca ne m'a particulièrement plu. Sauf à quelques rares exceptions près, quelques belles séquences ici ou là.

Un chemin de croix pour Oshima qui mettra 3 ans à se remettre de l'échec populaire de ce film

Battle hymn


alias : Les ailes de l'espérance
1957
Cinéaste: Douglas Sirk
Comédiens: Rock Hudson - Dan Duryea - Martha Hyer - Anna Kashfi
Notice d'imdb
Vu en juin 2008:

Je ne comprends pas.
Je me suis encore une fois fait eu par Sirk.
Comme souvent avec ses films, on commence en se disant qu'on ne peut pas se laisser avoir par de si grosses ficelles. Les clichés, les personnages grossiers... on voit venir Sirk avec ses gros sabots, sa trame déjà vue, digne d'un roman photo.
Le début de Battle hymn n'échappe pas à ce jugement hâtif. Les effets spéciaux à deux cents, la photo de Russell Metty, la disposition du personnage joué par Rock Hudson dans le piège de la culpabilité, le drame intérieur qu'il vit n'a au départ que les aspects démago-émotionnels du sensationnel cheap. Bref, on se dit que cette fois Sirk va trop loin et qu'il ne parviendra pas à ses fins

Et boum, je ne sais comment, le saligaud nous enlève. Rapt délicat, insidieux. Magique, surtout, je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Le sujet abordé (un pasteur/pilote d'avion en proie à un sentiment de culpabilité après avoir par accident bombardé un orphelinat) ne m'intéresse pas. La question de savoir si l'on a le droit de tuer pour faire le bien (surtout si l'on est chrétien), thématique qui vient de me paraitre presque pénible avec Le révolté d'Oshima, arrive ici à devenir passionnante. Une empathie incroyable avec le personnage de Rock Hudson.

En fait, Sirk charge son film aux clichés et stéréotypes et de là, construit à coup de scènes pleines de poésie et de tendresse une oeuvre profonde, à la subtilité au préalable insoupçonnée, qui éclate merveilleusement.

Le pastel du cinémascope de Metty et ses fameuses chorégraphies des couleurs font mouche. Elles assistent les personnages à trouver en eux, dans leur questionnement mystique, une vérité intime qui touche, c'est inévitable. Profondeur surprise.

Ce Battle hymn n'a pas la portée sociale et effrontée de All that heaven allows ou Imitation of life : il est totalement axé sur la mort. Les personnages sont moralement confrontés à leur acceptation de la mort, celle qu'ils donnent par la guerre. Le meurtre pour le bien. Quelque chose en apparence simpliste mais cependant bien compliqué pour des personnages plus profonds et réels qu'ils n'apparaissaient en premier lieu.

Ce film montre bien encore une fois que Sirk n'est pas là où on l'imagine. Qu'avec les outils émotionnels hollywoodiens de base (mélo, film de guerre, couleurs, action, pleurniches), qui vont chercher aux tripes, il réussit à proposer une réflexion subtile, intelligente et fouillée. Sans crier gare.

On s'est fait eu. Encore une fois.
Douglas "Encore-une-fois" Sirk, cinéaste génial.

Anna, quel particolare piacere


alias : Secrets of a Call Girl
alias : J'aime un homme
1973
Cinéaste: Giuliano Carnimeo
Comédiens: Edwige Fenech - Richard Conte - John Richardson - Corrado Pani - Ettore Manni
Notice d'Imdb
Vu en avril 2009:

Dommage que la copie soit désastreuse. Sale. Sombre. Vhsieuse.

Sinon le film culte au delà des Alpes ne ménage pas les lieux communs, le machisme, les femmes soumises, l'emmerdement provincial, les mafiosi à Rayban etc. Le début du film est con. Sinistrement limité, et le début dure, dure, dur dur. Et de craindre que le film s'éternise sur ces clichés italiens, à la violence hémoglobineuse, où les hommes se contentent de figurer des personnages moyennageux, arriérés et usants jusqu'à la corde somme toute.

Et puis non, le film sort fort heureusement de ces schémas pour jouer plutôt dans la cour du film à suspense, du giallo, polar italien, âpre, violent mais noir, très noir et éprouvant, flirtant sur la fin avec le mélodrame pûr sucre.

L'évolution du personnage d'Anna joué avec charme mais très étonnament avec pas mal de densité s'embourbe dans une histoire sentimentale très glauque, d'une piètre dimension. C'est avec courage qu'Anna se révolte, doublement. La mamma italienne magnifique et digne.

Film un peu moraliste, quelque part didactique, il donne beaucoup de place à ce portrait de mère courage, film sacrifice contre la mafia.

Les comédiens masculins sont mal bâtis, figures emblématiques, et offrent par conséquent que très peu de gages d'originalité. Les comédiens n'apportent pas grand chose.
La surprise vient de la prestation d'Edwige Fenech, sorte de Teri Hatcher mais en beaucoup plus belle et charnue, plus bandante donc et surtout qui ne joue pas comme une pelle à tarte.

Bildmakarna


alias : The image makers
2000
Cinéaste: Ingmar Bergman
Comédiens: Anita Björk - Carl Magnus Dellow - Elin Klinga - Lennart Hjulström
Notice d'Imdb
Vu en septembre 2008:
Film de télé-théâtre, basé sur une pièce de Per Olov Enquist que Bergman avait déjà créée sur scène.
C'est l'histoire d'une rencontre avant tout, de deux femmes apparement très différentes mais partageant en réalité un passé douloureux, le partageant ou plutôt découvrant avec peine que leurs passés respectifs se ressemblent étrangement.

Ce passé douloureux (père alcoolo) prend figure dans celle du héros de Körkalen, roman de Selma Lagerlöf et adaptation filmée de Victor Sjöström. En effet, les deux femmes sont respectivement Selma Lagerlöf, interprêtée par Anita Bjork et Tora Teje jouée par Elin Klinga.

Elin est jeune, fougueuse, grossière et brute de décoffrage, sans concession, franche et directe. Maîtresse de Sjöström, joué par Lennart Hjulström, elle rencontre donc son idole, la grande romancière, beaucoup plus âgée, mais ô combien vénérée. La rencontre est d'abord une confrontation, entre la jeune et susceptible femme et la sage vieille dame. Elin est encore blessée de n 'avoir pas pu jouer dans Korkalen, refusée par Selma. Mais toutes deux vont dépasser ces premiers écueils, pour finir par nouer une relation étroite, subtile, liée par le rapport créatif, que ce soit l'écrivain face à son oeuvre ou l'actrice face à son interprétation. Pas étonnant que Bergman se soit penché sur cette pièce ; les thèmes parcourus par les deux femmes sont très intéressants, pas faciles mais sérieusement attirants. D'autant plus que les personnage de Victor Sjöström et de son directeur photo Julius Jaenzon viennent prolonger la réflexion sur le rapport à l'image et la place de l'artiste, du créateur face à sa création, ou la création d'autrui dès lors qu'il s'agit d'un travail d'adaptation, de la responsabilité de l'auteur dans sa création par rapport à son public, lecteur ou spectateur, de la part de soi même incluse dans le travail, de son implication morale en somme.

Sur la forme, c'est du numérique, il me semble. L'image est très lumineuse. Le huis-clos (la salle de projection d'un studio ciné où SSjöström présente des bouts de son film à Selma Lagerlöf) nous propose une image très télévisuelle.
Le son est formidablement pûr.
Ce n'est pas du cinéma. On est loin de la beauté visuelle de Saraband. Une fois qu'on a passé cet obstacle a priori rébarbatif et une fois qu'on a donné sa chance aux personnages (Elin n'est pas loin d'être hystérique dans la première demi-heure, une sorte de Sabine Azéma sous ecsta), on a droit à une bonne réflexion sur l'art et à quelques très belles scènes, pleines d'émotion et de talents d'acteurs.

Penetration angst


2003
Cinéaste: Wolfgang Büld
Comédiens: Jonnie Hurn - Philip Hayden - Fiona Horsey - Paul Conway
Notice Imdb
Vu en septembre 2008:

Je ne sais pas bien si ce film peut à proprement parler être considéré comme un ovni. Sur le plan scénario, moui, mais finalement sur le plan formel, rien d'extraordinaire.
Une jeune fille, affolée à l'idée de se faire déclore la nuisette, se rend compte qu'elle a un vagin anthropophage. Tous les hommes qui lui présentent Popaul se trouvent avalés, dans le sens littéral du terme par le vagin aspirateur. Dans le même temps un ami de la jeune fille, éperdument amoureux mais totalement inhibé, va connaitre une aventure mouvementée, compliquée avec une autre jeune femme tout aussi prude que lui mais dont la soeur jumelle et siamoise (elles sont accrochées par le flanc) est une fieffée cochonne. Le périple de ces deux paumés est parsemé d'aventures poisseuses, plein de sang et de foutre.
Comédie loufoque, certes... anglaise, indeed, but not suffisamment good for moi. Les deux comédiens principaux sont tout près d'être bons, mais non, les gros plans sont foireux à ce niveau, comme intimidants. A leur décharge, on peut mettre en avant la médiocrité du texte et des situations. L'humour y est gras, limite ado purulent, gore sans saveur (le rouge est giclé sans parcimonie), cul sans grâce, etc.


Mon jugement acrimonieux (c'est parcimonieux qui m'a mis ce mot dans la tête) n'est pas uniquement dû à la laideur de la photo numérique. J'ai ressenti un peu que l'on voulait en mettre plein la vue, que le réalisateur voulait beaucoup trop montré son savoir-faire avec si peu de moyens. C'est pas si louable que ça, ce genre d'attitude, au contraire, cela en rajoute sur le sentiment du spectateur de voir là un film d'amateur.

Yeojaneun namjaui miraeda


alias : La femme est l'avenir de l'homme
alias : Woman is the future of man
Cinéaste: Sang-soo Hong
Comédiens: Ji-tae Yu - Tae-woo Kim - Hyeon-a Seong - Ho-jung Kim
Notice Imdb
Vu en mai 2005:
Un film brut, mystérieux, posé, alambiqué qui demande peut-être une relecture.

"La femme est l'avenir de l'homme" est une phrase extraite d'un texte d'Aragon que Hong a découvert à Paris.

Ce film est étrange, différent, difficile à lire. Si l'on se donne la peine de s'ouvrir à cette non-linéarité du récit, la lecture du film se fait sans trop d'encombres tout de même et avec quelque plaisir. Celui de rencontrer de nouveaux personnages, complexes, surprenants. Beaucoup de dialogues et d'actions inattendus, d'idées qui apparaissent d'on ne sait où, comme des rêves ou des cauchemars.

Par exemple, peut-on prévoir que Mun-ho s'en prenne aussi violemment à l'étudiant dans le restaurant, et encore plus que sa colère se transforme aussi vite en un désespéré discours -cynique ou lucide- sur l'absurdité de l'univers, sur la futilité de l'art, des idées, des actes, bref de l'existence humaine? Son violent "espèce de petit connard" ne parait-il pas démesuré, insensé? Il frappe encore plus le spectateur, il rend attentif. Son discours n'en devient-il pas plus touchant?
Ou encore, quand Mun-ho demande tout de go en pleine nuit à Seon-hwa de le sucer, ce qu'elle fait sans problème alors qu'elle sort de la chambre de Hyeon-gon. Etrange triangle à la Jules et Jim mais dont l'existence reste précaire, friable, plus que problématique tant l'incommunicabilité des personnages semble tenace, insoluble même. Ou bien encore, le rêve succint de Mun-ho au stade de foot, où il se met en scène comme bout-en-train devant les étudiants...

Incongruités ? Qui permettent cependant de faire connaissance avec les personnages. De manière détournée, originale : pas étonnant que l'on prenne du plaisir à suivre ce chemin non battu. Tout le film semble ainsi écrit pour que le spectateur se prenne en charge afin d'aller à l'encontre des personnages.

Je ne connaissais pas cet auteur que la brochure de présentation MK2 prod rapproche de Bresson. Je ne connais pas non plus Bresson. Par contre je connais Ozu, du moins assez pour avoir noté des similarités dans la mise en image. Les plans inertes, certes pas tous au ras du sol, mais immobiles sur les personnages. La caméra peut écouter les silences. C'est bon comme du bon pain, rare. J'aime particulièrement cette force là!

Mais il n'y a pas que la forme. L'histoire aborde les sentiments et les corps de manière très libre, très réaliste, sans trop d'artifices. Peut-être parfois de manière excessive, encore que l'excès fait partie de la vie. Même cet excès, cette rage sombre ne sort pas ridicule. Mais il m'a semblé que les relations entre les personnages manquaient un peu d'humour et de recul. Peut-être que la violence sourde de leurs sentiments les empêche, les attache à un désespoir, à des ténèbres de doute et de pessimisme. Du moins pour les deux garçons. La femme est moins bien perçue par le cinéaste, plutôt abordée comme un miroir pour les deux mâles plutôt que comme personnage principal. Dommage.

J'ai aimé retrouver les comportements et le langage sexuel cru de la réalité. Ce film explore cet aspect trop rejeté par la morale commerciale du cinéma mainstream. J'ai aimé cet aspect réaliste ou naturaliste dans les scènes de sexe également -même si on est loin d'un film pornographique- on a le sentiment que les comédiens ne font pas semblant. On se sent plus proches des personnages, sans pour autant éprouver de sentiment de culpabilité voyeuriste. On est plus proche grâce également à la qualité sonore du film là encore au coeur des conversations, des débats et ébâts. On est proche des têtes qui se tournent pour ne pas se regarder, des froissements de draps, des mains qui se rapprochent puis se touchent, des pleurs, des gémissements de plaisir, des pleurs pleins de désespoirs, de l'ivresse, on titube avec eux. Et ce, sans avoir recours à un seul gros plan! La caméra réussit à être proche et éloignée grace au son. Cela donne une drôle d'impression : être avec les personnages sans violer leur intimité. Délicieux. La caméra ne s'agite pas à suivre les personnages. Des plans larges permettent de suivre leur mouvement sans y participer. Peu de travelling par exemple, sauf en début ou fin de scène pour faire les transitions ou situer les moments, les acteurs...

En somme, un film complexe d'un auteur à suivre, un film doux et brut à la fois, naturaliste, moderne, pûr en quelque sorte et qui donne envie de voir d'autres films de Hong!

lundi 5 octobre 2009

Sekai de ichiban utsukushii yoru


alias : The most beautiful night of the world
2008
Cinéaste: Daisuke Tengan
Comédiens: Sarara Tsukifune - Haruki Ichikawa - Shunsuke Matsuoka - Tomorowo Taguchi
Notice Imdb

Un petit objet visuel non identifié, la petite découverte d'un monde bien étrange et malicieux. Plaisant.

Pour apprécier ce film il faut ne pas être totalement rétif à la naïveté. Il s'agit avant tout d'un conte. Le film fait un peu penser à ces histoires mêlant poésie, comédie et fantastique et qui gèrent avec adresse des à-côtés, des parts d'ombre très noires, des histoires parallèles glauques avec une bonhommie à nulle autre pareille. J'ai pensé pour tout dire à Miyazaki par instants, dont mes connaissances demeurent encore parcellaires. La comparaison est aussi hâtive que périlleuse et je prends illico des pincettes.

J'ai pensé également à Local Hero que j'ai revu récemment, mais j'y ai songé de façon beaucoup plus distancée. L'arrivée d'un personnage mystérieux dans un petit port de pèche tout aussi énigmatique et son acclimatation progressive dans la vie de chaque personnage a quelque chose de fascinant, de très lent et de très naïf. Kazuya (Tomorowo Taguchi), journaliste exilé dans ce bled pour une obsure et non moins bizarre affaire de moeurs, s'installe et part à la recherche du scoop qui lui permettrait de retrouver une place de premier plan dans son journal. Il entre ainsi dans les petites histoires du village, des principaux habitants, plus extravagantes les unes que les autres.

Et comme dans Local Hero, il semble se retrouver le cul entre deux chaises, entre le désir de fuir ce coin paumé et les attaches qu'il crée avec son nouvel univers, avec ces individus intrigants et sympathiques.

