jeudi 30 avril 2009

La isla misteriosa


alias : L' île mystérieuse
alias : Jules Verne's Mysterious Island of Captain Nemo
1973
Cinéaste : Juan Antonio Bardem - Henri Colpi
Comédiens : Omar Sharif - Ambroise Bia - Jess Hahn - Philippe Nicaud - Gabriele Tinti - Rik Battaglia
Découvert à la télévision quand j'estois un petit d'homme, tout juste bon à m'écorcher les genoux et à me curer le nez à plein doigt, le film passait alors en épisodes. J'avais le souvenir de l'attente insoutenable entre les épisodes, la joie de retrouver ces personnages incarnés par des comédiens sympathiques. Certains d'entre eux avaient des têtes qui revenaient souvent sur le petit écran, tels Jess Hann (le pote de Bébel dans Cartouche), Philippe Nicaud (le dragueur de Mireille Darc dans Pouic Pouic, mort il y a quelques jours, c'est d'ailleurs sa nécro qui m'a incité à revoir ce film), Gabriele Tinti (le bellâtre de La folie des grandeurs)

et Omar Sharif (le ripoux grec du Casse, ben oui, quand j'étais môme le Dr Jivago, je m'en cognais gravement).

L'enfant qui sommeille en moi ne tarde jamais à ramener sa fraise, tagada notamment. J'avais envie de ré-entendre la voix de Philippe Nicaud, de retrouver sa bouille à dandy, ses allures de Cary Grant franchouillard (c'est raté pour l'occase, la robinsonnade lui collant le menton poilu), son élégance, son regard volontiers narquois.

De même que j'avais hâte de réentendre le tonnerre qui sert de voix à Jess Hann, avec son incroyable accent américain dont il ne se déparera jamais.

Pour ces deux là, la vision de l'île mystérieuse est déjà un grand plaisir qui se renouvelle aujourd'hui sans faiblesse aucune, nickel!

Et puis, je me suis rappellé le même plaisir dépaysant et exotique que la version américaine d'Endfield apporte également d'une autre manière cependant. Chez Endfield, les monstres d'Harryhausen et les peintures jouaient sur les effets visuels. Ici, c'est un tableau plus proche de Verne, les descriptions naturalistes, une invitation au voyage plus réaliste, proche des véritables paysages volcaniques, de jungle et des bords de mer ravagés par le fracas des vagues sur les récifs saillants.

Je me souviens surtout de ce que l'adjectif "mystérieux" évoque. Bien nommée cette île cachait le secret de Nemo et longtemps le jeune enfant que j'estois cherchait une explication sur ces gens bizarres, leurs accoutrements excentriques. Leurs antennes à visage métallique avaient de quoi faire peur et rêver à la fois le marmot.

Et aujourd'hui, avec un sourire en plus, une pincée de nostalgie, mon regard sur ce film est plein de remerciements.

Un film chaleureux, doux, exotique, plein d'aventures, de mystères et de pirates, parfait pour les mômes.

Gérard Tichy :

Ambroise Bia :

Rafael Bardem Jr. :

Je vais bien, ne t'en fais pas


2006
Cinéaste : Philippe Lioret
Comédiens : Kad Merad - Mélanie Laurent - Isabelle Renauld - Julien Boisselier - Aïssa Maïga
Ce n'est simpltement pas ma tasse de thé. Cette histoire n'a jamais suscité en moi quelque chose d'émouvant, ni d'intéressant. J'ai suivi tout cela gentiment. Et à la fin, je ne suis posé pas mal de questions sur la volonté du romancier et du scénariste-réalisateur. Que nous raconte-t-on? S'agit-il de faire chialer dans les chaumières? Ou bien de faire la démonstration, une fois de plus, que les non-dits au sein d'une famille ont des effets bien plus destructeurs que ceux que le mensonge est censé écarter? J'ai fini par considérer le film sur cette dernière proposition. On voit bien comment la famille, quand elle est construite sur des modes communicatifs proches du néant, produit des conflits dévastateurs et empêche les individus de s'épanouir en acceptant la mort, le silence, l'absence, le réel et sa cruauté. Comme le dit un personnage : "Vous êtes fous". Oui, cette famille est particulièrement timbrée et Lioret nous le fait découvrir la plupart du temps avec lenteur, dans une sorte de traitement naturaliste efficace et maîtrisé, mais parfois également avec de grosses ficelles. Certaines scènes sont gênantes, mal écrites. Je songe là notamment à cette scène climax dans la cuisine, mal jouée, mal écrite, jonchée de comportements et d'acting clichés. Je pense aussi à la manière dont est décrit le milieu psychiatrique, son incommunicabilité érigée en dogme médical, la violence sourde, l'omnipotence du personnel et de la prise en charge. Ou bien encore le portrait encore plus grotesque du directeur du Shopy, à force de souligner à gros traits sa beaufitude, son racisme et son inculture, l'on finit par ne plus y croire. C'est beaucoup trop gras. Tâche. Encore cliché. Dommage.
Une grande première partie du film offre une mise en scène parcimonieuse dans ses effets. Très sobre, sans être austère pour autant, elle est tenue avec pudeur et sensibilité. L'histoire d'amour est bien écrite.

Les acteurs d'ailleurs sont dans l'ensemble convaincants. Je ne connaissais pas Mélanie Laurent, je l'ai trouvée très simple et juste. Julien Boisselier confirme tout le bien que je pensais de lui. Sobre, délicat. Kad Merad lui, m'a déçu. Je crois que c'est le seul rôle dramatique marquant que lui vois endosser et je n'y ai pas beaucoup cru. Quelque chose dans la voix m'a fait butter. Je n'y arrive pas.

Après avoir vu ce film, je comprends le fait que certains aient été plus sensibles à noter des effets de manche dans la mise en scène de Welcome. Dans ce Je vais bien..., ils sont quand même assez nombreux et énormes pour que je devienne plus circonspect dorénavant à l'égard de la mise en scène de Lioret.

A noter l'apparition trop courte d'Aïssa Maïga, magnifique et très talentueuse comédienne.

mercredi 29 avril 2009

La grande sauterelle


1967
Cinéaste : Georges Lautner
Comédiens : Hardy Krüger - Maurice Biraud - Mireille Darc - Georges Géret - Venantino Venantini - Francis Blanche
Ca faisait belle lurette que je n'avais pas vu un film de Lautner. Et c'est à ma compagne que je dois cette redécouverte. Délicate attention de sa part, je te fais un smack baveux, mon amour.

Malheureusement, le plaisir n'est pas très intense. Je parle du film, pas du smack voyons! La grande sauterelle est un film charmant, mais plombé par un scénario trop frêle et une mise en scène et en image somme toute ordinaire malgré tous les efforts entrepris par Lautner pour donner à son film des airs de modernité et de jeunesse. Comme dans Ne nous fachons pas, mais sans la même réussite, Lautner saupoudre son récit de scènes musicales, pop-rock, présentant la jeunesse de l'époque dans ses flasques occupations, à fumer, danser, flirtouiller, boire, roupiller, bref les incontournables poncifs sur l'activité hippie, selon la vieille garde. Dans Ne nous fachons pas, la décoration sonore et visuelle donnait un décalage brillant et allumé, ici ça n'a pas du tout le même impact.

Peut-être parce que Mireille Darc se trouve entre deux mondes, celui des hippies et celui d'Audiard et Lautner. Je ne sais pas. C'est difficile d'analyser cela. D'autant que le personnage de la grande sauterelle n'est pas dénué de charme. Non, non, pas sexuel, ce n'est pas du tout mon type de femme. Ca me donne l'occasion d'évoquer une actrice sans faire appel à son appeal, sans laisser parler mes ébullitions internes. C'est plutôt ce secret mélange qu'elle distille doucement sur certains plans entre la femme assumée, libre, moderne, forte et belle et puis, celle qui arbore un joli sourire, des regards timides, ceux de la femme enfant, avec ses tâches de rousseur plein la frimousse, une femme fragile. Cette dualité est éminement sympathique et l'on est comme déçu par le manque de passion qu'y met Krüger pour poser le genou devant cette jolie femme. Krüger est très bien en officier allemand, la mâchoire serrée et le regard glacé, mais en latin lover, il y a comme un défaut.

Son sourire est enfantin, manquant de virilité et de charisme. Il ne se fond pas facilement dans le décor de ce Baalbeck, dans ce Liban ensoleillé et aride, dans cette histoire d'amour balbutiante. Le duo Darc-Krüger ne fonctionne pas. Lautner s'échine à nous les présenter sous toutes les coutures, dans de jolies séquences, dans des cadrages recherchés, en vain car la magie n'opère pas sérieusement. De beaux paysages, de beaux plans, de beaux acteurs ne font pas un beau film. Point d'alchimie.

Quelques scènes font saliver mais ne vont pas jusqu'au bout. Celle de l'introduction par exemple, du Audiard tout craché, est une belle promesse. "Tu veux que j'te dise : t'es con, non, tiens même pas, t'es bête. Ca se trouve t'as pas de cerveau!" Ca croustille. Même dans la bouche de George Géret, avec son débit un peu trainard pour le texte d'Audiard. Mais sur la longueur, ça ne tient pas la route. On aurait pu par exemple imaginer bien plus excitant que ces quelques envolées lyriques, trop courtes, mal disposées dans le récit, de Francis Blanche en vieux négociant nostalgique. Envolées décevantes poru tout dire. La nostalgie chez Audiard, c'est quand même quelque chose de magique. Je repense aussitôt à la fièvre verbeuse de Guiomar dans L'incorrigible ou le regard perdu de Blier et Ventura dans la scène de la cuisine à l'évocation de l'Indochine.

Je ne néglige pas cependant le toujours agréable moment passé en compagnie des comédiens du cinéma français qui ont forgé ma cinéphagie juvénile : Georges Géret,

Venantino Venantini,

Maurice Biraud.

Finalement, cette grande sauterelle est un petit film, un peu plat, qui se laisse regarder sans grande palpitation, ni grand déplaisir.

lundi 27 avril 2009

I Mostri


alias : Les Monstres
alias : Opiate '67
1963
Cinéaste : Dino Risi
Comédiens : Michèle Mercier - Vittorio Gassman - Ugo Tognazzi - Lando Buzzanca - Rika Dialina - Marino Masé
Les monstres portent si bien leur titre, les deux comédiens portent littéralement tout le film sur les épaules. Par leur stature et leur capacité caméléone à incarner une fabuleuse galerie de connards, du machisme bête au cynisme méchant, Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi mènent leur entreprise à la perfection. Ils sont tout simplement bluffants d'aisance, irrésistibles. En dehors du dernier scketch, très noir, très amer, presque tragique (pourquoi presque?), les deux colosses font deux clowns d'une cruauté ahurissante.

Ils assistent ici un texte, un scénario, des dialogues d'une puissance hors du commun. L'humour y est très corrosif. La société humaine, et surtout mâle il faut bien le reconnaître, en prend pour son grade, rabaissée à ses plus vils penchants : égocentrisme, lacheté, corruption, ineptie, bêtise. L'armée de scénaristes dans les rangs desquels on retrouve de sacrés loulous (permettez l'expression : Scola, Petri, Risi, Scarpelli, Maccari et Incrocci), les fines lames de la comédien italienne, s'en donne à coeur joie.
L'amalgame entre la jubilation des acteurs à cabotiner, à caricaturer, à caractériser à outrance ces vilains monstres et la liesse, l'empressement des scénaristes à mettre en bouche des dialogues savoureux et piquants, donne un portrait passionnant de la masculinité des années 60 d'abord mais sûrement universelle et intemporelle à y regarder de plus près, un grand bol d'air frais, un coup de poing magnifique, une satire sociale d'une rigueur extraordinaire, que dis-je, sire, une révolution!
Portrait moral ou tableau social, peu importe, ce film marque son époque et le cinéma, une telle maitrise de l'écrit, du jeu des acteurs ne laisse pas de m'ébaubir, merde! Quelle hargne, quel enthousiasme, quelle beauté, quel comique, quelle portée! Stupéfiant! J'adule!

En plus, quel plaisir des yeux quand Michèle Mercier entre dans la danse:


ou bien la somptueuse Rika Dialina



Carnaval!:








dimanche 26 avril 2009

Cemento armato


alias : Vendetta romana
alias : Concrete Romance
2007
Cinéaste : Marco Martani
Comédiens : Thamisanqa Molepo - Giorgio Faletti - Carolina Crescentini - Nicolas Vaporidis
A voudrait faire un nouveau giallo mais a pas arrivé. Ou alors dans la lignée des mauvais, de ces polars approximatifs dans le texte, qui privilégiaient l'expression de la violence et de la sexualité. Ce "Cemento Armato" (béton armé) oublie la sexualité et se concentre sur la violence. Le focus est trop puissant, le film en oublie le sens de la mesure et donc la crédibilité du propos. C'est beaucoup trop improbable pour foutre vraiment les jetons. Pour que le suspense et la tension se communiquent au spectateur, il est nécessaire que les personnages soit sympathiques d'abord, ce qui n'est absolument pas le cas. Du reste, pendant un long moment, les bad-guys paraissent plus sympathiques que le héros principal.

Tout ce qui lui arrive, il en est totalement responsable. Par bêtise. J'ai rarement vu un personnage aussi ras du bulbe. Une tête à claques. Quant au méchant, il est plus une caricature qu'autre chose, la caricature du chef de mafia, tout aussi imbécile d'ailleurs. Là encore, on ne voit pas comment l'organisation criminelle qu'il gère peut se créer ou même survivre longtemps tant ses actes et ses décisions sont imprégnés d'excès et de négligence. Tant d'incompétence en matière criminelle est d'ores et déjà rédhibitoire pour la véracité du récit. Désolé. Bon, on ne va pas gloser plus encore sur la crétinerie des personnages, ce film est un tissu de bourdes, de choix pas très subtils, de courtes vues, de stratagèmes à deux lires.

Bref, difficile d'attacher un regard un tant soit peu motivé devant un scénario aussi balourd et faiblard. Les dialogues sont d'un même pauvre niveau, au mieux ordinaire. Le scénariste, fan de Tarantino de manière trop ostentatoire, s'essaie, sans âme, sans raison ni finesse, à mettre des conversations pseudo-cools dans la bouche des personnages pour décorer, des réflexions décalées, maintenant usuelles, comme posées sur la cheminée, pour faire joli et intelligent. Loupé.

Heureusement, le film fait découvrir des comédiens intéressants, qui jouent plutôt bien de leur physique. Des gueules de l'emploi. Et puis qui jouent assez juste. La jolie Carolina Crescentini

et le glaçant Giorgio Faletti.

M'enfin c'est trop peu pour sauver le film

Liliom


1930
Cinéaste : Frank Borzage
Comédiens : Charles Farrell - Rose Hobart - Estelle Taylor - Guinn 'Big Boy' Williams - Mildred Van Dorn
Deuxième Borzage et deuxième déception. Ce sont les risques du métier. A ne pas choisir les films, à se jeter tout de go, tout nu dans le vide du hasard, il arrive qu'on tombe sur le nez d'une mauvaise série.

Ce Liliom est un bien étrange objet. Le son vient de faire son apparition. Ou du moins a-on l'impression que les comédiens ne s'en sont pas encore totalement accommodés. J'ai rarement entendu parler aussi faux. Même Farrell, rôle principal, fait penser à un petit garçon qui récite son texte devant la maîtresse et les autres élèves. Mais le pire est dans l'élocution parfaitement factice de Mildred Van Dorn.

La mise en scène des comédiens est catastrophique. Il faut voir Farrell déambuler dans les ruelles les mains dans les poches, les coudes relevés, l'air d'un clown alors qu'il joue le fier-à-bras. Il faut voir les les gestes, les postures statiques pour comprendre l'espèce de pénibilité qui en rejaillit. Difficile de regarder sans sourire. De cette médiocrité, la petite Rose Hobart s'en sort plutôt bien que mal. Quelques phrases sonnent faux, on sent la lourdeur du dispositif scénique, on a dû lui dire de bien articuler et de forcer sur les articulations, mais de ci, de là, elle se laisse aller parfois à dire son texte de manière enfin naturelle.
Restent les jeux de regard où les acteurs parviennent à dire beaucoup avec un équilibre entre tempo et sens qui fait merveille. Je pense ici surtout à la scène du café quand Farrell et Hobart se mangent des yeux. Elle lui dit "je t'aime" avec uniquement la chaleur de son regard. C'est d'une beauté, mes aïeux! Petit instant de grâce dans un film de brute. Farrell joue bien le coup aussi. Il reste interdit en voyant dans son regard qu'il est en train de tomber amoureux. Scène somptueuse, magique, malheureusement, c'est bien la seule.




Mais à la décharge des acteurs, il faut constater qu'on a là un scénario particulièrement simplet. Entre mélo, film noir, fantastique et romantisme, le film navigue d'un genre à l'autre. Non sans heurt. L'histoire est abominablement quelconque, boursouflée de ses personnages et ses situations ordinaires, cent fois vus ou lus, où pathos et larmichettes à la guimauve se disputent la place avec force.

Heureusement l'esthétique du film m'a paru captivante, par sa naïveté et les contrastes entre les décors intérieurs plutôt austères et chiches et l'imaginative richesse des extérieurs. J'ose croire également que les créateurs ont pleinement assumé l'aspect carton-pâte de leurs décors que le tournage systématique en studio confère à tout le film. Cela donne à la mise en scène un habit charmant, assure une sorte de velouté à l'image que le dvd de la Fox met prodigieusement en lumière. Le travail d'édition est génial, d'une précision qui m'enchante. Vraiment dommange que le scénario ne me plaise pas, le dvd est incroyablement beau.


Mais décidément, je n'y arriverais jamais je le crains. Comment ne pas éclater de rire quand Hobart, mère, déclare à sa fille qu'être battue et rebattue par son grand amour d'homme ne fait pas mal, parce qu'on s'aime etc...? Je sais bien que c'est un discours symbolique, mais tout de même! Comment ne pas sourire, au moins, quand le personnage de Farrell, décédé, ayant obtenu une chance de se faire pardonner ses crimes en revenant sur terre faire une bonne action, rencontre sa fille qu'il n'a jamais vue et ne trouve rien de mieux que de lui mettre une beigne parce qu'elle refuse de le laisser entrer dans son jardin? Il y a des limites à la crédulité du spectateur, merde! J'ai du mal à croire que le public de 1930 était à ce point demeuré pour ne pas rire à ces incongruités scénaristiques.

Bon, Borzage, je réessaierai. Mais la prochaine fois, je dérogerai à mes promenades au clair du hasard et je choisirai en connaissance de cause un film plus maitrisé. Finis les pique et pique et colegram am stram gram.

Estelle Taylor et Guinn 'Big Boy' Williams

Un instrument de musique traditionnel hongrois? J'ai trouvé ses sonorités joliment utilisées lors de la fameuse scène du café.

vendredi 24 avril 2009

Young Man with a Horn


alias : La femme aux chimères
alias : Jeune fou à la trompette
1950
Cinéaste : Michael Curtiz
Comédiens : Doris Day - Lauren Bacall - Kirk Douglas - Hoagy Carmichael - Juano Hernandez - Louis Armstrong
L'affiche est appétissante, n'est-ce pas? La jeune Doris Day encore un peu gironde, la tout aussi jeune mais éternelle fine Lauren Bacall, le musculeux (j'attends avec impatience de voir un de ses films sans une scène topless) de Kirk Douglas, Carmichael toujours pianiste (il frappe le clavier dans le bar de Sam, in Casablanca) et puis surtout Maître Curtiz à la manoeuvre.

Et pourtant au final, le film se revèle décevant. La première heure décrit la lente ascension sociale sans trop de heurts d'un jeune trompettiste de jazz. Puis la descente aux enfers commence enfin à donner un peu de jus, un goût de gibier en quelque sorte, avec des scènes saignantes, des crocs dans la chair, mais que ce fut long pour en arriver là. Ensuite, la fin un brin expédiée redonne au spectateur l'arrière-goût d'une petite désillusion. Tout ça pour ça... Parce qu'en somme, que nous a montré le film? Un enfant esseulé trouve dans la musique une raison de vivre. Adulte, il passe à côté de sa vie sentimentale. Autiste, il gâche en grand partie son existence. Il oublie son mentor, loupe le vrai amour de sa vie et épouse le mauvais parti. Un looser ou un crétin sans adolescence et qui fait ses conneries à trente ans bien tassés. Pathétique et pas très intéressant. Sans grandes aspérités, paradoxalement.

Et pourtant ce n'est pas faute d'avoir une arme de prestation massive en la personne de cet hallucinant Kirk Douglas, capable de tout jouer avec un naturel sans faille. Il n'y a pas de mots je crois pour décrire la haute admiration que je lui voue, et ce de manière toujours croissante, au fur et à mesure que je découvre avec stupéfaction la richesse et la diversité des rôles qu'on lui a attribués, en même temps que la simplicité avec laquelle il les a endossés. "Hooo, il m'épate, il m'épate, il m'épate".
Il n'est pas besoin de voir ce film en particulier pour connaitre le doux cahot que provoquent la beauté froide et chaude, sucrée salée de Lauren Bacall, la profondeur de son regard, ce "look" si tendre et si braguette à la fois. Mais sur une scène, j'avoue que la finesse de son cou, la courbe de sa nuque dénudée m'ont saisi au col et baladé plusieurs secondes sur une planète inconnue. Quelle cambrure! Je suis sûr et certain que le collier n'a rien à voir avec ce soudain émoi. Non, il s'agit bien de son cou. Une envie folle d'y coller des smacks avaleurs m'a pris aux lèvres. Illico presto. Mamma mia!



Autres moments où l'on posera les yeux avec plaisir sur ce film : toutes les fois où Monsieur Curtiz (avec sa filmographie, on se doit de l'appeler Monsieur si Maître est déjà pris) s'est amusé à filmer ses ombres parlantes, ses jeux de miroir ou New-York et ses lumières de l'aube. Magnifique! Quelques plans ravissent l'oeil de l'aficionado photographique.



Rien que pour ses trois cadors, le film vaut d'être vécu. Dommage que l'histoire ne soit pas à la hauteur.

jeudi 23 avril 2009

Play It Again, Sam


alias : Tombe les filles et tais-toi!
alias : Aspirins for Three
1972
Cinéaste: Herbert Ross
Comédiens: Diane Keaton - Woody Allen - Tony Roberts - Jerry Lacy

Je ne sais quelles sont les parts de responsabilité du point de vue mise en scène et réalisation entre Ross et Allen. J'ai cru comprendre qu'Allen y avait pris une large part. Le film ne m'ayant pas donné le grand frisson, même comique, que j'attendais d'un "Woody Allen", je n'ai même pas envie de pousser plus loin l'investigation.

Je crois que ce qui m'a le plus déplu c'est l'interprétation de Woody Allen, son personnage jouant beaucoup trop sur le comique physique, celui du type tellement émotif qu'il en perd tout équilibre et naturel, son corps devient incontrôlable. Un gaffeur physique. Etant donné la structure du récit, le comique de répétition est de rigueur, ce qui me fatigue de plus en plus. Voir Allen jouer sur le burlesque de sa distraction m'a fatigué. De même que d'écouter Tony Roberts répéter son gag du téléphone pendant tout le film.

Heureusement Diane Keaton. Heureusement elle. Heureusement sa beauté... Est-elle jolie? Pas spécialement. Irradie-t-elle d'un charme indéfini, d'une féminité et d'une sensualité diffcile à traduire par les mots? Assurément!
C'est quand même une des rares femmes à pouvoir porter les costumes les plus excentriques, les pantalons les plus colorés, les chemisiers les sévères ou farfelus, tout en paraissant d'une radieuse lumière. Ses yeux sourient et emportent tout. Elle est comme un beau paysage, une belle plage, été comme hiver, sous un soleil rieur ou une pluie battante, est toujours belle et émouvante.
Diane Keaton est une belle plage émouvante, voilà. C'est officiel.

Ce qui frappe aussi dans ce film, c'est la prestation de cet acteur, Jerry Lacy, qui nous concocte une imitation de Bogart incroyable. Il prend magnifiquement sa silhouette, ses gestes, sa voix. Son travail est en tout point bluffant. Chapeau.

J'ai adoré ce plan, hommage aux cinéphiles, dont les yeux s'enflamment devant le spectacle et l'émerveillement enfiévré:

Killer Klowns from Outer Space


alias : Les clowns tueurs venus d'ailleurs
1988
Cinéaste: Stephen Chiodo
Comédiens: John Vernon - Grant Cramer - Suzanne Snyder - John Allen Nelson
Rigolo petit film qui pendant longtemps semble être un remake éhonté de The blob. Les ingrédients sont identiques. Le blob est remplacé par un gang de clowns aux têtes surdimensionnées et aux dents pourries.

On retrouve les ados crétins qui passent le temps à batifoler dans leurs voitures. On a la comète canada-dry, qui ressemble à une comète mais n'est pas une comète, mais bien un vaisseau spatial en forme de chapiteau. Ou bien encore le binome flicard, un sympa jeune blondinet et un aigri vieux con chauve (l'excellent John Vernon).

Encore le petit vieux et son clébard isolés dans leur trou perdu au fin fond de la campagne redneck, en premières victimes des aliens à nez rouge et pop corn tueur.

Bâti sur cet écheveau maintenant classique, le scénario des frères Chiodo privilégie l'humour potache à l'horreur, parodiant le genre, les films d'alien années 50-60, en ridiculisant leurs personnages récurrents, les situations éculées. Les clowns sont plutôt bien faits, quoique balourds et rigides dans leurs gestuelles. Mais en ce qui me concerne, cela ne m'a pas gêné, bien au contraire je pense que cela joue d'un certain charme, quelque chose de volontairement grotesque. Merde, qu'y a-t-il de plus grotesque qu'une caricature ou un clown? Et puis en dehors de cette folie et de cet humour décalé, le film laisse apparaitre de beaux efforts sur les décors et mêmes les effets spéciaux. Oh si, on est encore dans les années 80 et le résultat est plutôt honorable.

Je n'en dirais pas autant du jeu des acteurs. A part John Vernon que j'ai trouvé efficace, les acteurs sont très médiocres. Les deux bellâtres (Nelson et Cramer) sont même tellement mauvais que leurs prestations deviennent épiques, des sommets dignes des pires nanars. Sans aucun doute, cela vaut le coup d'oeil. Le cas Suzanne Snyder est un peu particulier.

Il se trouve en effet que la blondinette ne m'est pas inconnue. Fut un temps où cette jeune demoiselle avait suscité un bel émoi libidinal chez ma personne. Je parle d'un temps acnéique. Elle jouait une de ces gourgandines que convoitaient les deux nigauds dans Weird Science de John Hugues. Elle m'avait tapé dans l'oeil, voire plus bas. Par conséquent, à l'heure de revoir sa frimousse, vous comprendrez aisément que je sois un peu plus indulgent que raisonnable sur son jeu d'actrice. Souvenir, souvenir, quand tu nous tiens par la zigounette... Maintenant, le temps a passé et je me demande encore comment j'ai pu trouvé cette jeune femme si attirante. Mystère aussi hormonal qu'abyssal.

Welcome


2009
Cinéaste : Philippe Lioret
Comédiens : Vincent Lindon - Audrey Dana - Derya Ayverdi - Firat Ayverdi
La présentation médiatico-politique du film a éveillé mon attention. Le peu que j'ai entendu faisait croître en moi le sentiment que c'était un film important. Je n'avais aucun souvenir précis du seul film que j'avais vu de Lioret, Tombés du ciel. Sans doute était-ce dû au peu de plaisir qu'il m'avait procuré.
Passé le dérangement d'avant séance au Diagonal de Montpellier avec un long discours sur le film et son auteur, un peu spoileur sur les bords, et surtout très didactique et consensuel, discours délivré par un type du ciné-club local. Il n'y a rien de pire que d'entendre quelqu'un me dire ce que je dois voir et comprendre d'un film avant de l'avoir vu. Je ne lis les critiques qu'après avoir vu le film. Sans ça, je perds en fraicheur. Vive la juvénilité du regard et des sentiments devant un film! Bref, manque de bol on avait choisi la mauvaise séance, celle du ciné-club avec débat post-projection. Re-bref, passé ce sale moment, le film a enfin commencé. Et j'ai embarqué, si l'on puit dire en la circonstance. Et je n'ai pas vraiment décroché, si ce n'est sur la toute fin, le dernier quart d'heure qui ne me parait pas indispensable. Les plans de la mer agitée près des côtes anglaises auraient fait une belle fin. Sèche, brutale, mais plus forte je crois. Eloquente. Pas la peine d'en rajouter.

J'ai trouvé le propos du film, effectivement, frontal, politiquement et moralement mais dans un style pûr et d'une simplicité qui rend les interrogations auxquelles on ne manque pas de se livrer d'une puissance dévastatrice.
Certes, l'histoire use de l'artifice romantique pour faire jaillir l'émotion, d'où ensuite est tirée une réflexion plus générale. Cependant, ce parti pris n'est en rien incroyable, improbable. D'ailleurs, l'histoire d'amour décrite n'est au fond qu'un des éléments qui forgent la motivation du jeune clandestin pour traverser la Manche. Les derniers plans ne sont-ils pas dédiés à Manchester United, au football des riches, à l'eldorado moderne que représente la Premier League? Finalement, je trouve que le scénario fait très bien passer son caractère fictionnel pour dégager des questionnements majeurs, qui n'ont, eux, rien d'artificiel. Car tout le film pose la question de l'infecte criminalisation des sans papiers et des gens qui les hébergent ou leur viennent en aide quelconque. On atteint là dans notre société actuelle des degrés d'une insupportabilité qu'on ne pensait plus possible. Hé bien, si, on peut. Je n'irais pas jusqu'à comparer l'incomparable. Le discours qui ramène notre présent au passé vichiste confine à l'anachronisme tout aussi imbécile qu'immoral. Par contre rien n'empêche de souligner que le zèle des autorités administratives et politiques à entériner l'absurde est d'ores et déjà insupportable. On atteint des sommets d'abjection. C'est une réalité, des plus scandaleuses qui plus est. Par son degré de violence et d'acuité, cette réalité motive et justifie à elle seule l'objet fictionnel qui n'est là que pour rendre encore plus palpable l'interrogation citoyenne et individuelle sur un problème politique, collectif et éthique.

De même la présence au casting d'un comédien populaire comme Vincent Lindon participe à l'entreprise de vulgarisation de cette question du contrôle policier de l'immigration poussé dans ses outrances jusqu'au cynisme. C'est sans aucun doute une bonne idée qu'a eu là Lioret, confirmée par la qualité de prestation. Lindon remplit parfaitement son rôle, avec beaucoup de justesse et de tendresse. Il ne laisse jamais son personnage emporté par les vagues d'émotion, restant bien souvent en retrait dans son expression, tout en retenue et pudeur et comme ébahi par l'absurdité de la situation, l'inhumanité, la démission de l'humain, l'extraordinaire quotidien auquel il prend part. J'ai vraiment beaucoup aimé sa performance, en douceur, en petites touches intelligentes. Je ne sais trop à qui, de l'acteur ou du metteur en scène, l'on doit cette lente évolution du personnage, cette gradation, cette progression dans l'implication du personnage face au sort du jeune kurde, mais également face à la contradiction révoltante entre le bon sens humain et l'application d'une loi ignoble. Peu importe, c'est un travail créatif remarquablement réalisé. Bravo.

mercredi 22 avril 2009

The Queen


2006
Cinéaste : Stephen Frears
Comédiens : Helen Mirren - James Cromwell - Roger Allam - Alex Jennings - Michael Sheen
Je n'ai pas souvenir d'un mauvais Frears. Jamais été déçu par l'humour plus ou moins ouvertement distillé par ses films. Trop tributaire de ses scénaristes? Souvent ses scénarii sont choucards, finauds, bien écrits. Sur ce film, cela couine (oui, j'ose et alors?) un peu aux encoignures. On dirait que Morgan (scénariste) s'est contenté d'un historique sur l'évènement et a quasiment paraphrasé la presse (people ou non) sur une large partie de son film pour ensuite renverser la vapeur et sauvegarder la couronne. Je simplifie évidemment, mais je le sens comme ça. Le son de cloche final me parait un peu simpliste. Trouver des circonstances atténuantes à la reine, à son milieu est peut-être louable intellectuellement. Mais je n'arrive pas à trouver cela autrement que vain. Par contre ce qui est intelligent c'est qu'ils ne rendent pas pour autant responsable de cette situation un personnage ou une institution. Il n'y a pas la recherche d'un bouc-émissaire. C'est heureux. Morgan et Frears s'attachent bien plus à trouver une explication qui pourrait "excuser" la bêtise générale, l'entêtement de la famille royale et surtout son incapacité à communiquer.
A vrai dire, il faut que j'arrête de prendre des gants, ce qui m'a retenu c'est exclusivement le fait que j'en ai pas grand chose à foutre de la Reine, de Lady Di et du Royaume. Je trouve même l'assujetion britannique pathétique. En faire un film me remplit d'incrédulité d'abord et puis la curiosité fait le reste. J'espérais trouver quelques attraits universels, une réflexion philosophique, morale, politique, ou alors une émotion, en tout cas une originalité dans la réalisation. Manquate!

Les comédiens sont très biens. Helen Mirren et Michael Sheen sont même inattaquables, révélant aussi bien des talents d'imitation que de variation sur les expressions émotionnelles. Mais en vain, à titre personnel. Vraiment rien à faire, j'ai attendu la petite flamme, et puis le générique de fin est apparu.

Joshû ori


alias : Female Prisoner: Caged
alias : The Prison Heat
1983
Cinéaste : Masaru Konuma
Comédiens : Hitomi Yuri - Shigeru Muroi - Nami Matsukawa - Mina Asami
Un "roman porno", comme les appellent les japonais, qui m'a semblé mauvais de bout en bout, dans l'écriture comme dans la réalisation. Ce qui fait l'essence de ce genre en même temps que sa richesse, habituellement, c'est la force et l'évolution des personnages féminins. Or, ici, Mina Asami si elle profite indéniablement d'une fort jolie frimousse n'incarne pas un personnage très fouillé, si ce n'est au corps.

En fait de scénario, on a beaucoup plus l'impression désagréable de subir une accumulation hétéroclite (n'y voyez pas malice, s'il vous plait) de scènes de cul, plutôt mal filmées d'ailleurs, en milieu carcéral, pour profiter de la vague wip. Les thématiques de l'oppression sont ici limitées aux relations sexuelles. Le thème de l'évasion n'est qu'évoqué. S bien que circonscrit à ces scènes de cul, ce wip fait flop. Je ne peux même pas dire qu'il perd en intérêt : il est tout de suite emmerdant.

De plus la réalisation se contente de peu, de l'ordinaire, maniant les gros plans sans habileté. On a même droit à une mosaïque hideuse et injustifiée. Sans doute pour se donner des airs interdits.

A part Asumi en rebelle à moue boudeuse et Nami Matsukawa (je ne suis pas sûr que ce soit son nom) en gardienne au frais minois et au corps superbe, le casting n'est pas des plus florissants. Le jeu est souvent médiocre mais y a-t-il réellement matière pour les comédien(ne)s à proposer des interprétations distinguées? C'est une question que je me pose.

Certainement pas un roman porno important. Je ne veux pas y croire. Vivement que je remette du Tanaka devant les yeux. Ce Konuma me déçoit singulièrement.

Das Leben der Anderen


alias : La vie des autres
alias : The lives of others
2006
Cinéaste : Florian Henckel von Donnersmarck
Comédiens : Martina Gedeck - Ulrich Mühe - Sebastian Koch - Ulrich Tukur - Thomas Thieme
Superbe film qui, sans susciter chez moi un plaisir explicite habituel, transporte de bout en bout. Il n'y a pas de dialogues à savourer, ni une photographie à couper le souffle, non plus de mouvements de caméra qui impressionnent. Ce n'est donc pas du côté esthétique ou spirituel que l'on trouvera matière à prendre son pied. L'attrait du film se situe dans l'émoi, dans les tripes, essentiellement et dans la manière dont le film a été pensé, puis traduit en images. Comment?

D'abord, l'histoire est des plus bouleversantes, je ne m'apesantis pas trop là-dessus pour éviter de trop spoiler, mais en gros la fin déchirante vous tire facilement les larmes des yeux. Surtout cette histoire permet d'illustrer à merveille les mécanismes de déshumanisation d'une société opprimée par un système politique totalitaire, comment l'extrémisme idéologique au pouvoir contraint les hommes à se nier, à pervertir les relations humaines, à dégrader les êtres humains, leur ôter raison, jugement et valeurs. Toutes les perceptions sont dévaluées, dénaturées par la terreur que les autres, ces dangers potentiels, constituent. Tout le film montre bien comment tout est dévié, combien il est difficile, voire impossible de savoir qui l'on a en face de soi. La confiance en l'autre n'est plus. Tellement plus qu'on finit par ne plus avoir confiance en soi, à ne plus être sûr d'être assez fort pour affronter ce que le système s'évertue à cacher : la vérité. Toutes les énergies sont consommées par la hiérarchie. Les hommes, les femmes sont ingurgités par le système. Le scénario parle magnifiquement de cette sorte d'asphyxie, cette impossibilité du vrai. Etouffant.

Il n'y a guère que le ministre de la culture, noeud gordien du film, jamais tranché, qui ne soit touché par cette histoire qu'il provoque car il en a le pouvoir et le sentiment d'impunité qui va avec.

Encore que l'on pourrait me rétorquer que le plan où on le voit seul sur le bord de son lit et l'air hagard dévoile un instant de désolation, parcelle d'humanité. Sinon, tous les êtres sont perdants. Veuls ou braves, ils paient un lourd tribut à cette RDA stalinienne.

Pour raconter cette histoire, la scénario s'attache à bien décrire le lente absorption du couple dans l'engrenage politico-cynique. Dans le même temps, l'agent de la STASI, professionnel froid et débulbé, fait le trajet inverse, goûtant peu à peu à l'essence de vie, un monde qu'il ne soupçonnait pas, émouvant, au contact de ces intellectuels amoureux.

Mais tout autant que la précision et la subtilité du scénario, pour raconter fondamentalement cette histoire, il fallait une équipe de comédiens remarquables. Et fait extraordinaire, ils le sont, tous. Vraiment saisissants de justesse, de puissance, d'aisance dans les moments dramatiques comme dans les plus calmes. La mise en scène respire, les acteurs sont à l'aise et ne font pas de fausses notes. Fluides. Précis. Percutants.
J'ai peut-être quelques fois tiqué un chouïa sur le jeu de Martina Gedeck. Et encore... oui, peut-être sur quelques séquences, lors de l'interrogatoire, je ne l'ai pas aussi bien "sentie". Mais sur un de ses derniers plans, lors de l'échange de regards final, elle est d'une précision éblouissante. J'ai encore son regard en mémoire à l'heure de faire les captures du film, c'est la première que je vais chercher. Visage figé, expression fortissima. Tout est dit.


Ce n'est certes pas un film que je reverrais tous les quatre matins, pour le plaisir des yeux, mais cela restera une grosse émotion cinématographique. J'ai envie de dire merci. Merci.

samedi 18 avril 2009

In the Electric Mist


alias : Dans la brume électrique
2009
Cinéaste : Bertrand Tavernier
Comédiens : Tommy Lee Jones - John Goodman - Kelly Macdonald - Peter Sarsgaard - Mary Steenburgen - Ned Beatty - Justina Machado - James Gammon
Tavernier fait son noir dans le bayou américain. Petit plaisir enfantin que le spectateur digère très bien. En reprenant les codes, il ne réinvente pas le genre mais nous parle du sud, celui de Burke, de l'Amérique actuelle, toujours en lien avec son passé, hantée par ses fantômes, sa violence et ses hommes qui fuient, laches et cupides, et ceux qui cherchent à comprendre. C'est assez joli, comme un poème. L'intrigue, secondaire, sert de prétexte à présenter toute une galerie de personnages plus ou moins pittoresques.

Tommy Lee Jones joue Tommy Lee Jones. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il avait un peu cette tendance. Mais allez, on fait facilement ce reproche à tout un tas de monstres sacrés et si je m'en régale pour Gabin, pourquoi pas sur Tommy Lee Jones?
Le détective, bonhomme, paternel et généreux, n'hésite pas à donner quelques billets à deux filles paumées ou prête la main à un alcoolique Peter Sarsgaard. Mais c'est également sans hésitation qu'il manie le poing et la crosse de revolver pour atteindre ses objectifs. Son personnage d'une couenne épaisse cache mal ses propres penchants pour la bouteille. Son investissement dans le boulot dépasse largement le cadre professionnel et ce débordement n'est pas sans provoquer quelques répercussions sur le plan familial.
Comme la nature, à travers ces eaux-là, dans ces brumes-là, est magique, le détective tourmenté se laisse bientôt guider par des fantômes, par des prières ou le recueillement, ou par la quiétude d'une bonne pèche. Je ne sais pas pourquoi, j'ai trouvé l'enveloppe de ce personnage trop simple... une exigence quelque part un peu excessive sans doute. Je l'ai apprécié, c'est juste un léger bémol. Par exemple, on peut tout de même estimer que c'est presque le même personnage que Dans la vallée d'Elah, à peu de choses près. Et il me semble que celui de Tavernier est un petit peu moins fouillé et complexe. Avec une toute petite part de mystère en moins venant de lui même.
Tavernier a-t-il trop laissé libre court au comédien dans l'exécution de son personnage mais même du scénario? Pas sûr, mais je m'interroge cependant. Je pense par exemple que son apport est inestimable sur la scène de discussion sur la compréhension (avec la salamandre). De toute beauté. Lors de l'émission radio Projection privée, Tavernier me semble-t-il a raconté qu'on la devait entièrement à la poésie de Tommy Lee Jones. J'espère ne pas écrire une connerie. Bof, j'ai l'habitude.

