dimanche 30 août 2009

Les Gaspards


alias : The Down-in-the-Hole Gang
alias : The Holes
1974
Cinéaste: Pierre Tchernia
Comédiens : Gérard Depardieu - Charles Denner - Philippe Noiret - Michel Serrault - Roger Carel - Jean Carmet


Film bande-dessinée où l'imaginaire et la géniale poésie de Goscinny rejoignent la malice et le bonheur fûté de Pierre Tchernia,


les Gaspards demeura pour longtemps personnellement un film d'enfance, qui fit rêver le môme que j'estois il y a cela des siècles quand le portable et l'internet n'existaient point, du temps où Le Luron et Coluche trustaient la scène comique en association avec Giscard et Mitterrand. Une époque où la télévision fermait le rideau à minuit.

La société de consommation battait son plein, la crise ne pointait pas pleinement le bout de son nez mais ça n'allait pas tarder. C'était surtout la période où Paris se remodelait, La Défense sortait de terre et d'aucuns y voyaient matière à s'interroger sur le temps qui passe.

Cette France qui n'en finit pas de disparaitre chargeait son lot de passions apeurées. Mais Goscinny et Tchernia loin d'être de vieux cons réactionnaires et agrippés au "temps jadis qui s'en va qué malheur!" carburent bien plutôt à la nostalgie souriante, heureuse, construisant leur univers à eux, en dépit du mordant goût de l'innovation à tout crin qui déborde largement parfois sur le mauvais (incarné ici par le ministre Charles Denner).


Quand le souvenir émerveillé du passé ne se nourrit pas d'aigreur mais au contraire fourbit les armes d'un humour guilleret, chafouin, un poil anar, le spectateur se met les doigts de pied en éventail.

Au coeur d'un Paris sans âge, mouvant comme un sable, flou comme une brume marine, le film prend des allures de film de plage, de vacances, de fêtes et pourtant cette nostalgie laisse un petit goût de mélancolie, sans doute cette inquiétude de Serrault à la recherche de sa fille perdue,

sans doute le regard triste de Noiret à l'heure d'abandonner son petit royaume troglodyte.

Un film cotillon de fin de bal en quelque sorte.

Mais ce qui prédomine, c'est l'essence de vie. Le plaisir règne en maître absolu. La bonne bouffe, le bon vin, la belle oeuvre des hommes, le raffinement des arts,

l'esprit communautaire aussi

et tous les autres miroirs du vivre bien sont toujours présents.

Le clochard (Daniel Ivernel) et sa petite boite à musique,

les oeuvres d'art que Noiret fauche au Louvre, les petits bruits de bouche de Carmet où sa langue et ses papilles se mettent à danser quand il goutte un bon pinard avec Serrault et Depardieu, ses commentaires ravis du joli moment qu'ils partagent,

le concert improvisé du ténor joué par Roger Carel,

les petits boeufs que se font après diner la joyeuse bande de Gaspards,

la sollicitude jamais démentie du facteur Depardieu à l'égard de "M'sieur Rondin",

tous ces petits instants festifs, de bonheur tout simple, sont les virgules du film et donnent le ton, le rythme d'un récit volontiers enfantin, espiègle et jovial. Le générique jouant sur les panneaux de signalisation avait donné le "la".

L'irrévérence un peu cachée n'est jamais loin de se révéler mordante. Charles Denner en ministre aussi ambitieux qu'extravagant se prend pour Napoléon.

Les gesticulations d'un Sarkozy plus vrai que nature finissent un peu par lasser car on a hâte de retourner sous terre, avec les Gaspards, retrouver la part de mystère que la première partie du film avait su instiller avec bonheur. Sans aller jusqu'à dire qu'elle constitue le meilleur moment du film, la quête de Serrault a quelque chose de très attirant, de l'ordre du fantasme sans doute. Plongeant en soldat de 14, dans les couloirs et les excavations silencieuses du sous-sol parisien,

on le suit avec attention, subjugué par cet inconnu sans horizon, dans son odyssée à la recherche d'explications. En parallèle, la nostalgie du vieux Paris, la marque du temps qui est passé sont très bien décrites avec les petites vignettes iconographiques et ce client dont la voix roucoulante, modulée par la douceur des regrets fait écho à celle de Noiret plus tard.

Le monde des Gaspards apparait peu à peu, un monde presque surnaturel, facile, lié au plaisir, à la paix, à la solidarité, un univers interlope qui flirte plus ou moins consciemment avec les interdits, l'anarchisme, la rébellion, l'indiscipline. D'ailleurs ne sont-ils pas catalogués comme des terroristes par ce minisitre éperdu de pouvoir?

Le pouvoir politique est bien plus imposant que le pouvoir de l'individu. Celui que s'est acquis Noiret -il n'est pas loin d'être despote en son pays, tout tourne autour de sa personne et son bon plaisir- est bien faiblard face à celui du ministre. Le film ne ment pas. Réaliste quand il veut, il est clair et net : le pouvoir politique de la cité l'emporte sur l'utopie des rêveurs et des chenapans. Les rouleaux compresseurs détruisent le monde de Noiret en quelques minutes. La soldatesque armée de tracto-pelles et de pioches défile avec la fierté des vainqueurs dans l'univers des Gaspards. Alors, face à la destruction, la petite bande se retire et adapte ses ambitions à la conjoncture et aux données du moment. Toute la noblesse des rats.

Echappant à un immoralisme mauvais teint, Tchernia et Goscinny érigent un monde accueillant, leur film s'adresse au "tout public", mais avec intelligence, réflexion et humour plus ou moins potache. Un joyeux petit film qui avec l'âge prend des saveurs de plus en plus nostalgiques et goûteuses : il prend de la bouteille, devient grand.

Vivement qu'un éditeur nous sorte un dvd digne de ce nom. Celui de Studio Canal a été fait à la truelle. C'est une immonde cochonnerie!

Trombi de la mort qui tue!
Prudence Harrington

Michel Galabru

Chantal Goya

Hubert Deschamps

Annie Cordy

Bernard Lavalette

Jacques Legras

Robert Rollis et Henri Poirier

Gérard Hernandez

Jean-Claude Rémoleux

Bernard Musson

Michel Muller

Un revenant


alias : A Lover's Return
1946
Cinéaste: Christian-Jaque
Comédiens: Louis Jouvet - Gaby Morlay - François Périer - Ludmilla Tchérina - Jean Brochard - Louis Seigner

Christian-Jaque est un grand cinéaste. Je ne connaissais pas ce film et je découvre un remarquable petit film, très riche sous ses airs simples. A bien des égards, il fait penser à un film de Chabrol. Le thème est succulent à souhait, bandant même, n'ayons pas peur des mots : un homme, victime d'une tentative d'assassinat 20 ans auparavant revient à Lyon retrouver la pénible engeance qui se disait ses amis et son amante. La petite notabilité rhodanienne, cossue (cela va de soie), voit revenir le bonhomme avec une folle inquiétude. Avançant ses motivations avec parcimonie, dans le brouillard de l'hiver, il n'en devient que plus menaçant.

La diction et le physique anguleux de Louis Jouvet font le reste : le personnage est mystère.

Le suspense psychologique peut se piquer d'être jubilatoire. Les dialogues d'Henri Jeanson, d'une excellence rare, décuplent le plaisir et la joie de suivre cette histoire. Un pûr bijou de mots sertis sur des comédiens savoureux. Le jeune François Périer impressionne le plus.

Le couple Louis Seigner et Jean Brochard forme une superbe paire de salopards hypocrites. Du grand art.


Ludmilla Tchérina en ballerine dévergondée vampe le très jeune Périer. C'est fou. Elle tient bien son rôle malgré une excessive froideur que je lui trouvais déjà dans les Contes d'Hoffman de Powell.




Gaby Morlay m'a un peu déçu. Son rôle est un peu effacé, me semble-t-il.