Le film est long, 2h40, mais coule de source, se regarde sans aucune difficulté. Les temps morts n'existent pas. Jamais ennuyeux, le récit est riche, varié, allant d'un personnage à l'autre et marqué par la recherche de la vérité, par une intrigue où s'emmêlent les fils des drames personnels, petites et grandes tragédies, scènettes grossières où à la poésie du rire s'oppose parfois celle que la beauté des paysages et des cadrages suscite dans l'oeil du spectateur. Entre rires et larmes, comme une comédie italienne qui serait saupoudrée de naïveté, celle des regards enfantins. Parce qu'il faut bien se l'avouer, le film penche résolument vers une certaine puérilité, vers un moralisme bon teint, rose bébé, qui déçoit quelque peu et constitue l'écueil majeur à l'heure de jauger le sentiment provoqué à la fin du film. Certaines scènes professent une sorte de philosophie morale rudimentaire (l'adultère par exemple) et qui n'est pas sans contradiction avec le ton général du film d'ailleurs. C'est très curieux. Mais ce n'est pas sur cet aspect un peu fruste qu'il faut s'arrêter car le film a beaucoup à offrir.

La photographie n'est pas terrible mais les cadrages principalement fixes -quelques mouvements lents ici ou là de la caméra viennent difficilement me contredire- placent quelques jalons, cherchent à situer l'action dans l'espace et dans le temps. Ils ajoutent à la poésie du récit et à la quiétude du rythme une note esthétique d'une grande sénérité.

Entre fantastique,

merveilleux,

comédie,

érotisme

et drame de moeurs,
le scénario nous offre une multitude de propositions, de personnages, de situations, de tonalités, ayant comme point commun la loufoquerie et l'oeil rieur, sans tomber non plus dans l'absurde, ni la caricature.
C'est bête, je n'aime pas trop les grandes déclarations schématiques et catégoriques, mais j'ai vraiment l'envie de souligner que ce film me parait réunir un certain nombre de caractéristiques culturelles japonaises : une grande ouverture d'esprit, une propension à la zenitude, les questions sur la culpabilité et le pardon, les rapports entre sexualité et société, le poids de la tradition et du passé, les relations entre le corps et la nature, etc.

Je suppose également que la qualité du jeu des comédiens est pour beaucoup dans l'acceptation de l'histoire. J'ai été convaincu et suis resté ancré dans la narration de ce conte grâce aux acteurs qui touchent même pour certains à l'excellence.

Alors malgré un aspect un peu fantasque et quelque peu foutraque ou inabouti qui rebutera beaucoup je le crains, ce film demeure une petite perle qui en ravira bien d'autres. Elle a quelques atouts à faire valoir et mérite le coup d'oeil. Ses légères fausses notes ne doivent pas masquer la belle tenue de la partition générale.

Trombi:
Sarara Tsukifune:

Haruki Ichikawa:

Shunsuke Matsuoka :

Michie Itô:

Ayumu Saitô:

Noriko Eguchi:

Shirô Sano:

Kan Mikami:

Ryo Ishibashi:

Takeshi Wakamatsu :

Shun Sugata :

Hajime Yamazaki:

Naoki Tokinosu:

Hiroshi Kanbe:

Hiroshi Ôkôchi:

Yoshiyuki Morishita:

Akiko Monou:

Kazue Tsunogae:

Lo sceicco bianco


alias : Courrier du coeur
alias : The White Sheik
1952
Cinéaste: Federico Fellini
Comédiens: Giulietta Masina - Alberto Sordi - Brunella Bovo - Leopoldo Trieste
Notice IMDB
Vu en décembre 2008:
Deuxième film de Fellini et déjà un style affirmé, vif, incisif et drôle, plein de charme et de poésie.

Ici le conte est cruel et beau à la fois mais le ton est résolumment à la comédie. Fellini s'amuse à moquer la fragile, délicate et ridicule tendance des frêles coeurs adolescents à se laisser embobiner par toute la manipulatrice armada que le courrier du coeur met en branle afin de créer un monde fantasmagorique où le prince charmant (ici dans la parure du sheik blanc) joue le rôle principal de charmeur de jeune fille pûre.

A peine débarquée à Rome, une jeune mariée en lune de miel s'échappe de son hôtel pour aller voir son idole. Son mari passera tout ce temps à la chercher tout en cachant sa disparition à son oncle, personnage important qui lui a organisé un rendez-vous avec le pape.
Fellini désunie le temps du film les deux mariés, fait jouxter deux tragédies, aimables et rigolotes, le temps des désillusions, pour l'un comme pour l'autre des deux jeunes gens.

On a alors droit à trois numéros de comédiens succulents. Brunella Bovo joue une jeune fille prude et réservée dont les yeux brillent à l'évocation des mondes fabuleux qu'elle dévore dans les romans photos, romans à l'eau de rose et qui choit dépenaillée sur les bords de la mer après avoir découvert l'horrible réalité.

C'est un Alberto Sordi formidable en grotesque séducteur, pacotille enrubannée, tout droit descendant du ciel... en balançoire et jusqu'à ce qu'un coup de bôme sur la tête, tel un coup de baguette magique, mette fin au conte de fée.
Tandis que son mari se décompose peu à peu à découvrir la forfaiture de sa douce. Leopoldo Trieste prête sa bouille ahurie à pareille déconvenue avec une maitrise et une adéquation de jeu extraordinaires.

Le tout donne un film très drôle, au rythme fellinien imposé dès les première secondes par un montage percutant et par une gesticulation orchestrée de la foule, de son enthousiasme. Les battements de coeur pour Rome et sa faune sont d'ores et déjà synchronisés sur une histoire pleine d'humour corrosif mais également de beaucoup de tendresse pour ses personnages. Très habilement filmé, cette aventure propose déjà quelques grands moments de cinéma (le shoot sur la plage, la danse du sheik, les pas du jeune marié paumé dans les rues de Rome, l'apparition de Masina en déjà une Cabiria pleine d'étincelles devant les yeux (Les nuits de Cabiria semblent être une séquelle de ce film), tous ces petits moments sonnent tellement juste et beau.

dimanche 4 octobre 2009

The Da Vinci code


2006
Cinéaste: Ron Howard
Comédiens: Tom Hanks - Audrey Tautou - Ian McKellen - Alfred Molina
Notice imdb
J'avais moyennement aimé le livre, qui sonnait creux mais qui manipulait astucieusement son lecteur comme les faits historiques et artistiques afin de créer son suspense conspirationniste. Et le film est vraiment l'égal du bouquin.

J'avais d'autre part une estime mesurée à l'encontre de Ron Howard. J'ai été légèrement surpris par sa réalisation : je m'attendais à bien pire. Elle est très ordinaire, mais ne jure pas, elle sert en bonne fille son scénario alambiqué. On pourrait parler d'honnêteté. Pas de grand oeuvre, encore moins de génie mais le travail est fait, juste un habillage classique, propret.

La direction d'acteurs internationaux est également une bonne surprise. Tout le monde fait son travail avec sérieux. Pas d'extravagance, ni de cabotinage. Mention spéciale à Etienne Chicot malgré un tout piti rôle.

Rien à dire, si ce n'est que Ian McKellen avec un personnage aussi barré se réserve comme il se doit la part du gateau.

Molina m'a semblé un peu en deça de ce qu'il peut donner habituellement., frileux, ne laissant pas assez apparaitre les recoins de l'âme de son personnage lui aussi pourtant très ambigu.

Quant à l'histoire, c'est toujours aussi improbable et léger. Le spectacle comme pour le livre est aussi vite vu que digéré. Gentillet.

PS.
Je l'ai vu pour essayer la diffusion HD sur M6. A vrai dire, rien de bluffant. Je redécouvre à l'occasion la boule au ventre et l'irrépréssible envie de vomir que suscitent les coupures pubs (véritables coups de pieds aux burnes en ce qui me concerne). Bordel! J'avais oublié que la télévision généraliste était vraiment devenue un immense dépotoir à ordures. Et pire encore, je découvre qu'on est passé à plus d'une coupure par film! Quelle horreur! C'est insupportable! J'ai du mal à envisager de revoir la télé de sitôt.

Des enfants gates


alias : Spoiled Children
1977
Cinéaste: Bertrand Tavernier
Comédiens: Christine Pascal - Michel Piccoli - Michel Aumont - Gérard Jugnot
Notice imdb
En regardant ce film, les apparitions caméos des petits gars du Splendid, en découvrant un film simple, à l'humanité joviale, frais et guilleret, pas con, politique, enthousiaste, j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un de tous premiers films de Tavernier. Or, il n'en est absolument rien : sorti après Le juge et l'assassin, en 1977. Tavernier à cette époque est d'ores et déjà un auteur confirmé et salué par ses pairs, la critique et le public. J'étais très étonné mais je ne savais rien du film, vierge de tout a priori.

Et je découvre alors une comédie romantique qui aborde des problématiques très réalistes. Le plaisirs féminin, l'émancipation des femmes sont évoqués soit de manière frontale avec le personnage de Christine Pascal

qui se raconte face caméra ou lors de conversations avec Piccoli, soit au hasard d'une rencontre dans un coin d'escalier quand une brave ménagère ne sait que dire ni que faire sans la présence de son époux quand une association de locataires vient la solliciter. Justement, dans une société en pleine mutation, où les immeubles modernes poussent comme champignons et viennent progressivement grignoter le vieux Paris en déshumanisant un peu plus la monstruosité urbaine,

des locataires d'un quartier se retrouvent solidaires pour lutter contre les exactions financières d'un propriétaire gourmand et véreux au cynisme qui fait malheureusement écho à bien des politiques économiques et sociales actuelles.

Le personnage joué par Toscan du Plantier (ici au côté d'Isabelle Huppert),

en politicien verbeux autant que fantôme vient montrer déjà à l'époque que le droit et la colère ne se font plus entendre que dans les associations et plus vraiment chez les élus. Peut-être un peu raccourci m'enfin... il arrive que cela soit une vérité. Caricature ou vérité? Avec le personnage de Michel Aumont, c'est à la misère sexuelle masculine que le film donne une voix.

Ainsi sur une rencontre amoureuse entre Piccoli et Pascal, Tavernier présente des histoires, par petites touches, qui racontent un temps, des préoccupations, des joies, des peurs, le chômage, le sexe, le pouvoir, la famille, les amis et de tout ce frichti semblent se dégager de déliceux parfums et saveurs d'humanité. Tout doucement, Tavernier filme simplement avec tout de même une attention toujours soutenue à ancrer ses personnages dans des lieux, en cherchant à varier les modes de narration. La caméra est active ou fixe, voyage, travellingue, s'arrête, patiente et reprend sa marche. Impression d'écoute, de délicatesse attentive. Il est vrai que les personnages adoptent généralement -à part quelques poussées hurlantes de Piccoli- un comportement plutôt calme, malgré toutes les emmerdes qui tombent sur les uns et les autres, malgré les petites déchirements, les aléas affectifs, les errements de la vie. Ils font souvent preuve de respect et communiquent beaucoup.

Cela donne au récit une forme très arrondie, chaleureuse, intelligente et surtout fluide. Le film est toujours agréable, par moments mélancolique, d'autres fois drôle, mais les émotions restent toujours exprimées avec une douceur, une mesure qui fait du film un plaisant spectacle à voir. Ce fleuve n'avait de rien de tranquille sur le papier (histoire d'amour compliquée, expulsions de locataires, chômage, etc.) et finalement Tavernier fait planer au dessus de l'onde une brise de légèreté et de fraîcheur.

Un film intelligent de simplicité. Je pourrais dire la même chose de Bertrand Tavernier.

Trombi:
Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot:

Michel Blanc:

Martin Lamotte:

Christian Clavier:

Andrée Tainsy:

Michel Berto:

Georges Riquier:

Brigitte Catillon:

Olivier Granier:

Michel Such (à gauche):

Flore Fitzgerald:

samedi 3 octobre 2009

Boccaccio 70


alias : Boccace 70
1962
Cinéastes: Vittorio De Sica - Federico Fellini - Mario Monicelli - Luchino Visconti
Comédiens: Sophia Loren - Romy Schneider - Anita Ekberg - Marisa Solinas - Tomas Milian
Notice d'Imdb
Vu en janvier 2009:
Un film à scketch fort inégal.

*1er acte : Renzo e Luciana, de Mario Monicelli.

L'histoire en elle même démontre l'impossibilité pour un couple de jeunes mariés de trouver dans la multitude de la grande ville la part d'intimité à laquelle on pourrait croire qu'ils ont droit. Que ce soit au boulot, dans leur loisir ou au sein de leur famille, ils sont entourés et submergés par la masse. La société leur interdit d'être seuls. C'est dans une salle de cinéma bondée où les derniers spectateurs regardent le film debouts, un film de vampires qui sied parfaitement à la situation, que le couple trouve au milieu de la foule le maigre espace pour discuter un peu et se retrouver.

Mario Monicelli brosse sous le scénario de Calvino et Arpino un portrait oppressant de l'Italie des années 50-60, celle de la société de consommation en marche, les deux pieds sur l'individu.
Il se permet cinématographiquement des cadrages d'une audace que je ne lui avais pas reconnue auparavant. C'est étrange. Certains plans sont très beaux (le passage de Renzo près d'une station service, de nuit, est d'un bleu noir métallique du plus bel effet).

Mais il est vrai qu'au delà du propos général, le film perd en percussion, en intérêt. Les comédiens sont jeunes et ne font pas preuve d'accroche particulière bien que Marisa Solinas soit d'une beauté tout à fait charmante.

Un scketch qui se laisse regarder mais dont la portée est somme toute limitée.

**2e acte : Le tentazioni del dottor Antonio, de Federico Fellini.

De loin le meilleur scketch du film, le plus volubile, le plus coloré, le plus percutant et drôle.

Sur la mise en scène, il n'y a guère de doute. Dès les premières minutes, secondes devrais-je dire, le style éclaté et rieur, brouhahesque du maître éclabousse l'écran. Ca gesticule et parle fort, ça joue les divas, les ténors.

Apparait d'abord le personnage du docteur Antonio, joué par un Peppino De Filippo tout en tics et attitude puritaine à l'excès. Le bonhomme est un chevalier de la morale qui déchire les revues érotiques aux devantures des kiosques à journaux, qui met des claques à une femme au décolleté pigeonnant. Une sorte de Don Quichotte au cul retourné. Le vieux fou coincé va se retrouver à affronter ses démons dans un combat jusqu'à la folie, tout en démesure et fracas, à la Fellini, quand il découvre sur le terrain vague en face de chez lui, l'installation ô combien infâme d'un panneau publicitaire gigantesque sur lequel figure dans une pose lascive et suggestive la sublime Anita Ekberg. Le fantasme délirant dans lequel le censeur se perd est un spectacle à ne pas rater. Le duel De Filippo/Ekberg est un sommet de drôlerie, teintée de poésie, triste et belle à la fois. Un très bel objet que ce scketch.

***3e acte : Il lavoro, de Luchino Visconti.

Je n'ai pas vraiment aimé. Il est d'abord très compliqué, hermétique est le mot de ma compagne et je lui suis grée d'avoir éclairé ma lanterne, c'est bien le mot. Une fois qu'on a compris les enjeux ou la thématique sur la prostitution conjugale, entre désir, amour et argent, ce triangle corrupteur, alors on reste un peu sur sa faim, tant la démonstration parait un brin ampoulée et longue à se mettre en place. Romy Schneider entre ricanements et regards lointains, entre n°5 Chanel et petits chatons courant sur le lit, entre déshabillés torrides et tailleur défait, l'actrice semble perdue. Tomas Milian que j'ai eu du mal à reconnaitre remue jambes et mains mais parait d'un vide beaucoup plus sidéral. Ca ne fonctionne pas. Pas avec moi du moins. Je me suis grandement fait chier.


****4 acte : La riffa, de Vittorio de Sica.

Autant dire que l'entrain gai et rieur de La riffa fait un bien fou et réveille le spectateur. Le bordel que De Sica arrive à mettre en scène est salutaire, par sa liesse communicative, par cette douce folie, avec le sourire au coin des lèvres, avec ce "va fan culo" épelé dans un silence complice par une Sophia Loren qui s'en donne à coeur joie pour interprêter un rôle très italien.

Pulpeuse à s'en baver sur le caleçon, elle joue une populaire (comment ne pourrait-elle pas l'être avec cette tenue rouge, affolante de sensualité, avec de la chair où il faut quand il faut?) tenancière d'un stand de tir sur la place du village. Un couple d'ami dans le besoin lui demande un sacrifice que la belle consent non sans mal : se donner un soir au vainqueur d'une loterie interlope. Les bénéfices des billets vendus doivent permettre au jeune couple de payer leurs dettes fiscales. Mais Zoe puisque c'est le nom que le scénariste Zavatinni lui donne tombe amoureuse du beau et ténébreux Cuspet (Alfio Vita, si je ne m'abuse, j'ai cru dans un premier temps que c'était Marcel Bozuffi jeune, allez savoir pourquoi?).

Dans une mise en scène un brin foutraque, qui m'a fait penser au monde de Mocky,avec cette galerie de personnages secondaires allumés, édentés, imbibés, chantants, laids mais d'une beauté âpre et naturelle, De Sica instille une poésie de la drôlerie, un ton décalé où les gueules burinés des travailleurs deviennent des masques de carnaval, comme ce dernier plan en bouquet final, avec la foule heureuse de son charivari nocturne, quand les adultes redeviennent l'espace d'un instant des enfants espiègles.

Ce qui impressionne plus encore c'est le jeu à l'économie et tout à la fois juste, beau, intense de Sophia Loren. Chapeau madame, et ce n'est pas seulement ma quéquette qui parle, j'en suis persuadé. C'est juste que je suis une nouvelle fois surpris par le talent de la comédienne Loren. A force je vais finir par comprendre.

Un scketch plein de couleurs, d'humains et de coeur.

What Ever Happened to Baby Jane?


alias : Qu'est-il arrivé à Baby Jane?
1962
Cinéaste: Robert Aldrich
Comédiens: Bette Davis - Joan Crawford
Notice Imdb
Qu'est-il arrivé à Alligator? J'aurais dû aimer ce film. Un suspense hitchcockien, Bette Davis et Joan Crawford, une trilogie a priori fort séduisante. Et si mes souvenirs sont bons, j'ai toujours apprécié Robert Aldrich même si je le situe mal, n'arrivant pas à distinguer ses particularités, son style. Quels sont les points communs entre les douze salopards et cette Baby Jane? Je serais bien infoutu de répondre.

Quoiqu'il en soit je n'ai jamais embarqué dans cette histoire. Je passais mon temps à noter les incohérences, les maladresses, le manque de jugeotte des personnages, tous ces petits détails qui auraient dû rester insignifiants mais qui -allez savoir pourquoi- se sont accumulés jusqu'à me faire sortir du film. A diverses reprises, cela ne tient pas debout : la fenêtre ouverte, les occasions manquées, l'absence de fermeté, la mort d'Elvira, la chronologie des évènements, etc. Cela manque de netteté dans l'écriture, de concision ou de rapidité dans le rythme. Le suspense est souvent ramolli. On imagine avec joie ce qu'en aurait fait un Hitchcock.

Parlons également de la forme : la photographie est bonne mais les cadrages, les mouvements de caméra, la réalisation ne sont ni jolis, ni efficaces, au mieux dirons-nous qu'ils sont ordinaires.

Alors profitons au moins des acteurs et louons surtout le courage, l'humour et la sagesse dont fait preuve Bette Davis en osant incarner ce personnage là, s'être ainsi transformée en monstre à l'hideuse méchanceté, à l'ignoble aigreur, de celles qui marquent le visage et le pas. Un déchet plus tout à fait humain.

Le rôle de Crawford n'a pas la même envergure. Les mauvaises langues (dont ma femme) diront que Crawford n'a pas la même envergure que Davis tout simplement. Vilaines langues!

Dire que Bette Davis est une grande actrice est une évidence. Laissons cela, ne perdons pas notre temps et saluons plutôt l'étrange personnalité qu'a su créer Victor Buono (le Dr Schubert dans L'homme de l'Atlantide), avec cet opulent professeur de musique, à l'amertume confuse et au regard à la fois intense et fuyant. C'est un personnage que ce comédien, un physique et un gros talent qui trouve ici un rôle touffu, bien plus difficile à étoffer qu'il n'y parait. Finalement de cette Baby Jane, je retiendrai essentiellement l'ambiguité de ce personnage mystérieux.

Trombi:
Maidie Norman:

Jitsuroku rengo sekigun: Asama sanso e no michi


alias : United Red Army
2007
Cinéaste: Kôji Wakamatsu
Comédiens: Arata - Go Jibiki - Akie Namiki - Maki Sakai
Notice imdb
Très long film de Wakamatsu, plus de trois heures. Découpé en trois parties plus ou moins distinctes.

La première présente les divers personnages impliqués dans le mouvement révolutionnaire communiste japonais, l'United Red Army et la naissance de parti extrémiste dans les mouvements de protestations des étudiants à la fin des années 60.

