mercredi 29 juillet 2009

Midaregumo


alias : Nuages épars
alias : Scattered Clouds
1967
Cinéaste: Mikio Naruse
Comédiens: Mitsuko Mori - Mitsuko Kusabue - Yôko Tsukasa - Yuzo Kayama - Daisuke Katô
- Mitsuko Mori

Un Naruse sombre jouant avec subtilité sur des éléments traditionnels et simples du mélodrame romantiques. Toujours avec un soucis quasi naturaliste que les personnages complexes incarnent et grâce surtout à une mise en scène qui laisse place à un jeu épuré jusque chez les personnages secondaires, Naruse parvient à raconter une histoire classique de deuil particulièrement diffcile à vivre, de sentiments de culpabilité qui empêchent les individus de dépasser l'absence, la mort des êtres chers et le poids des valeurs sociétales que les protagonistes s'ingénient à supporter, comme des juges suprêmes, pour mieux ne pas accepter l'idée de leurs propres réticences. C'est bien nébuleux tout ce charabia pour qui ne connait pas l'histoire. Alors résumons un petit peu.

Juste avant de partir pour Washington avec sa femme un diplomate est tué dans un accident de voiture. Quelqu'un lui est rentré dedans. Victime d'une crevaison et d'une embardée fatale, le conducteur (Yuzo Kayama) se sent néanmoins responsable de cette mort. Il essaie d'oublier cet accident en envoyant de l'argent à la veuve (Yôko Tsukasa) qui l'accepte qu'avec grande réticence. Bientôt elle est rejetée par la famille de son mari, perd son statut d'épouse et se retire dans son village d'enfance non loin de la petite ville où vient d'être muté Yuzo Kayama. Progressivement, ils se retrouvent. Elle accepte enfin de discuter et d'essayer d'affronter ensemble leurs deuils respectifs. Forcément, leurs douleurs les rapprochent jusqu'à ce qui parait inimaginable, surtout pour elle. Elle n'y échappe cependant pas.


Quand elle accepte cet amour naissant dans une scène bouleversante, elle essaie d'oublier sa douleur, son sentiment de culpabilité d'aimer un homme responsable de la mort de son époux. Le passé beaucoup trop présent se rappelle à son mauvais souvenir, sans arrêt : un accident sur la route, un couple amoureux et enlacé, une femme qui tient la main de son mari gravement blessé sur une civière, etc.


Cette histoire d'amour impossible est développée avec la lenteur et la délicatesse que l'on connait à Naruse. Il prend le temps. Les personnages ne sont pas forcément décrits avec précision mais avec une ou deux scènes a priori anodines, Naruse réussit à disposer tous les éléments nécessaires à la fluidité du récit. Les exemples sont multiples, comme les échanges de regards qui valent tous les discours ou bien les aléas que subissent les personnages en parallèle, dûs à ce poids du passé : ils tentent de se distraire dans les soirées entre amis ou dans l'alcool mais il y a toujours quelqu'un pour ruiner leur frêle gaité en rappellant la tragédie.

Plus que dans les autres Naruse que j'ai vus, la société joue un rôle considérable, notamment par le fait qu'elle est d'une certaine façon utilisée comme prétexte, support ou incarnation des barrières que les deux personnages construisent eux même autour de ce deuil qui les emprisonne. Presque de manière paranoïaque, ils transforment le regard des autres en jugement de valeur, que finalement ils sont seuls à déceler.

Les personnages secondaires les poussent à passer à une autre existence. Peut-être pas à être ensemble mais disons que tout le monde a oublié l'accident sauf Yuzo Kayama et Yôko Tsukasa. Elle garde une photographie encadrée de son mari qu'elle adule du regard.

Lui, maintient une relation névrotique, à la limite du harcèlement avec cette veuve qui ne veut pourtant pas de son argent ; il n'a aucune obligation judiciaire à faire cela, si ce n'est une question d'honneur destinée à cacher une sorte d'obsession malsaine.

Les personnages sont interprêtés avec une justesse remarquable. Si je connaissais Daisuke Katô (que j'ai pu voir dans Yojimbo ou dans Quand une femme monte l'escalier déjà chez Naruse) le petit ami de Mitsuko Mori et celle qui joue la mère de Yuzo Kayama et dont j'ai perdu le nom,

je ne connaissais pas Yôko Tsukasa ni Yuzo Kayama. Comme souvent chez Naruse qui semble aimer filmer les jolies femmes, le film doit beaucoup à l'élégance, la retenue et la beauté de Yoko Tsukasa. Il s'avère qu'en plus, coup de bol, elle joue très bien. L'intensité de son regard dans les face-à-face haineux

ou amoureux

avec Yuzo Kayama marque les plus grandes scènes du film. Toutefois, j'avoue avoir été d'abord estomaqué par le sieur Yuzo Kayama lors de la scène avec sa mère. Entre ivresse et désespoir, son visage se vide, semblant se perdre dans les méandres de son désespoir. C'est beau, simple. Avec rien il dit tout cela. Brio.

Et puis je découvre une actrice plutôt dynamique et intéressante, Mitsuko Mori:

Ce que j'aime chez Naruse, c'est qu'il n'est jamais enfermé dans les carcans du cinéma. On ne sait jamais où il veut en venir. Beaucoup auraient donné une fin heureuse à ce film. D'ailleurs on n'est pas loin d'y croire. Mais Naruse privilégiant peut-être l'exaspération des sentiments dans la culpabilité étouffe dans l'oeuf la relation amoureuse. Soucis de réalisme ou au contraire recherche dans la tragédie de résonances romantiques? Difficile de répondre. Comme Naruse focalise essentiellement son cinéma sur la femme japonaise, je pencherais volontiers pour l'idée qu'il veut avant tout présenter les difficultés pour les femmes de construire leur vie, contre la dépendance vis à vis des hommes et de leurs propres sentiments, même au-delà de la mort.

mardi 28 juillet 2009

The Bourne supremacy


alias : La mort dans la peau
2004
Cinéaste: Paul Greengrass
Comédiens: Matt Damon - Franka Potente - Brian Cox - Julia Stiles
Ce deuxième volet souffre inconstestablement moins du montage ultra rapide que d'une réalisation parkinsonienne. La rapidité d'enchaînement des plans est encore lisible mais le fait que la caméra subisse des à-coups continus pendant la fraction de seconde que dure le plan rend les tentatives de bien lire le film souvent vaines. De jour, on y arrive plus aisémenet, de nuit ou dans les intérieurs sombres, l'entreprise devient ardue. L'épreuve de lire le film devient presque aussi physique. L'intensité en est-elle pour autant accrue? Je ne suis pas sûr qu'on y gagne réellement en respiration contractée ou en halètement devant ce flot d'images saccadées et zigzagantes. De ce capharnaüm d'images, Greengrass et son monteur parviennent à donner une vision embrumée (soulignant les poussées d'adrénaline et l'amnésie du personnage?) sans trop donner la nausée : relatif exploit. Par contre, la lassitude gagne ; on sort du film à plusieurs reprises. Je suppose que cette sorte d'harcèlement du spectateur permet au film de remplir les vides laissés par un scénario basique, largement convenu dont les rebondissements se sentent à plein nez plusieurs minutes à l'avance. Aucune surprise. Les personnages et les situations sont usuelles, rien de neuf à se mettre sous la rétine. Pour masquer ce manque d'originalité, la mise en scène et en image produit ses effets épileptiques qui "endorment" la cervelle du spectateur plus qu'autre chose.

Rien de scandaleux, c'est un film de pop-corm, spectaculaire, destiné à vider la tête. Sans brûlure de cervelle. Garanti!

Trombi:
Matt Damon:

Franka Potente:

Brian Cox:

Julia Stiles:

Karl Urban:

Joan Allen:

Marton Csokas:

Karel Roden:

dimanche 26 juillet 2009

They're a weird mob


1966
Cinéaste: Michael Powell
Comédiens: Walter Chiari - Alida Chelli - Claire Dunne
Petite production d'un Michael Powell vieillissant et désormais séparé de son alter-ego d'écriture Emeric Pressburger. Si l'on ne s'en est pas toujours rendu compte, force est de constater qu'ici l'absence de rigueur et de finesse dans le rythme plombe pas mal cette comédie.
Powell n'invente pas grand chose. L'esthétique, la manière de filmer sont ordinaires. Tout juste a-t-il introduit quelques effets de distorsion et des ralentis pour faire ressentir l'ivresse ou la fatigue du personnage principal. Il semblerait que Powell se soit concentré sur le parcours de son personnage, un italien venant de débarquer à Sydney et bien décidé à payer les dettes qu'il a contractées aurpès d'une belle plante. Powell s'intéresse beaucoup au vocabulaire typiquement australien, sujet de nombreuses scènes dont le comique touchera essentiellement les australiens et les britanniques. On a droit à une sorte de panorama social de l'australien moyen et citadin. Aussi le film prend-il par moments des allures touristiques. Gentil, il suit son cours, paisiblement et puis se tourne un brin vers la comédie romantique pour pimenter un récit sympathique mais peu dynamique.

Finalement on pourra toutefois apprécier une distribution d'abord italo-australienne avec quelques têtes connues. Mais le fanatique de Powell s'en trouve un peu décontenancé. Certes, la bonne humeur qui imprègne le film rappelle l'espèce de fraicheur, que d'aucuns pourront appeller "candeur", des films de Powell, cet amour, cette confiance dans l'humanité, les liens de solidarité mais le film reste désespérement plat, tranquille, trop tranquille.

Trombi:
Walter Chiari, je ne connaissais pas, plutôt correct:

Claire Dunne un seul rôle, dommage, jolie

Alida Chelli plus connue pour les hommages que le soleil italien lui rend dans Le corniaud, mais oui, la manucure!

Ed Devereaux surtout connu pour ses participations dans des séries américaines:

John Meillon qui sera surtout connu du grand public comme le pote de Crocodile Dundee:

Appointment with Death


alias : Rendez-vous avec la mort
1988
Cinéaste: Michael Winner
Comédiens: Peter Ustinov - Lauren Bacall - Carrie Fisher - John Gielgud
Cet "appointment" m'a désappointé. Rendez-vous raté. Oui, c'est facile, mais c'est vrai. La distribution avait pourtant de quoi faire saliver à première vue. Mais quand on gratte un peu la couenne, on se rend compte rapidement que l'os n'est pas loin, sec et sans moëlle. Peter Ustinov, pour qui j'éprouve le plus profond respect, cabotine dans le vide. Tout maître de son personnage qu'il est, il n'en demeure pas moins tributaire d'un scénario et d'une mise en scène qui se révèlent ici presqu'indignes. La réalisation de Michael Winner est une faillite complète. Sa mise en image est des plus fades. Combien de fois ai-je été consterné par le manque de finesse des échanges entre les personnages ou bien par la manière insipide de les filmer? Trop souvent, on a la détestable impression d'être en face d'un téléfilm ou une série télé très cheap, avec une frilosité de la caméra (tout juste Winner essaie-t-il quelques obliques et deux ou trois filtres). Ces impressions, tristes, mornes, sont appuyées par une photographie plus que médiocre, sans aucune espèce de début de personnalité, sans saveur, jamais et également par quelques comédiens auquels ces mêmes reproches pourraient être faits mot pour mot. Je pense ici surtout à John Terlesky

dont le jeu ferait peut-être mouche pour AB productions mais ici, face à Bacall,

Carrie Fisher

ou Ustinov fait une tâche indélébile.

Dans les adaptations d'Hercule Poirot, il y a cette série où Ustinov incarne le détective belge, avec un "Mort sur le Nil" plutôt agréable, assez bien balancé, un "Meurtre au soleil" encore regardable et une petite floppée de téléfilms. Je n'en ai vu qu'un, "Dead Man's Folly" ("Poirot joue le jeu") qui était plus moyen qu'autre chose. Je pensais que ce "Rendez-vous avec la mort" vaudrait mieux. Manquate! Outre l'inconsistance de la mise en scène de Winner, je crois que le bât blesse surtout au niveau du montage. Le manque de rythme m'a presque donné envie de pleurer. On peut sereinement conseiller de ne pas voir ce film. Peu de chance qu'on lui trouve quoique ce soit d'excitant.

Trombi:
Un John Gielgud très mollasson, trop vieux, on le sent peu investi ou trop fatigué, triste:

Piper Laurie:

Jenny Seagrove n'est pas sans charme:

David Soul:

vendredi 24 juillet 2009

There's always tomorrow


alias : Demain est un autre jour
1956
Cinéaste: Douglas Sirk
Comédiens: Barbara Stanwyck - Fred MacMurray - Joan Bennett - William Reynolds
Sans doute ce Sirk là n'est-il pas transcendant, ne nous prend-il pas aux tripes et ne nous retourne-t-il pas contre le mur, pour reprendre l'expression crêpière de ceux qui jouent à la pala aux frontons gascons. Certes, les questions que pose cette histoire sont intéressantes. Mais sans doute aussi qu'elles ont été mieux posées dans d'autres films comme All I Desire et Tout ce que le ciel permet. Surtout, les réponses, à mon humble avis, sont un brin moralisantes. On se dit qu'on a connu Sirk plus couillu allant au-delà de ces barrières, de ces apparences, de ce conformisme auquel ici les personnages paraissent soumis. En fait, pour tout dire, je ne suis pas certain que Sirk dénonce quoique ce soit par la voix du personnage joué par Stanwyck.

Je crois qu'il se range à son opinion, se contentant de montrer la souffrance et l'espèce de sacrifice amoureux qui en découle. Le film souffre un peu de ce fatalisme très hollywoodien finalement. Reste que ce film interroge le spectateur : fallait-il tout plaquer? Faut-il tout envoyer valser quand le coeur s'emballe? La routine est-elle une prison ou un confort caché? Amour ou passion? Difficile de trouver une certitude dans cette forêt de doutes, de flous et d'illusions.
Mais il n'empêche que la décision de Stanwyck apparait complètement désuette aujourd'hui à l'heure actuelle où les familles rererecomposées, multiformes, multi-optionnelles dans le temps comme dans le nombre, voire même les genres, sont légions.

Et pour finir, on appréciera la très belle photographie de Russell Metty qui même sans couleurs parvient à créer de jolis jeux d'ombres et lumière qui racontent les troubles des personnages.



Merde, être aussi peu bavard sur un Sirk, voilà qui n'est pas banal, j'espère que je ne couve pas une méchante cochonnerie.