Christian-Jaque et ses deux chefs-op Christian Matras et Louis Page filment magnifiquement les lumières noir et blanc de la capitale des Gaules. Je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville, mais entre Tavernier et ce film-là, l'envie de remédier à cette lacune se fait de plus en plus curellement sentir. Un bon petit film.




Quelle honte ce dvd René Château! Par moments, c'est une horreur infâme!

Mini trombi:
Marguerite Moreno :

Albert Michel :

samedi 29 août 2009

Columbo : Candidate for crime


alias : Columbo : Candidat au crime
1973
Réalisateur:Boris Sagal
Comédiens: Peter Falk - Jackie Cooper - Tisha Sterling - Regis Cordic
Notice Imdb
La pause Columbo a été longue, ce qui peut sans doute expliquer mon grand plaisir à m'y immerger à nouveau. C'est un point qui'il ne me faut pas oublier à l'heure de bien analyser l'enthousiasme frissonnant procuré par cet épisode.
Car je le trouve très bon, très bien écrit avec sa structure bi-polaire (entre le meurtre proprement dit et la manipulation ourdie pour le cacher). En effet, dans un premier temps, le sénateur Hayward (Jackie Cooper) tue son aide de campagne électorale par amour, tout en faisant accroire que l'on tente de l'assassiner et que le ou les meurtriers se sont mépris sur leur victime. Dans un second temps, il organise une spectaculaire fausse tentative d'assassinat sur sa personne.

On retrouve un formidable acharnement, cette méticulosité de Columbo qui a reniflé l'entourloupe en vieil animal à qui on ne l'a fait pas.

La façon dont il assaille les deux tourtereaux est assez stupéfiante de violence. On voit littéralement les coups qu'il assène à Jackie Cooper et la petite Tisha Sterling

dans leurs regards de plus en plus inquiets lors d'interrogatoires qui n'en ont pas l'air mais bien la chanson.
Ce qui est fabuleux dans les bons épisodes de Columbo, c'est cette capacité du lieutenant à attaquer ses suspects de manière si finaude qu'ils leur aient bien difficile de contre-attaquer sans se dévoiler dangereusement. Il faut pointer là encore l'imagination et l'ingéniosité d'écriture des équipes de scénaristes. Ici, il ne s'agit pas d'un combat d'égos mais bien d'intelligences, de convictions entre deux fins stratèges. Malheureusement, en dépit d'une bouille sympathique, Jackie Cooper ne joue pas toujours très juste. Quelques regards et mimiques en disent beaucoup trop long sur la culpabilité de son personnage, de façon trop visible pour être en adéquation avec sa profession et la finesse avec laquelle il a conçu et perpétré son crime. Il manque parfois de sang-froid. Les autres comédiens sont suffisamment convaincants par contre.


Ai-je la berlue? Mais j'ai l'impression que c'est la première fois (j'ai des doutes : je repense au pilote avec Gene Barry) que l'on voit un supérieur de Columbo. Ici, en tout cas, Regis Cordic

est assez mis en valeur pour que je note sa présence. Et puis Imdb indique que c'est sa première apparition dans la série en tout cas. Reste qu'il se peut que je me fourvoie. Pas grave.

Trombi:
Joanne Linville:

Ken Swofford:

Robert Karnes:

Vito Scotti: (comédien récurrent dans la série, en tailleur français cette fois)

Daku rabu: Rape


alias : Dark Love: Rape
2008
Cinéaste: Katsuya Matsumura
Comédiens: Dankan - Yû Tejima - Atsuko Miura - Hitomi Hayasaka

Pinku eiga récent mais dont les thématiques restent très traditionnelles. On peut en juger dès la trame principale : un serial killer tombe amoureux d'une de ses victimes.

Quoiqu'il en soit, malgré le fait qu'il soit filmé avec une photo numérique peu performante, le film demeure de très haute tenue. Katsuya Matsumura recherche constamment à faire vivre son récit, avec une variété de séquences, fixes ou travellings, cadrages simples ou complexes, ajouts de filtres couleurs, jeux de lumières.


Le cinéaste maitrise parfaitement sa narration. Avec peu, il arrive à donner un spectacle habile et élégant. Très étonnant. Agréablement étonnant.

Chez les comédiens, l'actrice principale, Yû Tejima (je crois), est d'une certaine manière trop rigide dans son jeu, un peu gênante. Elle parait mal à l'aise, peu concernée.

Alors que les autres comédiennes, notamment Atsuko Miura, semblent plus investies... douées, tout connement.

Celui qui épate c'est Dankan, dans un rôle de malade mental à la fois complexe et effrayant. Je suis très impressionné par sa performance. Il profite il est vrai d'un physique propre à foutre les jetons à un légionnaire avec sa paire d'yeux en acier que certains gros plans ont idéalement mis en valeur.


L'histoire, disais-je en préambule, n'est pas des plus originales. Effectivement, il s'agit d'une antienne du genre. Il fait également évidemment référence au Sliver avec Sharon Stone.


Cependant, je suis abasourdi par la faculté du scénario à habiller ce récit avec une certaine intelligence et finesse, avec même un soupçon poétique sur la fin. Avec son esthétique léchée, le film se révèle par conséquent un très bonne oeuvre de genre.

dimanche 23 août 2009

The time that remains


2009
alias : Le temps qu'il reste
Cinéaste: Elia Suleiman
Comédiens: Ali Suliman - Saleh Bakri - Avi Kleinberger - Menashe Noy - Elia Suleiman
Je n'ai pas tout compris mais j'ai pris plaisir à suivre ce singulier spectacle mêlant poésie, mystères et sourires. C'est le premier film de Suleiman que je vois et j'ai été enchanté par l'espèce d'épure dans la mise en scène. Peu de dialogues. Des regards perdus ou chargés d'émotion. Des cadrages savants et simples à la fois. Peu de mouvements de caméra, ce sont les acteurs qui se déplacent dans le cadre. Tout est d'une simplicité formelle enivrante. La photographie est pleine de couleurs adoucies, à la gouache, dans les tons bleus et verts la plupart du temps, un peu gris parfois, un peu jaune aussi. Délicate.

Alors, au sortir de la salle, domina l'impression d'avoir manqué d'outils pour bien comprendre le film, ses ambiguités, ses clins d'oeil, ses sous-entendus. Comme si Suleiman s'adressait à un public plus averti. Et puis, je suppose qu'avec une meilleure connaissance politique, sociale, musicale (la musique joue un des premiers rôles), culturelle de l'histoire d'Israël et de la Palestine, j'aurais eu moins de difficultés à décortiquer les allusions, les ellipses, etc. Peut-être également que Suleiman laisse délibérement quelques trous narratifs pour donner à son film une tonalité évaporée et douce-amère. Le conflit israelo-palestinien, cette déchirure entre les peuples est de toute manière difficile à entendre pour tout le monde, même pour les principaux protagonistes. Et c'est un peu ce que j'en ai retiré, une sorte d'ahurissement du personnage principal, Elia Suleiman lui même, témoin des destinées de sa famille dans le tourbillon de celles de son pays. Incompréhension face à l'absurdité de la violence. La scène du tank ou celles des combats de l'intifada sont éloquentes.

Il est également toujours très agréable de suivre une histoire qui n'est pas perpétuellement béâte face à l'histoire du monde. Ca donne le sentiment flatteur que le cinéaste ne prend pas son public pour un con. Aussi le film évolue-t-il sur diverses tonalités, prenant à son début par exemple des allures presque fantastiques avec cette inquiétante tempête dans laquelle le taxi est pris. Le taxi est occupé par un personnage bien mystérieux, dans l'ombre. On bascule soudain dans une autre époque, la naissance d'Israël, les premiers faits de résistance de Fouad (Saleh Bakri), le père de Suleiman.