On peut déplorer la brièveté des apparitions de Ned Beatty en cynique potentat local. J'aime beaucoup le dialogue entre lui et Jones à la fin : "Vous n'avez donc aucune pitié? - Non". C'est en effet toute la question de l'indulgence, de la pitié, de la bêtise, de la cupidité et du crime. Il y a là un rapport très violent, très brutal de ces éléments. Plus encore on déplore la maigreur du rôle de la toujours superbe Mary Steenburgen, au délicieux minois, à la voix de velours et dont la prestance rappelle celle des fées.
On profite pleinement des talents du sieur James Gammon, en géôlier raciste et plein de contradictions.
Plus encore j'ai énormément pris de plaisir à revoir Goodman (allez savoir pourquoi, je le croyais mort) dans son rôle de magouilleur rital, dégueu-dégoulinant cafard dont la personnalité laisse percevoir néanmoins des fêlures, des complexes, des frustrations. Grand acteur.

Autre point fort du film, la bande originale, tout en musique traditionnelle, cajun, blues est remarquablement aguichante. J'achète.
Voilà. Un bon polar qui nous balade dans un vieux sud hanté par ses démons du passé et qui n'en finit pas de se reconstruire.

Villa Amalia


2009
Cinéaste : Benoît Jacquot
Comédiens : Jean-Hugues Anglade - Isabelle Huppert - Xavier Beauvois - Maya Sansa - Peter Arens
Je suis dans le caca, dans la fange des indécis, des perplexes, des soumis au tango de l'incertitude, celle dans laquelle les baignent les films qu'ils ne savent pas décrire. Je suis infoutu de savoir ce que je ressens réellement après. Tout blanc. Je ne peux absolument pas dire que je n'ai pas aimé, ni que j'ai aimé ce film. C'est une situation embarrassante quand on a le culot imbécile de voulour coûte que coûte définir ses réactions, sensations, pensées, bref, l'impact que l'on subit sur tous les films. Avec cette villa amalia je suis vraiment dans la merde. Qu'est-ce que je pourrais retenir, qu'est-ce qui me restera plus tard quand je tâcherai de rassembler mes souvenirs?

Huppert. Oui. Sans aucun doute. Une Huppert qui vieillit bien. Avec des tâches sur les mains, des rides au visage, une vraie femme, une actrice pleinement consciente de son corps et de la réalité, pas une de ces fades personnalités prêtes à toutes les escroqueries et travestissements qui les transforment en travelos inexpressifs, à force de collagène et étirements inesthétiques. Bon, on ne va non plus réduire la présence de dame Huppert à son physique, à son courage féminin. Elle est également et même en premier lieu une actrice talentueuse (bonjour l'évidence), qui sait servir son rôle, lui donner à la fois une part de mystère et une puissance que la caméra de Jacquot apprivoise sagement. C'est plutôt bien joué et filmé. Il y a une réelle bonne entente entre le jeu de la comédienne et la courte distance que la caméra lui laisse. Beaucoup de gros plans scrutent le désarroi du personnage. Caméra et actrice vont bien ensemble.

D'un autre côté, j'avoue que j'ai eu énormément de mal, malgré tout ce que je viens de souligner, à me sentir pleinement atteint par le propos. Sur le papier, l'histoire d'une femme qui envoie balader tout le monde était pour le moins intrigante, même pourrait-on dire excitante. Or, j'ai été à deux yeux de m'emmerder par moments. J'ai été agressé avec force par la musique, ça c'est certain. Dans les aigus, dans la mélodie, dans l'éclat et la violence, je l'ai trouvée très vite irritante, insupportable. Mais ce n'est pas seulement à cette musique qu'échoit la responsabilité de ce demi ennui. Alors? Ben, peut-être que le rythme très lent et très bavard (je m'explique plus loin) est pour une très large part le plus responsable. Allons-y donc dans l'explication du rythme bavard : j'entendais par là que Jacquot insiste beaucoup trop dans la durée, comme dans l'insertion de scènes explicatives ou donnant des indices pouvant un peu expliquer les actes du personnage principal, son bouleversement. Ce n'est pas tant le fait qu'il cherche à nous renseigner, mais plutôt celui qu'il cherche à le faire en faisant trop durer ces plans. M'enfin, il aurait pu sans doute sans nous laisser l'ignorance, laisser un peu une part de non résolution.

Ajoutons à cela des plans sur les décors ou picturaux, très jolis. Ou pour être plus exact, qui auraient dû être très jolis mais sont chiés par une photographie mollasse, floue dans le mouvement. Par exemple, ce plan panoramique de la cité italienne n'a sans doute pas d'autre sens que de montrer que la beauté de l'endroit est une des raisons qui expliquent l'arrêt de la pérégrination, c'est ici qu'elle s'installe, car c'est beau, paisible, l'endroit idéal pour se reconsolider, pour refaire sa vie. Ok, mais à quoi bon, si le mouvement rend le village flou? C'est le personnage qui voit flou? Alors comment peut-elle s'énamourer de l'endroit? Et puis à la fin du film, le trouble du personnage est de beaucoup apaisé et le flou de la caméra ne se justifie plus.

Sinon, que dire de plus? Jean-Huges Anglade a un rôle qui ne me plaît pas. J'aime par ailleurs beaucoup ce comédien. Cependant il m'apparait ici de manière très factice. Je n'y crois pas une seconde. On dirait bien plutôt qu'il joue le rôle d'outil scénaristique, de personnage miroir qui permet de verbaliser un peu le désarroi d'Huppert. C'est un personnage un peu trop commode, qui manque de finesse, presque en décor, en carton-pâte, sur lequel Huppert se repose trop souvent.

Ah j'allais omettre un comédien qui sur une scène m'a scié le popotin. C'est Peter Arens, au moment où Huppert dans l'ascenseur lui caresse la joue, qui a alors une expression ahurie, le visage scotché, qui louche du côté de l'enfance. Scène saisissante, très belle. Je ne connaissais pas le bonhomme. Pour le coup, c'est moi qui suis scié et scotché.

Dans l'ensemble, je trouve quelques attraits au film qui n'empêchent pas quelques malaises parallèles laisser leurs empreintes. Un terme comme "moyen" semble ici parfaitement convenir.

Ginger


1971
Cinéaste : Don Schain
Comédiens : William Grannel - Calvin Culver - Duane Tucker - Cheri Caffaro
Plusieurs éléments de nanarisation s'amoncellent gentillement pendant le visionnage de ce film, mais ne m'ont pas garanti d'un ennui certain sur la dernière demi-heure, voire les derniers trois quarts d'heure. S'il m'en souvient bien, le film dure tout de même une heure et quarante minutes.

L'histoire est aussi banale qu'un épisode des Drôles de dames. Ici elle joue en solo. Cheri Caffaron, une platine, maigrichonne et so seventies sorte de Loana avec toison épaisse, marque de maillot, ballade sa carcasse dans une gestuelle très rigide, coincée, mal à l'aise.

Le jeu et la diction des acteurs sont un bonbon sucré à savourer sans retenue. Très drôle dans le tempo, les intonations exagérément outrées.

Très tôt dans le film, on découvre le summum du ridicule avec la belle détective qui, pour intégrer une bande de mauvaises graines adolescentes et droguées semant la zizanie dans un quartier huppé, se doit d'exécuter une danse torride dans une boite de nuit. Superbe assaisonnement de vulgarité épaisse. Sur une musique datée, qui swingue baby swingue, elle trémousse son corps de manière beaucoup trop spasmodique et cahotique pour réellement provoquer autre chose que le fou rire. Sérieux.
video

Il faut voir ses mimiques labiales, son air grave alors qu'elle entreprend cette lap-dance sur un Calvin Culver qui en fait lui aussi des tonnes à force de soupirer afin de nous faire croire qu'il est à une goutte de mouiller le pantalon. A mourir de rire. Rien que pour cette scène, je suis heureux d'avoir vu ce mauvais film, aux cadrages absolument aléatoires, à la prise du son tout aussi amatrice.

Il y a aussi une faiblarde et très mal photographiée scène de cat fight on the beach qui somme toute est assez rigolote.

Et puis peut-être aussi peut-on se mettre sous le cil la scène de torture mentale que Cheri Caffaro exerce sur Calvin Culver quand elle l'attache, appareil stouquettal apparent mesdames et messieurs, prêt à être châtré par un outillage artisanal fait de fil à couper le zob.

Dommage que le film perde en intérêt et se prenne de plus en plus au sérieux par ailleurs. Les autres scènes se contentent de coller au modèle catalogue du film érotique américain des années 70, on a même droit à la sempiternelle scène saphique ou la copulation du méchant noir avec la pauvre blanche, objet de sa mâle lubricité.

C'est gentiment médiocre.

mercredi 15 avril 2009

Kiss Kiss, Bang Bang


2005
Cinéaste : Shane Black
Comédiens : Robert Downey Jr. - Val Kilmer - Michelle Monaghan - Larry Miller
Etre en couple est un combat de tous les instants. Il faut savoir subir les bouffées de chaleurs érotiques de sa compagne. Et bien entendu, ça marche dans les deux sens. Dans tous les sens du terme évidemment. Mes yeux mouillés récemment par la vision d'une Gwyneth Paltrow descendant d'un bus de Wes Anderson sont sans doute aussi difficiles à supporter que... comment dire... les yeux tout aussi humides de ma blonde devant les gesticulations, grimaces et autres simagrées d'un Downey Jr allant sur ce film là, jusqu'à l'horripilant. Je précise que je peux apprécier le travail du monsieur par ailleurs mais quand il lui vient la possibilité de ne pas être tenu en laisse par un vrai metteur en scène, il court comme un chien fou, plonge dans l'eau et vient se secouer le poil puant sous votre nez. Infect.




M'enfin, il n'est pas le seul ici à jouer en roue (chute) libre. La petite Monagham que je ne connaissais pas ne me donne pas réellement envie de suivre sa filmographie, à force de contortionner ses traits, d'agiter les bras. C'est à celui qui fera le plus de vent. Un concours en somme. Je ne sais vraiment pas qui est le gagnant. Pas moi en tout cas.

Autre reproche à faire au film : des dialogues insipides, mal fagottés, écrits à la truelle.
Kilmer: Look up idiot in the dictionary. You know what you'll find?
Downey: A picture of me?
Kilmer: No! The definition of idiot. Which you fucking are!
Wouaf wouaf. A se pisser d'ennui.
Plus encore, le scénario manque sérieusement de lisibilité. Ses torsions approximatives, peu éclairées par les dialogues mitraillés et le rythme sans temps mort, ni respiration finissent de fatiguer l'intérêt. Les outrances du récit rappellent les plus mauvais James Bond version Brosnan. Downey, accroché au bras d'une macchabée dans un cercueil lui même accroché au parapet d'un pont, dégomme tout ce qui bouge sans problème.

Pour finir Shane Black s'amuse tout seul avec son scénario bédé et fait dérailler le film au sens propre comme au figuré.

Même pas drôle. Ou du moins je suis resté complètement imperméable à cet humour là. On sent trop bien qu'il lorgne sur les Rush Hour et autres Arme fatale mais ses buddies sont en panne de munitions et de cadres pour donner une note juste.

Quelques scènes pourtant sont drôles et sauvent un film qui sent finalement l'amateurisme. Encore un effort sur la mise en scène, un peu de maitrise sur les filtres et Black pourrait éventuellement faire un bon film. Sait-on jamais.

lundi 13 avril 2009

The Royal Tenenbaums


alias : La famille Tenenbaum
2001
Cinéaste : Wes Anderson
Comédiens : Anjelica Huston - Gwyneth Paltrow - Gene Hackman - Ben Stiller - Bill Murray - Luke Wilson - Owen Wilson - Danny Glover - Seymour Cassel
Troisième Anderson pour mézigue, après La vie aquatique et The darjeeling. Les thèmes privilégiés par le cinéaste apparaissent plus flagrants bien sûr, transparents. Les liens familiaux, la paternité, la fraternité sont une nouvelle fois au centre du film et des relations humaines décrites dans un tourbillon d'images, de couleurs et de poses plus ou moins farfelues, drôles ou émouvantes.
Je vais avoir du mal à aller au delà de ce résumé succinct. Collons au casting, voulez-vous, afin de m'offrir quelques pistes d'éclairages.

Ma donzelle l'exècre et pourtant je la trouve d'une sensualité rare : Gwyneth, qui n'a que pour seul défaut d'avoir un prénom francophonement ridicule, endosse ici le costume d'un personnage très introverti. Vous avez noté la foison de caractères qu'il y a dans les films d'Anderson? De très extra ou introvertis? Peu de place à l'équilibre. Toujours la part belle aux excentriques afin de servir une intrigue haute en couleurs. Plus les personnages sont pittoresques mieux c'est? Je suis en train de me demander si cette hypothèse n'est pas finalement complètement à charge contre le cinéaste, là, non? Revenons vite à Gwyneth qui réalise tout de même le bel exploit d'être magnifique (merci m'sieur Criterion) malgré la tonne de charbon autour des yeux et un personnage proche de la neurasthénie. Elle sourit une seule fois, sans doute uniquement dans les yeux de Luke Wilson, à la descente du bus. Hmmmm.