Trombi:
Les deux gamins toujours aussi tartes et fouteurs de merde chez Sirk, lents à la comprenante Gigi Perreau et William Reynolds

La voix de la raison, étrangère à la famille, avec sans doute l'ambition de l'intégrer Pat Crowley:

Joan Bennett:

jeudi 23 juillet 2009

Porte des Lilas


1957
Cinéaste: René Clair
Comédiens: Georges Brassens - Pierre Brasseur - Henri Vidal - Dany Carrel
Que du beau monde pour ce film, devant et derrière la caméra. Cela faisait longtemps que j'avais envie de revenir à René Clair. La médiathèque Fellini de Montpellier m'en a donné l'occasion. Je lui fais un gros poutou.

Sans être un film génial, cette "porte des lilas" regorge de petites pépites comme j'aime à en mirer de temps en temps. Ca fait du bien.

D'abord j'aimerais m'acheter un chapeau pour le tirer devant le poète René Fallet. Ce film est une adaptation d'un de ses romans. Cet écrivain a un je-ne-sais-quoi de merveilleux. Il appartient à une famille de poètes que j'admire, d'artistes riches et vrais, de Prévert à Siné en passant par Brassens, ces gens-là aiment le mot, la musique comme la peinture et le dessin, bref l'art et la vie. Et l'univers de Fallet ne se refuse pas le douillet de la liberté, jamais, ni la caresse de l'amitié, ni encore moins la fraîcheur de l'isolement, cette sorte de "merde aux cons" qui permet de se regarder dans la glace. Comprenne qui pourra. Il y a de l'anarchie chez Fallet, matinée d'humanisme comme de misanthropie, un goût du vin et du foie gras qui ne manque pas de me séduire. A travers cette porte des lilas, c'est un peu de sa maison, de son univers que René Clair (en producteur, scénariste et réalisateur) essaie de nous faire découvrir avec une délicatesse désarmante.

Clair porte si bien son nom. Son cinéma est souvent très doux, net et précis pourtant. Si je donne là l'impression de décréter ne vous y fiez pas, je ne fais que supposer, du haut de mes cinq ou six films de Clair que j'ai vus.
Cette sensation de douceur, on l'a retrouve un peu dans tous les aspects du film. Dans les idées de mise en scène, par exemple quand Raymond Bussières raconte le hold-up raté d'Henri Vidal. Il lit le journal, pendant qu'à l'écran et devant les yeux de Pierre Brasseur, la bande de gavroches du quartier nous fait la reconstitution des évènements (voir video). video
Simple et fûté à la fois, cette métaphore scénique ne baigne-t-elle pas dans une sorte de poésie sensible et naturaliste, concrète mais portant à la rêverie des souvenirs d'enfance?

Clair décore son film d'un voile tout aussi délicat grâce à la photographie satinée de Robert Le Febvre.

Le quartier reconstitué en studio par Léon Barsacq et surtout Maurice Barnathan (selon imdb) est embrumé mais ne s'en échappe aucun fantôme, si ce n'est ceux d'un passé de plus en plus révolu.

Ce Paris-là, des faubourgs fauchés, où les maisons brinquebalantes n'abritent que les classes sociales les plus basses, ce quartier est encore celui du XIXe siècle. Les grandes tours de banlieue finiront par accueillir cette populace. Le quartier délabré est encore à visage humain. Une petite cahute tient lieu de salle de bal où l'on guinche tous les soirs, l'épicier tient ses rayons, le stylo sur l'oreille, le bistrot où l'artiste vient chanter et gratter sa guitare est le lieu social central. Faute de télé ou de Wii, les mômes se construisent des voitures en bois et envahissent les rues. Loin de moi que c'était mieux avant et autres foutaises du "bon vieux temps". C'était différent, c'est tout. Et cette différence, Clair, grâce à tout ce petit grand monde derrière la caméra nous la restitue. Magie du cinéma.

Concernant les comédiens, il y aurait beaucoup à dire mais dans le flot de commentaires, il s'agit de commencer par le commencement. Or, nous devons saluer l'énormissime prestation de Pierre Brasseur. Je ne crois pas l'avoir vu dans ce genre de composition. Je l'ai vu en lâche, en grande gueule, en fanfaron, mais jamais dans ce type de rôle. Il joue ici une sorte d'imbécile du quartier. "Juju" est un personnage familier, que tout le monde aime bien mais méprise un peu (sauf quelques bonnes âmes comme Carrel et Brassens), une cloche qui chaparde à l'occasion quelques boites de conserve à l'épicier et quelques rasades de pinard au bistrot quand le cafetier a le dos tourné. Brasseur se paie le luxe d'un personnage complexe. Il lui donne mille petites facettes. Sa composition est remarquable : elle n'outrepasse jamais les clichés d'un tel personnage, bien au contraire par petites touches il lui donne soit la juste lueur d'intelligence pour qu'il ne soit pas juste l'idiot du village, soit la pincée de colère pour qu'il puisse se révolter de temps en temps et en faire un homme, un vrai personnage. J'avais beaucoup d'admiration pour cet acteur. Après avoir vu ce film, mon degré de (baba)ttitude atteint des sommets qui peuvent aller jusqu'à me faire dire des grossieretés. Quel putain d'acteur tout de meme!

George Brassens n'est pas un acteur, mais son rôle ne demande pas de grand ouvrage. Le peu qu'il a montré est convenable.

J'ai beaucoup aimé Dany Carrel.


Elle est belle, ce qui ne gâte rien, mais il se dégage surtout de son personnage quelque chose de très émouvant. On a envie de la progéger. Une sorte d'innocence nécessaire pour faire "grandir" le personnage de Brasseur nous est offert par un jeu tout en réserve et fragilité. Dans les scènes un peu plus "dures", notamment quand elle découvre Vidal et se fait un peu bousculer, j'ai été agréablement surpris par son habileté.

Je ne m'y attendais pas vraiment, la connaissant mal, conservant des préjugés dont l'origine se dérobe à ma compréhension. Vidal par contre m'a semblé caricatural au possible, toujours sur les mêmes tonalités et pas original pour deux sous. Je n'ai rien contre le bonhomme mais il alourdit le propos du film. Mauvais choix.

Malgré cette petite anicroche, je peux me remercier (merci, de rien) d'avoit fait le bon choix à la médiathèque. Très bon moment. Frais. Je crois que je vais finir par emprunter tous les Clairs qui me tomberont sous la main dorénavant.

Trombi:
Annette Poivre:

Louis Bugette:

Jacques Marin:

Albert Michel:

Gabrielle Fontan:

Charles Bouillaud:

Koroshi no rakuin


alias : La marque du tueur
alias : Branded to Kill
1967
Cinéaste: Seijun Suzuki
Comédiens: Jo Shishido - Mariko Ogawa - Annu Mari - Koji Nambara
Non, désolé, mais c'est un non massif. Au bout de 10 minutes de film, je n'avais toujours rien compris à cette histoire écrite de façon très étrange avec de nombreuses ellipses, trop nombreuses pour le petit bourgeois que je suis devenu. C'est mon premier Suzuki et je crains que la douche soit froide. J'y regarderais à deux fois dorénavant. J'essaie tant bien que mal de me convaincre que je suis tombé avec cette "marque du tueur" sur un film plus coriace, une entrée en matière violente.

Bien entendu que peu à peu on commence, sinon à s'habituer au découpage vagabond des scènes, au moins à en démêler le bizarroïde écheveau. Mais que d'effors pour pas grand chose. Parce qu'avouez que le film n'offre pas matière à s'extasier, merde!
C'est un film noir, qui se voudrait nouvelle vague que ça ne m'étonnerait pas. Et puis pléthore d'effets de caméras, de cadrages inédits et complexes à la signification sans doute évaporée qui échappe à l'entendement de ma petite personne.

Surtout c'est l'incohérence irritante des personnages et des dialogues qui a très vite fini par me rompre méchamment les gonades. Heureusement, coup de chatte, je l'ai vu avec ma femme. A deux, on peut toujours se lancer dans une partie de ping-pong moqueur pour faire passer la pilule. Que j'avais hâte qu'ils meurent, qu'ils s'entretuent plutôt que d'entendre tout leur salmigondis inepte. Scusez le pléonasme, j'avais tellement les deux termes dans la tête pour décrire cette connerie. Le moment le plus dur à subir fut les dernières scènes de l'épouse traitresse Mariko Ogawa :

que de gesticulations, de grimaces! Vite qu'elle meure! Tue la vite steplait! Quand l'acteur à bajoues, Jo Shishido,

l'hamster même pas jovial a enfin réduit au silence son insupportable épouse, on pensait en avoir teminé avec le supplice. Que nenni! Encore une vingtaine de minutes d'absurdités, de longueurs, de plans inconsistants et rasoirs. J'ai supporté il y a peu un certain Antonioni, mais j'avais au moins le sentiment que l'ennui produit était voulu, désiré, construit, écrit et pensé. Or, ici, c'est plus le scénario mal foutu, décousu et l'imbécilité caractérisée des situations qui provoquent l'emmerdement. L'action réveille de temps en temps mais l'on s'enterre à nouveau très vite. Quelques jolis plans jouant sur les canons du noir retiennent l'attention. Le film va-t-il gagner pour autant en épaisseur? Point du tout!

Un film pénible qui ravira Tarantino et ses adeptes.

Annu Mari:

Entretiens avec Woody Allen


Quand j'étais jeune et maigre minet, je faisais collec du magazine Première, du premier au centième à peu près. Et ces premiiers numéros m'ont donné le goût de lire les entretiens avec une avidité qui ne s'est pas encore démentie. J'ai toujours encore cette illusoire sensation de rencontrer réellement les interviewés (dingue... je ne consulte même pas) et d'ainsi pouvoir mieux les connaitre. Aussi quand j'ai découvert cette masse d'entretiens avec Woody Allen dans les mains de ma femme, j'ai été illico séduit et presqu'impatient qu'elle en eut fini au plus tôt afin d'y mettre le nez (dans le livre, pas dans ma femme, voyons ne soyez pas si graveleux).

La forme même de l'entretien ne me rebute pas, bien au contraire, malgré tout, je reste un poil sceptique ici par la structure en thématiques plus ou moins cohérentes que l'auteur a donné à son ouvrage. L'effort est louable. A priori, l'idée de condenser des parties d'interviews distinctes sur des thèmes globalisants paraissait bonne mais à la la longue ces allers et retours dans le temps sont un peu emmêlants mais surtout frustrants car on perd un peu le fil conducteur de la pensée d'Allen et de son interlocutaeur. D'autre part, il devient mal aisé de bien distinguer les différentes étapes de l'évolution de Woody Allen dans sa carrière, la manière dont il a envisagé son métier.

Sinon , c'est un volume impressionnant faisant le tour des sujets, je pense, et qui ravira les inconditionnels du petit géant.

Walk the line


2005
Cinéaste: James Mangold
Comédiens: Joaquin Phoenix - Reese Witherspoon
Je ne connaissais jusqu'à récemment de Johnny Cash que son nom, et encore... Et pour cause : sa musique très folk, quasi ou carrément country pour certains morceaux ne m'émoustille que modérement. Les morceaux blues font mouche pourtant.


Le personnage est attirant et son histoire, sans être d'une grande originalité, contient son lot de fortes émotions. D'ailleurs, on pourrait bémoler gentiment sur les effets que la mise en scène et surtout le scénario s'emploient à mettre en exergue d'une manière pas toujours très subtile sur certaines scènes. Oui, parfois c'est gras, souligné et en italique. Malgré le fait que l'histoire ait été mille fois racontée ailleurs, on ne peut s'empêcher d'être souvent cueilli par l'émotion parce que deux grands comédiens se donnent admirablement la réplique. Je n'avais pas un mauvais souvenir de Reese Witherspoon mais je l'avais vue dans des rôles mineurs. Je l'avais sous-estimée je pense. Elle n'y avait pas été en mesure de faire étalage de son talent. Ici, celui de June Carter fait éclater ses diverses capacités. Un rôle qui nécessite un gros travail d'imitation et de chants mais en plus avec un personnage aussi mature, elle parvient à le tenir avec une maitrise vraiment sidérante. Joaquin Phoenix dans la gestuelle de Cash comme dans le chant fait lui aussi un boulot énorme. Cela faisait belle lurette qu'il m'avait impressionné, ici, il le confirme même s'il n'échappe pas par moments à ces effets un brin exagérés et faciles que je pointais plus haut.



Un bon petit biopic. Pourtant, c'est généralement pas du tout ma tasse de thé, ce genre de film.
Pour les deux comédiens.


Robert Patrick:

Ginnifer Goodwin:

mardi 21 juillet 2009

L'horloger de Saint-Paul


alias : The clockmaker of St. Paul
alias : The watchmaker of St. Paul
1974
Cinéaste: Bertrand Tavernier
Comédiens: Jean Rochefort - Philippe Noiret - Jacques Denis - Andrée Tainsy

A bien des égards, cet "horloger de St Paul" m'a rappellé "La semaine de vacances". Pas uniquement parce que les deux films sont situés à Lyon. Ce sont aussi deux portraits, deux parcours singuliers et deux comédiens formidables. Je sais, maintenant que j'ai vu cet "horloger", pourquoi Tavernier a inséré en clin d'oeil son horloger dans une petite scène de "La semaine". Je saisis aussi beaucoup mieux les liens qui unissent Tavernier avec un cinéaste comme Michael Powell : le souci de raconter à travers un récit particulier l'histoire de personnages vrais, très humains, avec leurs failles, leurs peurs, leurs instincts de vie.


Dans "La semaine", Tavernier filme bien son Lyon natal mais dans "L'horloger" il le fait davantage, comme s'il voulait rendre hommage à la beauté des petites ruelles, la remercier plus que d'y encadrer ses personnages. Il est certain que cette histoire d'un père qui découvre que son fils est un assassin aurait tout aussi pu se passer ailleurs, évidemment. Cinéma humaniste rime avec cinéma universel. c'est ce qui en fait une belle histoire, elle touche tout le monde. On n'a même pas besoin d'être père pour ressentir de profondes émotions face au désarroi de Noiret. Le comédien trouve là un de ses meilleurs rôles, à n'en pas douter.

Avec pudeur et simplicité, il incarne un homme qui essaie de comprendre l'acte de son fils, pour mieux accepter cet avenir incarcéré, pour enfin communiquer avec lui. Cet évènement tragique et définitif bouleverse le personnage et déclenche une prise de conscience douloureuse que la routine et le sentiment de fatalité avaient jusque là empêché. Tavernier dans un long plan séquence au début du film nous fait toucher cet ordinaire, ce quotidien tranquille, on le suit de chez lui jusqu'à son atelier. On avait découvert d'abord un personnage bien installé dans son quartier comme ses amitiés, dans ses habitudes de vieux célibataire, presque de petit notable ; malgré tout cela un bon vivant, ripaillant volontiers et gaiment avec les copains, refaisant le monde dans un bouchon local. Dans la capitale gastronomque il ne pouvait manquer d'afficher cet état d'estomac. Dans la ville de Guignol, il lui fallait également incarner une sorte de méfiance (remplacez le m par un d si ça vous chante) à l'égard du képi, de l'ordre social et politique, mi-gauchiste, mi-anar. Sans être convaincu, sans être renégat, ni révolutionnaire, le personnage est toutefois en mesure de comprendre son fils, ses principes. D'ailleurs, malgré la pression des journalistes, de l'avocat et du commissaire, le père va chercher à soutenir coûte que coûte son fils pour enfin entrer en relation avec lui. Les derniers plans sur Noiret à la sortie de la prison alors qu'il vient de visiter son fils sont éloquents : il sourit.

Peu importe le chemin, le bonheur est dans le lien, la main tendue, l'amour. Si avec ça on ne parle pas de cinéma humaniste, quand en parlerons-nous, hum?

Pour raconter cette histoire simple facilement émouvante, Tavernier décore son récit de personnages secondaires faits de chair et de cervelle (tout ça pour dire qu'ils sont vrais). D'Andrée Tainsy en vieille nounou effarée elle aussi par la drame,

à Jacques Denis

en communiste emmerdé par la récupération idéologique et qui ne s'endoctrine que pour mieux embrasser et soutenir son ami (très belle scène sur le pont) en passant par cet énigmatique et ambigu Rochefort en mi-homme, mi-flic qui cherche en vain à se lier à un Noiret qu'il ne parvient pas à comprendre.

Un très joli film qui ira en grandissant au fur et à mesure que j'en ferai autant et que je le reverrai... Appellons ça une intuition.

Trombi:
Julien Bertheau:

Yves Afonso:

Jacques Hilling:

William Sabatier:

Cécile Vassort:

Sylvain Rougerie:

Christine Pascal:

lundi 20 juillet 2009

For your eyes only


alias : Rien que pour vos yeux
1981
Cinéaste: John Glen
Comédiens: Carole Bouquet - Roger Moore
J'avais le souvenir d'un James Bond fade et j'ai revu hier soir un James Bond fade. Fidèle.

Tourné au tout début des années 80, le film reste marqué par la décennie précédente. La musique le rappelle constamment. A noter que la nullité mélodique fait penser de manière irrésistible aux films de Max Pécas ce qui, vous en conviendrez, en met un sacré coup au standing bondien lors du visionnage. S'il n'y avait que cela... le film regorge de scènes énormes, destinées avant tout à divertir en y incluant les enfants. Les cascades de Julienne, les scènes d'action touchent volontiers au comique comme souvent chez les James Bond mooriens. On n'atteint cependant pas les sommets du kitsch éclaboussant la science-fiction de pacotille du Moonraker précédent, m'enfin, c'est pas loin.

Il est impératif de ne pas prendre James Bond au sérieux devant ce film, on serait amené à subir une grosse déception. Alors sourions, déserrons la ceinture, détendons-nous : le James Bond sucré et aux angles arrondis abat quelques jolies cartes notamment un rythme assez élevé permettant au moins de ne pas se trouver nez à nez avec un ennui mortel et puis des décors forts variés entre Méditerranée, Cortina d'Ampezzo et Dolomites accueillent et promènent le spectateur, multicolores et agités.

Dans les bons points, je retirerais le personnage joué par Carole Bouquet pour deux raisons essentielles : d'une part, elle est mochement doublée (en vo) et d'autre part, elle est sinistre, une nonne violée aurait meilleure mine, j'en suis sûr.

Mais il est vrai que le pompon de l'irritation revient à Lynn-Holly Johnson, en casse-burnes nympho et crétine.

Un James Bond idéal pour les gamins et dispensable pour les adultes.

Trombi:
Topol:

Julian Glover:

John Wyman:

Charles Dance:

Michael Gothard:

dimanche 19 juillet 2009

Harry Potter and the half-blood prince


alias : Harry Potter et le prince de sang-mêlé
2009
Cinéaste: David Yates
Comédiens: Daniel Radcliffe - Michael Gambon - Rupert Grint - Jim Broadbent - Emma Watson - Helena Bonham Carter - Alan Rickman - Tom Felton
Si vous comptez sur moi pour pouvoir lire une critique circonstanciée, ou même correcte sur ce Harry Potter, vous allez être drôlement déçu. Je pourrais très bien livrer quelque chose de lapidaire : "un Harry Potter comme les autres, plein d'effets spéciaux, racontant une histoire alambiquée pleine de monstres et merveilles". J'ai vraiment envie d'en rester là. Franchement, je me sens un peu extra-terrestre. Je n'ai pas vu le précédent opus, déjà, ça part mal. Je n'ai même pas pu finir le premier chapitre du premier bouquin. Et j'ai beaucoup de mal à savoir pourquoi j'aime ou pas les différents épisodes vus jusque là. Je suppose qu'il faut être tombé dedans quand on était petit. J'écris donc là en espèce d'inculte assumée, ne tirez pas! D'autant que je ne pense pas être réfractaire.

Les deux heures trente et quelques ne m'ont pas paru aussi que longues que dans d'autres épisode précédents. Celui-là m'a semblé assez bien balancé dans le rythme. Caméra et montage donnent une lecture fort sereine. La mise en scène est sobre. On a droit à quelques jolis plans même, avec des cadres purs et une belle lumière. Si bien qu'au final, voir ce film fut loin d'être désagréable.

Je suis allé voir ce film avec mon beau-fils, en baby-sitter inquiet en quelque sorte. Et puis, voilà, c'est passé comme une lettre à la poste.
Je vous avais dit que je n'aurais rien d'intéressant à dire.

Ah si, l'interprétation de la petite Emma Watson devient de plus en plus satisfaisante. Celles de Radcliffe et Grint par contre laissent toujours autant à désirer, au mieux pourrait-on les qualifier de banales. Feraient mieux de prendre des cours de théâtre plutôt que de se modeler des cous de taureaux.
Ah et faut-il souligner qu'Helena Bonham Carter est toujours aussi sexy, même en vilaine sorcière?

The dark knight


alias : Le chevalier noir
2008
Cinéaste: Christopher Nolan
Comédiens: Aaron Eckhart - Heath Ledger - Christian Bale - Michael Caine - Maggie Gyllenhaal - Gary Oldman - Morgan Freeman - Chin Han - Eric Roberts - Anthony Michael Hall - William Fichtner - Joshua Harto
Déception.
Certes, Christopher Nolan a amené une touche particulière à la "franchise" Batman. On est semble-t-il, au plus près de la bédé, âpre, noire, ténébreuse, acier. Rien de nouveau cependant par rapport au précédent épisode Nolan. Ya bien ces mouvements de caméra nauséo-circulaires autour des protagonistes que je commence à remarquer un peu partout en ce moment et qui me sortent par les trous de nez. Mais peut-être qu'il nous avait déjà servi la même mauvaise sauce auparavant?

Le parti pris de faire de Batman noir, surtout... plombé par de nouvelles inaptitudes, face à de nouveaux ennemis, un Batman diminué en quelque sorte, me satisfait complètement. Batman n'est pas un super-héros pour les enfants, qu'on se le dise. Son domaine est hanté par de mauvais démons et il est bien évidemment dévolu à d'adultes préoccupations. Pour cette raison déjà on ne peut que souscrire et applaudir à deux mains devant l'apport de Nolan.

Néanmoins, cet épisode a malencontreusement été beaucoup trop lache sur le mètre de pellicule. Trop long, un peu partout. Les scènes d'action s'essoufflent à force de brasser les images et le vent à n'en plus finir. Les histoires se compliquent. On aurait peut-être pu en garde pour le prochain non? Double face par exemple est de trop.

Et puis, ce qui a nourri ma déception par dessus tout, c'est la performance de Heath Ledger qui est bonne, certes, mais sans plus, pas plus impressionnante que celle de Nicholson, je pense. Difficile de comparer tant les deux films ont des tonalités, des esthétiques différentes? Mouais, difficile surtout de s'en empêcher, n'est-ce pas? A force d'en entendre chanter les louanges, j'ai fini par me persuader que Ledger allait me trouer le popotin, je m'attendais à autre chose qu'une démonstration linguale ininterrompue pour marquer la psychose du joker.

Christian Bale continue d'être aussi tarte par contre. Ce n'est pas une surprise : il a toujours joué le même personnage (je rectifie : je ne l'ai jamais vu jouer un autre personnage : American Psycho, Equilibrium et les Batman) monolithique, plat et chiche en expression.

Je n'arrive toujours pas à trouver la soeur Gyllenhaal intéressante. Pareil : je n'ai pas dû voir les bons rôles.

Et par conséquent, si je fais le compte, j'ai vu un film bien fait, mais loin d'être aussi formidable que je l'espérais. Qui sait, une revoyure apaisée me fera peut-être changer d'avis?

Trombi:
Michael Caine:

Aaron Eckhart:

Gary Oldman:

Morgan Freeman:

Chin Han:

Eric Roberts:

William Fichtner:

Joshua Harto:

Nestor Carbonell:

20,000 leagues under the sea


alias : 20.000 lieues sous les mers
alias : Vingt mille lieues sous la mer
1954
Cinéaste: Richard Fleischer
Comédiens: Kirk Douglas - James Mason - Paul Lukas - Peter Lorre

Film Disney, film vacances, film enfance, plaisir régressif, plaisir source. Avec le petiot, on s'est offert un après-midi plein de monstres marins et d'indiens cannibales, sur mers plus ou moins agitées, un cinémascope à la papa, multicolore primaire.


Fleischer nous livre un spectacle qui m'a semblé un brin trop long. A un moment, j'ai failli bailler. Le début est excellent de Frisco au naufrage, le mystère et la quête du monstre marin font frissonner les jeunes cervelles et puis quel étrange vaisseau sous-marin que les héros abordent dans un épais brouillard! Le monstre de fer une fois son mystère révélé reserve encore quelques surprises.

Le personnage du capitain Nemo profondément complexifié par les troubles que lui donne James Mason, entre en scène, fascinant, inquiétant. Le conflit larvé entre cet être enfermé dans sa haine, sa tragédie intime et ses sentiments de culpabilité mal digérée et un Ned Land, héros "parfait", ouvert, fort, hâbleur, aimant l'alcool, les femmes, les rires et les chants, mais loin de l'île aux enfants, un homme épris de liberté, fou de vie et qui ne souffre pas des mêmes névroses, loin s'en faut, ce conflit finit par être ouvert.

Il était obligatoire que les deux hommes entrassent dans cette lutte fondamentale. Le capitaine Nemo est fascinant disais-je, le professeur Arronax d'ailleurs reste longtemps dans un état d'admiration que ses camarades ne comprennent pas, puis finir par nourrir le secret espoir de le comprendre et peut-être de l'apprivoiser, lui et son savoir. D'autre part la violence du capitaine Nemo est sans doute démultipliée par la présence de ces hommes.

Le professeur Arronax représente le pôle scientifique et curieux, intellectuel de la civilisation, l'aspect optimiste et rêveur en un avenir radieux, philantthrope, ce fameux positivisme dixneuvièmard qui a fait tant de dégâts (la morale de la fin, en forme d'oracle, de pythie en dénonce les périls futurs).

Ned Land représente peut-être l'essence de vie qui a dû être celle du capitaine Nemo avant qu'il ne soit comme souillé ou détériorié par la violence des hommes faisant de lui ce misanthrope cynique et aveugle.

La réalisation de Fleischer, avec la production Disney en lanterne au dessus de la tête, se doit d'être spectaculaire et elle l'est, divertissante à souhait (si ce n'est un scénario un poil trop long au milieu du film) mais elle n'empêche nullement l'introspection des personnages, les réflexions sur les notions de progrès et de l'aliénation de l'homme et de l'environnement face à la science et la machine (thématiques non soulevées par Verne bien entendu, on sent bien ici que la deuxième guerre mondiale a porté un coup fatal à ces utopies). Du spectacle donc mais sans pour autant laisser le public dans une vacuité discursive, des facilités scénaristiques. Au contraire, le divertissement peut faire sens.

Avec une belle distribution, un James Mason toutjours aussi intense et imposant, un Kirk Douglas en pleine forme, dynamique, souriant,

un Peter Lorre effacé, timide et droit,

Fleischer met ses acteurs en scène de façon efficace, sans recherche d'effets compliqués. Droit au but. L'apport de Fleischer n'est pas dans les placements et déplacements d'acteurs, ni de caméra, mais dans la construction du récit via l'image, entre larges cadres, montage serein et décors fabuleux. Maitrise, équilibre, efficacité sont les mots qui me viennent immédiatement à l'esprit pour évoquer la marque Fleischer. Sans esbrouffe. A l'opinel. Ce film me le confirme.

Star Wars?

Estate violenta


alias : Été violent
alias : Violent Summer
1959
Cinéaste
: Valerio Zurlini
Comédiens: Jean-Louis Trintignant - Jacqueline Sassard - Eleonora Rossi Drago - Stephen Shellen - Lilla Brignone - Enrico Maria Salerno - Federica Ranchi
Mon premier Zurlini ne sera certainement pas le dernier. Si ce n'est une fin un peu poussive, à l'accentuation mélodramatique un peu lassante, le film m'a fortement emballé. La manière de construire cette relation amoureuse par petites touches, de plus en plus sensuelles est extraordinairement maîtrisée. Du point de vue de l'écriture, on a là un petit bijou messieurs dames (au scénario : Suso Cecchi d'Amico, Giorgio Prosperi et Valerio Zurlini).

Ajoutez à cela une photographie somptueuse de Tino Santoni, surtout quand la nuit fait son apparition, alors un grand spectacle romantique vous saute délicieusement au visage. La soirée chez Trintignant est superbement éclairée, un savant mélange entre danse et peinture. La science du cadrage, les jeux d'ombres et lumières orchestrent une sorte de ballet de plans sur une musique douce, d'une chaleur pénétrante (voir la video "temptation"). Le film parait alors verser dans le genre romantique, film de vacances, film d'été.
video

Parfois comme lors de la première soirée avec les actualités lugubres de la radio, ou le raid aérien sur la plage, les réalités sordides de la guerre essaient de déchirer ce qui aurait pu ressembler jusque là à une bluette ou même une simple histoire de cul. Mais le talent des scénaristes s'imposent : le temps que prennent le scénario et la mise en scène permet de développer cette idylle bien au delà, en une grande histoire d'amour que les personnages investissent comme un hâvre de paix, une échappatoire, une bouée de sauvetage.

Lui, un brin dilettante, est un jeune fils à papa. Papa fasciste. Loin d'être un intellectuel, il fait un petit complexe vis à vis de ses amis et cette femme plus mûre lui fait oublier le vide de son existence sous l'aile protectrice paternelle. Elle, veuve d'un héros de guerre, vient de passer la trentaine et tout le monde, sa mère au premier chef, lui ont attribué un seul rôle auquel elle ne doit déroger, celui de mère et veuve. On ne lui accorde aucun droit à une autre existence, notamment amoureuse. Sa famille anti-fasciste et plus intellectuelle, n'en demeure pas moins réfractaire à ce qu'elle envisage une nouvelle vie. Scandale.

Aussi ces deux êtres tombent-il amoureux sous de bien vilains auspices : la guerre, l'honneur familial bafoué, les soubresauts politiques d'une Italie qui perd la guerre et la face. La fin d'une époque. Il est trop difficile de définir les contours de la nouvelle. L'avenir est encore plus incertain à la fin du film. Après le fracas des bombardements, l'avenir reste sombre et violent.


Pourquoi clore le film sur une note aussi aigue? La fin du film s'étend un peu en longueur. Le dernier quart d'heure place les personnages dans des outrances qui jusque là les avaient épargnés. Dommage, le film eut été sublissime.

Restent des séquences magnifiques. Et pour ma part, je découvre une actrice Eleonora Rossi Drago, belle et au jeu très fin. Trintignant impressionne avec un rôle tout en retenue. Chez les deux comédiens, la furie de la passion est contenue ; elle n'affleure que dans les regards, dans les mains qui embrassent ou dans la manière qu'ont ces deux corps de se toucher, se coller, se caresser. Trés émouvants. Applaudissements.

P'tit Trombi:
Jacqueline Sassard:

Lilla Brignone:

La très belle Federica Ranchi:

samedi 18 juillet 2009

Le cavaleur


1979
Cinéaste: Philippe de Broca
Comédiens: Jean Rochefort - Nicole Garcia - Annie Girardot - Catherine Alric - Danielle Darrieux - Jean Desailly - Lila Kedrova - Catherine Leprince - Jacques Jouanneau
Décidément, Philippe de Broca revient souvent sur le même personnage, une sorte de gamin qui découvre plus ou moins l'âge adulte vers les quarante balais. L'incorrigible reste espiègle, c'est sa respiration. Le magnifique découvre l'amour et retient enfin la réalité. Le marié de l'an II comprend enfin que Marlène Jobert est la femme de sa vie. Ici Rochefort, dans un film volontiers comique mais aux grands coups de pinceaux dramatiques, se prend la quarantaine en pleine poire. Il vieillit et n'assume pas vraiment. Est-il temps d'arrêter de cavaler? "Toujours enfant et jamais adulte" semble être sa devise. Peut-il changer et grandir? Le film n'en donne pas la réponse. Il pose juste la question. Tout le film est cette question.

Sur son scénario, De Broca demande à Audiard de mettre des dialogues très chaleureux, moins exubérants qu'à l'habitude. C'est toujours bon se le rappeller : Audiard n'est pas qu'un ajusteur de bons mots sur des personnages plein de gueule ; il sait aussi manier le verbe avec retenue et réalisme, taquinant les couleurs pastel de temps en temps.

Le lumineux Rochefort incarne avec maestria son personnage d'enfant paumé et solitaire dans la foule des gens qui l'aime. En un clin d'oeil, en un froncement de sourcil, il développe toute une gamme de sentiments, d'émotions, à partir de rien. Un sourire, un oeil vague et c'est la nostalgie qui effleure. Deux yeux ronds et le bonhomme découvre l'effroi de songer que sa femme puisse le tromper. Rochefort est un acteur génial, un séducteur irrésistible.
Pour entourer cet électron trop libre, De Broca nous a concocté un casting de premier ordre, en qualité comme en quantité, des petits rôles forts sympathiques. De la radieuse Danielle Darrieux à la beauté soixantenaire jusqu'à la voluptueuse Nicole Garcia, c'est une troupe pleine de grâce et de finesse qui s'est satellisée pour permettre à Rochefort de briller.

Surtout cette petite mise en scène qui se met à transporter sur quelques secondes le film vers des sommets de poésie et de tendresse, un "truc" que De Broca nous sert presqu'à chaque fois, une surprise, un moment d'une chaleur particulière qui le place aisément parmi mes auteurs favoris.

Devant un si joli film, je ne peux m'empêcher de pester contre TF1 video qui se contente encore une fois du minimum. Un dvd à l'image correcte chez TF1, ce doit être juste une question de hasard.
Donc ici c'est à la limite de l'offense : peu de netteté, une photographie un peu crachante. Ya pire, certes, mais tout de même.

Trombi:
Nicole Garcia:

Annie Girardot:

Catherine Alric:

Danielle Darrieux:

Jean Desailly:

Lila Kedrova:

Catherine Leprince:

Jacques Jouanneau:

Michel Degand:

Xavier Saint-Macary:

Philippe Castelli:

Le sang à la tête


1956
Cinéaste: Gilles Grangier
Comédiens: Jean Gabin - Paul Frankeur - Claude Sylvain - Georgette Anys - Monique Mélinand - Renée Faure
Très étonnant scénario qui met Gabin dans une position peu coûtumière. Il passe son film à subir les évènements, les quolibets, haï par une majeure partie des gens qu'il croise, sans trop broncher. Il est surtout cocu. Dans un cadre charentais propre à développer les enjeux provinciaux de la notabilité outragée, l'histoire signée Simenon s'attache à faire les portraits des individus, de leurs gesticulations égoïstes, de leur petitesse, leur lâcheté. Cardinaud, un prolétaire joué par Gabin, un ouvrier du port de La Rochelle, à force de travail et d'abnégation est parvenu à posséder quasiment tout le port, a accédé à la haute bourgeoisie rochellaise.

Et tous, du plus bas au plus haut de l'échelle sociale lui reprochent son parcours, l'exècrent pour avoir osé changer de classe, ébranlé l'ordre établi.

Ce film a fait un four à sa sortie, la public n'acceptant certainement pas de voir un Gabin cocu et humilié. Aujourd'hui c'est peut-ête plus la réalisation de Grangier qui me laisse tiède. Certes, l'histoire de Cardinaud est essentielle, le fil rouge, mais j'aurais aimé une plus large attention sur les personnages secondaires, sur sa femme par exemple qu'on ne découvre trop tardivement. On passe une bonne partie du film à croire qu'on a affaire à un film polcier sur la recherche de l'épouse disparue. La floppée de personnages qui gravitent autour du principal finit par sans doute noyer l'intrigue et l'intérêt sociologique du film. L'avantage est qu'on retrouve beaucoup de comédiens de l'époque, des boules qui reviennent, des voix qui'on retient. Agréable.


Trombi:
Paul Frankeur:

Claude Sylvain:

Georgette Anys:

José Quaglio:

Paul Faivre:

Léonce Corne:

Paul Azaïs: (à droite)

Gabriel Gobin:

Marcel Pérès:

Monique Mélinand:

Henri Crémieux:

Renée Faure:

Jacques Marin:

Albert Michel:

mercredi 15 juillet 2009

Du rififi chez les hommes


alias : Rififi
1955
Cinéaste: Jules Dassin
Comédiens: Robert Manuel - Carl Möhner - Jean Servais - Jules Dassin - Magali Noël - Claude Sylvain - Robert Hossein
Dieu qu'il est difficile d'écrire quelques mots sur un film noir alors qu'on a le dos sur le sable chaud d'une plage méditerranéenne, avec la grande voûte bleue au dessus de la tête et un soleil radieux qui brûle la peau. Toute cette lumière et évoquer les sombres lueurs d'une bijouterie visitée de nuit par des cambrioleurs aux aguets. Il y a là quelque incongruité, vous avouerez. Cela fait quelques jours déjà que j'ai vu ce film et je ne sais pourquoi, je repousse toujours à plus tard mon exposé. Alors je prends le taureau par les cornes et j'y vais.

Pour commencer, je peux d'ores et déjà louer le travail remarquable qui a été fait sur ce Gaumont DVD . La qualité criterionesque des contrastes, la netteté des détails, la souplesse du grain, le spectacle est éblousissant. On a l'impression de regarder un Blu-Ray, on a les rides, les petites perles de sueur avec une précision qui fait saliver de plaisir. J'aimais déjà le film avant cette revoyure. Je l'aime encore plus.

Tiens, le drapeau est passé au vert. Foutre, ils ont engagé Pamela Anderson ou quoi? Merde, concentre-toi. Je vous avais dit que c'est dfifficile d'écrire à la plage.

Rentrons vite dans le vif du sujet, dans la chair du film. Et le générique nous en promet de la bidoche, du gras et du jus autour, avec Auguste Le Breton aux manettes, avec un scénario aux petite oignons, jactant un argot fleuri et comac, droit au but. Cette histoire de casse est très bien écrite, d'un équlilibre de funambule, d'une symétrie d'horloger, ça tourne rond, au millième de seconde. En trois parties bien roulées, l'exposition des personnages, de la situation, ensuite le casse en préparation et en exécution, enfin les emmerdes. Tic tac, tempo maitrisé... zut, le stylo déconne, du sable? Non, faut que je change de position... rhhhaaaa je me suis mis du sable partout!

Bon, pour aligner ce langage interlope, pour mettre en image un si géométrique scénario, il fallait à l'américain Jules Dassin le talent de s'associer à quelques cadors de la pelloche parisienne. En premier lieu, on vantera jamais assez la place qu'y prend Jean Servais. Ce comédien sec et vieillissant, offre une gueule patinée, cassée. La photo d'Agostini marque encore plus ses rides. L'acteur joue la fatigue, l'usure avec un immense talent. On sent que le bonhomme est au bout du chemin, un héros noir idéal. On sent également qu'il en faut peu pour ouvrir la barraque à gifles ou le stand de tir à vue. Son regard noir et bleu acier découpe, tranche, lacère, exécute. Impressionnant. Rarement on a atteint un tel degré de force et de puissance dans un simple regard.

Autour de lui, les autres paraissent forcément presque comme des enfants. Le grand Mohner, bien bâti mais mal doublé laisse peu de doutes sur sa nationalité étrangère.

Jules Dassin himself,

la joue fine en baragouinant quelques phrases d'italien pour noyer le poisson. Il joue surtout des yeux, entre candeur et comédie. Robert Manuel s'essaie lui aussi à pratiquer la langue de Dante. Poussif. J'ai vraiment du mal, je le connais trop. Sa voix française traînante me manque.
Ici avec Jules Dassin à gauche et Claude Sylvain à droite.

Pour les décors, l'agencement artistique, Dassin fait fort en s'adjoignant les services de Maître Trauner, Alexandre lui même, l'empereur du réalisme français d'avant-guerre. On a droit à quelques jolis plans de rues parisiennes. Ambiance.

Il me serait difficile d'omettre la charmante Magali Noël qui met le coeur du rital Dassin en émoi. Facile.

D'autant plus que c'est elle qui entonne le désormais célèbre "Rififi", petite mélodie du night-club où les marloux préparent leurs mauvais coups ou viennent chercher leur dose de coke.

Quelques apparitions, quelques petits rôles accompagnent la joyeuse troupe, comme Robert Hossein ou Claude Sylvain par exemple (voir trombi).

La première fois que je l'ai vu, j'avais trouvé étonnante la manière dont les femmes sont traitées. Que le monde a changé, tudieu! Ici les femmes se prennent des bouffes sans arrêt quand elles ne goûtent pas au ceinturon du mâle. L'espèce de pantomine et la chanson du rififi en fait même l'apologie. Aujourd'hui totalement incorrect.

Au final, on se trouve avec un film très important dans l'histoire du noir français, merveilleusement construit, que d'aucuns n'hésiteront pas à qualifier de "classique". A voir et revoir sans retenue.

Trombi:
Robert Hossein :

Pierre Grasset et Marcel Lupovici

Janine Darcey

lundi 13 juillet 2009

La tête contre les murs


1959
Cinéaste: Georges Franju
Comédiens: Pierre Brasseur - Paul Meurisse - Jean-Pierre Mocky - Anouk Aimée - Charles Aznavour - Jean Ozenne
Je n'aime pas les films de prison. C'est bien ma veine. Un individu est enfermé dans un hôpital psychiatrique et cherche à s'en échapper. Voilà.

Mocky au scénario, Franju à la réalisation cherchent à dénoncer une pratique déjà à l'époque de moins en moins montée au pinnacle : la psychiatrie en milieu fermé avec son cortège de violences diverses, la camisole de force ou l'internement sur "commande". Le film est rempli de dialogues plutôt savoureux, piquants et drôles dans l'ironie (surtout de la bouche de Pierre Brasseur) et de répliques incisives qui sont encore aujourd'hui d'une actualité brûlante. Malheureusement, ils sont servis dans un contexte un peu trop manichéen, forcé, entre d'une part la psychiatrie conservatrice de Brasseur

qui enferme les malades et même ceux qui ne le sont pas vraiment pour protéger la société, l'ordre moral et d'autre part celle de Paul Meurisse,

plus ouverte, où la personnalité des malades, leur bien-être sont pris en compte, où l'individu prévaut et qui s'occupe uniquement des malades mentaux. Ces deux versions s'affrontent sans grande nuance. Les personnalités sont parfois brutalement décrites. Par exemple le père de Mocky (Jean Galland)

est pour le moins caricatural. Mocky lui même n'est pas d'une grande finesse.

Alors heureusement, le film bénéficie d'une photographie superbe, d'Eugen Schüfftan, encore une fois très belle, veloutée à souhait.

Quelques scènes sont empreintes d'une poésie indéniable, du Franju tout craché. Comment rester insensible à la grâce qui jaillit sur la bouche d'Anouk Aimée dans la scène du baiser sur le banc. Cadrage, vitesse, lumière, poses, les yeux d'Anouk se ferment et le temps est suspendu.


Un beau casting, par seulement devant la caméra. Maurice Jarre pour une musique qui ne m'a vraiment plu, je ne saurais dire pourquoi... agressive? Claude Zidi en second assistant. Hervé Bazin le romancier adapté. Et pas mal d'acteurs. Tiens Jean Rougerie est annoncé... et je ne l'ai pas repéré.

Trombi!
Jean Ozenne:

Rudy Lenoir:

Charles Aznavour:

Henri Poirier :

Jacques Seiler :

Max Montavon (en haut à gauche):

Véronique Nordey

Edith Scob

dimanche 12 juillet 2009

Columbo: Any Old Port in a Storm


alias: Quand le vin est tiré
1973
Cinéaste: Leo Penn
Comédiens : Peter Falk - Donald Pleasence - Julie Harris - George Gaynes
http://akas.imdb.com/title/tt0069901/
Encore un épisode de Columbo que j'ai vu mille fois et dont les défauts deviennent de plus en plus apparents. J'aimais beaucoup cette plongée dans le monde vinicole californien. En bon bordeluche, cet amour, cette dévotion au bon vin me parlent. Carsini (Donald Pleasence) devient criminel pour préserver l'excellence de son vignoble. Et je ne peux m'empêcher d'y déceler comme une circonstance atténuante. Ma foi, j'ai même la nette impression que Columbo n'est pas non plus exempt d'une certaine indulgence à l'égard du meurtrier.. Sans doute dans le cas du lieutenant s'agit-til plutôt d'une affinité culturelle, nationale. Ne dit-il pas à un moment qu'entre italiens il faut se serrer les coudes? Toujours est-il que rarement on aura vu un Columbo aussi proche de son "criminel". Au duel habituellement acharné, plein d'hypocrisie et d'acrimonie, le scénario a privilégié une relation très rare, un rapport d'amitié, n'ayons pas peur des mots puisque le final le démontre sans ombre : Columbo et Carsini trinquent ensemble avant d'aller au poste. Durant l'enquête, Carsini voit en Columbo un amusant petit italien, voulant renoué avec ses origines et parfaire une éducation latino-vinicole ratée. Une sorte de rapport de maître à élève se forge progressivement. Columbo semble vraiment se passionner. Même s'il manipule comme toutjours son suspect pour arriver à ses fins, il n'en demeure pas moins que son engouement parait sincère. Si les deux personnages finissent l'épisode en de si bons termes, c'est aussi parce que l'arrestation de Carsini lui est d'un certain secours. Il échappe ainsi à un sort qui lui faisait bien plus peur que la prison. Très rare dans la série qu'un personnage soit aussi soulagé d'être appréhendé!

Il faut à ce stade de la chronique souligner l'énorme part prise par Pleasence dans cette étrange relation que nouent les deux personnages. Il donne à son personnage une dimension sensible extrêmement riche et profonde. Je suis convaincu qu'il offre là une des plus subtiles et brillantes performances d'acteur de toute la série. C'est sûrement d'ailleurs là que réside l'essentiel de l'épisode à mon sens. Donald Pleasence est un acteur au jeu très sûr et qui sait merveilleusement jouer de son physique peu commun. Un crâne d'oeuf, un corps volontiers ramassé et surtout deux petites billes de verre bleues qui peuvent à la fois bercer et lacérer. Pas étonnant qu'on le retrouve parmi les "Blofeld" les plus réussis contre James Bond (On ne vit que deux fois). Ici il manie très bien son physique, avec un personnage à la fois italien par son père et anglais par sa mère, ce qui expliquerait son flegme difficilement maintenu, ses sautes d'humeur quand la passion prend le dessus sur les convenances ou bien encore ses pouffements de rire qu'il laisse échapper devant la candeur de Columbo ou bien quand le lieutenant le cueille par surprise et admiration. Entre rires et colères, Pleasence opère de finauds va-et-viens. Bravissimo.

Après un dithyrambe pareil, comment expliquer ma froideur? Ben oui, quel dommage que pareil personnage, que si innovante relation avec Columbo soient nantis d'une intrigue aussi faiblarde! Elle commet beaucoup trop d'erreur à mon goût. Le récit est émaillé de petits défauts qui à longue finissent par être trop voyants. D'abord le maquillage du crime en accident de plongée est trop long, alambiqué, en somme peu crédible. Ensuite, la résolution de l'enquête n'est pas géniale non plus, assez simpliste et comme presque tout l'épisode il est difficile d'y prendre totalement part, d'y croire vraiment. En effet, on ne peut imaginer qu'un collectionneur de vins si attentionné et passionné soit aussi tributaire d'une cave (peut-on lui donner ce nom?) aussi peu sûre.

En dehors de ce personnage, celui de la secrétaire est convenablement joué par Julie Harris.

Et pour les passionnés de série télé, on s'amusera à trouver ici quelques figures récurrentes de la télé américaine. Celle de Dana Elcar, que l'on connait mieux dans le rôle de Pete Thornton dans McGyver.

Vito Scotti qui joue souvent les français ou les italiens garçon de resto ou cuistot et que l'on retrouve dans pas moins de cinq autres Columbo (Candidat au crime - Le chant du cygne - Réaction négative - Jeu d'identité - Portrait d'un assassin).
Ici à droite:

J'ai beaucoup aimé la scène, très courte mais costaude d'humour simple avec Robert Donner dans le bar.

Une moustache célèbre, une tête très seventies qu'on a dû voir dans à peu près toutes les séries de l'époque, me dites-pas que vous ne connaissez pas Robert Walden.

Et puis George Gaynes dont on ne peut que se rappeller par exemple le rôle dans Tootsie aux côtés de Dustin Hoffman et qui ici s'essaie à un accent français à se décrocher la tour Eiffel. Notez la petite moustache.

A noter la détestable prestation boursouflée de Joyce Jillson.

A noter pour finir une réalisation d'une banalité effrayante parfois (les flous calamiteux pour les plans enchaînés). Que miseria!
Heureusement que Donald et Peter sont là.

Kaze no naka no kodomo


alias : Children in the Wind
1937
Cinéaste: Hiroshi Shimizu
Comédiens: Bakudankozo - Masao Hayama - Mitsuko Yoshikawa
Plus habitué (oh les grands mots : je n'ai vu que deux ou trois films de Shimizu) à suivre des comédies très légèrement dramatiques, j'ai été surpris de découvrir un drame, un vrai, au bord du mélodrame même. Mais Shimizu malgré la gravité de la situation maintient un ton résolumment optimiste. Le mot n'est peut-être pas le mieux choisi. Je ne trouve pas le terme adéquat. Il aborde le drame de cette famille dont le père est soupçonné de détournement et par conqéquent emprisonné, avec une très grande distance apparente, comme à l'accoûtumée. Il se garde bien de scruter les moindres replis du visage : pas de gros plans, au contraire il éloigne sa caméra préférant filmer les êtres dans leur solitude ou regroupés pour affronter les évènements avec solidarité. Mais Shimizu voulant sans doute éviter d'alourdir son propos d'un pathos rédhibitoire, oriente son attention essentiellement sur le regard que porte Sampei le plus jeune des garçons sur le drame familial.

Personnage principal, c'est ce petit bout d'homme qui parcourt les ruelles rameutant ses copains en imitant le cri de Tarzan pour aller jouer dans les prés et rivières alentours. Avec forte personnalité, il n'hésite pas à se mesurer à son grand frère.

Combat de Sumo avec le père (Reikichi Kawamura)

Le défi de sumo que propose régulièrement le papa à ses deux garçons est comme un rendez-vous de tendresse. Et quand le père perdu dans ses noires pensées est près de se brûler les doigts avec sa cigarette, le petit lui ôte de la main. Pendant que le père est incarcéré, Sampei est envoyé chez un oncle, loin de sa mère et de son frère. Il y fait les 400 coups afin d'être renvoyé auprès des siens.

Bakudankozo :

Il grandit bien plus vite que nature.

Dans une scène très belle, il fait la promesse de se tenir à carreau à sa mère.

Mitsuko Yoshikawa :

Ce petit film mérite largement le coup d'oeil. Plus d'une scène sont de grandes valeur, émotionellement comme esthétiquement. Shimizu aime dans un silence très naturaliste filmer ses personnages dans les paysages environnants, les cadrant toutjours à distance, ce qui donne le sentiment au spectateur d'être le témoin, comme assis à la terrasse d'un café, de la déambulation de ces personnages.
C'est pour cette raison que le terme d'optimisme ne me semble pas particulièrement adapté à ce type de cinéma. L'histoire n'est ni optimiste, ni pessimiste, elle est. Elle se contente d'exister, de se dérouler devant nos yeux. L'attention du spectateur et celle du cinéaste se confondent.

Avec le grand-frère, joué par Masao Hayama

La musique très douce, délicatement en retrait, parait venir de très loin,. Comme le bruit du vent dans les hautes fûtaies, on l'entend tout là haut, sans qu"elle ne s'impose et assourdisse. Beaucoup de tendresse jaillit de ce film. Encore un Shimizu qui fait preuve d'une vivifiante humanité et d'une belle intelligence. Par moments, j'ai pensé à la douceur de Mon voisin Totoro. Les évènements coulent. Si japonais.

samedi 11 juillet 2009

Singin' in the Rain


alias : Chantons sous la pluie
1952
Cinéastes: Stanley Donen - Gene Kelly
Comédiens: Gene Kelly - Cyd Charisse - Debbie Reynolds - Donald O'Connor
Loin d'être féru de comédies musicales, j'apprécie quand elles sont faites par les magiciens tels que Vincente Minelli, Stanley Donen ou Gene Kelly. Le travail de groupe... de troupe, devrais-je dire, est peut-être encore plus probant dans ce genre de film. La diversité des talents y est encore plus visible. Ce "Chantons sous la pluie" est d'abord un superbe travail d'écriture avec une belle histoire racontant une part d'Hollywood, rendant hommage aux icones du muet d'abord, puis au cinéma populaire des années 30 (on a même droit à un clin d'oeil appuyé à George Raft). Le scénario montre bien cette sorte de dualité entre satire et fascination qui joue dans le regard des professionnels du spectacle comme dans celui du public à l'égard d'Hollywood. Et l'ébauche même de la relation entre Gene Kelly et Debbie Reynolds est totalement façonnée sur ce canevas. Lui croit que sa célébrité le rend irrésistible, elle lui oppose le plus froid mépris. Le mensonge qu'elle érige en barrière un brin snobe sur les films qu'elle n'aurait pas vus constitue en quelque sorte une des pierres sur lesquelles le scénario s'appuie pour ériger cette idylle.

Au talent des scénaristes, il faut associer celui des danseurs et des chorégraphes.

Mais j'avoue que je retiens essentiellement Kelly et Charisse pour la grâce et l'exubérante sensualité qui se dégagent de leur ébats chorégraphiques.



Debbie Reynolds a une voix magnifique et joue plutôt bien.

En parlant de jeu et non de danse, Gene Kelly se pose là monseigneur! C'est véritablement un danseur exceptionnel et un comédien hors-pair. Chapeau! Les numéros qu'il donne avec Donald O'Connor ou Reynolds sont épatants pour l'absence apparente d'efforts. Cette simplicité feinte force l'admiration. J'ai un peu plus de mal avec ce chateur danseur "comique" Donald O'Connor. Son "Make 'em laugh" par exemple est un numéro que je n'arrive pas à suivre avec passion, doux euphémisme.

Pas non plus emballé par Jean Hagen.

Par contre, encore une fois, quel bonheur que ce technicolor savamment utilisé comme un bonbon sucré aux saveurs multiples, douce sensation d'avoir des fleurs dans les yeux!

vendredi 10 juillet 2009

Fantômas


1964
Cinéaste: André Hunebelle
Comédiens: Louis De Funès - Jean Marais - Mylène Demongeot - Jacques Dynam - Robert Dalban - Henri Attal - Dominique Zardi - Rudy Lenoir - Bernard Musson - Michel Duplaix - Christian Toma - Raymond Pellegrin
Encore une de ces gâteries, de ces petites madeleines qui sont autant de liens avec la part d'enfance qui remonte, le sentiment empreint de nostalgie que le temps déroule un tas de souvenirs attendris. La série Fantômas vient de si loin que je ne parviens pas à en déceler un moment précis. J'ai le sentiment qu'il fait beau et chaud, peut-être au loin la plage fait-elle entendre le vacarme de ses déferlantes. C'est le temps des vacances et chaque semaine une chaîne de télé promet les trois épisodes successifs de Fantômas. Cette promesse d'une longue et fructueuse aventure pleine de mystère et de sourires pour les yeux d'un renfant est une caresse qu'on n'oublie pas et qui peut constituer une des pierres à bâtir une cinéphilie.
Aussi quand une bonne trentaine d'années sont passées, revoir cette série constitue une bouffée de plaisirs fort appréciable.

Dès le générique on est happé. Tout de suite, Michel Magne fait entrer en scène sa musique. Sur une mélodie à nulle autre pareille, très jazzy a priori mais d'une richessse sensationnelle, le cinémascope éclate avec ce grain très sixties qui file une érection d'emblée. L'époque s'impose par l'automobile d'abord. Une Rolls sans âge tourne autour de la Concorde. Elle est entourée de vieilles bagnoles, une deuche, une DS, une camionnette Citroën. La marque aux deux chevrons est à l'honneur. Sur Rivoli, une Dauphine... Les notes de jazz tout en rythme et subtilité nous font pénétrer dans ce nouveau monde, celui d'un Fantômas hybride où comédie et aventure riment avec mystère, où une criminalité édulcorée, plus proche de la délinquence d'ailleurs (pas une goutte de sang versée dans le film) s'essaie à charmer le plus large public possible. Allain et Souvestre peuvent bien se retourner dans leur tombe, on s'en fout. Il ne s'agit plus de leur Fantômas, personnage ô combien angoissant et fascinant mais bien d'un autre personnage, une autre histoire, une sorte de pastiche avec tout ce que cela suppose de trahisons, de contrefaçons, etc. Ce personnage appartient à l'imagination d'Hunebelle, d'Halain, son fils et des producteurs, Cadéac et Poiré. Et bien entendu à l'incroyable effervescence créatrice du joueur De Funès.

On commence donc le film en découvrant le personnage sous une de ses nombreuses formes, un de ses multiples masques, accompagné de Lady Beltham, la muette, tellement peu douée pour la parole qu'on ne la reverra pas dans les deux épisodes suivants. Là encore, ce personnage est défait de ses attributs originels dans l'oeuvre littréaire. Ici, elle n'est qu'image. Peut-être tentative faiblarde de garder un lien quelcqonque avec les romans intiaux. A un autre moment, il sera fait allusion à la "La main coupée" ou "main mystérieuse" et au Lord Bentham sans trop d'explications, peut-être une sorte d'hommage destiné aux lecteurs encore nombreux à l'époque de la série littéraire.
Marie-Hélène Arnaud en Lady Bentham

Quand ils ont construit, voulu faire prendre corps à leur Fantômas, les auteurs ont fait un sacré bon boulot en lui octroyant la voix caverneuse, la diction impeccable et traînante comme un boulet de forçat de Raymond Pellegrin. Quelle riche idée! La série Fantômas lui doit énormément. Les bouffoneries de Juve ont grandement altéré la puissance effrayante que suscite Fantômas et je crois que cette voix ainsi que ce masque gris-bleu ont contribué à sauvegarder une part du mystère "Fantômas". Heureux rééquilibrage.


Le masque parlons-en. Je me souviens encore de la fascination mêlée de peur du jeune bambin que j'estois. Elle prenait sa source sans doute dans le fantasme de voir sans être vu, celui-là même qui a donné naissance au mythe de l'homme invisble. Fantômas n'est jamais identifié. son masque est son visage. Un visage presqu'alien en raison de cette étrange texture caoutchouteuse, cette couleur où le gris flirte sans vergogne avec le bleu. Ce masque est poulpe, "créature du marais", extra-terrestre ou démon.

En passant, on ne compte pas les allusions au diable et l'enfer dans ce film. Fantômas ne souffre pas. Les coups qu'il reçoit ne lui font rien. Il bouge à peine.

Il torture dans le tréfond de son antre, sa base souterraine.

Quand Fandor se réveille, kidnappé par Fantômas, il découvre une grande salle aux décors hétéroclites où tentures et voûtes médiévales, donnant des airs gothiques à l'ensemble surtout quand les orgues retentissent, le disputent au rococo des miroirs.

Une fresque murale aux dominantes rouges figure une créature diabolique venu du fin fond des enfers sur une porte coulissante qui donne sur une sorte de cave et jardin luxuriant.

Fantômas apparait ou disparait par un ascenseur. Fandor est bien en enfer. Il se fend même d'un commentaire sur "la beauté du diable". Fantômas et Satan ne font plus qu'un. Invincible. Ce n'est pas sur un papier que Fantômas passe un pacte avec Fandor. Sa signature, un F, il l'appose de force sur le corps même de Fandor. Il le tatoue. Pacte non sollicité. Fantômas est plus fort que le diable. Il n'a même pas à convaincre par la ruse, il impose.

Les décors que l'on doit à Max Douy ne sont pas aussi formidables dans ce premier opus qu'ils ne le sont dans le deuxième, cependant cette mise en bouche tape juste : aussi caverneuse que la voix de Pellegrin en fin de compte. Pour mieux épouser son époque, les années soixante, qui découvre la modernité, Fantômas se doit d'être au carrefour du temps, entre passé ancestral et futur de science-fiction, aussi son bureau dissimule-t-il derrière un pan de mur une grosse machine aussi incompréhensible que la science criminelle de son propriétaire.

L'imposante présence du mal est soulignée par ces orgues qui hurlent leur musique mystique au moment où Fantômas arrive sur les lieux. Cet instrument est peut-être également un lien direct avec la figure du capitaine Nemo (la version ciné de Fleischer a déjà 10 ans). A la toute fin du film, Fantômas réussit à s'enfuir grâce à son sous-marin.

André Hunebelle à gauche toute:

La mise en scène d'Hunebelle n'est pas grandiloquente. C'est par petites touches, ici et là, avec des effets ordinaires que le cinéaste met en forme un cinéma simple, direct, au service des acteurs et de l'histoire. Sans génie, en bon artisan comme on dit, Hunebelle accompagne ses personnages. Ici, à l'arrivée de Fantômas, il se contente de déplacer lentement et sur une courte distance la caméra dans le dos de Fandor, une sorte de travelling très bref, flottant des orgues jusqu'à la porte de l'ascenseur.

J'ai une profonde admiration pour Hunebelle, un petit réalisateur qui a eu le nez assez fin pour mettre en selle le talent des autres. Sans autre amibtion que celle de bien faire son travail et de servir au mieux les histoires et les personnages qu'on lui confiait, il laissait (parait-il, je n'y étais pas) une certaine liberté à ses comédiens. Et j'imagine bien comment De Funès a su insufler de sa folie et de sa compétence avec un cinéaste aussi ouvert. Son cinéma est sec, très implanté dans son temps avec les deux yeux rivés sur le grand public, n'oubliant pas les bambins. D'ailleurs ce premier volet des aventures de Fantômas ressemble par certains aspects scénaristiques et esthétiques à la bande dessinée de l'époque. Je pense surtout aux aventures mouvementées et colorées de Spirou et Fantasio ou de Ric Hochet. Les relations des personnages sont construites sur celles de la culture populaire des années soixante. La relation qui tour à tour oppose de manière comique ou unit le journaliste Fandor et le commissaire Juve peut être rapprochée de celles qu'on retrouve dans la littérature policière populaire (Holmes/lLestrade par exemple). Celle qui lie dans un toujours très étrange mélange de fascination et de répulsion Fandor et Fantômas fait penser à Tif et Tondu face à Choc, lui aussi sans visage., Holmes face à Moriarty, etc. La dernière partie du film conscacrée à la poursuite infernale est dans la droite ligne de ces lectures périples dont Spirou et Fantasio sont de bien vifs exemples. Fandor, Juve et Fantômas utilisent tous les véhicules de leur temps, une belle Cadillac d'abord, une moto,

le cheval, hé oui,

le train,

une sublime BMW décapotable à faire baver de jalousie le premier James Bond,

un hélico, un hors-bord,

un sous-marin

et pour finir un bateau pneumatique.

Il faudra attendre le prochain épisode pour monter dans un avion et le dernier pour la fusée et le vélo. Cette cavalcade motorisée reste encore de nos jours assez impressionnante notamment grâce à la prise de risque à laquelle se livrent les cascadeurs. Ici, je veux saluer le boulot des ces artisans du risque. Au premier chef, Gil Delamare qui donne ici sa chance à un petit nouveau qui deviendra grand, immense, Rémy Julienne. Ce dernier est embauché pour jouer les motards voltigeurs.

C'est lui qui prend la moto sur le rable dans une séquence à couper le souffle. Je ne sais pas si on peut raisonnablement louer les risques que prit Jean Marais dans sa carrière et dans ce film encore dans certaines scènes comme quand il descend dans le vide, le long d'un immeuble, en échelle de cordée, laquelle il empruntera à nouveau pour grimper cette fois-ci dans un hélico en plein vol.

Les bagarres orchestrées par Delamare et Cogan, sont ici assez médiocres, mais à l'image de celles qu'on voit dans la plupart des films occidentaux à l'époque. Les coups portent un peu certes, mais la vitesse d'exécution laisse à désirer, si bien que sur certains mouvements on voit bien que l'on a procédé à quelques petites accélérations de la lecture. Si bien que l'on peine à utiliser le terme de combats pour décrire ces scènes. Celui de "bagarre" convient mieux à l'idée enfantine que l'on s'en fait.

L'époque transparait dans mille délicieux petits détails. Et j'aime ça, j'avoue. J'aime par exemple comment l'introduction du personnage de Juve laisse apparaitre ces habitudes perdues de nos jours. On nous montre un attroupement devant un magasin "Ducretet-Thomson".


Quand j'étais gamin déjà le nom "Ducretet" avait disparu. Et l'on voit sur les écrans en noir et blanc la bobine du commissaire défiant Fantômas. Cette séquence en dit long avec peu de plans sur l'évolution de la société et de l'économie françaises de l'époque. Entrons dans le studio de Fandor,

histoire de nous fendre un peu la poire devant le goût de chiottes du journaliste affiché par les bouteilles peintes multicolores ou bien le clown désarticulé qui pendouille au mur ou encore cette infâme croûte en décorations plus que douteuses. On est là vraiment dans un autre monde. Espérons qu'il n'y aura jamais de revival du couvre-lit mexicain, siouplait.

Le personnage d'Hélène (Mylène Demongeot) est également finement ancré dans son temps. Jeune photographe du journal Le point du jour, où bosse aussi Fandor, elle se bât pour exister. Entre deux périodes, l'archaïque patriarcal et le moderne féministe, elle revendique sagement d'entrée de jeu le droit à la parole mais ne récolte que rires et quolibets de la part des hommes. Les auteurs ne vont guère lui donner d'autre place que celle de potiche. Mylène Demongeot assure dans les bonus du coffret dvd avoir plutôt souffert de ce rôle ingrat. Il est vrai que deux ou trois interventions dans le film laissent à supposer que la délicieuse créature n'est pas loin d'avoir un pois chiche dans le crane. C'est elle pourtant qui donne l'idée du canular à Fandor, sans même s'en rendre compte : "Moi, une idée?" Elle frise la paire de baffes dans la scène où Fandor et elle sont livrés à la pesanteur dans une voiture sabotée qui dévale sans frein les montagnes des Bouches du Rhône (on me l'a fait pas à moi, des voitures sont immatriculées 13). Dans cette scène elle répète peut-être 74 fois "ça tourne". Pffff, que c'est bête une femme!

Heureusement son personnage a servi au moins à donner une bonne touche de féminité à un film trop plein de garçons. Et quelle touche mes aïeux!

De quoi faire saliver les plus jeunes d'entre nous. Je suis encore tout songeur devant le premier plan où elle apparait, bougonne, au zinc du café, assise sur un tabouret qui laisse hardiment se dessiner de manière si sexy la galbe de ses jambes, de ses hanches, la cambrure de ses reins, en somme la finesse de ses courbes qu'une jupe bien avisée et très sixties souligne avec une rectitude qui n'est pas sans évoquer celle qui prend beaucoup de place dans mon... bon passons. Vision si sixties, taille si bien soulignée par la jupe, ô combien érectile vision, érotisme de catalogue La Redoute, celui des jeunes appétits voraces, celui d'avant l'internet. C'est l'été, mon sang fait des bulles. Mais le plus excitant est à venir car la donzelle passe son film à darder d'une manière sauvage, grouarrrrrr, sans crier gare, transportant le spectateur vers les cîmes de l'indicible, celles qui surprennent, celles que l'on attend pas.


Fantômas, film érotique? Demongeot, actrice érotique? Seulement dans le tréfond de l'érotomane invétéré je le concède. Il faut avouer que la classe blonde, cruche et affriolante est depuis longtemps une artillerie sur-utilisée par les hommes de cinéma (Martine Carol, Brigitte Bardot ou Marilyn bien sûr). La concurrence est rude pour la jeune Demongeot. Si Martine Carol s'inscrit dans une histoire plutôt tragique, Demongeot inspire plus de sourires et de joie de vivre (elle va en avoir besoin), une sorte de bonhommie sympathique qui éclaire encore son visage aujourd'hui. Elle ne jouait pas très bien, mais d'autres furent pire encore. Elle se débrouillait dirons-nous, sachant se défendre sur certains rôles plus touffus. Dans ce Fantômas, la pauvre a du mal à sauver les meubles.

C'est un peu également le cas de Jean Marais d'ailleurs. Même s'il n'est pas encore totalement parasité par De Funès et même s'il prouve sur deux ou trois scènes qu'il sait jouer avec naturel, les quelques séquences où De Funès entre en scène le font paraitre en retrait. Indéniablement. Mais Fandor dans ce premier épisode est encore le personnage principal. C'est à lui que s'adresse Fantômas, c'est lui qui est enlevé, c'est lui qui mène la poursuite, qui prend les initiatives. Juve n'est que suiveur. Le succès du film et le pouvoir d'attraction que le génie de De Funès impose vont changer la donne dans les prochaines aventures.

Sur les quelques scènes de De Funès, à chaque fois son numéro de duettistes avec l'immense Dynam fait mouche. Jacques Dynam, comme Pellegrin est d'abord une voix. La sienne est familière, douce et aux sonorités rondouillardes, éminement sympathiques. Son physique tout aussi chaleureux, associé aux caractéristiques imbéciles de son rôle en font un personnage attachant et parfait pour renvoyer les balles au furibard et nerveux commissaire.

Leurs confrontations sont construites sur un rythme effrené mais toujours maitrisé et sur des dialogues ciselés par le fils d'Hunnebelle, Jean Halain. Belle alchimie de ce duo d'acteurs. A propos des dialogues, il me semble que l'on n'a pas beaucoup évoqué la simple mais intelligente efficacité des dialogues, toujours en accord parfait avec le récit et surtout la mise en scène. Comme par exemple, quand Juve entre au Point du jour après avoir entendu Fandor évoquer son avocat. Juve rebondit sur cette allusion pour entrer en scène. "Vous allez en avoir besoin, croyez-moi!" Les dialogues servent parfois ainsi de transition entre les scènes et donnent du liant au récit. Ce ne sont pas des dialogues percutants ou offensifs à la "Audiard" mais plutôt des dialogues qui participent à la mise en scène, qui soulignent les situations avec par moments beaucoup d'ironie. Je songe ici à De Funès prédisant une garde à vue intense au journaliste Fandor en ces termes :"on va t'interviewer mon gaillard..."
Je ne sais pas torp quelle est la part d'improvisation et d'écriture entre Fufu et Halain sur certaines scènes qui paraissent à la fois très écrites mais si bien jouées qu'elle semblent parfaitement aller à la bouche de ses interprêtes, dans les balbutiements comme dans les interjections. Je me demande vraiment si elles n'ont pas été retravaillées par les comédiens. Je pense surtout à ce fameux interrogatoire entre Fandor et Juve, scène d'anthologie, superbement interprétée. Les dialogues succulents de drôlerie sont débités à un rythme soutenu. Comment ne pas développer le rôle du commissaire après une telle prestation? Ce type est merveilleux. Quelle musique d'intonations!

Dans le comique, le film réserve quelques autres types de scènes, celles sans dialogue notamment. Celle du portait robot où le commissaire se découvre progressivement des affinités des plus embarrassantes avec le portrait de Fantômas.

Ou bien encore celle du petit déjeuner avec les boules Quies. Et on notera que souvent ses petites scénettes sont habillées musicalement par Michel Magne qui ajoute aux thèmes principaux, lugubres et inquiétants des petites notes de percussions rigolotes dès qu'apparait la silhouette du commissaire Juve. C'est particulièrement évident lorsqu'il est déguisé en clochard

ou pendant la poursuite sur les toits des galeries Elysées-La Boétie ou bien sur le train. Je me demande si ce n'est pas du xylophone... mon incompétence et mon inculture musicales sont un groupe de hyènes hurlantes. J'ai honte.

Quand le mot fin apparait à l'écran après cette haletante course poursuite, la frustration de ne pas être parvenu à mettre la main sur le gredin est vite effacée grâce au providentiel défi lancé par Juve : "Non, ce n'est pas fini, je t'aurai, Fantômas, je t'aurai!". Voilà le petit enfant qui s'en va se coucher en se demandant bien "comment s'y prendront-ils pour l'attraper la prochaine fois? Vivement la semaine prochaine!"