A partir de ce moment, la gravité et l'intensité de la guerre l'emportent. Suleiman essaie d'instiller un peu d'humour, en obligeant un soldat israélien de petite taille à monter sur une pierre pour bander les yeux de Fouad. Mais aussitôt la violence reprend le dessus. Au fur et à mesure que les personnages deviennent familiers, l'humour revient progressivement sur le devant de la scène, sans qu'il soit question d'éluder la violence de la réalité, prête à réinvestir le champ d'action. Entre tragédie et humour, c'est tout de même l'humour qui prédomine, comme une bouée de sauvetage, un indispensable point d'ancrage. Mais la poésie s'invite régulièrement dans la farandole grâce à la tendresse et l'amour qui lient les membres de cette famille (au sens large du terme manifestement : un flic ainsi qu'une japonaise viennent aider la mère sur la dernière partie du film). Quelques fois, j'ai pu avoir le sentiment de suivre des saynètes à l'intérieur du récit général (la chorale, le tank, les voisins, la boite de nuit, les urgences, etc) mais ces petits instants volés à la complexité de l'histoire familiale sont très bien intégrés, comme des cartes postales dans un album de famille. Les scènes maitresses sont pour moi l'interrogatoire dans le champs d'oliviers, intense et dramatique ; la mort du père d'une grâce exceptionnelle ; la scène musicale sur le balcon quand Suleiman essaie de stimuler sa mère et la scène où il découvre la photographie de son père dans les mains de sa mère, sur son lit d'hôpital où elle décide d'en finir, très forte émotionnellement bien sûr mais filmée avec un tact inoui.

Voilà, je n'ai pas tout compris, mais j'ai beaucoup aimé la délicatesse de la réalisation, de l'image et la sérénité de la narration. Un film que je reverrai volontiers. Une invitation à continuer de découvrir ce cinéaste.

samedi 22 août 2009

The V.I.P.s


alias : International Hotel
alias : Hôtel international
1963
Cinéaste: Anthony Asquith
Comédiens: Elizabeth Taylor - Richard Burton - Louis Jourdan - Maggie Smith - Elsa Martinelli - Margaret Rutherford - Rod Taylor - Orson Welles - Dennis Price
Curieux petit film qui ressemble pour beaucoup dans son ossature à une sorte de pré-film choral. Curieux également parce qu'il réunit une très belle distribution. Il arbore une panoplie d'éléments prestigieux, fait montre de ces atouts qu'impose comme il se doit toute bonne grosse production hollywoodienne. Or, je n'avais jamais entendu parler de ce film. Et je m'aperçois que de la filmographie conjointe de Burton/Taylor je ne connais pas grand chose à part Cléopatre et Qui a peur de Virginia Woolf? Ce film-là m'était complètement inconnu en vo comme en vf (entre nous, encore un de ces titres français imbéciles!).
Film curieux par son aspect hétéroclite, assez mal fichu en fin de compte. Une histoire se détache des autres, peut-être en fil conducteur, celle de Burton et Taylor. Mais je résume d'abord le contexte général du film : il s'agit d'une soirée dans l'hotel d'un aéroport londonien où se réfugient les passagers vip's d'un vol à destination de New-York annulé pour cause de brouillard.
Ici Dennis Price, courte apparition, à gauche:

L'histoire principale réunit Richard Burton, Elizabeth Taylor et Louis Jourdan. Taylor est mariée à Burton, un homme qui la délaisse. Elle s'amourache d'un gigolo, Jourdan, et décide de partir avec lui pour New-York. Une lettre explicative inopportunément laissée au domicile conjugal informe le mari de son infortune. ll revient dare-dare à l'aéroport. Cette histoire est traitée de manière très curieuse. Les relations de ce couple de personnages font plus ou moins écho à celles que vivaient Burton et Taylor en dehors du tournage. Je ne saisis pas bien s'il faut y voir une part d'humour et d'autodérision ou une bien étrange et impudique représentation de soi. Le mari est violent, l'épouse est terrorisée et relativement soumise. La violence qu'il exerce sur sa femme est censée démontrer tout l'amour qu'il éprouve pour elle, concept moral plus que douteux, vous en conviendrez aisément. Après avoir exprimé sa rage dans un regard noir et bleu (bordel, que Burton peut être effrayant!), on comprend mieux leur rapport biaisé et fondé davantage sur la possessivité que sur le respect mutuel : "tu es MA femme!". Il finira par embobiner encore une fois son épouse en pratiquant avec un succès effarant un chantage affectif grossier, aussi ignoble que puéril. Louis Jourdan, peut-être le moins hypocrite du trio infernal, sans doute réellement disposé à changer son mode de vie se retrouve en dindon de la farce, seul et amer.

Ce conte moral discutable tente de façon explicite de considérer la manipulation et la violence conjugale comme des preuves d'amour d'un romantisme fou. Il est évident, vu la tournure des évènements, la mise en scène, etc. que l'on désire traiter cela comme une sublime histoire romantique. Alors que persiste un goût de fiel dans la bouche après le film.

La deuxième intrigue, bien que sûrement très convenue, est plus saine, c'est indéniable. Il s'agit d'un entrepreneur (Rod Taylor) sur le point de réussir un grand coup financier, de transformer ainsi son entreprise en grande société et qui se trouve confronté à la banqueroute totale à cause de ce vol raté pour New-York.Sa secrétaire (Maggie Smith), secrètement amoureuse de lui, l'accompagne jusqu'au bout. Si cette histoire n'est pas des plus originales, elle a au moins le mérite d'être portée par deux comédiens que j'aime beaucoup. Rod Taylor est un très bon comédien. qui n'a peut-être pas toujours fait les meilleurs choix pour ses rôles mais dont le talent m'est comme familier.

La troisième histoire se tourne résolumment vers le comique pécunier. Orson Welles, un gros producteur ou réalisateur de cinéma ne doit pas rester un jour de plus sur le sol britannique sous peine de devoir verser aux impôts de sa majesté une somme considérable.

Affublé d'une starlette (Elsa Martinelli), aussi nigaude que belle, il trouvera la paix du porte-feuille. Mais à quel prix! Cette intrigue est pour tout dire sans grand intérêt.

Finalement la dernière intrigue -je me rends compte que mon vocabulaire pourrait laisser supposer qu'il y a là une suite chronologique des différents récits, il n'en est rien, ce n'est qu'une énumération- est celle qui m'a déplu le moins. Elle a l'avantage d'être un peu rigolote, répétitive mais rigolote, et ce, grâce au comique physique de Margaret Rutherford (Miss Marple notamment) en vieille artistocrate sans le sou, obligée de quitter son pays. Il y a là également un regard attendri sur une Angleterre en train de disparaitre, un système social en désuétude.

Somme toute, si le spectacle n'est pas désagréable -on pourra même s'esclaffer devant les tonnes de pathos que Burton peinturlure sur son personnage-


"bouh je suis le mal aimé!"
ma foi, je ne suis pas loin de me demander encore ce que tous ces comédiens étaient venus faire dans cette galère.

vendredi 21 août 2009

The Avengers 209 : The sell-out


alias: Chapeau melon et bottes de cuir : La trahison
1962
Saison 2, épisode 09
Réalisateur: Don Leaver
Comédiens: Patrick Macnee - Jon Rollason - Arthur Hewlett
Ce whodunit recherche une taupe dans l'organisation d'espionnage dont fait partie Steed. Et cet argument va donner à tout l'épisode un sel particulièrement intéressant. Par contre, il m'a semblé que cela perdait de rythme par instants. Je crois surtout que, Arthur Hewlett, le supérieur de Steed est l'élément le plus important de l'épisode, le plus épicé.

Jouant d'un physique très singulier -la caméra ne manque pas de tourner autour de cet étrange faciès pour en dévoiler tous les replis et saillies ou de le filmer en gros plans- il incarne à merveille ce type de personnage énigmatique dont les expressions sont d'une effrayante obscurité.

The Avengers 205 : Mission to Montreal


alias: Chapeau melon et bottes de cuir : Mission à Montréal
1962
Saison 2, épisode 5
Réalisateur:
Don Leaver
Comédiens: Patrick Macnee - Jon Rollason - Patricia English - Iris Russell
J'ai bien apprécié cette petite balade en croisière. Le suspense est limité. L'intrigue n'est pas des plus originales mais la sauce prend bien. L'actrice, Patricia English, une Fanny Ardant sans grand talent, ne manque pas cependant d'un certain charme.

L'emploi de Steed en garçon de cabine, en contradiction permanente avec sa charmante assurance, donne du piquant à cet épisode.

J'ai souvent beaucoup d'indulgence pour les huis-clos mais je ne pense pas qu'ici ce soit le cas car le scénario est plutôt bien écrit compte tenu des données techniques et de mise en scène. Je ne me suis jamais ennuyé. Le récit reste alerte et serein à la fois. Un bon épisode.

Remontons les Champs-Elysees


1938
Cinéastes: Robert Bibal - Sacha Guitry
Comédiens: Sacha Guitry - Jeanne Boitel - Lucien Baroux - Jacqueline Delubac - Émile Drain - Josseline Gaël - Mila Parély
J'ai eu une soudaine envie de réessayer Guitry. J'ai souvent eu maille à partir avec son cinéma. J'ai toutefois eu l'immense plaisir, en persistant, de voir Assassins et voleurs, Le roman d'un tricheur et Mon père avait raison, trois films que me font oublier les longues agonies d'ennui que me valurent d'autres créations du maître et que j'ai oubliés depuis.

Aussi voulai-je renouer avec ses films. Et mon choix s'est porté sur un film historique. Une envie de voir si je pouvais m'éprendre de ce genre en particulier, le "film historique à la Guitry". A défaut d'un Paris ou d'un Versailles "m'était conté", je suis allé me promener du côté des Champs-Elysées. Et patatras! (hmmmm, quel plaisir d'utiliser ce mot désuet!) Je me suis royalement emmerdé. Ce n'est pas tant la structure, le récit ou le scénario, le style... non, les enchainements des évènements sont très bien écrits. Le film est bien bâti. C'est plutôt que le propos m'a paru d'un intérêt plus que médiocre. La portée morale, intellectuelle ou esthétique m'a complètement échappé. C'était joliment dit mais je m'en taponnais avec tristesse. Les acteurs ne me disaient trop rien. Je notais la présence -je ne sais si le terme est bien choisi pour une actrice aussi insipide- de Jacqueline Delubac

et dans le même temps l'absence de Pauline Carton, pour une fois, actrice attachée à la filmographie de Guitry comme boule au sapin de Noël, traditionnelle. Des têtes me disent bien quelque chose mais à voix si basse que je ne les entends pour ainsi pas du tout. Et comme je ne peux pas compter ici sur les comédiens auxquels je me raccroche parfois pour garder éveiller ma curiosité, je me suis emmerdé comme rarement.

Oh, cela ne signifie en aucun cas que je ne retenterai pas ma chance à l'occasion mais que j'ai fait là un mauvais choix, malgré une distribution féminine toujours aussi éclatante. Sacha, sacha....
Josseline Gaël :

Mila Parély :

Lucien Baroux :

Émile Drain: dans une scène très poétique, bien pensée

Da she


alias : Lost Souls
1980
Cinéaste: Tun Fei Mou
Comédiens: Shen Chan - Hsiang Lin Yin - Feng Chi - Hung Yen

Des sans-papiers essaient par tous les moyens de s'introduire à Hong-Kong. Le début du film montrant les difficultés de pareille entreprise ménage un petit suspense, une entrée en matière prometteuse et introduit un trio de personnages, deux hommes et une femme qui vont aller de Charybde en Scylla parce qu'entre les militaires et policiers kong-kongais et les profiteurs mafieux, les périls semblent insurmontables. En effet, plusieurs bandes rivales kidnappent des réfugiés pour obtenir des rançons de leurs familles.

Après la chasse à l'homme, le film se tourne vers l'enfermement des réfugiés avec les tortures physiques et mentales qu'ils subissent. Afin d'obtenir des numéros de téléphone, les ravisseurs offrent un panel assez varié de pratiques dont certaines sont très surprenantes.

Il semblerait que dans la culture chinoise la nudité constitue un tabou suprême. Hommes, femmes et enfants sont dénudés et enfermés dans une étable.

Aussitôt ils essaient de se confectionner des vêtements avec du papier journal. Et une scène assez hilarante vient confirmer cela. Une femme suibit l'outrage absolu : des hommes sont alignés devant elle et obligés de sautiller les balloches à l'air pendant que les tortionnaires l'empêchent de fermer les yeux. Les personnages sont aussi horrifiés que s'ils assistaient à un viol ou un meurtre.

Bref, les prisonniers considérés comme du bétail, comme des animaux finissent par se comporter comme tels.

L'un d'entre eux tue le chef de gang qui vient de le violer en l'égorgeant à pleines dents.


Et c'est sans doute l'une des caractéristiques du film qui lui donnent le plus d'attrait : l'énormité, l'exagération. L'horreur est poussée à son paroxysme mais de façon si grotesque parfois que cela empêche tout réel choc ou dégoût de la part du spectateur. Difficile d'avoir une vraie empathie pour les personnages tant la mise en scène est outrée. De plus, le jeu des comédiens n'est pas très réaliste.

Impossible par conséquent de prendre l'histoire au sérieux. Un exemple parmi d'autres illustre parfaitement cela : une femme devient folle et saute sur les gardes pour essayer de voir leur sexe ; les ravisseurs scandalisés par son comportement prennent la poudre d'escampette !

La dernière partie est dévolue à l'évasion et la tentative des réfugiés de passer la frontière encore une fois.

Techniquement, le film est bien fait. Cadrages, mouvements de caméra, décors sont bien fichus et affichent une bonne maitrise, des moyens. Néanmoins, le film souffre de ne pas proposer quelque chose de plus qu'une suite de situations extrêmes, sans grande portée. Au départ, on espère que le film va montrer les conditions difficiles des sans papiers mais très vite on se retrouve avec un film caricatural, axé sur le fait-divers et le sensationnel, un film de moins en moins crédible. Etrangement, le film se prend au sérieux, suffisamment pour en devenir risible par moments. Jamais ennuyeux; il persiste tout de même à demeurer une petite production de série. Quand on sait ce que les Shaw Brothers ont produit dans la série B par ailleurs, on peut lui attribuer le C ou le D sans sourciller, notamment en raison des médiocres saynètes de combat, des sempiternelles scènes érotiques et des séquences de violences softgores.

jeudi 20 août 2009

Nestor Burma 119 : Nestor court les poupées


1995
Réalisateur: Joël Séria
Comédiens: Guy Marchand - Géraldine Cotte - Pierre Tornade - Michel Fortin - Patrick Guillemin - Yolande Folliot - Emma Colberti - Betty Bomonde
Comme Sophie Artur dans "Les eaux troubles de Javel", je retrouve ici un visage, une voix de mon passé télévisuel, Yolande Folliot qu'on voyait plus aux "Jeux de 20h" ou à "l'Académie des 9" que sur les écrans de ciné. L'épisode ne manque pas de rebondissements, d'action, c'est très dynamique, alerte, surtout sur la fin et laisse sur une bonne impression.

Par contre je suis content d'en avoir fini avec ces après-midis alités loin de mes dvds et d'ainsi échapper aux sempiternels dialogues vaseux et traits d'humour enfantins de la part des flics de la série. Du lourd qui se déballonne. J'en suis fort marri pour ce cher Tornade : il y a là quelque chose de pathétique tant est insignifiant son personnage. Que dire alors de son bras droit joué par Guillemin? Chez Mallet, le commissaire Fabre est loin d'être aussi tartignolle.

A noter que l'épisode gagne en sensualité. Je ne sais pas si c'est à la participation de Joël Seria que l'on doit cette amélioration scénique. Peu importe.

Betty Bomonde:

Emma Colberti:

A l'aventure


2009
Cinéaste: Jean-Claude Brisseau
Comédiens : Etienne Chicot - Jocelyn Quivrin - Arnaud Binard - Carole Brana - Nadia Chibani - Lise Bellynck - Estelle Galarme

Sans aller jusqu'à me réconcilier avec Brisseau, ce film n'aura pas été ressenti comme une irritante pantalonnade. C'est déjà ça. Même s'il apparait un peu comme un sage, un brave élève récitant sa leçon apprise par coeur ou comme un catalogue de discours assez ordinaires sur la sexualité et la psychanalyse n'échappant pas à ces geignements pseudo-intellectuels à la mords-moi le noeud dont Brisseau semble se faire le spécialiste, le film est cette fois servi par des comédiens talentueux :
Etienne Chicot,

Jocelyn Quivrin

et peut-être un peu Arnaud Binard.

L'actrice principale, Carole Brana, est très belle mais,

comme toutes les actrices du film, récite beaucoup trop son texte de manière mécanique et parfois désincarnée. C'est sans doute l'écueil majeur du film avec également le douteux mélange psycho-mystico-érotique qui clôt le film dans un ridicule foutant en l'air toute la problématique réflexive du film.

Tout ça pour ça, merde alors! Ce qui prouve bien la vacuité du discours finalement. La posture intello ne parvient pas à cacher cela. Et tant mieux d'ailleurs.


Manifestement Brisseau aime beaucoup la photographie sombre orangée que le numérique lui offre. Sur les extérieurs, avec la campagne méridionale en automne, cela donne effectivement des résultats magnifiques.

(avec Estelle Galarme à gauche)

Les scènes érotiques sont plutôt réussies, un peu froides ou maniérées cependant, elles parviennent à garder une belle intensité, à créer un trouble excitant.


Lise Bellynck:

Nadia Chibani:

mercredi 19 août 2009

Nestor Burma 116 : Les eaux troubles de Javel


1995
Réalisateur: Alain Bloch
Comédiens: Guy Marchand - Géraldine Cotte - Pierre Tornade - Michel Fortin - Patrick Guillemin - Sophie Artur - Karin Swenson - Hubert Saint-Macary
A part la participation de Sophie Artur, une comédienne que le petit enfant que je fus a bien connu par le biais d'émissions télévisées diverses (Académie des neuf ou Jeux de 20h par exemple), je ne vois rien d'intéressant à se mettre sous la rétine dans cet épisode. Surtout, le "méchant" et sa bande paraissent bien insipides. J'ai le roman "Les eaux troubles de Javel" à lire, j'ose espérer qu'il sera un peu plus dense et mieux foutu. Nul besoin d'ajouter que je n'en doute pas trop.

Ce qui me parait de plus en plus évident, c'est qu'en adaptant Nestor Burma dans les années 80, la série a beaucoup perdu dans la caractérisation des personnages, des situations. Notamment au niveau culturel et stylistique du vocabulaire. Burma sent bon les années 50-60. Ici point d'argot, de gangsters à galure. La société a changé. C'est un dommage irréparable. Un gros poids mort.

Nestor Burma 112 : Boulevard... ossements


1993
Réalisateur: Claude Grinberg
Comédiens: Guy Marchand - Géraldine Cotte - Pierre Tornade - Michel Fortin - Patrick Guillemin - Natacha Amal - Jacques François
J'ai dû voir des "Nestor Burma". Ceux de Guy Marchand très librement adaptés, j'ai dû en voir quelques-uns qui ne m'ont pas émoustillé plus que ça. Et celui de Serrault dont j'ai oublié l'essentiel comme l'accessoire.
Plus que le désoeuvrement et l'absence de dvds sous la paume, c'est également mes récentes lectures de Léo Malet et le puissant plaisir littéraire de la découverte d'un personnage, d'un monde et d'un verbe dont l'humour est une des clés maitresses qui ont fait que j'ai eu la curiosité de revoir un peu de cette version Marchand.

On retrouve quelques éléments de l'oeuvre originelle : la jolie secrétaire (Géraldine Cotte, très jolie certes mais à la présence famélique tout de même)

et les relations tendrement ambigues qu'elle noue avec son patron. Zavatter (Michel Fortin) l'aide intermittent de Burma semble ici récurrent. Personnellement, je n'ai pas encore lu de Burma avec ce personnage. J'imagine qu'à la télé, on a pensé l'utiliser pour ajouter quelques scènes d'humour. Je m'en passe allègrement dans les bouquins, j'en aurais fait tout autant à la télé. Les relations avec les flics sont continuellement axées sur le comique. Encore et toujours. Mais pas toujours très fin. A la longue, ça use. Tornade est un de ces acteurs qui ne passent pas inaperçus, sa voix, sa corpulence, sa tête en imposent de façon très sympathique. On imagine sans peine que les producteurs ont misé sur ce capital pour en rajouter des couches dans l'humour franchouillard faiblard. Tornade est aussi de ces acteurs qu'on sous-estime sans arrêt avec une sorte de dédain snobinard des plus infects et des plus malhonnêtes. Or, il s'agit d'un très bon comédien. Patrick Guillemin (une des voix de Daffy Duck me semble-t-il) n'a pas hérité, pauvre homme, d'un personnage intéressant. Benêt lassant. Tant pis.

Quoiqu'il en soit, il manque une donnée essentielle chez Malet : l'argot, la tchatche, le bagou, bref la finesse du style Malet, l'humour du mot.

La série est regardable, Marchand fait son son numéro. C'est un très bon comédien et il fait un bon Burma mais autour de lui c'est d'un creux! Résultat : la série ne décolle pas vraiment. Dans cet épisode, on a droit à quelques apparitions de Natacha Amal, une belle plante, et qui joue pas mal dès lors qu'on ne lui donne pas des personnages qui partent dans les trémolos et les aigus. Ici, elle a un personnage "normal" ; elle le joue très bien.

Et puis un acteur culte, n'ayons pas peur des mots, Jacques François, qui ne joue pas beaucoup malheureusement et dont le rôle n'est pas vraiment à sa mesure. Il faut bien manger.

Maigret 104 : Maigret et les plaisirs de la nuit


1992
Réalisateur: José Pinheiro
Comédiens: Bruno Cremer - Jean-Louis Foulquier - Marina Golovine - Virginie Robert
Ce Maigret est beaucoup plus sombre. Forcément me direz-vous : tout est dans le titre. Il m'a fait penser au superbe film noir de Delannoy, "Maigret tend un piège". Faudra que je le chronique celui-là, il est terrible! Mais ici, la pluie tombe avec fracas. Les personnages apparaissent plus noirs encore. Avec un arrière goût de fatalisme dans les décors, les attitudes. Les acteurs ne sont guère servis par un scénario trop aimable pour être pris vraiment au sérieux et surtout des personnages manquant de sel. De la distribution, je ne connais que Jean-Marie Foulquier qui me fait une piètre impression. Ce n'est pas le genre de Maigret que je retiendrais. Cependant j'imagine avec salive dans la tête une adaptation au ciné.

Maigret 119 : Maigret et l'affaire Saint Fiacre


1995
Réalisateur: Denys de La Patellière
Comédiens: Bruno Cremer - Jacques Spiesser - Anne Bellec - Jacques Sereys - Arno Chevrier
Tâche difficile pour Denys de la Patellière ; faire avec les moyens télévisuels un remake de l'excellent film de Jean Delannoy. Afin de ne pas trop coller au film, les scénaristes se sont chargés de changer beaucoup d'éléments de la trame du récit, également dans la mise en scène. Alors forcément, je me suis un peu amusé à décortiquer cette nouvelle adaptation car je suis plein d'admiration et connais parfaitement celle de Delannoy. Mais très vite, le téléfilm fait bien pâle figure et les grands moments du film sont perdus. Le dénouement chez Delannoy est bien plus spectaculaire, plus jolimment amené. On pourrait même dire "assené". Alors qu'ici il est complètement raté. Le coupable est connu bien avant le repas final, par conséquent on feinte le coup de théâtre. Fade.

Ce qui est intéressant dans cette version, c'est que le commissaire Maigret dévoile par ce petit voyage dans son passé une part de son histoire, de son enfance, de sa famille, ses valeurs, ses rêves et désillusions, ses premières amours, en somme, des facettes intimes que le personnage ne livre jamais que parcimonieusement d'habitude.

On peut saluer la toujours agréable présence de Jacques Sereys, sa voix, sa trogne. Un bonhomme que j'aime beaucoup.

Maigret 114 : Cécile est morte


1994
Réalisateur: Denys de La Patellière
Comédiens: Bruno Cremer - Claude Piéplu - Annick Alane - Vanessa Guedj - Eva Ionesco - Anne Bellec - Jean-Pierre Gos
Je ne connaissais pas le Maigret de Crémer. Pas attiré. La lenteur sans doute était l'a priori le plus coriace, j'imagine, et pouvait expliquer entre autres raisons celle qui me tenait à l'écart de cette série. Des circonstances particulières et rares m'ont permis de découvrir la série avec cet épisode.

De Maigret je n'ai lu que "Maigret à New-York", c'est dire ma piètre culture du personnage littéraire. Mais je n'ai pu m'empêcher de comparer la prestation de Crémer à celle de Gabin que je connais bien mieux. Celles de Richard sont beaucoup trop éloignées dans ma mémoire pour que ses brumes se dissipent malgré les efforts. Et ma foi, Crémer, acteur au jeu rentré, donne une épaisseur que sa masse vieillissante accentue avec justesse. Je suis ravi par sa composition, simple et efficace.
Dans cet épisode, je suis également enchanté par les libertés et l'espèce de jouissance électrique qui animent le jeu extraverti de Claude Piéplu. A l'inverse de ce Maigret enfermé dans sa grande carcasse, ce personnage, haut en couleurs, plein de verve, permet à Piéplu d'aller tutoyer les aigus de l'art oratoire, tout en déclamations et gestes amples. Il s'amuse comme un petit fou. Jubile.
J'ai retrouvé Annick Alane, mais malheureusement dans un tout petit rôle. On aperçoit également avec curiosité Vanessa Guedj, la gamine du "Grand chemin". Elle a bien grandi mais n'a pas changé de bouille ni de voix. En regardant sur imdb la distribution, je m'aperçois avec étonnement qu'Eva Ionesco en fait partie et que je ne l'ai pas reconnue.

L'histoire que je ne connaissais pas est assez bien construite et conduite avec un scénario carré et une mise en scène sobre de Denys de la Patellière. On décèle le savoir-faire, l'expérience de l'artisan. Sans esbrouffe, toujours au service des acteurs et de l'histoire. J'ai du respect pour ce genre de réalisateurs, humbles mais professionnels.

Bref, une entrée en matière pas désagréable. Un peu ternie par les essais ratés d'intégrer quelques pincées d'humour (à part pour le personnage de Piéplu), notamment entre Maigret et ses hommes.

mercredi 5 août 2009

Le doulos


1962
Cinéaste: Jean-Pierre Melville
Comédiens: René Lefèvre - Jean Desailly - Serge Reggiani - Jean-Paul Belmondo

Un film particulier dans mon histoire de cinéphage : c'est la première cassette vhs que j'ai achetée, avec mon premier magnétoscope. Et pourtant cela faisait très longtemps que je ne l'avais revu. Si longtemps que je ne me souvenais pas des grandes lignes du scénario et encore moins de ses finesses. et finalement, je le voyais plus grand, plus beau, plus mythique. Il avait eu le temps de prendre ses aises dans mon esprit vagabond. Alors forcément, une petite déception, oh j'ai bien écrit "petite"; me laisse un peu tristounet à la fin du film. J'ai bien eu quelques doutes devant les interrogations de ma femme concernant l'identité du "doulos" ou/et de son degré de traitrise mais au fond la surprise était éventée bien entendu. Peut-être aussi que la déception vient du manque de sécheresse de ce film de Melville. Ca bavarde. Surtout les flics. Surtout Desailly qui tourne en rond dans son commissariat, en bavassant sans cesse sur son enquête compliquée.

J'imagine qu'on peut pédaler dans la semoule à force, avec tous ces noms. Mais bizarrement, je ne me souviens pas de cet inconvénient quand j'avais vu le film plus jeune.

Alors on trouve son petit plaisir dans le travail sur les archétypes du noir, le mariage avec les caractéristiques françaises, les petits ajouts propres à ce film.
J'ai particulièrement aimé l'ambiance jazzy que Paul Mizraki bien inspiré. Et puis le travail sur la photographie de Nicolas Hayer

et celui des décors par Daniel Guéret et Pierre Charron ne sont pas loin des meilleurs.

Mais... manque quelque chose. Un peu de patine, du vécu? On sent trop le travail en studio. Ou peut-être qu'un dvd plus convenable que cet Opening (Le Monde) ferait voir tout cela de manière bien plus brillante? Possible. Il m'a semblé en outre que sur les mouvements le grain avait du mal àsuivre, dans les espaces sombres surtout. Dans l'ensemble c'est regardable, mais on est loin d'un Criterion.

Ce qui pourra régaler le spectateur ce sont surtout les acteurs, une jolie petite brochette encore avec un Serge Reggiani en premier lieu qui tient le rôle noir par excellence, avec un personnage cassé, ivre de vengeance comme de lassitude. Son regard au début du film dans le miroir brisé en dit long sur son trajet et son avenir.

Le jeune Belmondo joue en quelque sorte le même personnage que dans Classe tous risques de Sautet, un gangster à principe, avec ici une aura d'ange prêt à déchoir, bon pour le sacrifice, un peu ingénu sur les bords. Là encore le héros se regarde dans un miroir, mais cette fois, c'est à la fin du film, ce n'est pas le même personnage et en plus vient se greffer une dimension mystique avec la forme liturgique du cadre.

On prendra plaisir devant l'apparition très courte de René Lefèvre en vieux pas si grigou que ça.

On appréciera moins le fait qu'elle soit courte, celle de Michel Piccoli, tant l'acteur rayonne dans sa grande scène avec Belmondo. En peu de mots, à l'économie, il joue juste. Un pur plaisir pour qui aime les acteurs. Décidément trop courte.

Dans le casting, les femmes ne sont pas à la fête je trouve. Fabienne Dali me déplait un peu. La voix est étrange. Ce n'est pas qu'elle soit fluette mais on a tout de même du mal à l'entendre. Elle manque d'envergure. Jolie mais très fardée, dans le style de l'époque il est vrai. Son personnage est presque drôle, par naïveté, influençabilité. Sa scène de séduction avec Belmondo est rigolote. Mais un peu à ses dépends. Embobinée en moins de deux palabres.

Je m'interroge sur la présence de Monique Hennessy.

Son personnage attifée à la Jayne Mansfield (Brigitte Bardot n'avait pas encore fait siens les canons de la mode) verse un poil ou deux dans le sado-maso. Si, si! Une séquence de bondage, à la limite de l'urophilie quand Bébel verse sa bouteille sur sa chevelure désenchoucroutée, très étonnante scène qui vient expliquer le fait que la blonde s'était auparavant vautrée sur le divan avec ses talons aiguilles.

En somme, un petit film noir français, avec des personnages qui pataugent dans leur enfer, en croyant y échapper. Un drôle d'objet en fait : je ne saurais vraiment mettre des mots bien définis sur mon trouble. Je ne parviens pas à y voir un très grand film. Ho, juste un bon film, ce n'est déjà pas mal, non? Certes, mais pour un Melville?

Trombi:
Charles Bouillaud:

Philippe March:

Paulette Breil et Christian Lude:

Jacques Léonard et Marcel Cuvelier:

Dominique Zardi: (à gauche)

et une Mercury Monterey 53:

Gincho wataridori


alias : Wandering Ginza Butterfly
alias : Wandering Silver Butterfly
1971
Cinéaste: Kazuhiko Yamaguchi
Comédiens: Meiko Kaji - Tsunehiko Watase - Tatsuo Umemiya - Hiroshi Ueda

Petit polar construit autour de la belle Meiko Kaji et qui vaut essentiellement sur la mise en valeur de cette superbe plante, ainsi que pour quelques plans réussis.


Ces séquences un peu classieuses, très noir, bien cadrées, au cinémascope correctement maitrisé sont un peu gachées par des effets de mise en scène un brin ampoulés, le jeu de certains comédiens particulièrement outré, plein de mimiques, de poses et autres boursouflures empruntées au genre du film de yakuza, du moins je le suppose. A ce propos, le jeu de l'acteur qui incarne le boss Owada et dont l'identité m'échappe malheureusement est emblématique. Rares sont les plans où il joue de façon naturelle. La plupart du temps on a droit plutôt à force grimaces. C'est si grotesque que l'on s'en console en riant.


Même Meiko est sur le cul devant tant de foutaises pour mourir:

Le film est également une belle photographie de son époque et du genre : de la musique aux décors multicolores, en passant par les modes vestimentaires, le film est très marqué par son temps.

On retiendra d'abord et surtout donc la beauté de Meiko Kaji qui, avec ses cheveux longs et lisses, m'a souvent fait penser dans ce film à Laura Gemser, un peu ce genre de femmes, longues et graciles, à la plastique envoûtante et intimidante. Le générique annonce en plus que la dame se permet de pousser aussi la chansonnette. Elle semble en outre être assez douée pour tater de la queue. En effet, même si lors de la fameuse partie de billard, elle est évidemment doublée sur les gros coups, il est visible qu'elle réussit sans trucage quelques coups pas faciles. Bref, une comédienne qui a plusieurs cordes à son arc. Ce qui n'est pas commode. Je bande de temps en temps et je peux vous affirmer que ce n'est pas évident de tirer son coup dans ces conditions. Bohhhh, ça va, je m'amuse!

Meiko Kaji...... hmmmmmm

Trombi:
Très jolie également, Akiko Koyama, dans le rôle de "Madam":


Tsunehiko Watase je crois que c'est lui mais rien n'est moins sûr:

Lui non plus, je ne connais pas son nom, c'est le challenger aux lunettes dont la forme et l'usage cinématographique rappelle le meurtrier de Le paradis et l'enfer de Kurosawa :

Le patron multifacial, Owada, un inconnu qui m'a bien fait rire:

Et pour finir le gras playvoy désinvolte, avec sa coupe à la Fonzy, il doit se croire "coooool", voudrais bien connaître son nom à çui-là...

Si une bonne âme pouvait venir remplir les trous. Je lui serais reconnaissant.

lundi 3 août 2009

A face in the crowd


alias : Un homme dans la foule
1957
Cinéaste: Elia Kazan
Comédiens: Patricia Neal - Anthony Franciosa - Walter Matthau - Lee Remick - Andy Griffith


Je ne suis plus où j'ai vu Patricia Neal pour la dernière fois. Ma mémoire continue de me jouer des tours. Un film noir sans doute. Découverte dans Le jour où la terre s'arrêta, sa prestation dans ce film confirme tout le bien que je pensais d'elle : belle et du talent à revendre. Il n'y a guère que sur une scène (dans le bar avec Matthau) où il m'a semblé qu'elle chargeait un peu la mule.

Je conçois que commencer une chronique de ce film en évoquant l'actrice principale est une injure faite aux scénario et à la construction méticuleuse et efficiente d'une histoire parfaitement huilée. Maisl il arrive parfois que la raison, la réflexion me fassent défaut, que je prenne ma critique par le petit bout de la lorgnette.

Soit! Continuons donc avec les comédiens. Je vais dire deux mots sur Walter Matthau, sans doute des banalités. Cela fait drôle de le voir si jeune, si fringant et fluet. Déjà pointent sous les lunettes, l'épaisseur de ses futurs personnages, surtout l'espèce de morgue railleuse et finaude qu'on lui connait, une sorte de personnalité ursidée qu'il ne pourra jamais vraiment faire oublier... et tant mieux!


Courte apparition de la jeune, très jeune Lee Remick:
Cependant ce film est avant tout une réelle et brillante performance d'un acteur que je ne connaissais que de nom. Le nom de Matlock me disait bien quelque chose mais j'avais oublié sa tête de "vieux". Aussi le physique d'Andy Griffith m'est-il apparu familier d'emblée sans pour autant que je parvienne à en définir la raison. D'abord une voix, benue du fin fond du coffre, l'acteur rie à gorge déployée pour mieux cacher sa face qui n'est pas in the crowd mais bien enfouie pour berner son monde. Personnage à double facette, très complexe à jouer, mais Griffith réussit à maintenir un joli niveau de performance.

Bien maintenant venons-en au crucial, au prépondérant de l'affaire, à ce qui rend le film indispensable à voir : le scénario. Budd Schulberg frappe très fort avec un sujet coup de poing sur la démagogie et le cynisme au service du profit et de la réussite comme on dit. Entre Poujade et Sarkozy, un quidam à gouaille se découvre des talents d'orateur. Il fait plaisir, brosse le public auditeur dans le sens du poil. D'aspect frustre et grossier, le personnage véhicule un idéal politiquement correct, flagorne la masse en houspillant quelque peu les patrons. Ce lécheur de boules comprend d'instinct le pouvoir des mass-media sur l'opinion. Mais sa démesure le perd.

Le conte se veut moral évidemment. Bien entendu dans la vraie vie les mêmes personnages ne sont pas assez cons pour se dévoiler à l'antenne, malheureusement. Et surtout ils savent rester à leur place : Séguéla, à ce que je sache, n'a jamais entrepris une carrière politique. Ah, si! Berlusconi l'a fait. Reste que le scénariste décortique avec une finesse d'observation et d'écriture rarements égalée les méthodes, les processus de pensée qui aujourd'hui encore continuent de façonner le discours de tant de politiques tout entiers dans les mots de leurs chargés de communication. Quand l'apparat prévaut sur le fond.

dimanche 2 août 2009

The Avengers 214 : Dead on course


alias: Chapeau melon et bottes de cuir : Mort en vol
1962
Saison 2, épisode 14
Réalisateur: Richmond Harding
Comédiens: Patrick Macnee - Jon Rollason - Liam Gaffney - Donal Donnelly - Peggy Marshall - Elizabeth Murray - Margo Jenkins
J'ai emprunté l"un des rares dvds de la série à la Médiathèque Fellini de Montpellier. Et découvre la saison 2, la forme très télévisuelle vieillotte de la série, où les moyens et la mise en scène jurent par rapport à ce que je connaissais de la série jusque là. Finalement, il n'y a pas de mal : c'est étonnant. Un objet de curiosité en quelque sorte. Et puis force est de constater qu'avec le peu de moyens mis à disposition des créateurs, ils réussissent la gageure de produire un épisode somme toute assez correct. Certes, la qualité visuelle est faiblarde. Certes font du ski, la mise en scène a quelques ratés (un mort qui cligne des yeux, une bonne soeur visiblement mâle que les Avengers ne décèlent pas, ils feraient de parfaits gogos au Bois de Boulogne)

mais peut-être que c'est le genre d'aléas que connaissent les réalisations en direct. Je ne sais pas comment ils s'y prenaient mais c'est l'impression que cela donne. "Vous n'avez droit qu'à une prise, les gars! Ca passe ou ça casse". La présentation de l'épisode en trois actes renforce ce sentiment de diffusion en direct. Je ne fais que supputer.