A regarder de plus près on ne peut pas dire que le cinéaste ménage des moments difficiles à jouer pour les comédiens (si, si, j'aime beaucoup ce film). Du moins pour les plus jeunes. Les deux Wilson, le Stiller, la Paltrow et même le Murray n'ont pas grand sommet à grimper, soyons honnêtes, merde! Ai-je dit que j'aime beaucoup ce film? Certaines scènes de Huston, de Glover et surtout d'Hackman sont autrement plus pentues. D'ailleurs a-t-on suffisamment dit et redit et reredit que Gene Hackman est un acteur immense? Il assure comme une bête encore une fois.




C'est finalement plus dans l'interaction des personnages qu'Anderson crée l'émotion directe, touchant au coeur plus qu'à la cervelle : l'aveu charmant d'Huston à Glover et la vague de bisous maladroits qu'ils se donnent, un tendre cadeau de mariage que ce difficile aveu, tendre et intime comme une déclaration d'amour ; ou bien l'ultime scène entre Stiller et Hackman ; Gwyneth et Wilson à machoire protubérante sous la tente ; la dispute entre Hackman et Huston dans la rue ; leur promenade dans le parc, etc. Ce film fournit un bataillon de petits moments plein de charme, révélateurs de la profonde affection que nourrit le cinéaste pour ses personnages. Il en ressort une sensation très agréable, celle de s'immerger dans un bain d'humanité, de chaleur, qui n'est pourtant pas éloignée de la dure réalité. Foin d'angélisme dans tout cela. Le chemin est long, ardu, les erreurs se paient cash, mais au bout la rédemption est possible, à l'image du retour d'un faucon fidèle.

Je suis également séduit par cette esthétique d'Anderson, colorée, foisonnante de petits détails, comme cette penderie dans laquelle se noie un Owen Wilson fier et bedonnant. S'il n'y avait le ralenti de la souriante Gwyneth, je retiendrais avant tout cette image hilarante, comme une bulle qui éclate en mille petits bulles de toutes les couleurs.

Bon... Gwyneth, Gene, couleurs, humanisme, je crois que je n'ai rien oublié. Dodo.


PS merdeux, ouh la honte, j'avais pas reconnu Seymour Cassel!

Gake no ue no Ponyo


alias : Ponyo sur la falaise
2009
Cinéaste : Hayao Miyazaki

Enoncer qu'un film de Miyazaki est un beau ou joli film constitue un pléonasme très attirant. Peut-être encore plus sur celui-ci parce que je ne vois pas trop quoi dire de plus. Je m'attendais dans un premier temps, à voir tous les déchets charriés par la mer, que le film accentuerait sa critique écologiste, y mettrait plus que ces quelques images ici et là, que le film porterait davantage son message et puis... non, sa vérité est ailleurs. Et malheureusement, je ne la situe pas encore très bien. A la fin du film, je me suis retrouvé avec un sourire satisfait cependant, ravi d'avoir assisté là à une jolie histoire, avec de jolis dessins, oui, c'est joli et alors? Ben, alors rien. Je crois bien que ce film est un bon thé chaud avec une bonne cuillère de miel dedans. A savourer tel quel, pour ce qu'il est et rien d'autre. C'est déjà pas mal. Sucré et doux.


La tourneuse de pages


alias : The page turner
2006
Cinéaste : Denis Dercourt
Comédiens : Catherine Frot - Déborah François - Pascal Greggory - Jacques Bonnaffé

La reconstitution de la froide mécanique d'un vengeance passe difficilement à côté d'une mise en scène et de personnages tout aussi glaciaux.
On est tout de suite dans le bain avec la petite Julie Richalet à l'attitude rigide, torticolienne qui la voit tourner tout le corps pour tourner la tête. Déborah François, qui joue le même personnage, adulte, adopte la même posture mort-vivante, la chevelure lisse et plaquée, la face rarement souriante, le teint pâle, cadavérique. Elle n'est pas la seule. Tous les personnages sont avares d'expressions, cadenassés dans une communication restreinte et peu chaleureuse. Et ce, tout le long du film.
Peut-être perdent-ils en crédibilité, en véracité?

Alors on suit l'évolution de cette jeune femme, nous savons qu'elle va se venger, qu'une grande violence bouillonne en son sein (qu'elle a joliment laiteux d'ailleurs, forcément) depuis son plus jeune âge (couvercle du clavier). Pourquoi? Aucun élément ne permet de comprendre, alors nous nous contentons de chercher à décrypter ses actes pour en connaître le dénouement.

C'est bien fait, honnêtement filmé pour illustrer son propos, le réalisateur décortique bien les évènements, à défaut de préciser ses personnages. On prend son temps. Lentement mais sûrement, le personnage place ses pions sur son échiquier vengeur. Et après? Une fois que le générique final défile, il reste quoi au juste? Bizarrement pas grand chose, si ce n'est tout de même une Catherine Frot encore une fois impeccable. Sur une ou deux scènes, elle frôle la perfection, jouant le trac à merveille par exemple, ou bien le tumulte et le désarroi. Face à sa copine Clotilde Mollet, elles sont toutes deux d'une belle justesse quand le désespoir et la peur se font cruellement bien trop pesants.

Sinon, le film laisse peu d'empreintes. Un film de tension sans réelle portée finalement.

jeudi 9 avril 2009

Yojimbo


alias : Le garde du corps
alias : Yojimbo the Bodyguard
1961
Cinéaste : Akira Kurosawa
Comédiens : Takashi Shimura - Tatsuya Nakadai - Toshirô Mifune
Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Réédition criterion superbe. Plaisir. La cornée humide. Orgasme lacrimal. Merci, m'sieur Criterion, sympa!

Difficile de regarder sans penser à la version leonienne, d'autant plus que Leone colle au scénario de Kurosawa et de Kikushima comme une abeille à un pot de confiote. Hé, c'est normal, le scénario est aux petits oignons, mettant en valeur tout l'art du prodigieux comédien qu'est Mifune ainsi que le trait caricatural et comique du cinéaste. Je pense ici à la mise en scène chorégraphique des confrontations dans la rue, ou bien aux dégaines et tronches bizarroïdes de beaucoup des personnages aussi grotesques que laids, en homme de mains tellement tordus et disgracieux qu'ils ressemblent plus à des pitres, des bouffons ou des singes bondissants de peur qu'à des guerriers.

Mifune en contraste évolue avec le naturel et l'assurance qu'on lui connait. Il se gratte la nuque dès le générique et adopte cette attitude nonchalante sur presque tout le film. Il continue de se gratter le menton, qu'il a touffu d'ailleurs. On échappe de peu au grattage de rouston d'un air détaché. On voudra bien noter que cette opposition joue sur ces contrastes de manière à produire un effet comique heureux et qui est beaucoup moins aigu chez Leone. A force de voir Mifune toujours apporter une facette surprenante à ses personnages, il devient difficile de résister au charme de cet ogre. Mon dieu, c'gars-là, il est terrible!

Autre surprise, de taille, c'est celle de découvrir une dramaturgie du duel, de l'affrontement au milieu de la rue que l'on retrouve chez Leone, peut-être plus accentué, certes. Cette caractéristique du western spaghetti est déjà bien présente ici : murs de poussière tournoyant derrière les duellistes, hurlements du vent dans les ruelles, rôle démesuré de la musique dans l'exacerbation des tensions, mouvements des feuilles entre les pieds immobiles des personnages soulignant leur inertie (calme avant la tempête).

Pas facile alors de ne pas songer qu'on a pu surestimer le travail de Leone. Pourtant ces caractéristiques stylistiques ou de mise en scène sont il est vrai davantage mises en avant chez Leone et qu'une magie particulière s'opère aussi chez Leone. Le style leonien est indéniable. Alors disons simplement pour couper court à un débat que je suppose vain et même insensé qu'il a énormément emprunté à Kurosawa et qu'il a su d'une matière étrangère produire un objet tout personnel. Rien de mal. D'ailleurs, c'est toute l'histoire de l'art, non?
Si.
Bien.
Avant d'aller faire un tour dans ma cuisine, car c'est l'heure de faire à manger, je ne veux pas oublier de souligner la variété musicale de la bande son de Masaru Satô qui paradoxalement réussit la gageure de paraitre de manière évidente d'une belle et captivante unité. A base essentiellement de percussions traditionnelles, le compositeur incorpore des sonorités modernes, jazzy, mambo ou pop, de l'exogène délicieux. Cela donne un résultat aussi étrange que pénétrant. Irrésitible.

Ah, j'allais oublier de saluer la participation de Nakadai, en méchant obsédé de son phallique révolver.

mercredi 8 avril 2009

Broken Arrow


alias : La flèche brisée
1950
Cinéaste : Delmer Daves
Comédiens : James Stewart - Debra Paget - Jeff Chandler - Basil Ruysdael
D'abord deux éléments sont venus un peu perturber ma lecture du film. Le premier est d'ordre visuel, technique plutôt avec une édition dvd assez médiocre. Dès les premières images, le ciel bleu bave, les pixels s'accrochent, les contours rougissent ici ou là. A un moment donné, une plongée montre un jeune apache titubant sur un sol pierreux, les lignes dessinées rougissent, bleuissent, verdissent au choix, bref la désagréable sensation de voir trouble apparait nettement (wouaf wouaf). On aurait dit un film 3-D, manque de bol, je n'avais pas les lunettes adéquates. On s'y habitue un peu à la longue, mais jamais au coeur du visionnage je n'ai pu apprécier à leur juste valeur les cadrages sublimes qui enferment personnages et paysages. Au contraire, ne pouvant qu'entr'apercevoir la lumineuse beauté il en résulte forcément une certaine frustration. Triste.

L'autre élément perturbateur est la lecture de critiques et avis sur le film et son auteur. Les discours plutôt laudateurs ont fini par susciter en moi une attente démesurée. J'évite au possible de les lire avant d'avoir vu moi même le film et pu former un jugement personnel. Or, ici j'ai connement dérogé à la règle. Mal m'en a à nouveau pris. Décidément, ça ne me réussira jamais. J'avais lu ici ou là que Daves était aussi bon, voire meilleur que Mann, que je ne suis pas loin d'aduler. Aussi l'attente qui s'est formée ne m'a satisfait qu'en partie. Evidemment. Les yeux plus gros que le ventre, l'alligator!

Pendant la plus grande partie du film, hormis quelques scènes superbement écrites, j'ai eu la désagréable sensation que le film se déroulait de manière bien trop ordinaire, hagiographique et linéaire, sans réelle surprise, ni enjeux (c'est fort de cawa avec un sujet pareil!) mais surtout sans une implication des personnages au delà de l'image conventionnelle qu'ils véhiculent plus ou moins. Compliqué. Cela demande une petite explicitation.

Donc, je veux dire par là que les personnages de Jeffords (Stewart) et Cochise (Chandler) m'ont paru d'une intégrité et d'une probité presque surnaturelle et que leur parcours se donnait des airs presque bibliques. Du reste une autre scène avec le militaire chrétien peut appuyer cette idée. Ainsi, ai-je eu un peu l'impression, tant ils étaient des héros extrêmement moraux et intransigeants à cet égard dans leurs comportements, que leurs personnalités manquaient de vérité, de cette force qui naît de l'authenticité, qu'ils étaient plus mûs par une image héroïque sur laquelle le scénario insiste beaucoup trop à mon goût, et non par une nécessité, inscrite dans le corps, quelque chose d'incarné, de vital, d'orienté par l'évidence, ce qu'on peut appeler le bon sens. Seules quelques scènes le montrent très bien, par exemple la confrontation de Stewart avec ses congénères. On voit très bien dans le regard de Stewart que ce fameux bon sens est mis à rude épreuve. Il est tout simplement ahuri devant la bêtise et les amalgames proclamés en vérités indiscutables par les abrutis qu'il a en face de lui. Il est hébêté et dit même : "Que puis-je dire?" Oui, que peut-il dire devant tant de mauvaise foi, d'aveuglement... de connerie tout simplement? La scène de lynchage est superbement filmée dans une sorte de crise paroxystique amenée par tout le discours obtus et mécanique du racisme, également paranoïaque, cette recherche affolée d'un bouc émissaire, d'un traitre, d'un espion. Je pense bien entendu au maccarthysme, même si je ne connais pas la position de Daves là-dessus. Les scénaristes et Daves à plusieurs reprises décrivent parfaitement ces processus d'ostracisme, de l'amalgame qui amène les hommes à se détester de manière irrationnelle, à ne pas pouvoir s'accepter. C'est merveilleusement écrit.

Mis à part ces scènes de confrontation, le film montre un peu trop, peut-être de manière didactique, que les Apaches ne sont pas différents des européens, qu'il y a des cons partout. Se faisant, le film oublie un peu l'incarnation et les enjeux personnels de ses personnages. Voilà j'espère avoir été clair.

Les dernières dix minutes, amenant un évènement considérable, douloureux pour ne pas dire déchirant, finissent d'emporter mon adhésion. Les personnages retrouvent leur place et souffrent encore plus cruellement, dans leur chair et dans leur âme de ce racisme et de cette peur de l'autre. Stewart emporte avec lui les traces de l'affrontement avec la bêtise humaine. Plus de doute, le film s'élève, très haut. La prochaine fois que je verrai ce film, que je trouve très bon, il se peut que je le trouve alors génial.

Je retiens les magnifiques paysages d'Arizona, une énième époustouflante prestation de sieur Jimmy Stewart, le sourire de Debra Paget, les confrontations raison/passion, les bisous au bord de la rivière avec la montagne en témoin, le parti pris de montrer que les bons et méchants n'ont pas de nationalité et qu'il est plus facile de détruire que de bâtir.

OSS 117: Le Caire nid d'espions


2006
Cinéaste : Michel Hazanavicius
Comédiens : Jean Dujardin - Bérénice Bejo - Aure Atika - Saïd Amadis - Claude Brosset
Notice Imdb Notice Cinéprofil
La revoyure a été bien jouissive. C'est une excellente surprise. Sidéré que j'avais été d'abord par l'envie soudaine (mais que se passe-t-il donc?) de ma compagne de voir ce film. Je me demande même si en deux ans de vie commune, ce n'est pas seulement la seconde fois qu'on voit un film à la télé. D'ailleurs, excusez l'aparté, mais bordel, quel choc ce fut de découvrir une fois, puis une autre, ces satanées putains de coupures publicitaires! Quelle horreur! Est-ce question de snobisme que de ne pas supporter l'assènement barbant et bêtifiant de ces messages dont la démonstration de bêtise et de cynisme est une véritable insulte pour ceux qui subissent cela. Car au milieu d'un film, il est impossible de zapper au risque de louper quelques secondes voire minutes du récit. Torture. Ca me donne de ces envies de meurtre. Ultra-mysanthropogène!

Bref...
Retenons le positif de cette expérience : la plaisir pris à rire à gorge déployée devant la superbe imbécilité du personnage, la joyeuse parodie du scénario, sorte de puzzle mi-connery, mi-staffordomatthews avec quelques pincées de super dupont ou de bébel bondissant que parvient à créer l'équipe.

L'esthétique du film rend particulièrement bien celle de ces films d'action populaires des années 50-60, pan extrêmement productif du cinéma bis de l'époque. Les décors, les costumes produisent une sorte de charme désuet. Avez vous noté combien il est difficile d'omettre le qualificatif "désuet" dès lors qu'on évoque le charme de ces films et quand traîne dans un coin de la tête l'idée de pacotille et de sourire taquin?

Par leur gestuelle, leurs positions et attitudes, un peu engoncés dans leur costume, les comédiens et la manière dont ils sont mis en scène participent de l'esthétique générale du film, hommage aux OSS117, eux même parodies des James Bond. Résolumment tourné vers la dérision, le personnage d'OSS est la caricature explicite de celle plus grave de Stafford ou Matthews. Jean Dujardin, sur un rôle plus que casse-gueule, s'en tire donc plus que bien. J'imagine sans peine combien il a dû être difficile de trouver l'équilibre entre la clownerie et sa base sérieuse, parce qu'on n'est pas du tout dans la même catégorie parodique qu'Austin Powers, plus dans l'outrance du personnage. Et puis de manière générale, cet acteur me fait le plus bel effet. Je le vois bien étoffer sa carrière de rôles de plus en plus considérables, sans souffrir d'un manque de talent, de présence ou de maitrise. Il m'a l'air d'avoir d'ores et déjà un jeu très sûr. J'espère qu'il se colletera plus souvent à d'autres genres que la comédie.

La petite Bérénice Béjo, dont le nom me disait pourtant quelque chose mais qui au final m'était complètement inconnue m'a également faut une bonne impression : jolie et solide.

La courte prestation d'Aure Atika me fait encore sourire.


Plaisir aussi de retrouver Claude Brosset

et Saïd Amadis, deux physiques, deux voix qu'on ne peut oublier.

Somme toute, une comédie autoparodique montrant bien que le cinéma français est capable de critiquer l'arrogance française et singeant un cinéma daté et des attitudes suffisantes.
C'est bien filmé, c'est drôle, malgré quelques baisses de rythme ici ou là, il est vrai.

Un entreprise qui en se prolongeant, si elle persiste à rendre des copies aussi intelligentes pourrait se révéler foutrement intéressante. Mais quand on compte parmi ses auteurs un sieur comme Jean-François Halin, il n'y a plus rien d'étonnant.

Trombi:
Philippe Lefebvre:

Constantin Alexandrov et Arsène Mosca:

Laurent Bateau:

François Damiens:

Youssef Hamid:

Khalid Maadour:

Abdellah Moundy:

Eric Prat:

Richard Sammel:

Demain tout recommence


2008
Auteur : Danièle Delorme
Autobiographie écrite dans un style simple et -ai-je envie de dire- "émotionnel". C'est à dire que Danièle Delorme adopte un ton résolumment tourné vers les êtres qu'elle aime. Aussi l'émotion affleure-t-elle souvent de manière chaleureuse aux détours d'une phrase.
Déclarations d'amour.
Quand les vies s'épuisent et s'arrêtent doucement, l'émotion finit par étrangler le lecteur. C'est dur. Mais la vie est dure, la sienne particulièrement, alors il faut se souvenir des bonnes choses pour trouver la force et la matière à sourire. Demain tout recommence.

Danièle Delorme n'est pas seulement une actrice, elle est également la fille d'artistes, une femme à la curiosité débordante et à l'enthousiasme communicatif pour les êtres et leurs vies. Une femme comme je les aime. Qu'on a envie de prendre dans ses bras afin de se faire consoler d'un quelconque chagrin ou pour la protéger et lui épargner des peines.
Elle croise la route de gens qui dépassent largement l'ordinaire. Elle travaille avec parfois, noue des relations plus ou moins étroites, plus ou moins dépassant le cadre professionnel ou artistique pour faire épanouir une vie affective bien remplie.

Et le parcours qu'elle nous raconte devient alors une formidable aventure humaine dans la deuxième moitié du XXe siècle français, entre littérature, théâtre et cinéma, entre jeu, production et politique, entre enfants, maris et amis.
Daniel Gélin, Gérard Philipe, Xavier Gélin, Yves Robert font partie des hommes de sa vie et quelle vie!

Le style est loin d'être exceptionnel, plutôt classique, propre, sans grand attrait si ce n'est qu'il sert un propos toujours honnête, franc et un regard plein d'humanité et toujours porté vers l'avant.
Merci.

Mini bio:

Danièle Delorme, de son vrai nom Gabrielle, Danièle, Marguerite, Andrée Girard, née en 1926 est une actrice et productrice de cinéma française. Elle est la fille du peintre et affichiste André Girard. Elle a d'ailleurs créé et dirige la galerie An.Girard à Paris.

Elle fut mariée à Daniel Gélin de 1945 à 1955, mariage dont est issu Xavier Gélin.

Elle a ensuite été mariée à Yves Robert, de 1956 jusqu'à la mort de ce dernier. Ensemble ils ont créé la maison de production La Guéville qui a notamment produit La guerre des Boutons et Alexandre le bienheureux.

Elle a été présidente de la Commission d'avance sur recettes du CNC en 1980 et 1981. Elle a également été présidente du Jury de la Caméra d'Or à Cannes en 1988. La même année, elle a fait partie de la commission des sages qui proposa la création du CSA.

Filmographie : http://akas.imdb.com/name/nm0217735/

lundi 6 avril 2009

Cheun gwong tsa sit

alias : Happy Together
alias : Buenos Aires
1997
Cinéaste : Kar Wai Wong
Comédiens : Leslie Cheung - Tony Leung Chiu Wai - Chen Chang
Wong Kar Wai ne cesse de m'ébouriffer! C'est un cinéaste si étonnant, donnant à presque chaque plan de son film une vie et une identité qui lui sont propres. Pas un cadrage ne ressemble à l'autre. Il y a une recherche perpétuelle, une invention, une idée formelle sur chaque plan, chaque séquence, une fixité ici, un mouvement là, une teinte ici, une sur-exposition là, une ligne brisée ici, une fluidité là. Le travail sur l'image est très impressionnant. D'autant plus qu'au final ces images hors du commun sont facilement identifiables à leur auteur. Malgré le fait qu'elles soient inédites, il s'en dégage un parfum particulier que l'on retrouve systématiquement dans les films de Kar Wai. C'est quand même extraordinaire! Je n'arrive pas à identifier les caractéristiques, les lignes directrices, les éléments génériques qui expriment la spécificité du style mais on ne peut y échapper, on le sent, on le voit, sans pouvoir dire comment ça marche. Et j'en reste comme deux ronds de flan.

Au-delà de la vie de la caméra, oeil dynamique se faisant oublier car il se déplace de manière tant naturelle, au delà de cette danse -tango en l'occurrence- le film est bouquet de mille fleurs, album de couleurs somptueuses.

Le travail sur la photographie est sans doute un des plus remarquables dans le cinéma aujourd'hui, dénotant une maitrise technique parfaite. On use ce dernier adjectif sans trop de parcimonie et à force il peut paraitre galvaudé, mais ici, ce n'est absolument pas le cas : je pense littéralement que Wong Kar Wai fait plus qu'approcher la perfection dès lors qu'il élabore une photographie aussi bien pensée et exécutée.

Après... on a une histoire d'amour, de celles qui finissent mal en général. Or, chez cet auteur c'est bien plus que du général. Bon, que cela finisse mal ou pas, peu importe après tout, ce qui est important c'est que l'histoire d'amour parvienne à toucher le spectateur. En ce qui me concerne, ce n'est pas vraiment le cas.
Le personnage interprété par Tony Leung y parvient, certes. D'ailleurs on ne dira jamais assez que ce comédien est un géant, un de ceux qui seront montés au pinnacle dans les vingt ans à venir, qu'on peut considérer d'ores et déjà comme l'un des vingt meilleurs acteurs au monde à l'heure actuelle. Il nous fait ici cadeau d'une de ses meilleures performances.

Malheureusement pour moi, son compagnon Leslie Cheung m'a semblé moins émouvant. Pourquoi? Manque d'empathie? Irritation? Il n'y a rien de plus tête à claque qu'un personnage qui ne sait pas trop ce qu'il veut, qui gère si mal son indécision. Et celui-là est corsé.

Dans une histoire d'amour, l'essentiel se trouve souvent dans l'interaction entre les deux personnages et l'échange entre les deux comédiens. De ce point de vue, j'ai très peu adhéré.

Tant pis. Pas grave, j'ai passé un très bon moment grâce à la sublime mise en image.

Thunderball


alias : Opération Tonnerre
1965
Cinéaste : Terence Young
Comédiens : Desmond Llewelyn - Claudine Auger - Sean Connery - Adolfo Celi - Luciana Paluzzi - Molly Peters - Martine Beswick - Bernard Lee - Lois Maxwell
Le dernier James Bond vintage que j'ai vu était le Dr No, en collection Le Monde, vieille mouture donc et j'avais été choqué par la pauvreté visuelle et sonore de l'édition. C'est un peu avec inquiétude que je retournais au charbon en mettant la galette de Thunderball de la même collection.

Or, si le pré-générique avec le canon crachote pas mal, plein de taillades et autres tâches, le reste du film est de bonne facture. Les couleurs sont fières sur le LCD. L'histoire invite à d'euphoriques ballets chromatiques. Le spectacle est jouissif pour l'oeil, du rouge des combinaisons au jaune des flammes, en passant par le bleu des mers bahaméennes ou le vert végétal.



Un James Bond est un bonbon à savourer des yeux et ce festival de couleurs compense largement le manque de rythme. Par moments, la tranquilité, propre à ces vieux polars des sixties encore axés sur l'intrigue et sur un montage lisible, se transforme méchamment en une promesse de sommeil si l'on n'y prend pas garde. Essentiellement quand la bataille subaquatique prend ses aises sur la bobine. On trouve le temps long. Inutilement. Les scénaristes et producteurs ont peut-être songé que le succès de Cousteau résidait surtout dans le temps d'exposition des masques et bouteille à oxygène? Etrange. Aujourd'hui le film prend un sacré coup de vieux avec ce facheux ralentissement.

Si le film vieillit mal sur cet aspect, heureusement sur d'autres points, son époque se fait sentir de plus intense et réjouissante manière.

Tout d'abord, Ken Adam est toujours aux commandes des décors dont l'architecture est parfaitement indiquée, pensée selon le cadrage de Young. Surtout elle exprime à merveille l'idée que l'on se faisait de la modernité à l'époque, que ce soit dans l'expression sous-terraine et froide comme l'acier de la salle de conférence de SPECTRE ou bien dans la chaleur de l'accueil dans la chambre de l'hotel de Bond à Nassau.


Quoiqu'il en soit Adam et Young usent avec habileté des perspectives, des obliques, suffisamment pour éveiller dans l'oeil du spectateur une sorte de plaisir gourmand mais également pour inventer un style de décors réconnaissable, aux traits typiquement bondiens, entre architecture domestique et décors vastes de science-fiction. C'est ingénieux et percutant.

Bien entendu, l'ingrédient libidinal des James Bond Girls n'est pas oublié. On a droit pour celles et ceux que ça fait rêver aux muscles souvent dénudés d'un Connery au physique solide et viril, en pleine force de l'âge, jamais pris en défaut.

Mais en ce qui me concerne ce sont les JB Girls qui tiennent le haut de mon pavet. J'utilise le pluriel pour être poli car il n'y en a qu'une, et quelle dame, qui me fait rissoler du caleçon. Molly Peters a pour elle d'être dodue, appétissante, vraie femme, mais la pauvre a un regard qui manque de charme.

Beswick n'est pas loin d'être complètement fade.

La plus décevante est la française Claudine Auger, qui manque de stature, de sexe, de graouaarrr, le "je-ne-sais-quoi" comme disent les anglais. Aussi son personnage reste-t-il impertubablement froid et sec.

Elle se fait méchamment damer le pion, que dis-je, claquer le beignet oui, par une Lucianna Paluzzi des grands soirs, poumonée comme une italienne mais surtout au regard félin, promesse alléchante, véritable bombe qui explose sur chaque apparition. Mamma mia. On comprend alors aisément que les producteurs qui l'avait castée pour le rôle de Domino l'aient très vite engagé sur la vaniteuse, obsédée et volcanique Fiona Volpe. Luciana, ti amo. Una dona fuori clase!