Trombi:
Rudy Lenoir dans deux rôles!

ici aux côtés de Jacques Dynam, Christian Toma Michel Duplaix

Georges Adet :

Henri Attal qu'on retrouvera dans les trois épisodes. Dans le dernier il jouera Godfrey, le conducteur débile:

Son compère Dominique Zardi

Pierre Collet et Bernard Musson :

Robert Dalban :

Philippe Castelli :

Une figurante, juste pour le plaisir des yeux:

Andrée Tainsy :

Quelques autres photos de tournage:

jeudi 9 juillet 2009

La fille de Monaco


2008
Cinéaste: Anne Fontaine
Comédiens: Fabrice Luchini - Roschdy Zem - Louise Bourgoin - Jeanne Balibar
Je l'ai pris comme une comédie. Erreur, est-ce vraiment une comédie? pas certain. La présence de Stéphane Audran m'a conduit à songer au ciné de Chabrol, à voir dans cette histoire beaucoup plus le drame d'un notable, une histoire sombre et glauque, noire où une petite provinciale sans cervelle use et abuse de ses charmes afin d'embobiner un grand avocat venu plaider à Monaco. Ensorcelé par cette bimbo chaude comme la braise, l'homme de raison déraille, s'entiche au point de perdre pied. Dans un triangle amoureux improbable entre Luchini, Zem et Bourgoin, pas très bien construit -j'ai eu mille peine à y croire- Anne Fontaine filme somme toute un récit très mollasson, sans grand intérêt.

Les comédiens jouent convenablement. C'est déjà ça. Bourgoin pique la curiosité mais ne séduit pas. Il est vrai que son personnage est d'une vulgarité vite exaspérante. Mais elle le joue toujours sur le même registre du début à la fin, sans jamais apporter une quelconque évolution. Jolie fille,

mais tête de linotte.

Lassant.
Zem n'a pas grand chose à donner. Son personnage est toujours impassible, monolithique. Luchini a de quoi faire, lui, avec un rôle écrit sur mesure semble-t-il. Il donne quelques réjouissantes scènes. Il a été pour moi le seul point d'ancrage au film pour ne pas me noyer complètement.

Je me suis presqu'ennuyé à attendre que surgisse quelque chose de cette plate histoire. A oublier.

Transformers: Revenge of the Fallen


alias : Transformers 2: la revanche
2009
Cinéaste: Michael Bay
Comédiens: Hugo Weaving - John Turturro - Shia LaBeouf - Megan Fox - Josh Duhamel - Ramon Rodriguez - Isabel Lucas - Kevin Dunn - Julie White
Un typique film de Michael Bay, c'est à dire oeuvrant de manière magistrale -je pèse le mot- au niveau des hormones et émotions primaires. Dans la scène finale - je spoile à max, attention- dans laquelle un personnage décède, Michael Bay lance magnifiquement -je vous dis que je pèse mes mots- une armada d'effets : un ralenti en plongée allié à un lent travelling, avec le passage d'un hélico à la verticale, des plans de gens en pleurs ou hurlant, un montage assez véloce malgré le ralenti englobant tous les personnages. Les spectateurs sont bombardés, harcelés par touttes ces incitations à la larmichette. Pour éviter la lourdeur du procédé, Bay ne laisse jamais sa caméra inerte. Ses ralentis adoucissent le propos, aidés par des filtres assombrissants la scène. Fumées, explosions, musique et assourdissements des sons accompagnent le tout pour donner une étrange beauté à la scène. On peut parler d'esthétique avec Michael Bay, ou même de style. Par mode et convenance, Michael Bay est souvent décrié voire conchié. Comme il est de bon ton de vénérer Tarantino, tout aussi basique et primaire pourtant.

Pourtant je suis à peu près sûr que dans 30 ou 40 ans, les cinéphiles se pencheront sur ce "style", plein de mouvements, de filtres et de toutes sortes de combinaisons de procédés destinées à aller chercher plus ou moins habilement les spectateurs aux tripes sans jamais toucher à la cervelle. Et ça, qu'on le veuille ou non, Michael Bay le fait très bien, "magistralement". Beaucoup mieux que Tony Scott, Roland Emmerich ou mille fois plus intelligemment qu'un Joel Schumacher par exemple, même s'ils sont tous de la même école. Quand la série B s'offre les premiers budgets, cela donne ce cinéma là : du pop corn, du coca et des petites pépées bien roulées. La scène d'introduction -I wish- de Megan Fox est hallucinante : elle est à califourchon sur une moto dans une position plus proche de Playboy que MotoMag.

Totalement inapproprié, sauf à remplir les corps caverneux de la gente mâle adolescente. Juste adolescente?, c'est vite dit. Megan fox et Isabel Lucas sont de bien jolies demoiselles.

Je crois bien que je suis marqué par l'extraordinaire beauté de la petite Fox. Impressionnante.

Est-ce pour ces basses raisons libidinales que je trouve qu'elle joue bien? Posssible. Par contre, ce n'est pas pour cette raison que le jeu de Shia Le Boeuf me plait également. Il me parait assez maître de son corps, de sa gestuelle et de son visage mais surtout de sa sincérité de jeu pour affirmer qu'il y a là un jeune comédien qui promet.

Pour toutes ces bonnes et mauvaises raisons, j'ai plutôt bien apprécié ce petit film, plein de couleurs, de vibrations et de mouvements, un cinéma du physique, de l'intra-physique pourrait-on dire. A ce propos, je suis par contre un peu dérangé par ce qui devient systématique du côté d'Hollywood, au ciné comme à la télé : cette putain de manie qu'ils ont à tourner autour des comédiens sans discontinuer. Centrifugeuse de mes fesses qui me tape sur les nerfs! On s'étonnera après que les salles de cinéma sentent le vomis!

Ca, c'est hors film, juste pour prier.

mercredi 8 juillet 2009

Columbo: Suitable for Framing


alias : Columbo - Plein cadre
1971
Réalisateur: Hy Averback
Comédiens: Peter Falk - Don Ameche - Kim Hunter - Ross Martin - Rosanna Huffman
- Mary Wickes
Il y a quelque chose qui me chiffonne dans ce Columbo. Je crois avoir une ou deux idées là-dessus. D'abord Ross Martin, comédien pour qui j'ai une sorte d'affection que j'ai envie de croire séculaire, de celles qui naissent au coeur de l'enfance quand on apprend à lire et écrire mais également à rêver devant ces images qui bougent, devant Les Mystères de l'Ouest par exemple. Ross Martin pour moi c'est d'abord Artemius Gordon, un personnage avec son sourire et sa malice, personnage gravé dans ma boite crânienne aussi bien que dans mon ventricule gauche (le droit à James West). Aussi quand je le vois dans "Allo Brigade spéciale" de Blake Edwards ou ici dans ce Columbo dans lesquels il joue des criminels à la machoire serrée, au visage fermé, il doit se passer une sorte de rupture qui, inconsciemment, me fait rejetter le personnage et l'épisode. C'est totalement injuste parce que ce téléfilm a de nombreux éléments positifs à faire valoir et que Ross Martin est un très bon comédien qui joue ici un beau salopard manipulateur.

La production a misé sur le prestige de son casting. Outre Ross Martin dans le rôle principal, on retrouve avec délice Miss Brando dans "Un tramway nommé Désir", ou Zira, Miss Cornélius dans "La planète des singes", à savoir, Kim Hunter en petite écervelée, toute gaie, pimpante et insouciante. Elle et ses grands yeux ébaubis apportent une touche de fraîcheur à un scénario qui en manque par moments. J'aime beaucoup cette paire d'yeux (je l'ai d'abord découverte sous les traits de Zira). J'ai été enthousiaste lors du générique de découvrir Don Ameche, le facétieux et amoureux Henry Van Cleve dans "Le ciel peut attendre" de Lubitsch. Malheureusement, son role est peu développé. D'ailleurs, le sien et celui de Kim Hunter apparaissent bien tardivement.

Dans cet épisode, j'ai bien aimé l'immersion un brin railleuse du scénario dans le mondes des peintres. La scène où Columbo entre dans l'atelier d'un peintre pendant une séance avec une modèle déshabillée est très drôle. Falk joue parfaitement la gêne du lieutenant en constraste avec le naturel des autres personnages présents.

J'ai longtemps dédaigné ce téléfilm en raison de son dénouement que je trouvais tiré par les cheveux et peu habile. Or, la dernière revoyure m'a fait complètement changé d'opinion. Je l'ai trouvé percutant. Un joli uppercut à la face du criminel. Imparable. Connaissant le final, j'ai savouré avec avidité la méthode Columbo, comment le lieutenant amène son coup de théâtre. Hé bien oui, habilement. Un épisode habile malgré un début, un crime au montage un peu trop grossier je trouve.

mardi 7 juillet 2009

The Bourne Identity


alias : La mémoire dans la peau
2002
Cinéaste: Doug Liman
Comédiens: Julia Stiles - Franka Potente - Matt Damon - Clive Owen - Chris Cooper
- Brian Cox - Adewale Akinnuoye-Agbaje
James Bond like plutôt réjouissant dans le sens où l'action prend une large place dans le divertissement, dans une variété certes classique mais fournie (combats, poursuites, périls divers) avec une dose de mystère minimaliste. Dommage que les personnages soient aussi basiquement dessinés. Que dire à ce propos de la relation entre Damon et Potente qui vient un peu comme une fleur, sans réelle raison et avec une vigueur, une passion de manière aussi abrupte qu'inattendue à ce stade du récit.


Quelques tracas avec les mouvements de caméras latéraux et très rapides à la limite de la nausée parfois. Sinon l'action est très bien filmée, "rondement menée" comme on dit. Au final, à part la scène grand-guignolesque de la chute dans l'escalier, d'un ridicule consommé, l'histoire est plutôt bien écrite et très agréable à suivre.

Un pop corn sucré qui se mange avec gourmandise et qui ne s'attache à rien d'autre que de divertir.

Je veux vivre là:

dimanche 5 juillet 2009

L'eclisse


alias : L'éclipse
1962
Cinéaste: Michelangelo Antonioni
Comédiens: Monica Vitti - Alain Delon - Francisco Rabal - Louis Seigner - Lilla Brignone
Mon troisième Antonioni après le sketch d'Eros et Profession reporter. Maintenant, c'est officiel : je n'aime pas Antonioni.
C'est très bien filmé, les cadrages, les idées de mise en scène et en image des non-dits sont très riches, variées, subtiles, certes oui, mais l'histoire et les ambitions du scénario ne m'ont jamais intéressé pendant les deux heures du film.

Je crois surtout que j'ai souvent (pas toujours) besoin de "comprendre" un film, d'entrer presqu'en symbiose dans le meilleur des cas avec ces ambitions, de comprendre ou de bien lire le film, d'avoir le sentiment de bien le lire. Sur les films complexes, je passe mon temps à me poser des questions et à essayer d'y répondre avec "pourquoi" en maillot jaune du peloton d'interrogations. Pourquoi tel plan? Pourquoi filmer les jambes de Vitti au ras du sol? Pour jouer avec le reflet? Alors pourquoi ce reflet?

Pourquoi passe-t-elle à travers du cadre pour manipuler la statuette? Pourquoi frôle-t-elle du doigt le pot de fleurs vide?

Pourquoi filmer en plongée ici et en contre-plongée là? Pourquoi filmer les personnages de dos ("de nuque", devrais-je dire)? Pourquoi tant de temps à filmer les activités près de la corbeille à la bourse de Rome? Pourquoi filmer si longuement les ailes de l'avion? Pourquoi filmer l'intégralité de l'atterrissage? Pourquoi la scène de danse africaine?

Pourquoi la kenyane raciste? Pourquoi nous fourguer ce dépliant touristique du Kenya? Pourquoi la scène finale? Pourquoi insister aussi longtemps sur des plans dont je ne comprends pas l'intérêt? Et il n'y a rien de pire qu'un film élégant qu'on ne comprend pas, on ne peut s'empêcher de se sentir imbécile. Difficile alors d'aimer un film qui vous fait vou sentir aussi humilié.
Ce qui est le plus bizarre, c'est que je ne suis pas toujours amené à ressentir une frustration à ne pas comprendre un film. Mais avec les Antonioni, ça ne rate pas.

Alors bien entendu qu'on voit bien dans ce film que l'on a voulu montrer dabord la rupture d'un couple infoutu de communiquer, puis le constraste entre le monde rempli de bruits et de tragédies autour de l'argent roi dans une bourse folle avec le monde du silence, de l'indécision dans lequel Monica Vitti se cherche sans succès.
Après on voit bien le fossé entre cet être intérieur et perdu qu'est Vitti et celui plus matérialiste, pragmatique, animal, primaire de Delon.

On voit que malgré ce fossé, les deux être ont envie ou feignent l'envie d'être ensemble et n'y parviennent sans doute pas. Du moins est-ce ainsi que je lis la scène de leur séparation, les promesses, la descente des escaliers et la dernière scène, très longue, cette très longue palabre d'images sans rapport avec leur histoire se ce n'est ce bac plein d'eau près de l'immeuble en construction où ils se retrouvaient, bac qui s'est troué et se vide petit à petit de son eau dans le caniveau.
Bien sûr que c'est ici affaire de poésie et non de sens. Juste la forme pour laisser entrer des sensations chez le spectateur. Manque de bol, je n'y adhère pas. Voilà, je me suis prodigieusement emmerdé. Et j'ai promis à ma femme de divorcer si elle osait encore me ramener de la médiathèque une notte ou une aventura de ce genre.. Je pense qu'il me faudra longtemps avant de retenter Antonioni. J'ai ma dose.

Les ventres


2009
Cinéaste: Philippe Grammaticopoulos
Je ne sais si c'est le fait de l'avoir vu sur Arte HD, mais j'ai réellement été charmé par le style très particulier du dessin, étrange mélange de 2D et 3D ou faux numérique. Surtout sur les scènes sombres (comme dans la coquille d'escargot par exemple), les traits hachurés, grossiers, avec cette caractéristique de dessin traditionnel, presque bédé, ressortent beaucoup plus et tranchent avec le veloûté des volumes, la fluidité des mouvements. Très joli et très étrange.

Le propos d'apparence abscons est finalement très lisible malgré une histoire à tiroirs, fanfaisiste et comme onirique qui dénonce les dangers de la sur-consommation ou de la standardisation de nos cultures alimentaires. Du moins est-ce ainsi que je l'ai vu. D'autres pourront certainement y déceler bien d'autres interrogations. Un petit film riche.