L'histoire en elle même me fait penser à quelque chose, mais quoi? Quel film reprend cette idée de criminels désorientant des avions depuis le sol pour qu'ils se crashent? Quoiqu'il en soit, c'est une brillante idée. L'infiltration dans la petite société villageoise et dans le couvent voisin donne cette atmosphère de complot étrange et inquiétant que les décors lugubres (cave, pub sombre, couvent) rendent encore plus sensible.

Par contre la collaboration de Steed et le Dr King laisse à désrier, manquant de complicité. L'acteur qui joue le Dr King n'est pas à proprement parler un personnage très intéressant. Steed parait un peu plus rieur ou disons moins coincé, mais l'amalgame des deux ne se fait pas bien. Un poil trop long ce récit : à partir du meurtre de Margo, il est facile de recoller tous les morceaux du puzzle. Au moins de comprendre que la mère n'est supérieure que de titre. L'exploration de ce petit monde prend un peu trop de temps, on s'ennuie un peu dans les dernières minutes. Mais au final, j'ai pris un réel plaisir à redécouvrir la série, à la découvrir encore balbutiante et puis tout bêtement à réentendre cet accent irlandais plein de roulis et de tangage.

samedi 1 août 2009

Up


alias : Là-haut
2009
Cinéaste: Pete Docter - Bob Peterson
Sans aucun doute un de mes Pixar préférés, un des plus émouvants et peut-être celui (avec Les indestructibles) qui s'adresse le plus aux adultes. Quand je parle d'émotion, je voulais justement parler de celle qui touche les adultes. Et en commençant par ce long prologue retraçant l'espace d'une vie, la longue, mouvementée et simple vie du couple Carl et Ellie, les auteurs m'ont cueilli d'entrée de jeu.


Cette petite histoire dans l'histoire qui tient de fil conducteur, de point de source m'a directement caliné le coeur. L'ordinaire de ce couple, ce vieillissement à deux est retracé en quelques plans, sans voix, ni on ni off, en n'omettant ni les bons ni les mauvais moments d'une exstence à deux, ces douloureux renoncements qui sonnent le glas des rêves de jeunesse et dans le même temps le tocsin des certitudes anonnées par les voix de la sagesse. Tout le film repose sur ce thème, l'abandon des projets qui nous sont chers, les lourds réajustements de priorités que les évènements de la vie viennent imposer de façon cavalière et soudaine.

Carl va devoir se détacher de sa maison, de son rêve de la poser à l'endroit tant fantasmé. Son idéal évolue dès lors que Russell, Kevin et Doug entrent dans sa vie, non invités qui vont devenir ses nouvelles priorités.
Bien avant tout cela, Carl avait abandonné ses rêves d'aventure, de voyage au bout du monde. En construisant sa vie avec Ellie, il avait déjà changé son fusil d'épaule. Après la mort de sa femme, ancré sur son passé, cet homme s'était habitué à dire non à la vie. dans sa petite maison, entouré de grands immeubles modernes en construction,

il refusait de changer et c'est finalement dans son refus obstiné allant jusqu'à la violence (légère bien entendu) que se trouvera la clé du bouleversement, du nouveau départ, la nouvelle résolution et les nouvelles rencontres qui changent la vie. Parce qu'en effet, le film montre bien que le refus de moduler ses volontés amène souvent les hommes à une certaine violence. L'exemple pathologique de l'aventurier Charles Muntz, aigri et solitaire est d'ailleurs peut-être un peu trop poussé, stéréotypé. Les cheminements intérieurs de Carl par contre sont très bien dessinés. A la limite, je pourrais dire qu'à partir du moment où Carl rencontre Muntz, le film perd en émotion, en vérité pour gagner en divertissement spectaculaire. De l'action, du suspense qui ne m'ont pas paru indispensables, si ce n'est peut-être pour donner un peu plus de rythme et pousser le vieil homme dans ses derniers retranchements. M'enfin, c'est quand Carl se retrouve enfin seul, dans sa maison, sur sa falaise, au bord de sa chute d'eau et qu'il redécouvre le livre d'aventure de sa femme que le film reprend une grosse bouffée d'émotion salutaire qui finit d'emporter mon adhésion totale.

Le film sur le plan technique n'est pas aussi époustouflant que ces devanciers. Wall-E a atteint des sommets dans la qualité graphique. Ici le film est même proche de décevoir. Certains personnages manquent de finesse. Je pense surtout aux chiens (autres que Doug) presque indignes de Pixar.

Les personnages humains sont typés Pixar. Les femmes ressemblent trop à Elastic Girl. Charles Muntz a un regard, une tête qui ressemble à bien d'autres personnages Pixar. A noter que la 3-D est tristement sous-exploitée (ou mal). A part quelques plans de paysages lointains, les trois dimensions sont peu mises en valeur. L'utilisation de cette technique montre là ses limites : j'ai nettement aperçu des sortes de dégradés hideux sur les gros volumes à teintes unies comme les grosses joues de Russell qui par moments étaient postérisées. Les couleurs surtout dans la jungle m'ont tout l'air d'être superbes. Vivement la lecture du dvd pour en apprécier le spectacle à sa juste valeur. Sur le personnage de Doug, je me mets debout sur la table pour applaudir. Son regard reste très "dessin-animé" mais sa texture pileuse est ahurissante de vérité. Les détails, telle la bave dégoulinante, sa gestuelle, ou ses attitudes sont formidablement dessinés. Surtout la vie que prend le personnage, en chien bête et gentil, est d'une rare finesse. Malgré le fait qu'il s'agit d'un personnage cartoonesque, il est d'une crédibilité étonnante.

La magie Pixar a pour moi pleinement fonctionné sur ce personnage, comme sur le couple Carl/Ellie. Je n'en dirais pas autant pour Kevin et Russell.

Techniquement à part Doug et les couleurs chatoyantes, le film ne m'a pas impressionné. C'est donc plutôt sur le plan affectif et émotionnel que le film m'a tendrement atteint. Avis totalement subjectif et personnel. Combien d'années faudra-t-il pour que dans le regard des cinéphiles, les films de Pixar dépassent le statut de dessins animés spectaculaires pour basculer dans le monde des grands films "tout court" ?

Partly cloudy


alias : Passage nuageux
2009
Cinéaste: Peter Sohn
Avant up, on a droit au petit film d'apéro habituel sauf qu'ici il est également en 3-D. Au contraire de Up, la 3-D va ici être mise en valeur, notamment sur les volumes des nuages. Malgré le comique répétitif plutôt tonique et frais, je n'ai pas pu m'empêcher, en indécrottable couillon de donneur de leçons que je suis, d'être d'emblée rétif à cette histoire de bébés qui naissent dans les nuages et que les cigognes amènent aux parents. J'oublie que l'histoire destinée aux plus petits est avant tout une histoire "merveilleuse", un conte, avec tout ce que cela implique de noblesse et de simplicité et par conséquent qu'il convient de mettre de côté, disons de ne pas trop donner d'importance, au fait que ces histoires sont également des moyens trouvés par les adultes imbéciles de ne pas parler convenablement de sexualité aux plus petits. Je sais que je suis un con, c'est déjà ça. Aussi ne fus-je pas aussi emballé par cette histoire, lui trouvant des airs de gnangnantisme lassant. Boahhh ya pas de quoi se relever la nuit non plus, c'est simple, c'est gentil, c'est bonhomme, sans grande originalité et sur un mode répétitif qu'un bon montage rend partculièrement enlevé. Envoyé, c'est pesé.