Renversante.

Dans le casting, je suis un peu déçu par la faible présence du personnage de Largo, n° 2 du SPECTRE. Venant d'Adolfo Celi, je m'attendais à mieux. J'ai un faible pour ce gaillard, un visage familier, un théâtreux pote de Gassmann, ouaip, décevant. Son regard n'est pas assez pervers, ni carnassier. Ce n'est pas faute de griller du téton ou de faire montre du dédain le plus assuré face à son collègue grillé sur son siège. Un mauvais barbecue. Dommage.

Encore un savoureux échange paternaliste entre Q et JB. James Bond de plus en plus gamin et Q de plus en plus irrité. Je marche.

Somme toute un James Bond plus que correct, un peu alourdi par ses scènes sous-marines mais remonté -et comment!- par sa bad James Bond girl ainsi que par son esthétique générale entre décors futuristes et couleurs chatoyantes.

Un peu de Paluzzi avant de partir?


vendredi 3 avril 2009

Maruhi - Shikijo mesu ichiba


alias : Marché sexuel des filles
alias : Secret Chronicle: She Beast Market
1974
Cinéaste : Noboru Tanaka
Comédiens : Meika Seri - Junko Miyashita - Moeko Ezawa - Genshu Hanayagi
Hmmm quel plaisir de découvrir un cinéaste, de se dire qu'on a là trouvé un film prometteur de bons films à venir!

Le genre érotique, obéissant aveuglément la plupart du temps à des canons, à des procédures qui limitent les possibilités d'évasion, est bien un terrain de jeux cinématographiques qui donne que de trop rares grands metteurs en scène. M'enfin je concède volontiers que ma culture cinéphilo-érotique est encore balbutiante. J'aurais bien du mal à citer de grands cinéastes de l'érotisme. Maintenant, si les prochains films de Tanaka que je ne vais pas manquer de traquer continuent de faire naitre cet enthousiasme gourmand, je pourrais doctement le mettre sur ce piédestal.

Quelques captures d'écran montrant un noir et blanc cinémascopé, de jolis et propres cadrages avaient suscité ma curiosité. La lecture de ce film n'a eu de cesse (non, merde, sauf sur les 10 dernières minutes) de me surprendre, avec bonheur s'entend. Si ce n'était ces dernières instants qui détruisent l'échafaudage de sens que le film avait élaboré en moi jusque là, j'aurais hurlé tout haut au chef-d'oeuvre. Sérieux. Ou pas loin.

D'abord, je n'ai pas à ma connaissance déjà vu un film qui allie aussi frontalement érotisme et drame social. A telle enseigne que je pense qu'on peut s'interroger sur la notion d'érotisme sur ce film et de ses définitions entre la France et le Japon. Impression de grand fossé.
Décrivant des personnages et des situations si glauques, le film ne déclenche pas l'émoi sexuel, n'émoustille pas trop l'occidental que je suis. Je pointe la culture car je me demande si ce n'est pas là la question centrale. On peut s'interroger sur l'érotisme du film.

Je m'explique en racontant un peu l'histoire. Je crois que c'est nécessaire et vais spoiler un peu. Difficile de passer outre cet inconvénient, désolé, pour rechercher la particularité intrinsèque de ce film, de cet érotisme là.

L'histoire se déroule dans un quartier à putes de Tokyo, Kagoshima, il me semble. Et l'on suit le personnage incarné par la puissante Meika Seri. Tomé, une jeune femme a un visage un peu acnéique ou bien victime de la petite vérole. Elle est encore très jeune, plutôt belle et navigue dans ces bas-fonds entre immondices et macs, nettoyeurs de capotes et terrains vagues.

Elle trouve encore le temps et l'envie de faire tournoyer sa robe en souriant. Quelques étincelles viennent faire briller ses yeux. D'abord son frère, un handicapé mental avec qui elle noue une relation incestueuse et indispensable comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. Son frère est le seul sourire, le seul amour véritable et inconditionnel que l'existence a bien voulu lui donner.

Au contraire, sa mère, une vieille pute finissante, sur le point d'être abandonnée par son unique client fétiche, se noie dans une dépendance aux hommes et à l'argent qui l'empêche d'être mère. Etouffée par sa peur de perdre ses moyens de subsistance, sa fille et son client sont les seuls objets de considération à l'heure d'accrocher ici ou là quelques yen.


Tomé, consciente de son pouvoir de séduction et de sa jeunesse tient elle aussi à l'argent mais pas à n'importe quel prix. Sa liberté est encore fondamentale. Qu'un client s'abaisse à lui mettre une bouteille dans la choupinette et le goujat est vite rabroué à coups de savates. Qu'un maquereau s'avise de lui mettre le grappin dessus et ce n'est que dédain et insultes qu'il récolte. Elle préfère même subir une méchante bastonnade que se plier à la volonté du barbeau.

On a donc là un personnage qui sort de l'ordinaire, une combattante, une sorte de féministe même. J'exagère un peu diront certains, m'enfin, j'ai vraiment le sentiment que Tomé, oui, est une féministe, qui se prostitue parce qu'elle n'a pas le choix. Sans militer, dans ses actes et ses réactions, elle affiche un féminisme forcené, jusqu'au-boutiste, une farouche résistance à la dépendance des hommes et des sentiments. Seul l'argent parvient à exercer une puissante influence sur sa vie. Et si les seuls éléments irrémédiablement incontournables que le cinéaste désirait afficher comme les seules valeurs sûres, impartiales et fidèles étaient l'argent et l'amour? L'argent en vecteur indépendant de toute volonté humaine, outil obligatoire, sans jugement et qui s'applique à tous, quelque soit l'âge ou le sexe. Et l'amour filial car bien qu'il soit son frère, Tomé le considère bien plus comme son enfant d'abord puis progressivement par le biais de leurs corps comme un amant. C'est grâce à cette relation sexuelle incestueuse qu'elle retrouve un sens à sa vie, et les couleurs qui vont avec. Encore que... le spectacle de sa mère aux prises d'une part avec son logeur qui l'a fout dehors et d'autre part avec les douleurs et les vomissements de l'enfantement, bouleverse Tomé, lui faisant prendre enfin conscience que son frère et elle sont des enfants de pute, nés entre deux passes ou deux cellules de prison, lui révélant le lien indéfectible entre leur existence et la relation sexuelle tarifée. "C'est sûrement comme ça que mon frère et moi sommes nés" ou une phrase dans ce style résonne dans sa tête pendant qu'elle se fait sauter.


Hé oui, je vous avais prévenu que cette histoire est bien glauque. On dirait presque un mélange de Mizoguchi (Rue de la honte et Femmes de la nuit) et Serge Leroy. Car si le décor est immoral, que les personnages sont perdus, le cinéaste n'oublie jamais qu'il a une caméra entre les mains et que la production attend un film érotique. Le billet à la main, Tomé se fait trombiner devant son frère, la mère itou.


Une novice, progressivement, dans un cheminement tout personnel et bien étrange, que j'ai beaucoup de mal à éclairer, entre également dans la prostitution, agrémentant le film d'autres scènes de baise. Elle est d'abord en couple avec un jeune homme, ils trainent dans la rue.

On la voit demander à Tomé si c'est bien un quartier du sexe marchand. Devant l'affirmative, elle dit mieux comprendre. Soit. Le couple est approché par le mac qui se rabat sur elle après avoir échoué à convaincre Tomé et l'avoir tabassée. Seulement la novice, humiliée et violentée, parait prendre son pied à cette relation masochiste,



sauf quand le barbillon se met en tête d'humilier également son petit copain en lui vendant une poupée gonflable percée. J'ai bien du mal à trouver une signification à cette partie du film, qui me parait anecdotique. Au mieux, elle illustre le cynisme monstrueux du souteneur et des hommes en général?

Dans la galerie des personnages qui entourent Tomé, on a également une autre figure mâle, mystérieuse celle-ci, une sorte de personnage spectral, un peu voyeur, toujours très doux, avec un visage interrogateur, une écoute attentive et bienveillante. Il s'agit d'un jeune homme qui apparait et disparait, qui attire délicatement Tomé. Il arbore un visage accueillant. Le seul. Ils tapent facilement la causette. Aussi apparait-il très vite comme un petit ami potentiel, un prince charmant en puissance. Alors, le petit prince va-t-il sauver la princesse de la rue? Représente-t-il le salut, une échappatoire, l'amour sentimental pour Tomé? Cliché, facilité dans lesquels Tanaka ne sombre pas, bien heureusement.
Sans avoir consommé, ni même avoir entamé une quelconque idylle, ils se séparent, il disparait.



L'autre aspect du film qui tourne autour des personnages est bien entendu Thanatos. Mais la mort est concrète pour les uns ou ombre pour les autres. Si bien qu'on peut se demander si le monde décrit et les personnages inclus ne sont pas déjà morts. Un film érotique d'une noirceur fascinante.

Ce qui est le plus extraordinaire, c'est que cette histoire et tout ce qu'elle implique dans la symbolique, dans la morale ou philosophie de vie est remarquablement bien filmé. J'ai même été estomaqué par la scène de baise entre Tomé et son frère, séquence qui se joue des lumières, des expositions et des éclairages de manière absolument fabuleuse, magique même, je n'hésite pas à le dire. C'est vraiment dommage, finalement, que le film continue ensuite en couleurs. Cette scène est tellement belle que j'aurais voulu que le film s'arrêtat là. C'eut été sublime. Tsss. D'autant que l'histoire semblait devoir s'arrêter là. Les digressions suivantes annihilent presque la poésie baudelairienne du film.


Je retiens avant tout, que tout en décrivant un monde particulièrement violent et injuste, où les corps se vendent et s'humilient, le propos sépare très justement l'immoralité de la pauvreté (le fait que ce soit immoral que des gens souffrent à ce point et non le fait qu'ils soient eux-même immoraux, entendons-nous bien!) et la sexualité en tant que mécanique de plaisir ou non. Je ne suis pas certain d'être bien clair. Disons plus simplement que j'ai été agréablement charmé de découvrir que le film ne fustigeait pas la sexualité mais bien la situation et la souffrance des hommes et des femmes. Il n'y a jamais de jugement moral, de doigt pointé, de tonnerre dans le ciel. La sexualité n'est jamais triste, alors que les hommes et les femmes le sont. Cette nuance est à mon avis quelque chose de très difficile à restituer. Surtout dans notre culture chrétienne fondée sur l'idée que le corps est impûr. Mais là, je m'avance bien loin. Dans quelle mesure ne l'est-il pas également au Japon. Je ne sais pas. Je m'interroge.

Tanaka surprend dans le fond avec cette alliance de sexe et de mort pour un film érotique au départ, a priori ordinaire mais également dans la forme avec des cadrages ingénieux, précis et parfois de toute beauté. Les jeux sur les couleurs, le noir et blanc et les contrastes de luminosité m'ont complètement mis sur le cul parfois.

Pas l'habitude de voir une telle sensibilité artistique et une telle approche technique déployées pour un film érotique. Je commence à croire que le genre n'est (ou n'était) pas sous-estimé au Japon comme ici. Décidément, le ciné nippon n'a pas fini de me cueillir.

Tanaka... c'est noté.

jeudi 2 avril 2009

The Small Back Room


alias : La mort apprivoisée
1949
Cinéastes : Michael Powell - Emeric Pressburger
Comédiens : Kathleen Byron - David Farrar - Cyril Cusack - Michael Gough - Sid James - Robert Morley - Renée Asherson
Quel plaisir de retrouver un bon Powell & Pressburger! D'autant plus que je ne m'attendais pas à un film aussi joli. Formellement on retrouve la patte Michael Powell, une réalisation léchée. La photographie joue sur les ombres et lumières pour quelques séquences de toute beauté.


On apprécie également cette prédilection pour une belle mise en valeur des décors naturels (judicieuse utilisation de filtres sur les plages).

A louer encore, l'audace narrative des effets spéciaux que l'on doit sûrement à Hein Heckroth. Je pense ici à cette fameuse scène surréaliste de la pénible attente du héros alcoolique, tenté par une bouteille de whisky de plus en plus grande. Cela rappelle le travail de Dali sur le cauchemar de Spellbound d'Hitchcock.

Et puis l'on savoure la patte de l'ami Pressburger, ces dialogues vifs, la percussion des échanges, avec la juste dose d'humour caustique qui perce en perfide allusion ou bien en coup de glaive féroce.

De cette association fabuleuse sont nés des chefs d'oeuvre tel que le Colonel Blimp, Je sais où je vais ou Black Narcissus ou autre Canterbury Tale. Ici, si j'ai pris énormément de plaisir à voir le cheminement constructif du film, sa belle mécanique structurelle et la manière de mettre cette histoire en image, je ne suis pas complètement parvenu à intégrer parfaitement les enjeux du film, malheureusement. Non que l'évolution de ce couple ne m'ait pas ému, non qu'ils soient hautement sympathiques, mais il s'agit plutôt du fait que la portée de leur histoire n'a pas provoqué en moi un écho persistant au delà du visionnage. Dans les films cités plus haut, j'étais souvent perdu dans mes pensées et émotions, les personnages m'accompagnant bien après les avoir découverts.

Ce n'est pas faute d'avoir été comblé par les comédiens. J'ai une nouvelle fois été enchanté par la prestation de David Farrar. Je l'ai trouvé extrêmement fin dans son jeu d'alcoolo, de malade, donnant avec un équilibre parfait autant de vulnérabilité que de courage à son personnage. Il hérite il est vrai d'un rôle complexe qui demande un investissement important où la subtilité du comédien est exigée, nécessaire pour lui donner un tant soit peu de vraisemblance.

Kathleen Byron propose un personnage beaucoup moins outré que celui de sister Ruth dans le Narcisse noir. Au contraire, elle affiche ici une personnalité longtemps en retrait, lui donnant au début une aura mystérieuse, troublante qui ne réussit pas à la rendre belle (vraiment pas mon style de femme, on s'en fout, oui, on s'en fout). Par la suite, elle demeure peu communicative, dans une posture d'attente auprès de son homme, en attente d'une révolte ou d'une déclaration (bien plus par ses actes que par ses mots d'ailleurs), mais cela ne vient pas, ce qui lui donne l'occasion d'une belle scène d'esclandre, rage qui ne m'a pas totalement convaincu. A sa décharge sans doute que la présence de Farrar en impose tellement que sa petite voix parait un peu fluette. Peut-être.

Il est toujours bon de retrouver cette forme de démonstration d'humanisme fervent, propre à Powell avec l'inclusion dans sa mise en image de plans de visages, de tronches. Je pense d'abord à ces soldats sur la plage, spectateurs comme nous du désamorçage de la bombe.

Mais l'on peut penser à toute la galerie de personnages secondaires qui parsèment le récit et qui le parent d'un réalisme bon enfant, sur un ton égal, bienveillant. Là effectivement je songe au barman Sid James. Je pense au ministre joué par un Robert Morley dont la tête vous revient c'est obligé, on l'a vu un peu partout ce gaillard.

On a droit un gros plan furtif de Patrick MacNee!

A ces jeunes collègues en butte à quelques désordres domestiques, aux remontrances du patron dont le regard enguirlandeur sait faire place très vite à un sourire enjoleur. Comment oublier le visage compatissant de la superbe Renée Asherson lisant en pleurs le rapport de Michael Gough.

Et l'on pourrait continuer ainsi avec l'officier blond dont j'ai oublié le nom sur le quai de la gare ému d'avoir rencontré Farrar. Je crois que c'est Anthony Bushell mais je ne mettrais pas ma main à couper.

Encore et encore, ces mots, ces regards et ces personnages aux visages profondément humains dans lesquels brillent les mêmes lueurs que celles de leurs auteurs.
Chez ces soldats ou laborantins londoniens, on reconnait les villageois de Je sais où je vais, ou les habitants du Canterbury Tale, une chaleur, une joie de vivre ensemble malgré la guerre, une caractéristique britannique peut-être, une spécificité du couple Powell & Pressburger certainement.

Columbo: Dagger of the Mind


alias : Columbo: S.O.S. Scotland Yard
1972
Réalisateur : Richard Quine
Comédiens : Peter Falk - Richard Basehart - Honor Blackman - Wilfrid Hyde-White - John Williams - Bernard Fox
Notice Imdb
Une petite exclusivité que ce téléfilm : il est un des rares épisode à se dérouler hors de la Californie (si ce n'est pas le seul, j'ai souvenir d'un Columbo qui se déroule sur un paquebot, La montre témoin avec Robert Vaughn). Cette distinction ne m'a pas paru apporter le petit plus escompté. C'est un point de vue personnel, évidemment mais l'aspect touristique exagérant la clownerie du lieutenant pour donner une teinte humoristique m'a franchement déplu, tournant au burlesque par moments. L'humour tournant autour du cliché de l'américain type voyageant en débordant de curiosité enfantine et de maladresse devant les richesses de la vieille Europe est un procédé humouristique qui ne m'atteint que très rarement, pour ne pas dire jamais.

Certes, j'imagine que cette option scénaristique a été conçue pour abaisser l'image du détective auprès des anglais et par conséquent de réhausser sa valeur dans le dénouement. Malheureusement, cette reconnaissance attendue n'advient pas vraiment, le personnage joué par Bernard Fox étant pour le moins avare d'expressions. S'il ne s'agissait que de cela, j'aurais sans doute beaucoup plus apprécié le téléfilm.

C'est dans le jeu de Richard Basehart que le bât blesse davantage.

Dans une moindre mesure dans celui d'Honor Blackman. Je suis parfaitement conscient que le me laisse ici comme ailleurs bien souvent plus ou moins guidé par ma libido. Or, cette femme, à l'époque âgée de 45 printemps est tout simplement d'une beauté encore bien bandante.
Je la trouve superbe, d'une finesse et d'une féminité qui m'émoustille. Que voulez-vous? Je n'y peux rien. Il me faut aller chercher profondément en moi même pour admettre qu'elle passe parfois par des tonalités aigues dans son jeu qui laissent un peu à désirer.

Alors, avouons que ces deux-là ont des circonstances atténuantes. Ils jouent des comédiens de théâtre britanniques comme se les imaginent les américains : des fous passionnés de leur art, au point de tuer pour continuer à rester sur scène, cabotineurs en diable, évoluant dans une perpétuelle représentation, une exubérance obligée. C'est ce qui m'a plutôt éreinté. Fallait-il aller autant vers ces sommets d'emphase? Pas sûr.

Parmi les comédiens que je suis heureux de revoir, il y a d'abord John Williams

que j'ai revu il y a quelques jours dans Dial M for murder et qui joue là un rôle très court de victime et puis surtout Wilfrid Hyde-White en majordome select et pas si honnête qu'il en a l'air. Il est le type même de l'acteur anglais que l'on a vu un peu partout, toujours dans des rôles aristocratiques ou domestiques, et qui ne semble pas avoir eu la chance d'être jeune un jour.

Je note un étrange et désagréable contraste entre les extérieurs au flouté hideux avec une image un peu baveuse et des intérieurs très nets et pûrs plus en accord avec la belle photographie que l'on retrouve habituellement dans la série.

L'intrigue en elle même est plutôt bonne. La résolution de l'affaire se fait de manière à mettre en valeur un des aspects de la personnalité de Columbo que l'on retrouve parfais dans ces téléfilms, à savoir son espièglerie, élément très plaisant à retrouver.
En conclusion, je pourrais dire qu'il s'agit d'un Columbo que j'aurais aimé plus apprécié.

Trombi:
Arthur Malet:

Bernard Fox:

Dial M for murder


alias : Le crime était presque parfait
1954
Cinéaste : Alfred Hitchcock
Comédiens : Robert Cummings - Grace Kelly - Ray Milland - Anthony Dawson - John Williams

J'espérais plus de cet énième revisionnage. La dernière fois, cela s'était déroulé devant une copie vhs aux couleurs passées. Ici, un dvd annoncé collector faisait frissonner d'avance mes rétines impatientes, or, si les couleurs sont formidablement vives -l'empreinte de la robe rouge de Grace Kelly est encore plaquée sur le fond de mon oeil, faut que je consulte- il n'en demeure pas moins que sur les images claires un ignoble fourmillement est à déplorer. Mais là n'est pas l'essence même de ma déception. Je pense plutôt qu'après avoir redécouvert avec un intense plaisir la Main au collet dernièrement, je m'attendais à ressentir une joie identique. Ce ne fut que rarement le cas. Le suspense ne m'a pas autant pris à la gorge que les fois précédentes. Quelque chose dans la voix de Grace Kelly ne m'a pas autant charmé.

Et la scène du meurtre n'est pas aussi intense, ni saisissante d'horreur.




Cependant je ne boude pas non plus mon plaisir à retrouver l'audace de la réalisation d'Hitchcock. Par exemple, ces travellings gauche-droite ou droite-gauche, parfois dans la continuité donnant un délicat balancement, quelque chose de moins appuyé que dans Le paradis et l'enfer de Kurosawa mais que les deux cinéastes associent sans doute à la tension qui monte chez les protagonistes. A moins que ce soit le péril qui rode déjà, une sorte de menace que la caméra fait peser sur les personnages. On peut également s'imaginer que l'oeil, voyeur, du spectateur prend vie, s'incarne dans ce regard qui tourne autour de l'action.

Regard encore souligné par un autre balancement, celui-là plan après plan et non dans la continuité d'un seul plan, du bas vers le haut, lors de la confrontation entre Ray Milland maître de cérémonie et son adversaire, Anthony Dawson, pion entre ses doigts. D'abord un plan en contre-plongée montre Milland sûr de lui, installé confortablement dans son fauteuil comme dans son stratagème. Dawson est debout et assené de coups il s'effondre tandis que Milland se lève pour le Knock-out.



Dawson ne peut le contrer. Ensuite lorsque Milland présente à Dawson la manière qu'il juge parfaite de tuer sa femme, la caméra prend de la hauteur, plongée qui place le spectateur au plafond pour mieux voir les déplacements des personnages, témoin du meurtre et du mode de préméditation choisi. Vil flatteur, Hitchcock nous met à la place de Dieu.

J'ai adoré également le montage rapide et précis où le regard de Milland évalue la situation prenant des informations sur les éléments du décors pour mieux réagir au bouleversement que constitue la mort de l'assassin. En très peu de temps, et sans palabre, Hitchcock découpe la scène de manière magistrale. Net. Intelligent. Judicieux. Délicieux.
Tout aussi délicieux la manière dont il décompose sa scène pour saisir son personnage, en lui faisant se retourner tellement il est surpris par ce qu'il entend. Une simple pipe à nettoyer, il se retourne vers le cendrier, le tapote, on passe à un plan très serré sur sa nuque, les mots de Milland vont au but, il se retourne effaré. Frisson.


Et puis il y a un Ray Milland façonné sur le modèle de James Stewart (Vertigo, Rear window, L'homme qui en savait trop), en y ajoutant la touche anglaise, élégante, rigide dans le cou, la nuque nette, le cheveu gominé et plaqué, peut-être une coiffure typique du héros masculin d'Hitchcock? On a beaucoup glosé sur le fantasme féminin blond et racé d'Hitch, on pourrait presque tout autant chercher des éléments récurrents chez les mâles. Bien que Cary Grant vienne contrecarrer cette hypothèse Stewart sur certains points. Ici Ray Milland incarne plutôt bien ce grand britannique, hautain, sûr de sa personne et au flegme inattaquable (voir la dernière scène où il se sert un verre de whisky en en proposant à l'assemblée médusée).

Robert Cummings malheureusement n'a qu'à offrir une bouille plutôt ahurie et dépassée. Un personnage de faire-valoir en quelque sorte, d'une invisibilité ennuyeuse.

Et puis, j'ai envie de mettre en valeur le second rôle très typé, et par conséquent charmant, de John Williams -l'autre John Williams- personnage lui aussi maître de lui même, assuré de son savoir-faire, policier à qui on ne l'a fait pas et dont le flegme le dispute à celui de Milland. Son coup de fil dans le dernier plan du film nous le montre en train de se peigner la moustache, d'un air détaché, calme, serein, scène qui clôt à merveille ce film sur une note d'humour gourmande.

Choses secrètes


2002
Cinéaste : Jean-Claude Brisseau
Comédiens : Coralie Revel - Sabrina Seyvecou - Blandine Bury - Roger Miremont
D'aussi loin que je me souvienne, ma découverte de Brisseau ne s'est pas bien passée. C'est loin.

Loin de moi l'idée d'aller pointer un aspect un brin complaisant de la thématique de Brisseau sur ce film, aspect allant amener le cinéaste jusque devant les tribunaux à l'occasion du tournage suivant de "Les anges exterminateurs", afin de rabaisser le film à un projet amoral du cinéaste. Je ne connais pas assez ce monsieur, ni les tenants et aboutissants de l'affaire pour formuler un jugement personnel. De plus je n'ai ni envie ni ambition à me vêtir de ces oripeaux moralisateurs dont se pare volontiers la vox populi dès qu'il est question de considérer les affaires liant bistouquette, foufoune et art. D'autre part, je crains d'être trop libertaire -excusez l'incohérence, je me réveille à peine- pour étayer une critique qui se veut essentiellement cinématographique et non moraliste. En général je réserve ce type d'attention aux films qui m'ont désagréablement choqué.

Or, celui-ci m'a choqué, certes, mais par la faiblesse technique de ses comédiens, la maigreur de son scénario et la fadeur de sa mise en scène.
Faut-il ajouter la laideur de sa photographie? On dirait de la caméra numérique des premiers temps, inconsistante, au velouté crasseux. J'aime le grain, les constrastes affirmés, la netteté de la pellicule. Ici, point de cela. L'image est dégueulasse, techniquement mais sans doute aussi à cause d'un éclairage téléfilmesque qui donne l'affreuse sensation de regarder une série télé française, travaillée à la va-vite avec des effets simplistes sur les lumières, où les lueurs de bougie empestent le factice, images mille fois vues par ailleurs, sans réelle texture.

Que dire des comédiennes, les pauvres, toutes fraiches émoulues, sorties tout droit d'un quelconque cours Florent, dont la beauté plastique n'est pas à nier mais qui respirent l'ennui, le malaise.
Je ne sais si c'est le scénario qui donne cette impression, mais le film sent le sexe triste et la mélancolie se lit dans le visage et la gestuelle des actrices. Pathétique. Même Roger Miremont -que j'ai connu "Mirmont" un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître alors qu'il jouait Gaston Lagaffe dans un film non éponyme, renié par Franquin, même cet acteur d'habitude au physique jovial et ouvert parait effacé, mort vivant.

C'est un film triste et lisse. Quel exploit pour un film qui se veut érotique! Aucune subversion à l'horizon. Mais vous me rétorquerez avec raison que notre société pourrait envisager la sexualité autrement que subversive! Justement! J'ai la nette impression que Brisseau se trompe d'époque. Ce film aurait bien pu être marquant et significatif dans les années 60-70, mais depuis, la société a évolué et il n'a plus rien à dire. Fade et lisse. Inintéressant. Le sujet du film est convenu, sans aspérité sur laquelle s'agripper. Je n'en vois pas personnellement. Après avoir vu les images de ce film, je me souviens m'être demandé "et après?".

Beaucoup de bruit pour rien quand Brisseau confond "intimes" et "secrètes".