Ice Age: Dawn of the Dinosaurs


alias : L'âge de glace 3 - Le temps des dinosaures
alias : L'ère de glace - L'aube des dinosaures
Cinéastes: Carlos Saldanha - Mike Thurmeier
Mon premier film en 3D sans les affreuses lunettes bleu-rouge en papier qui ne fonctionnaient pas. Là, c'est le grand jeu, avec les nouvvelles lunettes. Avec les miennes de vue, je craignais un peu ce nouveau système et force est de dire que cela donne un résultat assez épatant. sur les décalages entre premier plan et plans secondaires ou/et arrière-plans ainsi que sur l'excellente scène des bulles qui est pour le moins bluffante. Des sensations très agréables et surprenantes, pendant lesquelles l'immersion dans le film est très efficiente. Par contre, il m'a semblé que le dessin en général, dans les mouvements plus particulièrement, perd en netteté tout de même. Voilà donc pour les considérations sensitives du bleu-bite de la 3D que je suis.

J'ai beaucoup aimé ce film, bien plus que le premier et le deuxième. Le deuxième à vrai dire, c'est tout juste si je m'en souviens. Avec ce troisième opus, j'ai beaucoup appécié de retrouver les personnages mais également de découvrir la structure du récit, cette espèce de périple à travers une diversité de mondes et de paysages. Surtout le personnage de Buck apporte une réjouissante et douce folie ; il rafraichit la dynamique et l'interaction des personnages.
La maitrise rythmique de l'action et des temps morts assure au spectateur le confort d'un spectacle ébouriffant sans être trop long, ni trop asphyxiant. On en sort ravi, ni endormi, ni essoufflé. Bel équilibre dans le tempo.

vendredi 3 juillet 2009

Gendai sei hanzai zekkyo hen: riyu naki boko


1969
alias : Violence without a cause
alias : Viol sans raison
Cinéaste: Kôji Wakamatsu
Comédiens: Yuko Ejima - Toshitaka Sakabe
Encore un drame social de Wakamatsu qui décortique ici les divers éléments amenant une bande de jeunes oisifs, cyniques et paumés à un certain nihilisme criminel.

Ce sont trois gamins qui sortent de l'adolescence avec peine, dans un état de frustration généralisée. Les frustrations sociale (classe inférieure) et familiale (ils se disent eux-même issus de capotes trouées, des accidents de parcours) vont se confondre et se focaliser sur leur frustration sexuelle, de celle qui esquinte ceux qui ne s'aiment pas. Que ce soit dos au mur ou face à la mer, leur avenir est plus que sombre.

Toutes leurs démarches sont vouées à l'échec. Alors ils prennent de force. Quand une jeune fille

veut bien se donner à eux, dans la plus grande simplicité et innocence (c'est à voir mais eux le croient un temps), il se trouve qu'elle appartient à un gang de yakusas qui les rouent de coups avant de les rançonner. Le subreptice rêve de vivre une sexualité épanouie, partagée et sereine s'effondre.

Il va sans dire que l'érotisme qu'on accolle instantanément à Wakamastu est encore une fois réduit à sa portion congrue. Certes, la première scène de viol laisse apparaitre du téton mais pour le reste du film,


on est bien dans le film noir, très noir et pas du tout dans le genre érotique. Faudrait arrêter d'évoquer l'érotisme à tout bout de champ quand on parle de Wakamastu, c'est relativement fatigant et malhonnête et pourrait détourner le regard de certains spectateurs dédaigneux du genre érotique alors qu'on a là un cinéma intéressant, violent, volontiers grossier et provocateur dans sa démarche parfois éléphantesque mais dont l'agressivité et la vigueur ne sont pas sans charme. De plus, Wakamastu n'est pas avare en beaux et maitrisés cadrages, quelques scènes ici encore sont particulièrement bien pensées et construites.

Le jeu des comédiens est excellent. C'est peut-être même ce qui m'a semblé le plus intéressant finalement et c'est avec une certaine frustration que j'ai cherché en vain (mais il est vrai rapidement) à retrouver une trace sur le net. Il faudra que j'y mette plus d'efforts et de temps, ils en vaillent la peine. Ils sont très étonnants. Il n'y a que le chef de gang que j'avais déjà vu dans "Saison de la terreur", en policier espion mais que dont je ne connais pas encore le nom.

Le grand blond avec une chaussure noire


1972
Cinéaste: Yves Robert
Comédiens: Bernard Blier - Pierre Richard - Mireille Darc - Jean Rochefort - Colette Castel - Jean Obé - Robert Castel - Jean Saudray - Roger Caccia - Maurice Barrier - Robert Dalban - Paul Le Person - Jean Carmet - Yves Robert
Ce grand blond est une bonne comédie mais pas un grand film. C'est un peu schématiquement ce que je ressens à la fin du film. Essayons de creuser un peu.

Une bonne comédie, pourquoi? Essentiellement le rythme du scénario, une musique des mots et des situations qui tombent pile à l'heure. Avec Veber aux dialogues, il n'y a pas beaucoup de place au mystère sur le pourquoi du comment. Francis Veber est un maître en France de la mélodie comique du dialogue. En plus, Yves Robert y associe sa propre musicalité, avec une mise en scène faite de contrastes entre les gesticulations burlesques de Pierre Richard et la lenteur des espions tueurs (lenteur elle même jouant sur l'opposition entre tension et flegme). Le grand blond est un show-man, un spectacle à lui tout seul et les espions deviennent les spectateurs ahuris ("merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond...") et perdus dans ce "piège à cons". Le film livre un combat entre l'humain (Richard, Darc, Le Person) et le cynisme (Rochefort, Blier)

Sur ce point, la galerie de personnages est parée avec un casting aux petits oignons, des rôles principaux jusqu'aux tertiaires.

J'aurais cependant un petit bémol à émettre concernant Pierre Richard dont la clownerie physique me déplait un tantinet. Si elle ne m'irrite pas complètement, elle me laisse largement indifférent. J'aime par contre ses scènes plus calmes, en petit prince de l'étonnement, je le trouve beaucoup plus performant dans l'émotion enfantine que dans le burlesque en somme.

Je crois que de toutes les confrontations celle qui met aux prises Rochefort et Blier est la plus succulente, dans les non-dits, les allusions perfides, les suggestions fielleuses et une faux-culerie gratte-ciel. Celle qui oppose graduellement Le Person à son supérieur hiérarchique Rochefort n'est pas mal non plus. Le Person trouve là un de ses meilleurs roles (avec celui d'Alexandre le bienheureux, déjà d'Yves Robert).

Pour en finir sur le casting, ce grand blond offre un beau trombi du cinéma français des années 70. Un régal typique.

Alors pourquoi pas un bon film? Parce que de mon point de vue, effectivement, il tourne en rond, il tourne en rond et que finalement les personnages principaux n'accèdent pas à quelque chose qui les dépasse, qu'on attend et qui ne vient jamais. Certains personnages me paraissent un peu creux finalement, Mireille Darc par exemple.

C'est juste une belle musique, un bon rythme, mais j'ai du mal à percevoir une finalité autre que celle de faire rire.

Oups, j'allais oublier de saluer la merveilleuse musique que l'on peut même qualifier sans sourciller de "géniale" de Vladimir Cosma. Quel sot que je suis!

Trombi:
Les mains et la trogne de Gérard Majax

Jean Saudray et Maurice Barrier

Un grand rôle pour Jean Carmet

Le couple Castel, Robert d'abord et Colette

Arlette Balkis et Roger Caccia dans un rôle plus "grave" que celui du pianiste dans Le grand restaurant

Dans la série apparition, Bernard Charlan

Dans la même série, une autre trogne récurrente, celle de Marcel Gassouk

Un très beau et important rôle pour Jean Obé, accompagné à gauche par Jean-Michel Molé et sa tête d'oeuf

Une petite participation de Robert Dalban

Et puis on travaille ici en famille avec Yves Robert lui même,
beau-père dans la vraie vie de Xavier Gélin

Casanova '70


1965
Cinéaste: Mario Monicelli
Comédiens: Marcello Mastroianni - Virna Lisi - Michèle Mercier - Marisa Mell - Enrico Maria Salerno - Beba Loncar - Moira Orfei - Margaret Lee - Jolanda Modio - Liana Orfei - Marco Ferreri - Bernard Blier
Que voilà un évènement personnel aussi inédit qu'extraordinaire : un Monicelli qui m'a laissé globalement indifférent. Devant la machine à écrire se trouvent pourtant une belle bande de fameux scénaristes, dont Monicelli bien entendu mais aussi Age Crocci ou Furio Scarpelli par exemple, habitués à gravir les sommets de la comédie italienne. Mystère, le soufflé n'a jamais l'idée de monter un petit peu.

On découvre un personnage joué par Mastroianni qui dans un premier temps se croit impuissant, incapable d'éprouver le moindre frisson à l'heure de "conclure" face à ses conquêtes féminines. L'excitation ne dure que le temps de la séduction. Après avoir rencontré un Enrico Maria Salerno en excentrique psychiatre,

il réalise qu'il n'est capable de désir qu'en état d'alerte face à un danger. Il ne peut faire l'amour que sous une avalanche d'adrénaline. Aussi suivent une succession de petites histoires où le bonhomme profite d'autant de périls plus ou moins intenses. Mais en ce qui me concerne, la température et le rythme des battements du coeur ne s'élèvent guère.

Alors je me contente d'admirer la plastique des comédiennes, superbes, évidemment, italiennes. Heureux les érotomanes devant ce film, un vrai défilé de magnifiques et racées donzelles! On peut également s'amuser de l'apparition de Bernard Blier, doublé.

Et plus encore du rôle assez important de Marco Ferreri,

une sorte de curiosité en somme à ne pas manquer. J'ai surtout apprécié le délirant procès avec l'exubérance des avocats, l'espèce de capharnaüm général que les différents personnages provoquent mais malheureusement cet instant pétaradant arrive bien tardivement et reste de courte durée.
Et puis peut-être aussi cette petite promenade, antiquo-romantique dans un marais aussi étrange que mystérieux, une petite Venise en voie de disparition.


Bella Trombi:
D'abord, une sublime Marisa Mell qui n'est pas sans évoquer Daphné Roulier non? si? hein?


Ensuite, la toujours très fine Virna Lisi :

Une Angélique Michèle Mercier

La très attirante Jolanda Modio

Jolie mais froide Seyna Seyn

Beba Loncar qu'on voit trop peu et trop mal, quelle beauté cette fille!

Les soeurs Orfei, Moira d'abord, puis Liana


Très courte apparition de Rosemary Dexter

Et enfin Margaret Lee

Showa onnamichi: Rashomon


alias : Naked Rashomon
1972
Cinéaste: Chusei Sone
Comédiens: Hideaki Esumi - Hitomi Kozue
C'est, je crois, la première fois que je vois un film érotique censuré par l'insert de "caches". Le cinéaste ne recule devant aucun procédé, du plus subtil au plus grossier.


Ce qui est le plus étrange c'est que je reste persuadé que ces caches n'étaient nullement nécessaires mais qu'ils ont été inclus pour donner une teinte soufrée à un film qui en manquait. Bref, je ne suis pas loin de penser que l'on se fout de la gueule du spectateur. Mais je suis prêt à entendre que c'est là un de ces aspects culturels oritentaux qui échappent au bête ou/et inculte européen que je suis. Quoiqu'il en soit, cette méthode m'a fait sortit du film à chaque fois. Pénible.


De plus, l'histoire en elle meêm ne m'a pas grandement interessé, ce qui a rendu le visionnage pour une large part difficile. Heureusement, j'ai pu apprécié le duo d'acteurs. Lui, Hideaki Esumi,

mal maquillé en vieillard, est tout de même convaincant. Elle, Hitomi Kozue,

m'a également bien plu. Mais au final, ce que je retiens le plus, c'est une scène, assez courte, filmée de manière magistrale. C'est une scène de flagellation en suspension. Je m'empresse de souligner que ce n'est pas ce qui provoque mon émoi. Ca pourrait mais ce n'est pas cela, non, mais bien le montage serré, le cadrage en gros plan et mouvement, l'éclairage subtil, le tout accompagné d'un arrangement sonore que j'ai trouvé très vif, moderne, presque comme une scène d'action, de western ou de combat martial. Impressionnant. J'ai presqu'été émoustillé par cette scène tant elle est superbement filmée.



Ici et là quelques idées de caches ont retenu mon attention par leur intelligence, mais aussi par leur beauté. Parfois, aussi, pendant une seconde, un cadrage, une idée jaillit, c'est agréable, trop furtif, mais agréable. Ce Chusei Sone a du talent mais peut mieux faire. Malheureusement, ces jolies scènes sont trop rares. Dommage.


jeudi 2 juillet 2009

Columbo: Death Lends a Hand


Alias : Faux témoin
1971
Cinéaste
: Bernard L. Kowalski
Comédiens: Peter Falk - Robert Culp - Ray Milland - Brett Halsey - Pat Crowley
Un très bon Columbo, très riche, juteux, rassasiant.
Cet épisode n'est pas loin d'être parfait dans son genre. Je ne vois guère de grain de poussière dans la belle machinerie qu'on nous présente là.

L'histoire est très bien menée. Elle fait la part belle à un superbe confrontation. L'adversaire de Columbo est de belle stature. Sur le canevas habituel, il commence à éprouver un profond mépris pour la naïveté apparente de Columbo. Progressivement la condescendance laisse place à la colère, l'irritation, pour finalement tenter la flagornerie, en vain. D'ailleurs à ce propos, c'est, me semble-t-il, un des rares épisodes où le criminel essaie de corrompre le lieutenant. D'habitude, c'est plutôt à une entreprise de séduction (souvent avec les femmes) ou bien à un duel continu que l'on a droit.

Robert Culp en héritant d'un personnage aussi fourbe et calculateur entre dans la série (il y reviendra le bougre!) avec gourmandise et offre une performance somptueuse.

On note également la première apparition de Ray Milland (lui aussi reviendra dans The greenhouse jungle) en mari de la victime.

Décidément un épispode qui plait à tout le monde.

La réalisation s'essaie à quelques effets qui donnent une sorte de plus-value au téléfilm. Ca commence d'ailleurs tout de suite avec une entrée en matière superbe : des coups de feux dans le noir, avec un montage très vif, entre la cible, le revolver, les coups de feu et un personnage dans le noir.

Ensuite, l'épisode demeurera très souvent dans une sorte de pénombre, que ce soit les entrevues de Falk et Culp dans son bureau,

ou de Falk et le golfeur (Brett Halsey)

ou bien encore le dénouement dans le garage.

Ce parti pris ténébreux ajoute une esthétique "film noir" à l'intrigue. Et puis dans les innovations, on pense aussi bien évidemment au meurtre lui même, avec des ralentis et des inserts intéressants. Bien vu, bien foutu.


Bon scénario, bonne mise en scène, bons comédiens, que demande le peuple?

http://akas.imdb.com/title/tt0068397/