La deuxième partie est de loin la plus longue et la plus difficile à voir. Il s'agit du long et pénible retranchement idéologique auquel se sont livrés les leaders du parti pour encadrer et mettre à l'épreuve l'endoctrinement des membres. Retirés dans des régions désertes en montagne, les membres doivent faire leur auto-critique continue et intense afin de délivrer leur esprit de tout sentiment, toute réflexion, tout réflexe bourgeois et individualistes. Mais cet "auto-criticisme" se transforme tout de suite évidemment en torture mentale, puis physique, allant jusqu'à la mort de beaucoup des membres.

Le film est très dur. Le spectacle de la violence ne nous est guère épargné. Si c'est un peu trop long à mon goût, si l'on échappe pas non plus à une sorte de monotonie due à la répétition des actes de violence et du processus imbécile de la torture, force est de constater que l'impact de ce spectacle est intensément ressenti. On est bel et bien bouleversé par la barbarie de l'endoctrinement aux accents purgatoires. Face à la manipulation des esprits, à la négation du jugement et de la réflexion au mépris de l'élémentaire humain, au mépris de la réalité et ses complexes composantes, il est difficile de rester insensible. L'espèce de suicide collectif auquel se livre le groupe est fondamentalement révoltant, déplaisant. C'est exténuant d'écouter ses sempiternelles séances staliniennes d'exhortation à se nier soi même pour le bien du collectivisme, d'une imbécillité et d'une malhonnêteté si immenses qu'on peine à ne pas s'énerver de voir les membres courber l'échine, ras du bulbe, coincés dans cet engrenage crétino-idéologique. Surtout, la violence est si constitutrice de leur mouvement qu'elle finit par s'immiscer très rapidement dans les rapports humains à l'intérieur du parti. Elle devient langage, ponctuation. Le terrorisme de ces extrémistes s'inflitre au sein même du mouvement. Wakamatsu dépeint très bien l'évolution logique de l'absurdité extrémiste. J'entends par cet énoncé volontairement contraire (logique de l'absurdité) qu'on voit très bien comment des étudiants enthousiastes, rieurs et passionnés s'abandonnent progressivement à la violence du terrorisme et deviennent ensuite les proies de leur propre terreur, incapables de maitriser leur violence, non moins que leur idéologie. Si la première partie était un peu difficile à lire, surtout pour un type comme moi qui ne connaissais rien de l'histoire politique japonaise, la deuxième est beaucoup plus étirée en longueur. Les scènes se suivent et se ressemblent. Inutilement.

A voir que Wakamatsu en rajoute une couche avec une troisième partie censée mettre en valeur la découverte par les membres du parti de la vanité et de l'inefficacité de leurs actions, je suppose que le cinéaste a voulu tout dire, faire une démonstration de tous les évènements, présenter une chronologie exhaustive; délivrer une somme, un film collant au près de la réalité historique, presqu'un docu-fiction. Les images d'époque de la première partie appuient cette idée.

Malgré le fait que ces ambitions soient nobles, j'ai tout de même le sentiment que Wakamatsu aurait pu en dire autant, avec peut-être même plus de force et de portée, en coupant, en montant plus serré. Pendant la deuxième partie, on souffre, on se demande comment on va tenir jusqu'au bout. Dans la troisème partie la hâte qu'ils se fassent arrêter : "que fait la police?" se fait de plus en plus cruellement sentir. On peut également déplorer l'exagération de certaines scènes... ou disons l'espèce de complaisance de Wakamatsu à filmer les blessures (le maquillage n'aide pas, manquant de réalisme).

Surtout je regrette la sécheresse, l'austérité ("stalinienne" peut-être?) du film. Wakamatsu ne cherche en aucun cas à enjoliver sa réalisation. Très austère ou très ordinaire? La photographie plutôt moche et la réalisation assez plate? Connaissant un peu les talents de Wakamatsu à la caméra, on s'interroge sur les options esthétiques prises.

Intéressant au début, vite pénible, le film de Wakamatsu n'est pas une oeuvre que je retiendrai.

Trombi des leaders:
Akie Namiki :

Arata :

La casa del sorriso


alias : La maison du sourire
alias : The house of smiles
1988
Cinéaste: Marco Ferreri
Comédiens: Ingrid Thulin - María Mercader - Enzo Cannavale - Dado Ruspoli
Notice d'IMDB

Marco Ferreri retrouve un thème qui lui est cher : les laissés pour compte de la société, les hypocrisies bourgeoises et l'étroitesse d'esprit des coincés du coeur et du cul. Il avait déjà évoqué l'ostracisme dont sont victimes les personnes âgées et les handicapés dans El cochecito, du temps où Ferreri bossait en Espagne avec Ascona. Dans cette "maison du sourire", on plonge dans l'univers ouvert mais paradoxalement carcéral d'une maison de retraite. La violence du milieu saute au visage avec d'emblée une séquence brutale durant laquelle une vieille femme obèse est "lavée" au jet d'eau pour s'être chiée dessus, sous un tombereau d'insultes et de reproches de la part de l'aide soignante. La vieille dame recule tant que faire se peut l'angoissant moment où elle sera si impotente qu'elle devra changer de quartier dans l'hospice. Dans l'établissement, une zone appelée l'Afrique parce que le personnel est majoritairement noir, est constituée de rangée de lits où les individus incapables de se déplacer attendent la mort. Plus tard, elle feindra d'avoir eu chaud et de préférer le sol frais de sa chambre pour expliquer qu'on la trouve ainsi affalée par terre.

Mais ce n'est pas uniquement de la terrible vérité du grand terminus où tout le monde descend, de l'inhumaine manière dont certains membres d