
alias :
Belles dames, vilains messieurs alias : Ces messieurs dames
1966
Cinéaste:
Pietro GermiComédiens:
Virna Lisi -
Franco Fabrizi -
Nora Ricci -
Olga Villi -
Gastone Moschin -
Alberto Lionello -
Beba Loncar -
Gigi Ballista- Moira Orfei - Quinto Parmeggiani - Patrizia Valturri
Signore e signiori est un film italien délicieusement écrit, multifacette, une vraie comédie italienne dans la lignée des Monstres, entre rires et larmes. Découpé en trois parties, il a toutes les allures d'un film à scketchs, mais trompe son spectateur car les mêmes personnages sont au centre des ces trois différentes histoires. En faisant simple, je dirais qu'il s'agit de la vie tragi-comique d'un groupe d'amis... de connaissances plus ou moins intimes dans un gros bourg italien (le tournage a eu lieu à Trévise). Il y est question de coucheries, de jalousies, d'idylles, d'amour, d'adultère, de prostitution, de religion et de corruption, bref un grand méli-mélo d'engagements et forfaitures en tout genre mais très humains.
La première histoire se tourne de manière résolue et appliquée vers le comique adultérin et léger mais néanmoins s'avère être un petit bijou d'écriture et de mise en scène. Le scénario présente cette foule de personnages et leurs interactions avec un brio réjouissant. Ils sont vraiment nombreux, il y aurait de quoi s'y perdre. La caméra de Germi reste toujours très proche de ses personnages qui s'agitent devant elle. La direction est sans génie mais cependant d'une efficacité et d'une élégance en tout point remarquables. Très belle fluidité. Malgré l'hystérie de certains personnages, jamais l'action ne faiblit grâce à un montage au diapason des dialogues savoureux. Quand on sait que Furio Scarpelli est aux manettes, on comprend mieux la qualité et la maitrise comique noire du récit.

Le deuxième scketch est longtemps en trompe l'oeil une comédie romantique pour finir en une course perdue et ô combien cruelle. Cette histoire tout comme la troisième d'ailleurs, sont beaucoup plus satiriques que la première. Les scénaristes s'attaquent aux aspects cloisonnés -mortifères même- de la société italienne d'alors, les carcans conjugaux, religieux, financiers et moraux qui sont montrés du doigt avec force corrosion. Gastone Moschin

et Virna Lisi,


les deux principaux personnages sont deux amoureux, en proie à l'implacable pression sociale. Moschin ne porte pas la culotte dans son ménage, c'est le moins qu'on puisse dire, sa femme, Nora Ricci,

le traite comme un chien. Il ne doit le salut de son esprit qu'à une paire de boules Quiès qui l'isole du flot continu de sarcasmes, reproches et insultes que son épouse déverse sur lui. Ce petit homme va se découvrir des ailes en tombant amoureux d'une petite buraliste, Virna Lisi. Leurs amours adultérines, personne ne les accepte, ni l'épouse, ni leurs patrons, ni les copains, ni la la mère, ni la logeuse, encore moins l'Eglise et la police. C'est donc à cette pression puritaine que l'on doit un final bien amer.

Le troisième et dernier scketch, d'un cynisme consommé, est peut-être encore plus tragique. La causticité du scénario reste drôle. Il rappelle en cela le tordant "Les monstres" ou bien encore "Affreux sales et méchants". Tous les hommes du village se repassent une jeune fille, qui se prostitue gentillement, naturellement, en non-officielle, pour une paire de chaussures ici, une robe par là ou quelques billets.Jusqu'au jour où son père s'en aperçoit et pousse sa fille à porter plainte ; la belle n'a que 16 ans. Là encore, toute la société se met en branle pour échapper au scandale : pression sur le journaliste du canard local L'indépendance, le bien nommé -les scènes des différents coups de fil au journaliste sont irrésistibles- et corruption du père qui nous vaut une rencontre sexplosive entre lui et l'une des épouses, la notable cul-serré catholique Olga Villi, scène encore plus mémorable.

Dans une sorte d'épilogue, toute ce petit monde se retrouve sur la place principale du bourg, les visages souriants mais les regards se croisent laissant apparaitre d'autres relations non dévoilées, d'autres désirs étouffés mais prêts à éclore, d'autres secrets intimes, suggérant que le retour à l'ordre final n'est que façade, un artifice d'une hypocrisie sans borne. Infiniment cruel.
En tout cas, ce film est une belle et heureuse surprise, un film que je reverrai avec grand plaisir. La plastique du casting féminin vaut à lui seul le coup d'oeil. Parmi elles, Virna Lisi ajoute à son très joli minois, un tout aussi magnifique jeu de comédienne. Elle m'a cueilli, délicieusement, quand le curé vient la prendre en voiture à la sortie du commissariat, elle a un regard perdu, d'un trouble aussi profond que bluffant. Que d'émotion!


Olga Villi, je l'ai déjà écrit plus haut a une scène formidable.

Le combat à distance que se livrent la superbe Gia Sandri



et la sophistiquée Moira Orfei



-vous la verriez aujourd'hui... elle est tellement refaite et trafiquée qu'elle ne ressemble plus à un être humain- est un duel haletant de buonissimes italiennes. Quant à la blonde Bebe Loncar... hmmm....


La petite Valturri porte bien son nom.



C'est un festival mamma mia.
Chez les hommes, Gastone Moschin est pour moi une découverte sensationnelle. Je retiens la trogne comique de Lionello

et celle que j'appréciais déjà de Parmeggiano.

Gigi Ballista:

Franco Fabrizzi: